DANS LA MARGE

et pas seulement par les (dis) grâces de la géographie et de l'histoire...

dimanche 14 février 2010

P. 238. Bancigny, moins de 30 habitants mais quelle église fortifiée !

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Pour situer Bancigny en Thiérache.
Carte d'après : Sur une frontière de la France. La Thiérache. Aisne, Textes, Photographies et Cartographie sous la direction de Martine Plouvier, Association pour la généralisation de l'Inventaire régional en Picardie, 2003, 287 p.
(Montage JEA / DR).

Onzième étape sur la route
des églises fortifiées de Thiérache :
Bancigny.

Inutile de revenir lourdement sur le constat attristé de voir les plus de 70 églises fortifées de Thiérache rester négligées par des vagues aussi mini soient-elles de touristes. Du moins celles de Plomion et de Jeantes, de par les dimensions de l'une et les fresques de la seconde, ne sont-elles pas frappées d'un abandon total par les curieux, par les randonneurs...
Or, juste à mi-chemin entre Plomion et Jeantes, par la D 747, se dresse Saint-Nicolas à Bancigny.
Pas la foule. Le village rassemblait 132 habitants en 1793 et n'en comptait plus que 22 en 2007...
Mais une atmosphère vraiment paisible. Avec de l'espace. Comme une suspension du temps. La neige n'y tombait que sur la pointe des cristaux.

Carte postale d'un obsédé des précisions administratives. A gauche, une ferme avec son porche colombier. A remarquer l'état des deux tours modifié aujourd'hui. (DR)

Comme un coquillage aux volutes centrés sur la D 747, Bancilly se baigne dans deux ruisseaux : le Huteaux et le... Robinet.
Ici aussi, les noms des lieux-dits (en)chantent. En traçant un cercle partant de l'ouest pour y revenir, vous passez par :
- Les Bouvrils, la Passe Maillard,
le Blanc Trou, l’Arrêt, l’Epine Bruyante,
la Croix Félix, la Fosse aux Chênes, la Borne Blanche,
le Clos Richet...

Alors que la neige hésite encore... (Ph. JEA / DR).

En été, l'église est ouverte au public. Mais par ces temps de frimas, la porte est close. Qu'à cela ne tienne. Un chien s'énerve au loin, des merles ont trop froid pour se moquer. De loin, une fermière vous observe en détresse, là, échoués, pas farauds.
- Vous aimeriez visiter ? (elle a une voix qui porte drôlement bien, le chien s'avoue vaincu, les merles s'envolent).
- Si c'était possible...
- Vous allez à la ferme en face, celle qui est à vendre. Vous ouvrez la boite aux lettres. La clef que vous allez trouver, est celle de l'église. N'oubliez pas de l'y remettre en partant...

Vue de la tour droite (Ph. JEA / DR).

Monuments historiques :

- "Eglise de dimensions modestes, construite moitié en pierre blanche et moitié en brique. Le portail est encadré de deux tours rondes, courtes et massives, dont les soubassements sont en pierre. L'église possède des fonts baptismaux en pierre du 12e siècle et un groupe sculpté formant calvaire en bois polychrome du 16e siècle. Une campagne de restauration a eu lieu en 1992. Des vitraux, oeuvre de Jéroen Dykhuizen, ont été posés en 1992."
(Gouv. fr., Mérimée).


Seul bémol, l'électricité est coupée. Impossible dans l'obscurité de même distinguer les sculptures en bois. Par contre, la porte laissée ouverte, permet de deviner la masse des fonts baptismaux.

Malgré une allergie personnelle, l'absence de lumière oblige à recourir au flash (Ph. JEA / DR).

9 siècles entre ces étranges animaux et nous, visiteurs étrangers (Ph. JEA / DR).

Monuments historiques :

- "Fonts baptismaux : XIIe, avec couvercle en bois. Cuve quadrangulaire supportée par un fût monocylindrique, flanqué de 4 colonnettes."

Fruits d'arum (Ph. JEA / DR).

Images du patrimoine :

- "Tournaisien ou mosan, ce type de fonts baptismaux "en pierre bleue", réalisé au XIIe siècle, a été diffusé dans les anciens diocèses de Liège, Cambrai, Reims, Laon, jusqu'en Angleterre et dans les pays scandinaves (...).
Les fonts tournaisiens auraient une forme quadrangulaire sculptée sur ses faces de rinceaux, reposant sur un fût cantonné de quatre colonnettes à chapiteaux ; ils se trouveront le long de la voie Reims-Bavai-Tournai : on les dénombre surtout dans le Porcien, le Marlois, le Laonnais et la Thiérache. La sculpture en faible relief au répertoire végétal (fruits d'arum, rinceaux), animal (griffon, dragon, loup-cervier) et anthropomorphe reste un aspect original de la sculpture romane de la France du Nord."

Face des fonts presque accolée au mur de la nef (Ph. JEA / DR).

Jadis, Bancigny connut d'autres heures plus florissantes :

- " En 1439, Philippes de Hornes, chevalier seigneur de Bancigny et de Dhoy (Dohis), donne au comte de Nevers, baron de Rozoy, le dénombrement de la seigneurie de Bancigny et ses dépendances.
Bancigny comprenait alors dans sa mouvance les villages de Plomion, Harcigny, Nampcelles, Jantes, Dohy, Saint-Clément, Cuiry, Comeaux, Grandrieux, Braye en partie et les fiefs d'Hary, Dagny."

Tronc (Ph. JEA / DR).

En sortant, nous n'avons pas omis de déposer la clé dans la boîte aux lettres de la ferme à vendre. Vous en partagez maintenant le fragile secret. Et ce n'est évidemment pas nous qui sommes repartis après avoir fracturé le pauvre tronc de charité de St-Nicolas...

11 commentaires:

brigetoun a dit…

sève de ces sculptures

La Feuille a dit…

Reportage passionnant sur ces églises fortifiées. Décidément, il nous reste bien des régions à explorer, que ce soit pour les richesses naturelles ou pour le patrimoine historique. Il est, de plus, particulièrement plaisant de vagabonder dans des zones que les touristes endimanchés ignorent un peu. Je garde un souvenir ému du château de Puylaurens, dit forteresse cathare, monument touristique, visité par un petit matin brumeux... Nous étions les seuls à errer dans les ruines et à écouter la parole des pierres et le gazouillis des oiseaux...

JEA a dit…

@ brigetoun

en vérité, les fonts romans de Jeantes et de Bancigny sone effectivement fascinants...

JEA a dit…

@ La Feuille

Très bienvenue à la Feuille Charbinoise, le "blog qui surménage"...
Evidemment, côté tragique, paysages, architecture, climat, couleurs, et même façons de faire chanter les accents, Puylaurens et Bancigny se situent à deux extrêmes de la France. Mais vous avez raison, ici ou là, pour qui sait choisir l'heure et les chemins, les sensations et les émotions sont au rendez-vous...

D. Hasselmann a dit…

Une balade magique vers, devant et dedans cette église (à quand un classement au patrimoine mondial ou simplement national, si ce n'est déjà fait pour le second ?).

Un article de fonts, soyez béni !

(Le flash éblouit, écrase, mais est parfois indispensable.)

JEA a dit…

@ D. Hasselmann

Un beau cadre pour une exposition de Ko Siu Lan ?!? Non ???
Pour cette artiste chinoise, pour la liberté de créer même si un quelconque pouvoir doit y éprouver grand déplaisir, Désormière et vous avez remué ciel et terre des blogs. Et pas en vain...

NB : Bancigny figure au nombre des monuments historiques mais des Hollandais bénévoles se sont coltinés la remise en état. L'Europe positive, quoi...

Tania a dit…

Encore un beau billet pour admirer et apprendre. Merci pour les gros plans qui permettent de toucher ces fonts baptismaux au décor étrange, pour moi qui ignore tout de ces pierres bleues romanes du nord.
(Est-ce prudent d'indiquer où se trouve la clé, par ces temps de pillage éhonté?)

JEA a dit…

@ Tania

Bancigny ou mon hameau : même topo. Plutôt désertique. Mais les fenêtres ne sont pas aveugles... On ne sort pas pour déranger le touriste si rare de passage. Sans le laisser tomber pour autant s'il semble paumé... Mais le moindre comportement à problème ne peut passer inpareçu.
J'écris cela pour tenter de me donner bonne conscience.

noel a dit…

L'épine bruyante, je ne les savais pas surréalistes...
Quant à la clef, je te rassure, on n'ai jamais vu un voleur organisé être arrêté par une serrure d'église...

JEA a dit…

@ Noël

J'ai évité (contrairement à mes habitudes) de photographier la porte. Nullement en beau bois clouté et parcourue des nervures du temps. Mais en une espèce de contre-plaqué assez lamentable...

JEA a dit…

@ Noël (bis)

Voici quelques mois déjà que je me promets de mettre en billet la toponymie des "épines" ardennaises...