DANS LA MARGE

et pas seulement par les (dis) grâces de la géographie et de l'histoire...
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dimanche 13 juin 2010

P. 296. L'église fortifiée de Tavaux

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Au sud de la Thiérache et de sa prolifération d'églises fortifiées : le val de Serre avec les édifices militaro-religieux de Cilly, de Bosmont, de Tavaux et d'Agricourt.
Carte d'après : Sur une frontière de la France. La Thiérache. Aisne, Textes, Photographies et Cartographie sous la direction de Martine Plouvier, Association pour la généralisation de l'Inventaire régional en Picardie, 2003, 287 p.
(Montage JEA / DR).

Publiée le 13 mai
une treizième étape sur le chemin
des églises fortifiées de Thiérache :
Tavaux

Pour s'y rendre, le choix de manque pas :
par le nord, descendre la D 587 ou la D 25
de l'ouest ou, à l'inverse, de l'est suivre la D 58
du sud, remonter la D 25

(Ph. JEA / DR).

Première impression en se présentant à l'entrée ouest : Tavaux est pris dans une sorte de toile d'araignée tissée par une multitude de fils et autres câbles qui l'accablent...
Ici, l'expression évoquant l'église au milieu du village prend un sens assez écrasant...

Avant d'aller plus loin, un coup d'oeil sur les chiffres de service.
Tavaux : altitude 110 mètres au niveau du centre.
561 habitants pour une superficie de 25,7 km2.

(Ph. JEA / DR).

Monuments historiques :

- "L' église a subi de multiples remaniements au cours des siècles.
De l'église primitive du 12e siècle ne subsiste qu'une partie du massif occidental, présentant un grand clocher à baies en plein-cintre et muni d' un élégant triforium. Le clocher est épaulé de croisillons qui semblent être les seuls vestiges des bas-côtés de la nef aujourd' hui disparus, vestiges néanmoins fortement remaniés, puisqu' une tour a été accolée au croisillon nord aux 15e-16e siècles.
Quant au portail occidental, il a été refait à la même époque. La nef et le choeur ont été en grande partie reconstruits au 17e siècle."

(Ph. JEA / DR).

Quand la tour, forte de ses expériences accumulées au long de six siècles et soucieuse de dorer ses vieilles pierres, prend le soleil d'un printemps enfin décidé à se différencier d'un hiver jouant les prolongations...

(Ph. JEA / DR).

Loin de l'austérité lisse et rougeoyante de la très large majorité des églises fortifiées de la Thiérache qui, elles, accumulent les briques et ne s'accordent comme seules fantaisies que quelques motifs géométriques, à Tavaux, les pierres prennent figures angéliques ou humaines (nous n'allons pas confondre quand même). 
Et parlent. Du moins suggèrent. Avec du définitif dans leurs messages. Comme des mots figés.

(Ph. JEA / DR).

Dans les rares écrits sur cette église, nulle allusion à ce que Tavaux ait offert une étape, ou du moins se soit situé sur un chemin vers Saint-Jacques de Compostelle... Mais la coquille décorant le porche d'entrée est surdimensionnée. Ne laissant pas de place à on ne sait quel hasard. Hélas, les pollutions y déposent leurs lèpres. Lesquelles rongent la pierre. Celle-ci perd l'envie de danser les nuits de pleine lune, quand seuls les fantômes de loups anciens se glissent entre les arbres assoupis et que s'envolent les souvenirs de toutes ces chouettes clouées à des portes superstitieuses.

(Ph. JEA / DR).

Pour franchir ce porche rendu aveugle, les gens venaient :
des Longues Raies,
du Mont Revers,
des Croyons,
du Bois de Rary, du Bois de la Croix, ou du bois des Hoyaux, 
du Caillou,
de Molembur,
des Dix Jallois,
de la Côte des Chaudriers,
des Terres de Malaise ou de la Terre aux Navets,
de la Croix de Montcornet,
du Fond de la Maye,
de la Pâture…

(Ph. JEA / DR).

Dans le cimetière encerclant l'église, la tombe de Marcel Charmet :
- "Tué par les Allemands le 30 août 1944 à l'âge de 18 ans".

Le Courrier Picard :

- "Le 30 août 1944, un détachement de panzers SS des divisions Hitlerjugend et Adolf Hitler, qui recule depuis la Normandie, est accroché par des résistants locaux. En représailles, le commandant de l'unité allemande - dont le nom n'a jamais été retrouvé - fait tirer au canon sur les maisons de Tavaux et ordonne l'exécution de vingt habitants dont deux enfants, une fillette et un garçon âgés de 6 ans.
Le lendemain à Plomion, les SS aux abois perpétuent un autre massacre : quatorze habitants sont fusillés et leurs maisons incendiées. Et le 2 septembre, pour répliquer à une attaque des résistants dans le hameau du Gard sur la commune d'Etreux, les SS fusillent trente-six habitants et brûlent fermes et écarts."
(15 novembre 2009).

Alain Nice :

- "Tavaux, Plomion et Etreux font partie des nombreux villages martyrs de France, au même titre qu'Oradour-sur-Glane.
Après la Libération, le village de Tavaux a été décoré de la médaille de la Résistance. Le nom de Tavaux figure en lettres de bronze dans le mémorial de la Résistance de Vassieux-en-Vercors."
(Alain Nice, Tavaux 30-31 août 1944. Histoire d'une tragédie, Préface de G-H Lallement, ouvrage édité à compte d'auteur, édition revue et augmentée, 2009). 

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mercredi 9 juin 2010

P. 294. Grandeurs ardennaises

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"Un petit chemin qui sentait la noisette" sous la lune (Ph. JEA / DR).


Toponymie ardennaise : 28
Grandeurs sans folies...


Bois de la Grande Côte, Bois du Grand Chenet, Bois du Grand Vivier,

Chêne Grand Jean,

Côte du Grand Pierrot,

Etang de la Grande Couture,

Fontaine de la Grande Pisselotte, Fontaine du Grand Pré, Fontaine Grande Fosse,

Fond des Grands Triots.

(Ph. JEA / DR).

La Grande Brême,
Corvée,
Cour,
Couturelle,
Fortelle,
Gouttière,
Haie,
Margny,
Noue,
Pailleuse,
Pièce,
Pierre,
Prairie,
Sole,
Terre,
Tranchée,
Wèbe.

Fées (Ph. JEA / DR).

Le Grand Banseaux,
Blusson,
Bochet,
Bru,
Champ,
Chemin,
Colson,
Dieulet,
Douare,
Etang,
Fond du Bosquet,
Fossé,
Fouyat,
Glaye,
Hawis,
Hé,
Jardin,
Jour,
Marais,
Pâquis,
Pré d’Echarson,
Sart,
Saule.

Quand un pré rit (Ph. JEA / DR).

Les Grands Cornaux,
Emarlis,
Etangs,
Jardins,
Montants,
Prés,
Ragons,
Sarts,
Saules,
Taillis,
Trieux,
Truches,
Usages,
Vignes,

Les Grandes Armoises,
Bovettes,
Corvées,
Fontaines,
Haies,
Vendanges,

Sur le Grand Beau Chemin,

Rochers des Grands Ducs,

Route forestière du Grand Corbeau.


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mercredi 26 mai 2010

P. 287. Bosmont-sur-Serre (Aisne)

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Au sud de la Thiérache et de sa prolifération d'églises fortifiées : le val de Serre avec les édifices militaro-religieux de Cilly, de Bosmont, de Tavaux et d'Agricourt.
Carte d'après : Sur une frontière de la France. La Thiérache. Aisne, Textes, Photographies et Cartographie sous la direction de Martine Plouvier, Association pour la généralisation de l'Inventaire régional en Picardie, 2003, 287 p. (Montage JEA / DR).

Saint-Rémi à
Bosmont-sur-Serre :
une douzième étape
sur le chemin
des églises fortifiées

Bosmont-sur-Serre ? Dans l'Aisne de la France, sur la D 58 entre Marle et Montcornet. Marle n'est pas loin d'une sortie d'autoroute partagée avec Laon. Montcornet a gardé le souvenir d'un de Gaulle ordonnant à ses blindés de ne pas plier devant la poussée des Allemands balayant tout devant eux depuis la percée de Sedan.

Le village ne couvre pas 10 km2. Un peu plus de 200 habitants y vivent au vert (les statisticiens se déchirent entre 200, 203, 207 et 209 âmes, ce sont aussi les choses de la vie).

D. 51 (Ph. JEA / DR).

Après avoir nagé dans le colza odorant, descente vers la vallée et Bosmont.
Cette interdiction plantée sur une rive ?
Pour les limaces et les va-nus-pieds ?
Les campagnoles et les nuages ?
Les corneilles et les racines de chardons ?
Les médusés et les rats des champs ?

L'église Saint-Rémi et son parterre de tombes (Ph. JEA / DR).

Monuments historiques :

- "L'église offre la particularité, parmi les églises du Marlois, de juxtaposer un clocher en brique, qui rappelle les clochers fortifiés de Thiérache édifiés au milieu du 16e siècle, à de très importants et remarquables éléments des 12e-13e siècles (nef et choeur).
La qualité de la facture et de la modénature des structures médiévales (bandeau décoré de pointes de diamants, portail sud à linteau en bâtière et voussure ornée à un rang de bâtons brisés), est renforcée par l'intérêt de la charpente de la nef, qui conserve de notables éléments de sa structure primitive. Le vestibule est orné de curieuses inscriptions commémorant certains épisodes de guerres de Religion."

NB : Pour vous éviter le recours au poids écrasant d'une collection de dictionnaires, il sera précisé que "la modénature" correspond au profil des moulures.


Porche avec un Saint-Rémi impavide (Ph. JEA / DR).

Ce saint me poursuit à sa façon.
En effet, c'est dans un collège portant son nom que j'ai été invité à proposer le plus grand nombre de conférences dans le département contigu des Ardennes. Leur travail pédagogique sur le Shoah s'est étendu sur plusieurs années scolaires. Et donc des promotions de jeunes s'y succédent et tous, semble-t-il, présentent ce point commun de vouloir comprendre sans anachronismes ni discours préfabriqués.
Mais nous voici loin de Bosmont et de sa Serre...


Clocher de briques avec ses motifs géométriques. Voilà qui nous ramène à des balades anciennes sur ce blog (Ph. JEA / DR).

Plaçant la pointe de votre compas sur le clocher de Saint-Rémi, vous allez tracer une circonférence passant par :

le Coquelet,
les Trois Cerisiers,
le Bois des Renouarts,
le Cerisier Colas,
le Tournant,
les Croyons,
le Bois de Rary,
le Mont Revers,
le Chemin Blanc,
le Buisson de Voljay,
la Maison Rouge,
la Fosse Galloise,
la Grande Bosse.


Dans le cimetière : une clef des songes (Ph. JEA / DR).

Seul écho déniché dans la presse régionale : "les os bougent"...

- "Le village de Bosmont-sur-Serre, entre Marle et Montcornet, ne compte que quelque 200 âmes, mais les tensions y sont vives.
Dernière polémique en date, de la terre du cimetière qui a servi de remblai sous un préau d'Abribus ainsi que dans un terrain. Le problème c'est que celle-ci, récupérée après le creusement d'un caveau, contenait plusieurs ossements, des restes humains assurent certains. Ils ne comprennent pas comment on a pu étaler ces os à un endroit fréquenté par les enfants. Pour eux, « il y a là, un total irrespect des défunts. La moindre des choses aurait été de mettre les os de côté, puis de les remettre en terre aussitôt. En outre, tout le monde sait ici qui est enterré là où ils ont creusé. Il s'agit d'un ancien ouvrier agricole. Du coup, l'émotion est encore plus vive. »
Une pétition a été lancée, hier matin, et des courriers adressés à la préfecture.
Pour le maire cependant, il n'était évidemment pas question de laisser les os en ce lieu. « Quand on a creusé, on est tombé dessus, alors qu'aucune concession n'était signalée entre ces deux tombes. C'est un cimetière qui a une dizaine de siècles. Des os, il y a en a partout. Ils bougent sous terre au fil du temps. J'ai demandé aux employés d'étaler la terre sous le préau le temps qu'elle sèche. Il était prévu qu'on ratisse ensuite pour enlever les os », assure Gérard Pennes, élu maire lors des dernières élections.
Hier après-midi, le « ménage » a, du reste, été fait.
« C'est le résultat de la pétition qui circule, il a eu peur… », affirment certains.« Ils savaient bien qu'on allait les enlever », rétorque le maire, « c'est juste de l'animosité. On a remis les os là où ils ont été déterrés. Nous n'avons pas encore d'ossuaire. Nous faisons justement un inventaire du cimetière pour en créer un. »
(Yan Le Blévec, L'Union, 12 septembre 2009).


Beuquette face au cimetière et aux conflits sur "les os qui bougent" (Ph. JEA / DR).

Derrière ses murs, le château des de la Tour du Pin :

- "La découverte du domaine de Bosmont est une invitation à un parcours où se mêlent histoire et nature. Le parc, le potager, le château, ses communs et sa ferme, forment un ensemble dont la préservation est le résultat de trois siècles d'efforts et de passion.
Le soin apporté au Parc et Jardin de Bosmont, traduit notre volonté de donner aujourd'hui à un ensemble classé à l'Inventaire des Monuments Historiques, un environnement végétal contemporain. Vous garderez du Domaine de Bosmont l'image d'un site préservé où le temps est célébré par les arbres centenaires comme par le renouveau du potager entièrement redessiné en l'an 2000."
(Présentation par les propriétaires).


Ouverture à partir de juin.


La gare de Bosmont (Ph. JEA / DR).

Abri du Kaiser :

- "Cet abri allemand en béton armé, situé dans un champ à cent mètres à l'ouest de la gare de Bosmont, aurait abrité à plusieurs reprises le Kaiser Guillaume II, dont le train impérial était garé tout près, sur une voie spéciale. Enfoncé dans le sol de trois mètres environ, il est aujourd' hui entièrement envahi par la végétation, et invisible."
(Monuments historiques).
Aujourd'hui inaccessible mais couvert de marguerites, cet abri est néanmoins classé par arrêté depuis décembre 1921.

Plus de rails devant la gare de Bosmont. Plus de patron Dion ni de clientèle au café (Ph. JEA / DR).

Mémento
Construit en 1908
Détruit en 1918
Reconstruit en 1928
Vive la Paix !
Si vis pacem, para bellum
Victima.dixi.E.Dion

A noter qu'une consultation des archives municipales de ces communes de l'Aisne et des Ardennes confirme combien la lenteur dans le versement des dommages de guerre après 1918, a été péniblement vécue par les victimes civiles. 1918-1928 : dix années pour relever des murs... Et les élus de remuer ciel et terre des cantons et des départements pour tenter de ne pas laisser la population dans des conditions trop précaires.


Le long de la Serre, en route pour Tavaux-et-Pontséricourt. Pour lui rendre sa dimension, cliquer sur le paysage (Ph. JEA / DR).

lundi 3 mai 2010

P. 277. Liart et son église fortifiée

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Liart dans l'ensemble des églises fortifiées ardennaises, presque toutes situés au sud de la N 43 reliant Charleville-Mézières à Hirson et aux limites de l'Aisne (Mont. JEA / DR).

Notre-Dame de Liart
en Thiérache ardennaise (3)


Autant l'avouer sans plus tarder, l'avarice règne quant à la documentation sur cette église. Vous présenter ses cousines de l'Aisne habitue à Byzance. Ici, force est de passer par des sentiers rabattus pour arracher ça et là quelques herbes maigres de renseignements parcellaires...

Le Guide Vert (c'est vous dire...) :

- "A l'origine du village, un oratoire aurait été élevé à Notre-Dame du Lierre pour abriter la statue d'une vierge enlacée de lierre, d'où son nom."
(Champagne Ardenne, 2004, 312 p. / P. 275).

Concrètement, Liart marque les carrefours entre les D. 978, D. 27 et D. 236.
La localité compte une population de 552 habitants. Couvre 13,4 km². Et culmine à une altitude de 221 mètres.

Tour-porche de Notre-Dame de Liart.
Les "libérateurs" évoqués sur le monument aux morts menacé par une bretèche, sont ceux qui, en 1918, ont mis fin à l'occupation allemande (Ph. JEA / DR).

L’Aisne nouvelle :

- "Cette église fortifiée au XVIe siècle a de véritables allures de château. Son imposante tour-porche rectangulaire de deux étages est percée de meurtrières qui défendent une porte étroite. Les deux tourelles conduisent à un comble aménagé. Le vitrail du chœur rappelle le pèlerinage à Notre-Dame-de-Liesse pour sa vierge noire."
(21 avril 2007).


Sylvie Surmely :

- "Son église étonne et parait très austère pour qui n'est pas habitué à ces régions pauvres et souvent oubliées de notre France. Meurtrières, créneaux, lucarnes, bretèches font du puissant donjon rectangulaire, un véritable lieu défensif assez dissuasif, les assaillants devant être très impressionnés par ce bâtiment massif.
Le côté étonnant vient des son clocher pointu d'ardoise et de ses quatre clochetons tout biscornus et tout aussi pointus : difficile de les décrire, tant ils sont originaux ! Comme quoi, les frustres paysans du fin fond de la France du 17ème pouvaient être originaux et novateurs !"
(Eglises fortifiées de Thiérache, 2003).

Mme Surmely ne peut qu'être citadine, voire même habitante d'une mégapole. Du moins à en croire l'élégance et la condescendance avec laquelle elle étiquette la Thiérache ardennaise de "fin fond de la France". Reste à la remercier de s'être abstenue d'évoquer à propos des "frustres paysans", une "France d'en bas"...


Dans le porche seraient représentés (?) sur ce bas-relief, le bien et le mal, tête-bêche (Ph. JEA / DR).
Pointez un compas sur l'église fortifiée de Liart, et vous obtiendrez un cercle passant par ces lieux-dits :

La Belinerie,
La Huttière,
La Croix d'Aouste,
Pus Renwez,
La Terre aux Fromages,
La Hérissonnerie,
La Prince,
La Cornillerie,
La Charnelle,
Le Hasard...

Choeur de l'église fortifiée. Un peu antérieur au XVIe siècle, il est surmonté d'une salle de refuge à laquelle permet d'accéder un escaler à vis (Ph. JEA / DR).

Suite des relevés toponymiques :

L'Abattis,
Le Pain de Sucre,
Les Cendris,
Le Point du Jour,
Le Bois de Gandlu,
La Fontaine de la Cocheterie,
Les Bonnomets,
La Fontaine Margot...

Clou du spectacle donné par la porte étroite du donjon-clocher (Ph. JEA / DR).

L'une des deux meurtrières encadrant la porte d'entrée. Le monument aux morts a été ensuité élevé... juste dans son axe (Ph. JEA / DR).

Raphaële Bail :

- "Au XVIe siècle, Charles Quint fait des siennes et la menace rôde. Vous habitez loin du château, lequel, de toute façon, ne saurait accueillr tout le monde. Il faut donc un autre moyen de vous défendre, et pour cela, rien de tel que dadapter une église, lieu de réunion par excellence, aux dangers qui guettent. Et c'est ainsi que murs épais, meurtrières et acnonnières prirent sur la façade des églises de Thiérache à la place des vitraux élégants et des statues pieuses. A Liart (...) les créneaux qui soulignent la toiture lui donnent l'air d'un château fort."

(Que Faire ? en Champagne-Ardenne, 2004, 143 p. / P. 130).


Mairie de Liart, commune où l'on joue à pas de géants et où le retour à la nature ne reste pas un voeux pieux (Mont. et Ph. JEA / DR).

La Thiérache :

- "Christelle Bonnomet, présidente de l'A.P.E. de Liart (Ardennes) a eu l'idée il y a deux ans d'organiser un jeu de l'oie géant. Dimanche 17 mai 2009, ce projet s'est enfin concrétisé et une soixantaine d'Ardennais, âgés de 3 à 72 ans y ont participé. Un beau succès !"

(17 mai 2009).

Voilà pour le nouveau folklore du jeu de l'oie géant.
Mais Liart abrite aussi une ferme pédagogique :

- "En 2009, avec des enfants et des adultes venus des Ardennes, de la Marne, du Nord et de l’Aisne pour l’essentiel, nous avons réalisé 10 000 journées enfants d’animation dans une démarche d’éducation à l’environnement et de découverte du monde rural. Avec un verger conservatoire."




jeudi 1 avril 2010

P. 261. St-Martin de Prez

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Tour de défense, orifice de tir (Ph. JEA / DR).

L'église fortifiée de Prez
en Thiérache ardennaise (2)

Ce blog a déjà proposé onze étapes traçant des zigzags entre plus de 70 églises fortifiées en Thiérache. La dernière de ces étapes passait par Bancigny, l'un de ces édifices militaro-religieux se dressant dans le département de l'Aisne.
Leurs soeurs des Ardennes composent une famille nettement moins nombreuse (une quinzaine). Seule Signy-le-Petit avait été présentée page 231. Maintenant que la neige a magiquement disparu, les routes de vraie campagne en redeviennent plus praticables. Quoique généreusement bou(s)euses et bordées de fossés qui semblent sans fond...
Or donc, si vous quittez la nationale 43 remontant de Charleville-Mézières vers Hirson, peu avant l'entrée dans l'Aisne, en cherchant bien vers le Sud, en ne comptant pas trop sur des passants totalement absents, vous finirez par aborder l'ïlot de Prez, au milieu d'un océan de terres cultivées.

Carte des églises fortifiées de Thiérache ardennaise. Avec la localisation de Prez (DR).

Officiellement, Prez vous attend à :
- 3h de Lille,
- 2h30 de Paris (là, je ne parierais pas, du moins en respectant les limitations de vitesse),
- 2h de Bruxelles (quand on sait qu'il faut se farcir Charleroi et son interminable sortie, la prudence est également de mise).

Par contre, la toponymie, elle, est aussi fiable que parlante.
Prez occupe le centre d'une circonférence passant par (du Sud au Sud dans le sens des aiguilles d'une horloge) :
- le Pain de Sucre,
- la Côte de l'Ogelet,
- la Fosse de l'Oison,
- le Terroir St-Pierre,
- les Meliers,
- Tonvoye,
- Evaquets,
- la Fosse aux Faches,
- le Louvet,
- la Cerleau,
- l'Aubalette,
- le Cul du Mouton...

St-Martin de Prez (Ph. JEA / DR).

La commune couvre 12,4 km². On aura deviné que ce pays ne souffre pas de surpopulation : 141 habitants au dernier recensement. A chaque lever du jour, ceux-ci peuvent voir s'écouler discrètement le seul cours d'eau du village : l'Aube.

Et l'église ?
Remontant au XVIe siècle, elle a été dédiée à Saint-Martin, évêque de Tours.
Ouverte au public, elle est loin d'être abandonnée. Le chat noir de la ferme d'en face est un comédien né. Lui excepté, personne ne passe aux environs. On se sent néanmoins un rien observé. Mais bon, le spectacle est réciproque : les jeux de rideaux relèvent aussi du théâtre.
Le village semble replié sur lui-même mais pas grabataire.

Parfois, on se prend à imaginer les forêts de chênes métamorphosés en bancs d'églises (Ph. JEA / DR).

Côté occident, le gothique qualifié de flamboyant caractérise le portail. Ce serait une imitation de l'église d'Aouste, à vérifier quand un vent favorable nous y conduira...
Ici les défenses se limitent à une tour ronde (gruyère à meurtrières), au clocher massif et carré ainsi qu'au comble au-dessus du choeur.

A l'intérieur se respirent le mille-feuilles du passé, les dernières traces de l'hiver humide...

Panneau de stuc (Ph. JEA / DR).

Faute d'avoir déniché l'électricité et en l'absence de toute bougie, il faut se déplacer dans une pénombre certaine qui empêche d'apprécier le choeur baroque et ses statues en théorie protégées.
Restent 18 panneaux en stuc.
Au XVIIIe siècle, un artiste anonyme voulut réaliser uen sorte de bande dessinée de la vie du Christ mais aussi de celle de St-Jean Baptiste. Le tout dans une respectable naïveté que le temps (et des oublis d'oiseaux) ne malmènent pas trop...

St-Georges (Ph. JEA / DR).

Le vitrail principal du choeur illustre un St-Georges chevalier généreux. Dans un environnement moyenâgeux dont la sévérité est atténuée par des décors de fleurs et de feuilles fantaisistes.
Par contre, clin d'oeil à travers les âges aux gastronomes ? Deux cèpes (bolets) bénéficient d'une mise en valeur exceptionnelle au sommet du vitrail.
Ajoutez aux champignons la girouette-coq au vin, et voilà un menu pour votre visite...

Au sommet du clocher de St-Martin. Ceux qui cataloguent le coq comme animal "de basse cour" racontent n'importe quoi ! (Ph. JEA / DR).



mardi 2 mars 2010

P. 246. Hommes dans les paysages ardennais

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Ailleurs, la tempête tue. Ici, elle culpabilise (Ph. JEA / DR).

Toponymie 23 :
Hommes d'ici...
(de A à M)

Arbres Renaux Camus,

Auberge du Cousin,

L’Auvergnat,


Baraque de l'Officier,

Le Bâtard,

Bois de la Grosse Côte Roland,
Bois de Charlemoine, Bois de l’Ecuyer, Bois de l’Homme Mort,
Bois des Bouchers, Bois des Ecoliers, Bois des Moines, Bois des Seigneurs, Bois des Sept Frères,
Bois du Prévôt, Bois du Roi,
Bois Bourgeois, Bois Gendarme, Bois Hubert, Bois Jean Doux, Bois l’Abbé, Bois le Duc, Bois Martin, Bois Michel, Bois Nicolas, Bois Sarrasin,

Les Bourguignons,


Buisson des Coquins,

Butte Jean Carie,

Carrière François, Carrière le Cordier,

Cense du Baron,

Champ Chevalier, Champ du Seigneur, Champ Gaillard, Champ Lambert, Champ Napoléon,

Chemin de l’Abbé Nizot,
Chemin des Américains, Chemin des Charbonniers, Chemin des Chasseurs, Chemin des Marchands,
Chemin du Bel Homme, Chemin du Meunier, Chemin du Roi de la Foulerie,
Chemin Jean Duval,

Chêne du Curé, Chêne du Pendu,

Clos Rolland,

Côte Baron, Côte Chevalier, Côte du Berger, Côte des Moines, Côte des Vignerons, Côte Henry, Côte Jean Martin, Côte Pierre Guillaume, Côte Roland,

Croix Bernard, Croix Colas Simon, Croix des Bergers, Croix du Cavalier, Croix du Pauvre, Croix du Riche, Croix François, Croix Gilbert, Croix Gillet, Croix Henry, Croix Jean Delavigne, Croix Jean Sandras, Croix Jean Simon, Croix Leblanc, Croix Mac-Mahon, Croix Marc, Croix Martin,


Culée Charlot, Culée Colas, Culér Jeannot, Culée de Noë, Culée Paul , Culée Simon.


Cimetière d'Any-Martin-Rieux (Ph. JEA / DR).

Devant le Pèlerin,

Ecuries de Napoléon,

Enclos Geoffroy,

Epine Durand,

Etang Jean Mère,

Ferme Félix Pré,


Folie Gilbert,

Fond de l’Ermite, Fond de Noé,
Fond des Bergers, Fond des Maçons,
Fond du Garde,
Fond Colas Midoux, Fond Jean Lambert, Fond Jean Mahuau,

Fontaine de l’Homme Mort, Fontaine des Morts, Fontaine des Pélerins, Fontaine du Berger, Fontaine Jean Lesieur, Fontaine Maître Pierre, Fontaine Roland, Fontaine Thiéry,

Forêt de Mazarin,

Fosse aux Voleurs, Fosse Colin, Fosse des Petits Vilains, Fosse Gérard, Fosse Jean Coquin,

Fourches les Borgnes.

Maison tatouée puis abandonnée à Plomion (Ph. JEA / DR).

Les Six Frères, Maison Forestière des Quatre Frères,

Les Gaillards,

Gare Allemande,

Le Grand Turc,

Grange Lecomte,

Haie le Brasseur,

Haut le Moine,

Les Hébreux,

Houpeau du Receveur,

Les Quatre Fils Aymon,

Les Lombards,

Le Malade,

Maison des Michel,

Marais Vincent,

Montée Bayard,

Mont Jules,

Mort Bonhomme,

Mottelle les Bergers,

Moulin Simon.

dimanche 28 février 2010

P. 245. Amos Oz et la nostalgie rurale

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Amos Oz
Scènes de vie villageoise
Gallimard nouvelles, 2009, 203 p.


Présentation de Gallimard :

- "Nous voici à Tel-Ilan, un village centenaire fondé par les pionniers bien avant la création de l'Etat d'Israël.Une petite communauté y vit entourée de vignes et de vergers, et la vie semble s'écouler paisiblement. Depuis quelque temps pourtant, les gens de la ville envahissent les rues du bourg au moment du shabbat et, avec eux, la spéculation immobilière et la vulgarité. Mais Pessah Kedem, ancien membre de la Knesset, est un vieillard inquiet pour d'autres raisons. Il n'aime pas le jeune étudiant arabe que sa fille Rachel héberge dans l'annexe au fond de la cour et, surtout, il est convaincu que quelqu'un creuse sous sa maison la nuit.L'agent immobilier Yossi Sasson, lui, convoite depuis longtemps la maison de Batya Rubin, une des plus vieilles du village, et lorsque la fille de la propriétaire l'invite non seulement à la visiter de fond en comble, mais se montre très affectueuse à son égard, il croit déjà toucher au but. Sauf que... Kobi Ezra, lui, cherche à surmonter la timidité de ses dix-sept ans pour séduire la jolie bibliothécaire du village, pendant que Gili Steiner, médecin remarquable et célibataire endurcie, attend en vain l'arrivée de son neveu Gideon, dont elle a pourtant cru trouver le manteau clans le dernier car arrivé de la ville.Quant au maire du village, Beni, il ne comprend pas pourquoi sa femme lui a fait remettre une note contenant seulement ces mots : " Ne t'inquiète pas pour moi" ...

En huit nouvelles qui se lisent comme un roman, Amos Oz fait surgir une société villageoise imaginaire. Un décor unique et des personnages récurrents lui permettent de tendre un miroir à nos passions, nos doutes, nos misères et nos joies. Son écriture oscillant entre tendresse, mélancolie et âpreté serre de très près la fragilité de nos vies, et sa manière subtile de nous plonger clans une comédie humaine, certes très israélienne mais surtout universelle, confirme une fois de plus son immense et incomparable talent."

Première phrase, p. 11 :
- "L’inconnu n’était pas un inconnu".

Et autant le confirmer sans plus tarder, lire ce tout début suffit à me faire craquer.
Amos Oz a involontairement donné son nom à l'un des ports en eaux profondes de ma bibliothèque.
Après de longues et parfois inutiles navigations, après des naufrages pas toujours rigolos, après des retraites sur des îlots quasi abandonnés, après des temps morts dans les algues des déceptions, après des évasions fulgurantes comme des étoiles filantes, après le sauvetage de plages engluées, après le recensement toponymique de dunes nomades, après le carrousel des mouettes délirantes, après des bains de brumes, après le relevé de casiers où se dissimule l'un ou l'autre crabe hypocrite, après un week-end loin de Zuydcoote, après bien des vagues mais pas à l'âme, après le sel de la mer plein les poumons, après les chants hallucinants des sirènes, après les messages d'un phare automate, revenir lire un Amos Oz et se sentir encore envies de vie...

Ses dernières nouvelles parviennent de la terre presque ferme, celle d'un village mosaïque. Pour vous glisser dans Tel-Ilan, voici quelques itinéraires, quelques ruelles. Bon voyage et douce lecture !

Amos Oz, enfant - adulte (Mont. JEA / DR).

Brume :

- "Des nappes de brume s’étiraient dans les cours. Il crut sentir deux ou trois gouttes de pluie sur son visage. Il n’en était pas sûr. Au fond, que lui importait ? Il pensa voir un oiseau perché sur une clôture. En s’approchant, il découvrit une boîte de conserve vide."
(P. 144).

Crépuscule :

- "Les dernières lueurs du crépuscule vacillaient au bout de la rue pour me faire signe de venir ou, à l’inverse, m’inciter à m’enfuir à toutes jambes. Les ombres des grands pins et des haies entourant le jardin s’allongeaient dans la rue. Elles n’étaient pas immobiles, mais se mouvaient, se penchaient comme pour trouver un objet perdu. Quand les réverbères s’allumèrent un peu plus tard, loin de reculer, elles ondulèrent à la brise agitant les cimes – on aurait dit qu’une main invisible les mélangeait, les malaxait."
(PP. 107-108).

Gouverneurs :

- "Avant mon arrivée, il y a un quart de siècle ou plus, le village avait reçu la visite du gouverneur du district, accompagné de son escorte (…). Des officiers et leurs secrétaires, des arpenteurs, des religieux, des juristes, un chanteur, un historien officiel, un ou deux intellectuels, un astrologue et les agents de seize services secrets l’escortaient. Le gouverneur avait dicté ses instructions : creuser, dévier, assécher, arracher, assainir, répandre, retirer, moderniser et tourner la page.
Depuis, il ne s’était rien passé.
Au-delà du fleuve, des forêts et des montagnes, plusieurs gouverneurs se sont succédé, à ce qu’on dit. L’un a été limogé, un autre évincé, un troisième a commis un impair, un quatrième a été assassiné, un cinquième emprisonné, un sixième a retourné sa veste, un septième s’est sauvé, ou reposé sur ses lauriers. Ici, rien n’a changé."
(PP. 198-199).

Homme :

- "Quand il entonna « Car je crois en l’homme », on aurait dit que, accablé de tristesse, il exprimait par ces mots une pensée nouvelle, bouleversante, inédite."
(P. 182).

Sèche-linge :

- "Un sèche-linge électrique ? éructait le vieillard. A quoi ça sert ? Le soleil est-il à la retraite ? Les cordes à linge se seraient-elles converties à l’islam ?"

(P. 59).

La version espagnole de "Comment guérir du fanatisme" (DR).

Shoah :

- "Des années durant, nous avions compté parmi nous, à Tel-Ilan, le célèbre écrivain Eldad Rubin – un invalide en fauteuil roulant, auteur de gros volumes sur la Shoah, dont il n’avait pas souffert, ayant vécu toute sa vie au village, à l’exception d’un voyage d’études à Paris dans les années cinquante (…). J’ai bien essayé à une ou deux reprises de me plonger dans les écrits d’Eldad Rubin, mais ce n’était pas ma tasse de thé : atmosphère trouble, déprimante, intrigue qui s’essoufflait, et les personnages étaient d’une tristesse ! Pour ma part, je préférais les suppléments économiques des journaux, la politique ou un bon polar."
(P. 100).

Soir :

- "Le soir tombait. Un oiseau lança deux appels. Que signifiaient-ils ? Nul ne le savait. Un coup de vent passa. Quelques vieux sortirent des chaises au-dehors et s’installèrent sur le seuil de leurs maisons pour observer les passants. De temps à autre, une voiture surgissait pour disparaître au virage. Une femme regagnait lentement son domicile, un sac d’épicerie à la main. Une meute d’enfants déchaînés envahit la rue. Leurs braillements s’affaiblirent à mesure qu’ils s’éloignaient. Un chien aboya, en réponse à un congénère derrière la colline. Le ciel pâlit, tandis qu’à l’ouest on percevait encore les rayons du crépuscule entre les ombres des cyprès. Les montagnes s’assombrissaient dans le lointain."
(P. 149).

Vieux couples :

- "Entre Rachel et lui régnait l’armistice ordinaire propre aux vieux couples, une fois que les querelles, les humiliations, les séparations temporaires leur eurent appris à examiner avec précaution chaque empreinte de pas et à contourner les champs de mines balisés. Cette prudence ressemblait assez, vue de l’extérieur, à une réconciliation laissant place à une sorte d’amitié sereine, de celles qui s’instaurent parfois entre les soldats de deux armées ennemies, se mesurant à quelques mètres de distance, enlisés dans une interminable guerre de tranchées."
(P. 73).

Village :

- "C’était un village somnolent, vieux d’un siècle au moins, avec ses grands arbres, ses toits rouges et ses exploitations agricoles, transformées pour la plupart en caves à vins de production artisanale, d’olives épicées, de fromages fermiers, de condiments exotiques, de fruits rares et de macramés. Les anciens bâtiments avaient été convertis en petites galeries exposant des objets d’art importés, des jouets décoratifs africains, du mobilier indien, vendus à des visiteurs venus en voiture, le shabbat, pour y dénicher des trouvailles censées être originales et raffinées."

(PP 54-55).

jeudi 18 février 2010

P. 240. "Le Temps des grâces", le film

.


Un documentaire de
Dominique Marchais...

Dans la série, la première ferme bio du Canton vient d'être reconnue mais ce n'est pas après-demain qu'un tel film sera projeté à moins de 50 km... Pour tenter tant bien que mal de compenser nos frustrations, il reste à grappiller les mots des autres, à se repasser de main en main quelques images et à râler comme il nous l'est assez reproché ailleurs...

Zoé Lucider :

- "Le brouillard est la transpiration de l’horizon". J'aime beaucoup les paysages brouillés par l'haleine de la terre... Je recommande "le temps des grâces".
(Commentaire page 239).

Synopsis :

- "Une enquête documentaire sur le monde agricole français aujourd’hui, à travers de nombreux récits : agriculteurs, chercheurs, fonctionnaires, écrivains... Un monde qui parvient à résister aux bouleversements qui le frappent – économiques, scientifiques, sociaux... – et qui, bon gré mal gré, continue d’entretenir les liens entre générations. Un monde au centre d’interrogations majeures sur l’avenir."

Utopia Toulouse :

- "Dominique Marchais s’avoue totalement novice dans le monde rural. Il n’est pas ingénieur agronome, comme Olivier Porte, le réalisateur de Herbe, il n’a pas côtoyé durant plus de trois décennies les paysans comme Depardon. Il se revendique promeneur, amoureux des paysages façonnés par l’agriculture, à l’image des romanciers romantiques allemands pour qui la nature était une source d’inspiration infinie.

Avec une légitime candeur, il veut juste comprendre pourquoi ce monde rural se bouleverse à vue d’œil, et ne semble pas tourner très rond. Pourquoi les haies et les chemins creux se sont raréfiés, pour laisser place à des paysage ouverts de champs à perte de vue ? Pourquoi les sols sont-ils morts ? Pourquoi le travail de la terre ne nourrit-il plus son homme, condamnant beaucoup d’agriculteurs à abandonner ou les obligeant à une double activité ?
Pour tenter de répondre à ces interrogations, Dominique Marchais ne s’est ni cantonné à une seule région (son road-movie rural nous conduit des riches plaines céréalières de l’Yonne au causses cévenoles qui font du si bon fromage persillé, en passant par les plateaux limousins et leurs splendides vaches rousses), ni à un seul type d’interlocuteurs."
(10 février 2010).


Témoignages

Un paysan :
- "On l'a fait le progrès, maintenant on est en train de le dévaster."

Un microbiologiste :
- "Le microbe travaille gratuit. Le vivant n'est pas brevetable. Le durable n'est pas rentable. La nature a une gratuité qui est gênante aujourd'hui."


Gregory Salomonovitch :

- "En Champagne, Lydia et Claude Bourguignon, microbiologistes des sols, constatent chaque jour la dégradation des sols agricoles et viticoles. Les vignes qui autrefois vivaient une centaine d’années meurent aujourd’hui au bout de 20 à 25 années. Fait dommageable lorsque l’on sait qu’une vigne produit le meilleur raisin au bout d’une vingtaine d’années… Ici encore,
pour un pays dont la renommée repose en partie sur le vin, le film révèle, à l’instar de Mondovino, une aberration économique. Quelle hypocrisie pour un pays comme la France, principal exportateur de vins, champagnes et autres produits d’appellations contrôlées, que de continuer à ruiner ses terres, matière première pour des productions de qualité, au détriment de son économie. Que penser également des formations des futurs agriculteurs à qui l’on apprend à doser des engrais sans chercher à comprendre qu’il existe des solutions naturelles - et gratuites, échappant par la même à toute source de profit -, par l’utilisation des microbes et la mise en place d’un écosystème naturel ?
Le Temps des Grâces est un constat dramatique, qui laisse néanmoins entrevoir de l’espoir. Ce documentaire interpelle les politiques mais surtout le citoyen, lorsque le pouvoir doit venir du bas, face aux
lobbies de l’agro-alimentaire et à un État qui s’est laissé déposséder. C’est un hommage à la nature, aux campagnes françaises mais aussi un véritable appel à la prise de conscience."
(Bakchich.info, 20 août 2009).


Isabelle Regnier :

- "Voici un film qui rend intelligent. Vous y entrez par un petit bout : la crise des petites exploitations agricoles en France. De là, une vaste et passionnante opération de dépliage se produit, qui embrasse dans un même mouvement l'histoire, la géopolitique, la science, l'urbanisme, l'économie, la littérature, la théologie, questionnant de manière neuve, à la fois globale et extrêmement précise, le monde dans lequel nous vivons aujourd'hui."
(Le Monde, 10 février 2010).


J. B. Morain :

- "C’est l’interview qui guide la respiration du film et son montage, la parole de ces agriculteurs mais aussi des agronomes, biologistes et politiques que le documentariste a rencontrés dans tous les coins de l’Hexagone, et qui racontent, à travers leur histoire, leurs études, l’histoire d’un pays qui a peu à peu épuisé (au sens propre) sa terre à force de l’exploiter, de la surexploiter depuis la fin de la guerre, dans un effort de croissance alors légitime et général (le film se garde bien de faire des paysans les boucs émissaires de la pollution des sols).Et qui, du jour au lendemain, doit trouver des solutions à ces problèmes cruciaux.
(…)
Comment tracer son chemin dans un paysage dévasté et sans vie, où la grande industrie semble tout dominer, tout tuer ?
C’est en cela que ce film, aux beautés classiques, gagné parfois par la nostalgie d’un âge d’or perdu (l’intervention impressionnante du philosophe Pierre Bergounioux), mais qui ne cherche jamais à dramatiser à l’excès la situation, apparaît à la fois comme l’antidote implacable aux grandes fresques catastrophistes des Hulot-Perrin-Arthus-Bertrand, et comme la douce réponse d’un jeune cinéaste à l’un de ses plus brillants anciens, Raymond Depardon : un avenir radieux (plus écologique, plus attentif à la qualité et à la sauvegarde des paysages) est encore possible.
(lesinroks.com, 8 fébrier 2010).

Jacques Morice :

- "Le Temps des grâces est un film beau à voir, qui rappelle de loin l'écriture photographique de Jean-Loup Trassard. Qu'il s'agisse d'un pâturage traditionnel ou d'un champ parsemé de pylônes près d'un aéroport, une même poésie affleure. Le grand écrivain Pierre Bergounioux intervient à plusieurs reprises. L'entendre, avec sa langue arborescente, retracer des souvenirs, dire les paroles et les gestes qui se sont perdus, tout en ayant conscience de l'écueil passéiste, est un bain de jouvence. Le réalisateur cherche lui aussi, cerne, puise dans tel bocage ou tel chemin, sous un tunnel de verdure, ce qui ressemble à un sens caché. Il y a quelque chose du sourcier chez ­Dominique Marchais."
(Télérama, 13 février 2010).


Arnaud Hée :

- "Dominique Marchais se place sur le terrain de l’enquête, c’est-à-dire qu’il n’est pas parti avec un cahier des charges préconçu à filmer ; il a pris le chemin des champs pour s’interroger sur ce lien affectif reliant les êtres à l’agriculture et à la ruralité, et non pour démontrer. C’est la qualité première du film, son bien-fondé et sa raison d’être. Le Temps des grâces est ainsi un documentaire qui accorde une respiration et un espace à son spectateur, quand d’autres infligent un Jugement Dernier venu d’en haut à ce salopard d’humain. Avec un tel titre, de fait joliment ironique, on pouvait craindre le pire : un prolongement cinématographique échappé du journal télévisé de Jean-Pierre Pernaud, une ritournelle dédiée au bon vieux temps et au bon sens paysan. Les amateurs en seront pour leurs frais, même si le film ne refuse pas la captation de la beauté rurale avec brumes matinales et bêtes dans les champs."
(Critikat.com, s. d.)

Le Canard enchaîné :

- "De ces deux heures, on ne sort pas accablé, mais un peu plus intelligent : ce n'est pas tous les jours..."
(17 février 2010).

Bande annonce.