DANS LA MARGE

et pas seulement par les (dis) grâces de la géographie et de l'histoire...

vendredi 26 février 2010

P. 244. D. Hasselmann rue des Rosiers...

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Pages nomades (Ph. JEA / DR).

Après Dominique Hasselmann,
Tania, Clopine, Zoé Lucider,
Frasby, Anita et Savarati,
retour à Dominique Hasselmann...


Il est en vacances, son blog aussi. A l'Elysée et dans d'autres lieux de pouvoirs, il y a des ouf de soulagements qui ne doivent pas se perdre... Par contre, du côté du Monde, pas impossible que son retour soit déja attendu avec grande impatience.
Dominique Hasselmann est officiellement aux abonnés absents. Mais en vérité, sa silhouette persiste et signe dans les rues et des détours d'un Paris toujours surprenant. Son appareil photo capte encore et toujours les couleurs, les douceurs ou les douleurs. Que d'images insolites, insolentes, insubordonnées, imprévisibles...

Les instantanés de Dominique Hasselmann redressent des barricades là où les pavés refusent les injustices et les abus. Ses photos ouvrent aussi des plages de rêveries en pleine ville. Révoltes. Nostalgies. En suivant ses itinéraires échappant aux horaires, on échappe aux lois de bien des pesanteurs...

Page nomade de Dominique Hasselmann :

Révisionnisme rue des Rosiers ?

Passant le 23 février, en fin d’après-midi, rue des Rosiers à Paris (4e), je constate que le Hammam Saint-Paul est enfin devenu une surface plus rentable, même si l’on a gardé – comme une sorte d’alibi peinturluré – l’ancienne inscription tout en haut du bâtiment.

(Ph. D. Hasselmann / DR).

Plus loin, le fameux restaurant Jo Goldenberg a cédé, comme prévu, la place à un magasin de fringues. Il faut bien se vêtir avec son temps, et les pyjamas rayés ont été heureusement remplacés par des ensembles, pour femmes et pour hommes, où le noir s’acoquine parfois imprudemment avec le rouge.

(Ph. D. Hasselmann / DR).

En décembre 2008, j’avais déjà noté que ce lieu historique avait été débarrassé – mais par quelle main si peu précautionneuse du respect de l’Histoire ? – du signe public qui gardait vivante la mémoire de l’événement sanglant auquel il fut confronté.

Petit « détail » : depuis, la plaque commémorant l’attentat qui eut lieu contre le restaurant Goldenberg, le 9 août 1982, n’a pas été reboulonnée. Il reste quatre trous sur la façade.

(Ph. D. Hasselmann / DR).

Et ici, maintenant, comble de l’ironie ou du dernier chic, on a gardé l’ancienne toile indiquant la destination passée de l’établissement (Goldenberg, un nom qui figure sur Internet et dans les guides touristiques) pour surplomber un magasin de fripes pour passants friqués, bobos argentés et touristes en mal de sensations.

« Le Temps des cerises », ça s’appelle, cette usine où la vêture a remplacé la conscience : savent-ils même ce à quoi renvoie cette appellation ?


(Ph. D. Hasselmann / DR).

Deux hypothèses : soit Jo Goldenberg lui-même a récupéré la plaque historique, et donc elle aurait dû être dupliquée sur la façade du commerce de vêtements ; soit la maire du 4e arrondissement n’est pas au courant ou bien elle estime, sans doute comme le propriétaire des lieux, que cette inscription aurait « fait tache » à côté de la vitrine présentant des petites robes, « hauts » et pantalons pour une clientèle avide de mode « made in Paris ».

Si, par ailleurs, le vol de cette plaque est avéré, comment expliquer qu'elle n'ait toujours pas été réinstallée sur la façade, selon le souhait exprimé par Bertrand Delanoë en mars 2007 ?

La rue des Rosiers a changé, comme le quartier du Marais. On s’est adapté à la mondialisation, à la marchandisation. Se déplacer pour retrouver ici – à part quelques boutiques vendant encore des spécialités «yiddish», et conservées sans doute pour la couleur locale - les mêmes vêtements que l’on peut trouver aux Halles, voire avenue Montaigne, est-ce pourtant bien utile ?

(Ph. D. Hasselmann / DR).

L’Histoire ne repasse pas les plats : c’est vrai également pour le restaurant Goldenberg et ce qu’il représentait. Que l’on ne s’étonne pas de voir le ministre de l’Education nationale vouloir maintenant raboter l’enseignement de l’Histoire dans les lycées ; c’est finalement dangereux de connaître le passé et de vouloir en tirer des leçons !

L’avenir leur appartient, aux petits maîtres du «business» qui ne font pas, évidemment, de politique.

Le révisionnisme, maladie infantile du capitalisme, a-t-il frappé, là aussi, rue des Rosiers ?

Dominique Hasselmann




12 commentaires:

brigetoun a dit…

j'espère (absurdement, parce que pourquoi l'aurait-il fait ?) que c'est Goldenberg qui a récupéré la plaque) - reste-t-il une seule épicerie-patisserie ou autre ?

D. Hasselmann a dit…

@ brigetoun : je ne connais pas, pour le moment, la solution de l'énigme. Mais il reste encore quelques pâtisseries et boucheries (Panzer est en vacances).

Ariégeois a dit…

A suivre les photos, c'est comme une deuxième mort pour ce quartier...

Cécile a dit…

De la rue des Rosiers, "ils" n'ont laissé que les épines !

JEA a dit…

@ D. Hasselmann

Soyez encore remercié pour ce reportage offert spontanément aux mo(t)saïques...
Pour vos photos, comme pour celles des autres pages de ce blog, un simple clic les agrandira bellement.

zoé lucider a dit…

J'ai habité (autrefois) rue des Ecouffes une petite rue qui finit rue des Rosiers. j'y suis revenue dernièrement et je n'ai rien reconnu et surtout pas l'odeur qui fut d'épices, cette rue ayant accueilli moultes petites épiceries. Tout le Marais est désormais dédié au clinquant bon chic bon genre. Quant aux plaques commémoratives...
Merci pour le reportage o'DH et pour la vitrine o'JEA

Anonyme a dit…

Heureusement qu'il y a des piétons de Paris qui sont en plus des photographes doués comme D. Hasselmann. Grâce à eux, les enfants et petits-enfants verront encore des coins de la capitale disparus ou massacrés.

JEA a dit…

@ zoé lucider
ni du quartier et encore moins
parisien, j'ai néanmoins traîné bien des nostalgies par la rue des Rosiers
alors que si souvent les mégalopoles sont d'énormes boules puantes
je ne puis que vous rejoindre sur les parfums de là-bas, autrefois
avec des épiceries et des étals comme des feux d'artifice pour les couleurs et les odeurs

JEA a dit…

@ Anonyme

le jour où Dominique Hasselmann annoncera une publication (sous forme de feuilles de chêne ou autres) de ses photos
ce jour-là sera jour de fête et Tati sera invité avec sa pipe !

Nostalgie a dit…

Merci pour cette promenade nostalgique. La rue des Rosiers a bien changé depuis la fermeture du hammam (que beaucoup de gens regrettent) où j'allais
me détendre après une journée de travail. Heureusement qu'il reste encore de belles promenades, l'on peut passer des jours et des jours à arpenter les rues et admirer les hôtels particuliers qui eux étant classés ne disparaitront pas. Mais qui connait son Histoire ? Oublions ces magasins "chic, chers et snobs"...
En ce qui concerne la plaque de l'ancien restaurant "Goldenberg" qui était une institution, qui ne connaissait pas Mme Goldenberg ? posons la question à Mme Bertinotti Maire du 4ème, peut-être a-t-elle la solution ? Ce qui
m'étonnerait, ce n'est ertainement pas son souci principal.

JEA a dit…

@ Nostalgie

Merci de partager vos mélancolies. Nous ressontons comme le mal d'un "pays" disparu avec tant, avec trop de ses ombres. Que d'étoiles éteintes au-dessus de la rue des Rosiers...

D. Hasselmann a dit…

@ Nostalgie : le lien dans l'article vers la mairie de Paris est une question inscrite en filigrane.

Si Dominique Bertinotti (édile PS) parcourt non seulement les rues "ravalées" de ce quartier mais un peu Internet, elle devrait sans doute un jour apporter une réponse intéressante à la question posée.

Bertrand Delanoë serait ainsi rassuré de voir avec quelle promptitude sa "demande", qui date bientôt de trois ans, a été réalisée.