DANS LA MARGE

et pas seulement par les (dis) grâces de la géographie et de l'histoire...

mercredi 10 juin 2009

P.130. La Retirada

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Ed. Actes Sud, 2009, 164 p.

Présentation :

- "La Retirada de 1939, l'exode des républicains espagnols vaincus, parqués dans le camp d’Argelès à leur arrivée en France racontée par des dessins, d’une force incroyable, de Josep Bartoli, témoin et acteur de ce drame, grand artiste et ami de Frida Kahlo.


Le 26 janvier 1939, Barcelone tombe aux mains des franquistes. Les républicains sont vaincus, après trois ans de guerre civile qui a ensanglanté toute l’Espagne. Civils, militaires fuient vers la frontière pour se réfugier en France.
Le 27 janvier, la frontière est ouverte, les premiers réfugiés civils entrent en France, pendant que les derniers combattants continuent la lutte jusqu’au début du mois de février où sonne l’heure de la "Retirada", la Retraite. Devant l’arrivée de près d’un demi-million de personnes les autorités françaises choisissent de concentrer les réfugiés près de la frontière pour éviter qu’ils ne se dispersent et pouvoir ainsi les contrôler.
Le 5 février, le gouvernement français décide de laisser entrer ce qui reste de l’armée républicaine.
Des familles sont séparées. Pour les hommes on ouvre des camps sur les plages à Argelès et à Saint Cyprien notamment.. Ces camps sont barbelés, la surveillance est assurée par des tirailleurs sénégalais et des gardes mobiles.
Dans celui d’Argelès, un commissaire politique du POUM, qui est aussi un grand artiste, Josep Bartoli croque au jour le jour la vie de ses compagnons d’infortune. Il nous donne à voir avec une centaine de dessins d’une force époustouflante le spectacle dantesque de ces gens entassésdans des baraquements, prisonniers dans un pays qui a refusé d’aider la République contre Franco. De quoi désespérer. De quoi s’indigner.

Auteur : Josep Bartoli partira au Mexique où il deviendra l’ami de Frida Kahlo, avant de s’installer aux USA.En contrepoint le photographe Georges Bartoli, son neveu, interrogé par Laurence Garcia nous livre, pour les 70 ans de la Retirada, son témoignage sur la dure condition des exilés espagnols jusqu’à la fin du franquisme."

Détail de photo prise sur les chemins menant à la France (DR).

L’Hispanolia :

- "La Retirada, le livre édité par Actes Sud, est une œuvre à plusieurs voix.
Celle de Josep Bartoli, un dessinateur, soldat républicain, qui trouvera avec son crayon la force de lutter encore.
Celle de son neveu, Georges Bartoli, dont les parents vécurent aussi cette épreuve et qui est interrogé par Laurence Garcia et livre une réflexion sur la mémoire et le destin de ces réfugiés qui finirent par s'établir en France, souvent en prendre la nationalité et déboucher un champagne amer lors de la mort de franco en 1975.
Les dessins de Josep Bartoli sont d'une force et d'une originalité peu commune, comme la vie de cet homme, dessinateur de presse, combattant engagé du côté des anarchistes et dont la femme, enceinte, périra dans un train bombardé alors qu'il tentait de passer en France. Ses dessins réalisés dans les camps traduisent sa douleur et celle son peuple. Sa rage aussi face à l'attitude des français inconscients du péril qui guette. Bartoli s'évadera, passera finalement au Mexique où il deviendra, entre autres, un ami de Frida Khalo.
Il restera à jamais un combattant anti-franquiste. Comme son frère, le père de Georges. Face à ces modèles, ce dernier poursuivra leur engagement en devenant journaliste, reporter photographe et s'intéressera à d'autres peuples réfugiés comme les kurdes ou les palestiniens.
Éclairant une page peu glorieuse de notre histoire (il en reste, on en trouve tous les jours), le livre rappelle aussi que le siècle des extrêmes a été un long combat, au delà des luttes entre états, entre une certaine forme de barbarie et ceux qui se dressèrent devant elle pour un pays « qui est tous les pays à la fois et aussi celui de la liberté ». "
(30 mars 2009).

Montage JEA (DR).

Le Canard enchaîné :

- "Voici un livre bouleversant, un cours d’histoire de France, grâce aux dessins, aux photos et au récit, sur la façon ignoble dont ont été traités, en 1939, les quelque 500.000 hommes, femmes et enfants qui fuyaient l’Espagne om triomphait Franco. On les enferma dans des camps, sous la garde de gendarmes méprisants, dont la plupart, un ou deux ans plus tard, se mettront au service de Pétain et des nazis.
Au détour d’une page, dans ce remarquable travail de mémoire, on découvre le rôle de cette infirmière autrichienne qui, après a voir soigné les soldats antifranquistes blessés sur le front, fera naître 600 petits républicains après avoir extirpé des camps français leurs mères enceintes. Elle a aujourd’hui 92 ans. Salut aussi à elle !"
(C. A., 22 avril 2009).


Marie-José Sirah :

- " Le livre de Bartoli raconte cet exil permanent, ces allers-retours incessants entre deux pays, deux langues, deux histoires à jamais liées l’une à l’autre. Son livre n’a aucune vocation historique du point de vue scientifique. C’est un livre confession, un livre passion qui participe du travail de mémoire. Il est le fils « du rêve brisé », écrit-il. Il est le fils de cette Espagne républicaine qui a donné de sacrés rejetons à la République française. La sonnerie du portable de Georges Bartoli sonne… au son de l’Internationale. On ne se refait pas !"
(L'Humanité, 25 mai 2009).


Et quelques retours sur ce blog :

- P. 8 : Archivo Rojo.
- P. 64 : Nicole Bergé, plus que photographe des "Camps de la honte".
- P. 78 : Hommage à la Catalogne.
- P. 110 : "Instants de guerre" d'Espagne par Laurie Lee.

Plus ce lien proposé par D. Hasselmann vers des jeunes du Lycée Lamartine (Espagnol et Arts plastiques) : "Exilés puis déportés". Cliquer ICI .

12 commentaires:

brigetoun a dit…

terriblement tentant

JEA a dit…

@ brigetoun

L'Europe retient si peu de suffrages, et même voit revenir en force des nationalismes racistes. Cependant, cette même Europe ne peut plus être celle où la France enfermait dans des camps infâmes les réfugiés espagnols, celle à la base de deux guerres mondiales en moins de trente ans...
Des progrès sont trop lents à notre échelle mais avec le recul, des utopies glissent vers des réalités.
Mais il y encore les roms, les nouveaux immigrés, et toujours les résurgences des négateurs, les tentations pour tout homme "fort" (en hauts talons ou pas)...
Les deux plateaux de la balance sont chargés.

D. Hasselmann a dit…

Ma femme et ma fille (14 ans) sont allées le 9 mai voir au lycée Lamartine, à Paris, un spectacle joué par les élèves de première à partir de cet épisode historique :

http://lyc-lamartine.scola.ac-paris.fr/animations/AnimDrte.htm

On voit qu'il existe des profs qui savent - contrairement à ce que croient certains responsables politiques - sensibiliser leurs élèves pas seulement aux bienfaits des stocks-options et du "travailler plus", chanson douce aux oreilles des chômeurs.

JEA a dit…

@ D. Hasselmann

Merci pour votre lien qui a été ajouté en fin de cette page 130.

En périodes d'affreux désenchantements, il me souvient que des piétons s'arrêtaient sous les fenêtres d'une classe. Et ne repartaient que bien plus longtemps. D'un pas qui semblait plus léger, moins lugubre.

Cactus a dit…

je suis votre petit soldat JEA/JEA ! JLG/JLG n'a qu'à bien se tenir !
emporté par vos écrits , je suis saoul là , comme Daniel Darc hier soir lors de la mise en Fourvière de Vian sissi !

JEA a dit…

@ Cactus

Soldat d'un objecteur de conscience...

zoé lucider a dit…

Puis-je jouer la Madelon ou est-ce tendancieux? Il me semble, mais je ne peux l'affirmer, que si j'avais été synchrone avec ces époques terribles, j'aurais eu un petit baril de remontant accroché à ma jugulaire. Résister c'est créer comme dit Miguel Benassayag (qui sait ce qu'est la prison et la torture)

Frasby a dit…

Je ne commente pas au delà, je lis. Je lis vraiment. Chez vous j'apprends, je m'instruis. Enfin voilà. Ils sont passionnants vos articles. Merci.

JEA a dit…

@ Zoé

Hélas, le 26 avril 1937, le chêne de Guernica ne fut plus un arbre à palabres. Les glorieux aviateurs nazis déversèrent 50 tonnes de bombes sur la ville en plein marché. Puis mitraillèrent sans état d'âme les civils sans défense...

JEA a dit…

@ Frasby

A force de me voir revenir régulièrement, un gardien de musée à Den Haag avait fait placer une banquette dans la salle où je rêvais le plus.
Je ne suis point gardien, n'ouvre aucun musée, mais vous il ne sera pas dit que je serais moins accueillant que ce Hollandais non raciste.

Cactus a dit…

aucune objection alors !

JEA a dit…

@ Cactus

Hélas, hélas, mille hélas...
Votre invitation torture involontairement. Jamais je n'ai posé mon couteau pliant sur la table d'un vrai bouchon lyonnais. Vous imaginez un peu cette frustration fondamentale !
Et y partager votre repas, nos évasions, des mots comme des ailes, voilà le manque qui devient gouffre insondable !
Hélas, après douze mois passés avec des chaussures de scaphandier aux pieds, il est encore trop tôt pour débarquer sur terre de tentation et d'émotion lyonnaise. Mais votre invitation a même fait saliver les prairies d'ici.