DANS LA MARGE

et pas seulement par les (dis) grâces de la géographie et de l'histoire...

mercredi 3 février 2010

P. 233. "Los Caminos de la Memoria", le film

. FIPA d'argent
pour le film de José-Luis Peñafuerte
sur "Les Chemins de la Mémoire"

Synopsis :

- "Espagne, 1975 : mort du dictateur Franco, au terme de 40 ans d’un régime répressif qui a fait des centaines de milliers de victimes – orphelins, prisonniers, exilés, déportés, torturés.
Aujourd’hui, plus de 30 ans après, l’Espagne commence à lever le voile sur cette période, et à rendre justice aux victimes du franquisme.
Pour la première fois, un film rend compte de ce processus de reconnaissance et de deuil, qui devrait permettre à l’Espagne de vivre en paix avec son terrible passé."

FIPA :

- "La dictature de Franco, un des régimes les plus violents et longs de l’Europe du 20e siècle, a été gardée sous silence par l'Espagne depuis sa fin, il y a plus de trente ans.

En décembre 2007, la loi de la mémoire historique est votée malgré les controverses. Le gouvernement espagnol entend enfin lever le voile sur cette période, et rendre justice aux centaines de milliers de victimes du franquisme.

José-Luis Peñafuerte, lui-même descendant d’exilés, nous emmène dans un véritable voyage à la recherche de cette mémoire refoulée, afin d’ouvrir une fenêtre contre l’oubli. Les pièces du puzzle incomplet dans la mémoire de l’Espagne sont encore nombreuses : les fosses, les camps de concentration, les prisons, les routes de l’exil, et les traces encore vivaces du franquisme…"
23e Festival International de Programmes Audiovisuels,
Biarritz 26-31 janvier 2010.

Franco enfin... déboulonné (DR).

Cinem(m)a :

- "LOS CAMINOS DE LA MEMORIA (Les chemins de la Mémoire), documentaire belgo-espagnol réalisé par José-Luis Peñafuerte et produit par Marion Hansël, a été récompensé par le FIPA d’Argent dans la section « documentaires de création et essais » au Festival de Biarritz.
Un témoignage touchant et intelligent sur l’autre réalité du franquisme dont la sortie est prévue en avril prochain" {en Belgique}.


Karin Tshidimba :

- "Quelques choix du jury laissent perplexes, comme souvent, mais dans l’ensemble on y retrouve beaucoup d’œuvres enthousiasmantes.

Nos préférées ? "Clandestin" d’Arnaud Bédouet, classé Fipa d’argent dans la catégorie Fictions et "Los caminos de la memoria" Fipa d’argent de la catégorie Documentaires.
Penafuerte trouva, très légitimement, des yeux et oreilles attentives sur ce petit bout de côte basque pour sa magistrale somme sur les affres du franquisme. Le film sortira d’abord en salle chez nous."
(La Libre Belgique).


Image du film : charnier mis à jour (DR).

Dimitra Bouras :

- "Les 140.000 disparus, assassinés sournoisement par les balles franquistes, sans accusation ni défense, plongeant les familles des victimes dans la honte et la crainte des représailles, enterrés furtivement dans des fosses communes ou même jetés dans les gouffres montagneux.

{Ils} ont dû attendre plus de 40 ans pour être réhabilités dans l'histoire ibérique,"
(Cinergie.be).

Samuel Gontier :

- "A propos de diffuseur, qui sautera sur Los Caminos de la memoria (Les Chemins de la mémoire), produit par la télévision… belge ? {RTBF}


José Luis Peñafuerte y exhume avec délicatesse une mémoire qui fait défaut à l'Espagne depuis trente ans, celle des crimes de la dictature franquiste, que les victimes et leurs parents continuaient à taire jusqu'au récent vote de la « loi de la mémoire historique ».
De ce côté-ci des Pyrénées, je n'imaginais pas l'ampleur du déni."
(Télérama.fr).


Image du film : carte des recherches (DR).

Dimitra Bouras et Jean-Michel Vlaeminckx :

- "Combien de temps peut-on supporter d'occulter la vérité et de l'ensevelir dans le silence du vaincu alors même qu'on sait qu'il y a eu injustice ?

Peut-on indéfiniment accepter de courber l'échine, laisser tomber les épaules et prêcher des paroles fatalistes tout en se laissant ronger par le non-dit ?
Peut-être l'oubli est-il plus acceptable lorsqu'il est collectif, mais tôt ou tard, les mots doivent être prononcés, la vérité être dévoilée.
C'est ce que l'Espagne est en train de vivre à chaque excavation de fosses remplies d'opposants assassinés par la dictature franquiste qui laissa derrière elle 135 à 150.000 disparus.
Il y a huit ans à peine, soit trente ans après la fin du franquisme et septante ans après la fin de la guerre civile, la première ouverture de fosse eut lieu. Elle a permis aux enfants et petits-enfants des victimes de vérifier la mort de leurs proches et de pouvoir enfin faire leur deuil et les enterrer dignement. Depuis, 4000 corps ont été déterrés.
José-Luis Peñafuerte, documentariste, signe, avec Los Caminos de la Memoria (Les Chemins de la mémoire), son troisième film, qu'on imagine porté par la même humanité que son film précédent : Niños et Aquaviva."
(Cinergie.be).

Bande annonce.

José-Luis Peñafuerte :

- "Il faut se rappeler qu'il y a eu une véritable guerre civile, avec le camp des vainqueurs et le camp des vaincus, suivie d'un dictateur mort biologiquement. Personne n'a essayé de l'écarter ou de lui demander justice, bien qu'il ait signé des pactes de coalition avec l'axe fasciste. Le régime de Franco s’est maintenu après-guerre, bénéficiant même de l'appui de puissances occidentales catholiques et anti-communistes pendant la guerre froide.

Entre la mort de Franco et l'instauration du régime démocratique comme on le connaît actuellement, il y a eu une transition de deux ans, d'une extrême instabilité. Il a fallu l'effort de gens plus que courageux, qui savaient que l'Espagne devait partir dans une autre direction. Je suis de ceux qui croient que le pacte du silence était nécessaire à ce moment-là. Même si la population était majoritairement pour un changement, il y avait aussi les institutions et entreprises publiques qui freinaient.
En 1981, quand le Parti socialiste a obtenu la majorité au gouvernement, sa gouvernance était très délicate, car la hiérarchie des institutions était toujours phalangiste et susceptible de se retourner contre le gouvernement. Il a fallu d'abord, et avant tout, consolider cette jeune démocratie.
Sans oublier qu'il y a encore une grande partie de la population qui ne désire pas qu'on explore ce passé, 30 ans après la fin du franquisme ou 70 ans après le coup d'État, par culpabilité. Certains se sont impliqués politiquement, d'autres se sont enrichis pendant cette période, et toute une autre partie de la population qui a suivi le mouvement par peur… la répression étant tellement féroce. Mais certains ont pu s'ériger comme une classe moyenne haute, qui n'a pas envie d'explorer le sujet par complexe de culpabilité, et non par fidélité aux principes du régime. Puis, il y a encore une frange convaincue par le bien fondé du franquisme.
Je pense que l'Espagne vit vraiment ce processus de psychanalyse et elle en a besoin, pouvoir exorciser ses démons et enterrer dignement, leur donner une sépulture digne et pour déculpabiliser d'autres. Je ne suis pas là à les défendre, mais si encore aujourd'hui {certains} s'érigent comme étant de fervents activistes de ne plus ressasser ce passé, c'est par cet énorme degré de culpabilité qu'ils ont en eux.

Ce silence, en psychanalyse, est considéré comme une maladie. L'Espagne a besoin de mûrir sur cette notion-la, et le meilleur moyen de mûrir est de parler ouvertement des morts, de ce que le franquisme a provoqué, le gros drame qu'il a provoqué à 5,6 générations. Et une fois pour toute, enterrer le franquisme, mais pour cela, il faudrait que tous les Espagnols ensemble puissent le condamner, condamner ce que le franquisme représente. Mais, mince affaire...!"
(Interview filmée par Cinergie.be).


Statue de Federico Garcia Lorca à Madrid (DR).

Federico Garcia Lorca, fusillé en 1936 :

- "Rien n'est plus vivant qu'un souvenir..."


__________


Et encore sur ce blog :

- "Les voix du Pamano"

- La Retirada

- "Instants de guerre"

- "Hommage à la Catalogne"

- Photographies de Nicole Bergé

- "Archivo rojo".




9 commentaires:

brigetoun a dit…

combien d'Espagnol ont ils vraiment envie que l'on recherche ces tombes ?

noel a dit…

Complément idéal : "Les voix du Pamano" de Jaume Cabré chez Christian Bourgeois, déjà signalé par ce blog. Une vrai merveille, un des livres les plus intenses qu'il m'ait été donné de lire ces derniers temps.
http://www.arte.tv/fr/Des-livres-a-decouvrir---/1702224.html
Décidément l'intelligence et la sensibilité trouvent de plus en plus leur refuge dans quelques blogs bien choisis.
Merci Jean-Emile.

JEA a dit…

@ Noël

Tu retournes involontairement le livre dans la plaie :
c'est un de mes désespoirs de 2009, ne pas avoir éveillé plus d'intérêt pour la découverte de ce roman exceptionnel que sont "Les voix du Pamano"...
(des liens vont être ajoutés à la fin du billet)

doulidelle a dit…

Honte à nous les « les civilisés de Dieu » … qui portons ces taches dans l’âme … qui avons trahi son message … Franco, Mussolini qui parlaient en son nom … Hitler qui le disait avec lui … Staline qui a voulu s’en passer, mais a fait pire … pour ne citer que les « plus grands » des derniers dictateurs … Entretenons ce « devoir de mémoire » pour que nos enfants construisent un monde universel et solidaire pour résoudre les problèmes de demain …

D. Hasselmann a dit…

Terminer par Lorca s'imposait : il y a un devoir de mémoire comme un devoir d'écritoire.

Saravati a dit…

Merci pour ce survol d'une page d'histoire qui soulève encore tant de controverses dans ce pays.
Est-il responsable des erreurs de son passé, de ses parents, du profit qui a été tiré ces erreurs ?
Prendre du recul n'est pas facile quel que soit le côté duquel on se trouvait.
Mais où il arrive un jour où la réconciliation doit être possible, je l'espère pour les espagnols !

JEA, vous m'avez fort gentiment conseillé une page de musique classique sur mon dernier billet mais je ne sais pas utiliser Deezer. De quelle plage du CD de Haendel voulez-vous parler ? (chantée, d'après ce que vous dites). Une nouvelle fois, merci pour l'intérêt que vous portés aux "travaux" de vos visiteurs !

JEA a dit…

@ Saravati

si vous ne savez pas utiliser Deezer, pour ma part j'en ignore jusqu'à l'existence...
c'est tout dire
non, pour votre "Renaissance", j'avais en 2 CD :
- "Handel, La Resurrezzione"
par les Musiciens du Louvre, dir. Marc Minkowski
chez Archiv, en... 1996

JEA a dit…

@ doulidelle

j'ai la faiblesse de craindre qu'un monde sans mémoire ne pourrait que régresser, alors que les progrès de l'humanité (fin de Franco, de Salazar, des colonels grecs, de Staline, de Ceaucescu pour ne s'en tenir qu'ici), alors que ces progrès sont déjà tellement lents et cahotiques et accouchés très en douleurs...

JEA a dit…

@ D. Hasselmann

commencer par Cohen qui le chante avec émotion et terminer provisoirement par Madrid qui lui offre une colombe...