DANS LA MARGE

et pas seulement par les (dis) grâces de la géographie et de l'histoire...

lundi 22 février 2010

P. 242. "Image voilée, image volée..."

.
Pages nomades (Ph. JEA / DR).

Après Dominique Hasselmann,
Tania,
Clopine,
Zoé Lucider,
Frasby et
Anita...

Saravati et sa page nomade

Souvenir, souvenir. C'était aux hasards et aux nécessités d'un autre blog que d'aucuns confondaient volontiers avec une niche exclusive. Naïvement, j'y évoquai - sans la nommer - l'une de mes anciennes élèves devenue écrivain, femme de théâtre et chroniqueuse radio. Sous la pression des questions, je n'avouai que l'année (1967-1968), l'établissement scolaire (à Marchienne-au-Pont) et basta. Or une commentatrice prit ce ruisseau minimaliste pour en remonter le faible courant. Ne se laissant pas rebuter par les fumigènes que j'avais semés. Et pour aboutir à la source : Thilde Barboni. Pour ajouter : "A la Foire du Livre de Bruxelles où elle se prêtait à une séance de signatures, je m'en suis approchée mais elle était en grande conversation et cela n'a pas été plus loin"...
Tandis qu'un clébard aboyait aussitôt et par principe que Thilde Barboni était "nulle", comment ne pas être épaté par cette Sherlock, version féminine et belgo-francophone ? Son nom : Saravati.

Pour sortir des sentiers de l'anecdotique, passons à son blog qu'elle oxygène depuis novembre 2007 :
- "Les petits délires de Saravati
de ces petits touts qui ne mènent à rien...
de ces petits riens qui englobent tout".

Plus de 75.700 visiteurs n'y ont pas boudé leurs plaisirs devant ses photos et ses mots, sans chocs artificiels ni pesanteurs étouffantes. Pas de grandiloquence ni d'effets de manche. Pas de prétention amphigourique.
Mais une musique personnelle. Se dérobant à toute clef (même de sol). Qui interroge sur l'envers des décors. Inconfortable. Avec autant d'ombres que de lumières. Ainsi parmi ses derniers billets :
- "Attendre", "Blog illisible", "Démons intérieurs", "Compagnie glaciale", "Couperet", "Fièvre", "Miroir"...

Saravati, transfrontalière aussi, quand elle a accepté de passer de Belgique aux Ardennes de France pour cette page à propos de laquelle elle précise :
- "Je vous envoie un texte écrit il y a quelques mois, un peu avant la polémique sur la burqua, en se mettant dans la peau de celle qui la subit."

Saravati :
- "Photo que j'ai prise en Suède, dans la ville de Karlshamm, un monument dédié aux émigrants, avec un couple qui regarde dans des directions opposées."

Saravati :
"Image voilée
image volée"

- "Vous, vous m’avez volé mon image
Ne la gardant que pour vous
Vous avez posé sur ma tête un carcan
Et devant mes yeux des grillages
Pour que je vois le monde à mon image, morcelé.
Vous avez restreint mon champ de vision
Vous m’avez obligée à baisser constamment la tête
Pour voir où mes pieds que je ne distingue plus
Me mènent malgré moi

Vous avez effacé la beauté de mon visage
Gommé son ovale
Pâlit ma bouche autrefois gourmande
Ternit la fulgurance de ma chevelure sauvage
Pour l’emprisonner à jamais
Vous avez volé ma jeunesse
Et je priais le ciel de ne pas avoir de fille
Que vous auriez aussi façonnée de la même manière
Une enfant à qui j’aurais crier de profiter
A fond de son enfance
Le seul moment de sa vie où elle
Serait vivante et belle
A ses yeux et au regard du monde.

Et le pire, c’est que vous avez enfreint mon âme
Contraint ma volonté à dire que la vôtre
Etait mon choix personnel

Vous, vous êtes maintenant vieux, laid
Bousouflé.
Mais je reste votre chose
Destinée à vos plaisirs capricieux
Je n’ai pas d’amour pour vous
Que de la soumission
Depuis toujours
Que de la révolte
Depuis longtemps
."


10/11/2009

15 commentaires:

brigetoun a dit…

pourquoi le dire ? pour se redresser

JEA a dit…

@ brigetoun

pourquoi l'écrire ? pour ne pas périr dans les indifférences

D. Hasselmann a dit…

Ce texte est à l'image de son blog : poétique, philosophique, pudique.

Il suffit d'écarter le voile.

JEA a dit…

@ D. Hasselmann

son blog qui n'est pas une cage...

Alberte a dit…

Merci pour le choix musical de Saravati : du beau transculturel.

Charlie a dit…

Pour la burqa, il n'y a pas photo.

Saravati a dit…

@ brigetoun
Ces femmes ne parlent pas ou ne peuvent pas le faire. Se redresser, oui mais pas dans la solitude !

@ JEA
Le phénomène sociologique que représente cette population ne peut occulter la souffrance psychologique de celle qui la vit enfermée dans son univers clos.

@ D. Hasselman
Vos mots comme un souffle de vent frais dans les voiles pour voguer toujours plus loin, merci !

@ JEA
Une cage est faite pour qu'on y découvre cet endroit fortifié où une porte peut s'ouvrir !

@ Charlie
Les étoffes cachent les corps et les photos volent les âmes. ...alors il faut bien utiliser des subterfuges : image du nord pour exprimer réalité du sud !

Saravati a dit…

@ Alberte
Si vous ne les connaissez pas, voilà les paroles traduites de cette chanson (que j'ai un peu ajustées à ma façon).
Cette chanteuse a construit un pont entre des cultures musicales très différentes : musique espagnole, arabe, indienne ...
**************************
Dis- moi à quoi tu penses
Tu es avec nous et tu es tout seul
Des gens se sont dispersés vers la mer
Et toi tu t'enfonces, tu pars au loin
Ça se voit que ton coeur est plein
Ça se voit que tu n’as rien à ajouter
Celui qui souffre dès l’enfance
Garde toute la vie sa flamme allumée

Laissez-moi, laissez-moi
Laissez- moi pleurer sur mes décisions
Laissez-moi, laissez-moi
Laissez- moi pleurer sur ma chance

Regarde les gens comme ils sont contents
Regarde les gens comme ils s’amusent
Regarde le ciel comme il est clair
Et toi ton ciel est sombre
Y'en a un à qui la vie a souri
Et elle lui a donné sans compter
Y'en a un comme toi qui pleure
Et qui supporte sa souffrance

JEA a dit…

@ Saravati

"le blog cage" : j'ai honte du jeu de mots

Saravati a dit…

@ JEA
Les mots sont des jeux comme les autres, bons ou mauvais ou faux jetons, ils ont les us sages qu'on veut bien leur attribuer (voyez, c'est contagieux !)

Alberte a dit…

@ Saravati

Avec vous, il faut multiplier les remerciements : votre poème, la photographie, plus qu'une illustration musicale et vous ajoutez si gentiment sa traduction

Liberté a dit…

Belle musique et belles paroles, tout est dit. L'ont ressent l'immense
tristesse de ces femmes soumises au bon plaisir de ces hommes qui se servent
de la religion comme prétexte, et pour qui la femme est un objet..

JEA a dit…

@ Saravati

il n'y a pas d'excuse pour m'être planté dans le libellé de votre blog, un comble de ma part : écrire "riens" en lieu et place de "touts"...

MARIE a dit…

Je suis passée chez Saravati et je fus bien servie ... Merci ;o)

Saravati a dit…

@ Alberte
Oui, d'avoir été ici si bien reçue, j'ai sorti ma belle argenterie. Merci à vous !

@ Liberté
Encore beaucoup de pain sur la planche et beaucoup d'eau sous les ponts pour voir une embellie.
La femme a un des outils pour le faire : l'éducation de ses fils ! Mais a-t-elle conscience de ce pouvoir souterrain ?

@ JEA
Rien de grave, tout est relatif, un tout fait d'un assemblage de petits riens et vice-versa ou presque, les mots sont ainsi faits pour nous jouer leur tour !
Merci de m'avoir laisser partager un coin de votre yourte, votre thé est excellent et le feu réconfortant !

@ Marie
Bienvenue chez moi, je suis en route pour vous rendre la visite, je crois que je vais être agréablement surprise. Toc toc ...