DANS LA MARGE

et pas seulement par les (dis) grâces de la géographie et de l'histoire...

mercredi 24 février 2010

P. 243. France, terre d'expulsions ?!?

Graph. JEA / DR.

Najlae expulsée parce que battue :
il y a "quelque chose de pourri
en République française".

7 mai 2007, salle Gaveau. Elu Président de la République depuis une vingtaine de minutes, Nicolas Sarkozy prononce son premier discours :

- "Je veux lancer un appel à tous les enfants et les femmes martyrisés dans le monde, pour leur dire que la France sera à leur côté, qu'ils peuvent compter sur elle."

Paroles ? Paroles ?
Pardon. Des engagements, oui. Et publics. Et solennels. Et qui dépassent la personnalité les énonçant dans l'euphorie d'une victoire électorale. Car chacun(e) y entend la voix de la France. Celle des Droits de l'Homme. Celle qui a choisi l'incomparable devise unissant la liberté, l'égalité et la fraternité. Celle qui fait encore rêver.

Certes, la France, c'est aussi - pour simplifier - le Front National. Mais une minorité, aussi déplorable soit-elle. Les sondages lui prévoient 10% des voix aux prochaines élections dans les Ardennes. Si cette minorité-là voit ses fantasmes haineux devenir réalités sans même avoir à se salir les mains car le pouvoir actuel s'y emploie, alors oui, il y a "quelque chose de pourri en République française". Ce constat aussi attristé qu'indigné a été signé dans Le Monde par un ancien premier ministre belge, chef du groupe libéral au Parlement européen, pas vraiment un gauchiste.

Guy Verhofstadt :

- "Pour ses voisins, la France a souvent été un modèle d'inspiration et d'admiration (...). Elle est source d'accablement pour ses amis qui la voient se perdre dans une polémique stérile sur l'identité nationale. L'opportunité politicienne de ce débat, sa conduite hésitante et ses finalités floues donnent en effet l'impression désastreuse que la France a peur d'elle-même. Il y a décidément quelque chose de pourri en République française.
(…)
Au moment où l'on célèbre le 50e anniversaire de la mort de Camus, il serait paradoxal que la France s'abandonne à une posture étrangère à celle qui a fait sa réputation multiséculaire. Il existe certes une autre France, maurrassienne, chauvine qui ne s'est pas illustrée au mieux lors des grands chocs nationalistes du XXe siècle. Mais de la France qu'on aime et dont on a besoin, on attend des idées, des projets, et non pas le repli identitaire d'une vieille nation frileuse, plus occupée à ressasser les échecs du passé qu'à préparer ses succès de demain."
(Le Monde, 11 février 2010).


A peine l'encre du Monde est-elle sèche qu'éclate l'affaire Najlae.

D'après une campagne publicitaire de reporters sans frontières. Marianne en femme battue (DR).

Message du RESF du Loiret, le 20 février à 10h33 :

"Nous venons d'apprendre l'expulsion express par la préfecture du Loiret d'une jeune lycéenne dont nous ne connaissions pas la situation. Tout c'est fait en même pas 24h. Nous mettons en place la réaction, en liaison avec Resf Maroc.
Najlae, 19 ans, élève en lycée professionnel à Olivet (Loiret) a été expulsée ce matin vers le Maroc.
Il y a cinq ans son père veut la marier. Sa mère lui dit de partir chez son frère en France.
Mais celui-ci la maltraite régulièrement. Mardi dernier les violences atteignent un degré extrême et Najlae se réfugie chez la mère d’une amie d’internat.
Vendredi 19 février, Najlae se rend à la gendarmerie de Châteaurenard, près de Montargis, pour porter plainte.
Elle a un gros hématome à l’œil, le nez enflé, des hématomes importants sur le dos, l’épaule, la cuisse, la main.
Les gendarmes la placent en garde à vue à 15h30. En fin de soirée elle est conduite en rétention, les gendarmes ne veulent pas dire où.
A 4 heures ce matin, elle appelle ses amis pour leur apprendre qu’elle prendra l’avion pour Casablanca à 7h35.
Najlae ne veut pas retrouver sa famille au Maroc car elle sait depuis peu qu’elle est destinée à être mariée à un cousin.
Najlae doit revenir en France le plus vite possible et reprendre ses études.
La justice doit donner suite à sa plainte. La France doit la protéger !"

(Réseau Education Sans Frontières).

Communiqué RESF, 23 février :

- "Le vendredi 19 février au matin, elle se décide à porter plainte contre son frère à la gendarmerie de Château-Renard. Les gendarmes lui conseillent de récupérer ses affaires chez son frère et l’y accompagnent un peu plus tard. Ils en profitent pour prendre son passeport et la placent en garde à vue à 15 h 30. Vers 23 h, elle est transférée à la gendarmerie de Montargis. A ses amis inquiets, les gendarmes ne veulent même pas dire à quel endroit elle se trouve.
C’est à 4 heures du matin que Najlae appelle ses amis pour leur apprendre qu’elle prendra l’avion pour Casablanca à 7 H 35 où elle arrive en fin de matinée.
Najlae ne veut pas retrouver sa famille au Maroc car elle sait qu’elle est destinée à être mariée à un cousin.
Tout dans cette affaire est ignoble. Du début à la fin les droits humains ont été bafoués. Il n’y a pas de mots assez forts pour qualifier ceux qui ont pris ces décisions. Car Najlae avait le droit de saisir la justice pour les violences subies, elle avait le droit de contester le refus de séjour du préfet devant le tribunal administratif : en précipitant son expulsion, le préfet lui a volé ces droits.
Il est vrai que ce sont les mêmes qui avaient déjà envoyé un nourrisson de quelques jours en rétention et qu’ils sont bien connus pour essayer d’expulser les femmes victimes de violences en s’appuyant systématiquement sur les témoignages de leurs bourreaux.

Cette fois, la gendarmerie et la préfecture font courir le bruit que Najlae ne voulait pas porter plainte ! Alors pourquoi serait-elle allée à plusieurs reprises à la gendarmerie ? Les autorités cherchent à se couvrir alors qu’elles sont en tort et qu’une jeune fille est brisée dans son élan et menacée par sa famille !"

Affiche RESF (DR).

Mourad Guichard, LibéOrléans :

- "Depuis son expulsion, Najlae a été arrêtée par la police marocaine et a dû subir un passage en comparution immédiate. Elle est sortie libre du palais de justice. Jointe par téléphone, la jeune femme a fait part de ses conditions de vie à Libération.

«Après être restée 24 heures en prison, j’ai été recueillie par des gens de RESF», explique-t-elle. Elle se dit perdue : «Je ne comprends pas comment, ni pourquoi je suis là. Je suis perdue...». Sa voix est faible. «Elle a vu un médecin ce matin qui l’a trouvée choquée avec une tension très faible», rapporte Xavier, un militant de RESF.
Tous deux ont lu sur le net l’article de
Libération et les nombreuses réactions des politiques, des associatifs, mais aussi des dizaines d'anonymes.
«Je ne m’attendais pas à un tel soutien», raconte Najlae. «C’est grâce à eux tous que je suis forte, que je tiens. J’espère les remercier très vite quand je serai de retour en France. Sans leur soutien, je me ferais quelque chose de mal...».
(22 février).


Sihem Habchi, présidente de Ni Putes Ni Soumises :

- "Intolérable, inacceptable à l'heure où une des grandes causes nationales est la violence faite aux femmes (…).
Les services de l'Etat sont censés renforcer l'accueil des femmes dans les commissariats et les gendarmeries, si les femmes en allant déposer plainte, peuvent se retrouver expulsées, c'est un message qui les renvoie au silence."
(Le Monde, 22 février).


France 3- Orléans- L'expulsion de Najlae
envoyé par laissezlesgrandirici. -



11 commentaires:

brigetoun a dit…

toujours en colère contre les expulsions - en lutte contre celles des enfants.
Et dans ce cas une envie d'exploser.
Et le Monsieur qui dit toujours "je n'ai pas été élu pour.." n'est ce pas lui qui avait parlé de faire de toutes les femmes battues dans le monde des françaises ?

JEA a dit…

@ brigetoun

Dies irae :
- "Quid sum miser tunc dicturus ?
Quem patronum rogaturus,
cum vix justus sit securus ?"

Anna de Sandre a dit…

Ces expulsions sont insupportables.

JEA a dit…

@ Anna de Sandre

Si vous manifestez, vous serez reconnaissable à votre parapluie rouge...

Saravati a dit…

Cette histoire est effarante, sauf que ce n'est pas une histoire, mais la réalité d'une jeune fille qui avait trouvé refuge en France pour échapper à des traditions séculaires aberrantes pour les femmes.
On se croirait dans un mauvais film : qu'est-ce que cette gendarmerie qui s'arroge tous les droits même illégaux : qui change les victimes en coupables, les manipulent, les expulsent, les considèrent comme des objets gênants dont il faut se débarrasser au plus vite. Non, ils sont trop bêtes ou c'est de la provocation volontaire pour mettre de l'huile sur le feu.
Mais l'histoire de Najlae, c'est aussi celle des conflits familiaux. En France depuis 5 ans, qu'est-ce qui a bien pu se passer pour justifier l'attitude de ce frère ? Depuis combien de temps, la jeune fille était-elle frappée ?
Je pense à sa détresse profonde et aussi au soutien qui a dû lui mettre du baume sur le coeur, mais une fois, l'émotion estompée, qu'adviendra-t-il d'elle ? Et de toutes les Najlae du monde dont on ne saura jamais rien ?

D. Hasselmann a dit…

Le ministre des Expulsions (tel est en réalité la vraie dénomination de la charge qui lui a été confiée) est né au Maroc : il a donc un faible pour ce pays et veut en faire connaître les charmes démocratiques à nombre de gens qui viennent ici manger le pain des Français !

Mais le ministres des Expulsions est, paraît-il - après l'échec piteux de son grand débat sur l'identité nationale - fatigué, il n'a plus trop le moral...

Une suggestion pour le remplacer (dans le cadre de "l'ouverture" attrape-migaud) : Georges Frêche.

MH a dit…

"L'impression que la France a peur d'elle-même" dit le ministre belge.
Voilà qui laisse songeur.

JEA a dit…

@ Saravati

les uns font du chiffre,
les autres ont peur de se faire remonter les bretelles de leur uniforme (gendarmes, préfets etc),
il y en a pour qui obéir est une seconde "nature",
sans oublier les détenteurs d'un infîme pouvoir et qui s'en amusent et en abusent,
ajoutons une "bonne" dose de ce machisme aux yeux duquel la femme n'est par définition jamais victime mais au moins complice si pas coupable...
et puis l'ambiance actuelle en France où la vulgarité prônée au sommet répond à l'humanisme : "casse-toi, pauv' con" !

D. Hasselmann a dit…

Lire : "telle est en réalité..."

JEA a dit…

@ D. Hasselmann

Il est vrai que ces derniers jours, Monsieur Frêche se répand en larmoiements pour regretter de n'avoir jamais été accepté comme ministre dans un gouvernement de gauche...

JEA a dit…

@ MH

songe d'une longue nuit d'hiver