DANS LA MARGE

et pas seulement par les (dis) grâces de la géographie et de l'histoire...
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dimanche 13 juin 2010

P. 296. L'église fortifiée de Tavaux

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Au sud de la Thiérache et de sa prolifération d'églises fortifiées : le val de Serre avec les édifices militaro-religieux de Cilly, de Bosmont, de Tavaux et d'Agricourt.
Carte d'après : Sur une frontière de la France. La Thiérache. Aisne, Textes, Photographies et Cartographie sous la direction de Martine Plouvier, Association pour la généralisation de l'Inventaire régional en Picardie, 2003, 287 p.
(Montage JEA / DR).

Publiée le 13 mai
une treizième étape sur le chemin
des églises fortifiées de Thiérache :
Tavaux

Pour s'y rendre, le choix de manque pas :
par le nord, descendre la D 587 ou la D 25
de l'ouest ou, à l'inverse, de l'est suivre la D 58
du sud, remonter la D 25

(Ph. JEA / DR).

Première impression en se présentant à l'entrée ouest : Tavaux est pris dans une sorte de toile d'araignée tissée par une multitude de fils et autres câbles qui l'accablent...
Ici, l'expression évoquant l'église au milieu du village prend un sens assez écrasant...

Avant d'aller plus loin, un coup d'oeil sur les chiffres de service.
Tavaux : altitude 110 mètres au niveau du centre.
561 habitants pour une superficie de 25,7 km2.

(Ph. JEA / DR).

Monuments historiques :

- "L' église a subi de multiples remaniements au cours des siècles.
De l'église primitive du 12e siècle ne subsiste qu'une partie du massif occidental, présentant un grand clocher à baies en plein-cintre et muni d' un élégant triforium. Le clocher est épaulé de croisillons qui semblent être les seuls vestiges des bas-côtés de la nef aujourd' hui disparus, vestiges néanmoins fortement remaniés, puisqu' une tour a été accolée au croisillon nord aux 15e-16e siècles.
Quant au portail occidental, il a été refait à la même époque. La nef et le choeur ont été en grande partie reconstruits au 17e siècle."

(Ph. JEA / DR).

Quand la tour, forte de ses expériences accumulées au long de six siècles et soucieuse de dorer ses vieilles pierres, prend le soleil d'un printemps enfin décidé à se différencier d'un hiver jouant les prolongations...

(Ph. JEA / DR).

Loin de l'austérité lisse et rougeoyante de la très large majorité des églises fortifiées de la Thiérache qui, elles, accumulent les briques et ne s'accordent comme seules fantaisies que quelques motifs géométriques, à Tavaux, les pierres prennent figures angéliques ou humaines (nous n'allons pas confondre quand même). 
Et parlent. Du moins suggèrent. Avec du définitif dans leurs messages. Comme des mots figés.

(Ph. JEA / DR).

Dans les rares écrits sur cette église, nulle allusion à ce que Tavaux ait offert une étape, ou du moins se soit situé sur un chemin vers Saint-Jacques de Compostelle... Mais la coquille décorant le porche d'entrée est surdimensionnée. Ne laissant pas de place à on ne sait quel hasard. Hélas, les pollutions y déposent leurs lèpres. Lesquelles rongent la pierre. Celle-ci perd l'envie de danser les nuits de pleine lune, quand seuls les fantômes de loups anciens se glissent entre les arbres assoupis et que s'envolent les souvenirs de toutes ces chouettes clouées à des portes superstitieuses.

(Ph. JEA / DR).

Pour franchir ce porche rendu aveugle, les gens venaient :
des Longues Raies,
du Mont Revers,
des Croyons,
du Bois de Rary, du Bois de la Croix, ou du bois des Hoyaux, 
du Caillou,
de Molembur,
des Dix Jallois,
de la Côte des Chaudriers,
des Terres de Malaise ou de la Terre aux Navets,
de la Croix de Montcornet,
du Fond de la Maye,
de la Pâture…

(Ph. JEA / DR).

Dans le cimetière encerclant l'église, la tombe de Marcel Charmet :
- "Tué par les Allemands le 30 août 1944 à l'âge de 18 ans".

Le Courrier Picard :

- "Le 30 août 1944, un détachement de panzers SS des divisions Hitlerjugend et Adolf Hitler, qui recule depuis la Normandie, est accroché par des résistants locaux. En représailles, le commandant de l'unité allemande - dont le nom n'a jamais été retrouvé - fait tirer au canon sur les maisons de Tavaux et ordonne l'exécution de vingt habitants dont deux enfants, une fillette et un garçon âgés de 6 ans.
Le lendemain à Plomion, les SS aux abois perpétuent un autre massacre : quatorze habitants sont fusillés et leurs maisons incendiées. Et le 2 septembre, pour répliquer à une attaque des résistants dans le hameau du Gard sur la commune d'Etreux, les SS fusillent trente-six habitants et brûlent fermes et écarts."
(15 novembre 2009).

Alain Nice :

- "Tavaux, Plomion et Etreux font partie des nombreux villages martyrs de France, au même titre qu'Oradour-sur-Glane.
Après la Libération, le village de Tavaux a été décoré de la médaille de la Résistance. Le nom de Tavaux figure en lettres de bronze dans le mémorial de la Résistance de Vassieux-en-Vercors."
(Alain Nice, Tavaux 30-31 août 1944. Histoire d'une tragédie, Préface de G-H Lallement, ouvrage édité à compte d'auteur, édition revue et augmentée, 2009). 

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mercredi 26 mai 2010

P. 287. Bosmont-sur-Serre (Aisne)

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Au sud de la Thiérache et de sa prolifération d'églises fortifiées : le val de Serre avec les édifices militaro-religieux de Cilly, de Bosmont, de Tavaux et d'Agricourt.
Carte d'après : Sur une frontière de la France. La Thiérache. Aisne, Textes, Photographies et Cartographie sous la direction de Martine Plouvier, Association pour la généralisation de l'Inventaire régional en Picardie, 2003, 287 p. (Montage JEA / DR).

Saint-Rémi à
Bosmont-sur-Serre :
une douzième étape
sur le chemin
des églises fortifiées

Bosmont-sur-Serre ? Dans l'Aisne de la France, sur la D 58 entre Marle et Montcornet. Marle n'est pas loin d'une sortie d'autoroute partagée avec Laon. Montcornet a gardé le souvenir d'un de Gaulle ordonnant à ses blindés de ne pas plier devant la poussée des Allemands balayant tout devant eux depuis la percée de Sedan.

Le village ne couvre pas 10 km2. Un peu plus de 200 habitants y vivent au vert (les statisticiens se déchirent entre 200, 203, 207 et 209 âmes, ce sont aussi les choses de la vie).

D. 51 (Ph. JEA / DR).

Après avoir nagé dans le colza odorant, descente vers la vallée et Bosmont.
Cette interdiction plantée sur une rive ?
Pour les limaces et les va-nus-pieds ?
Les campagnoles et les nuages ?
Les corneilles et les racines de chardons ?
Les médusés et les rats des champs ?

L'église Saint-Rémi et son parterre de tombes (Ph. JEA / DR).

Monuments historiques :

- "L'église offre la particularité, parmi les églises du Marlois, de juxtaposer un clocher en brique, qui rappelle les clochers fortifiés de Thiérache édifiés au milieu du 16e siècle, à de très importants et remarquables éléments des 12e-13e siècles (nef et choeur).
La qualité de la facture et de la modénature des structures médiévales (bandeau décoré de pointes de diamants, portail sud à linteau en bâtière et voussure ornée à un rang de bâtons brisés), est renforcée par l'intérêt de la charpente de la nef, qui conserve de notables éléments de sa structure primitive. Le vestibule est orné de curieuses inscriptions commémorant certains épisodes de guerres de Religion."

NB : Pour vous éviter le recours au poids écrasant d'une collection de dictionnaires, il sera précisé que "la modénature" correspond au profil des moulures.


Porche avec un Saint-Rémi impavide (Ph. JEA / DR).

Ce saint me poursuit à sa façon.
En effet, c'est dans un collège portant son nom que j'ai été invité à proposer le plus grand nombre de conférences dans le département contigu des Ardennes. Leur travail pédagogique sur le Shoah s'est étendu sur plusieurs années scolaires. Et donc des promotions de jeunes s'y succédent et tous, semble-t-il, présentent ce point commun de vouloir comprendre sans anachronismes ni discours préfabriqués.
Mais nous voici loin de Bosmont et de sa Serre...


Clocher de briques avec ses motifs géométriques. Voilà qui nous ramène à des balades anciennes sur ce blog (Ph. JEA / DR).

Plaçant la pointe de votre compas sur le clocher de Saint-Rémi, vous allez tracer une circonférence passant par :

le Coquelet,
les Trois Cerisiers,
le Bois des Renouarts,
le Cerisier Colas,
le Tournant,
les Croyons,
le Bois de Rary,
le Mont Revers,
le Chemin Blanc,
le Buisson de Voljay,
la Maison Rouge,
la Fosse Galloise,
la Grande Bosse.


Dans le cimetière : une clef des songes (Ph. JEA / DR).

Seul écho déniché dans la presse régionale : "les os bougent"...

- "Le village de Bosmont-sur-Serre, entre Marle et Montcornet, ne compte que quelque 200 âmes, mais les tensions y sont vives.
Dernière polémique en date, de la terre du cimetière qui a servi de remblai sous un préau d'Abribus ainsi que dans un terrain. Le problème c'est que celle-ci, récupérée après le creusement d'un caveau, contenait plusieurs ossements, des restes humains assurent certains. Ils ne comprennent pas comment on a pu étaler ces os à un endroit fréquenté par les enfants. Pour eux, « il y a là, un total irrespect des défunts. La moindre des choses aurait été de mettre les os de côté, puis de les remettre en terre aussitôt. En outre, tout le monde sait ici qui est enterré là où ils ont creusé. Il s'agit d'un ancien ouvrier agricole. Du coup, l'émotion est encore plus vive. »
Une pétition a été lancée, hier matin, et des courriers adressés à la préfecture.
Pour le maire cependant, il n'était évidemment pas question de laisser les os en ce lieu. « Quand on a creusé, on est tombé dessus, alors qu'aucune concession n'était signalée entre ces deux tombes. C'est un cimetière qui a une dizaine de siècles. Des os, il y a en a partout. Ils bougent sous terre au fil du temps. J'ai demandé aux employés d'étaler la terre sous le préau le temps qu'elle sèche. Il était prévu qu'on ratisse ensuite pour enlever les os », assure Gérard Pennes, élu maire lors des dernières élections.
Hier après-midi, le « ménage » a, du reste, été fait.
« C'est le résultat de la pétition qui circule, il a eu peur… », affirment certains.« Ils savaient bien qu'on allait les enlever », rétorque le maire, « c'est juste de l'animosité. On a remis les os là où ils ont été déterrés. Nous n'avons pas encore d'ossuaire. Nous faisons justement un inventaire du cimetière pour en créer un. »
(Yan Le Blévec, L'Union, 12 septembre 2009).


Beuquette face au cimetière et aux conflits sur "les os qui bougent" (Ph. JEA / DR).

Derrière ses murs, le château des de la Tour du Pin :

- "La découverte du domaine de Bosmont est une invitation à un parcours où se mêlent histoire et nature. Le parc, le potager, le château, ses communs et sa ferme, forment un ensemble dont la préservation est le résultat de trois siècles d'efforts et de passion.
Le soin apporté au Parc et Jardin de Bosmont, traduit notre volonté de donner aujourd'hui à un ensemble classé à l'Inventaire des Monuments Historiques, un environnement végétal contemporain. Vous garderez du Domaine de Bosmont l'image d'un site préservé où le temps est célébré par les arbres centenaires comme par le renouveau du potager entièrement redessiné en l'an 2000."
(Présentation par les propriétaires).


Ouverture à partir de juin.


La gare de Bosmont (Ph. JEA / DR).

Abri du Kaiser :

- "Cet abri allemand en béton armé, situé dans un champ à cent mètres à l'ouest de la gare de Bosmont, aurait abrité à plusieurs reprises le Kaiser Guillaume II, dont le train impérial était garé tout près, sur une voie spéciale. Enfoncé dans le sol de trois mètres environ, il est aujourd' hui entièrement envahi par la végétation, et invisible."
(Monuments historiques).
Aujourd'hui inaccessible mais couvert de marguerites, cet abri est néanmoins classé par arrêté depuis décembre 1921.

Plus de rails devant la gare de Bosmont. Plus de patron Dion ni de clientèle au café (Ph. JEA / DR).

Mémento
Construit en 1908
Détruit en 1918
Reconstruit en 1928
Vive la Paix !
Si vis pacem, para bellum
Victima.dixi.E.Dion

A noter qu'une consultation des archives municipales de ces communes de l'Aisne et des Ardennes confirme combien la lenteur dans le versement des dommages de guerre après 1918, a été péniblement vécue par les victimes civiles. 1918-1928 : dix années pour relever des murs... Et les élus de remuer ciel et terre des cantons et des départements pour tenter de ne pas laisser la population dans des conditions trop précaires.


Le long de la Serre, en route pour Tavaux-et-Pontséricourt. Pour lui rendre sa dimension, cliquer sur le paysage (Ph. JEA / DR).

jeudi 20 mai 2010

P. 284. Mai 1904 : Charcot au Pôle sud

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Le "Français" construit en 1903 (Graph. JEA / DR).

Journal personnel
de Charcot :
sa première Expédition
Antarctique...

En 1903, Jean-Baptiste Charcot (1) qui se définit lui-même comme fils à papa (2), fit construire un navire d'exploration polaire. Mais la fortune familiale ne pouvant faire face aux dépens d'une croisière de recherches dans les glaces, le quotidien Le Matin lança une souscription de soutien. Celle-ci rencontra un véritable enthousiasme national. Les fonds affluèrent et Charcot put lever l'ancre. Non sans avoir rebaptisé son bateau du nom de "Français" (3) pour marquer sa reconnaissance.

Le 27 janvier 1904, Charcot met le cap vers les Shetland du sud, partant pour hiverner au Pôle sud.

1er mai 1904 :

- "Mes cultures de microbes, provenant de l'eau de mer et des intestins des différents animaux de l'Antarctique, poussent très bien ; je vais m'efforcer, par des repiquages fréquents, de les rapporter vivants en France ; aussi les ai-je logés dans ma cabine pour pouvoir mieux les soigner." (4)

2 mai :

- "Rien ne m'est plus agréable que d'entendre rire les hommes, s'amusant franchement, se plaisantant mutuellement, sans méchanceté, jamais grossiers, nullmement gênés par ma présence, et restant cependant toujours très respectueux."

Jean-Baptiste Charcot (DR).

7 mai :

- "Pendant notre excursion, nous avons entendu sous nos pieds des chocs répétés puis, avec un gros bouillonnement un trou rond s'est formé et un phoque a montré en soufflant sa bonne grosse tête : il nous a regardés avec étonnement, mais sans frayeur, se dressant, autant qu'il le pouvait au-dessus de la glace puis, après avoir largement respiré, il s'est enfoncé de nouveau."

14 mai :

- "Depuis trois jours la glace se forme enfin autour de notre bateau et elle commence déjà à être solide. Je fais entretenir un trou à feu le long du bord en cas d'incendie et deux autres au-dessous des poulaines (5). A l'avant, partant de celles-ci, la congélation de l'urine a formé une stalactite merveilleuse qui ressemble à un bloc d'onyx avec des teintes et des veinures jaunes produisant un effet extrêmement joli."

15 mai :

- "{Les cormorans} sont d'aimables bêtes, nullement farouches avec nous, et unies en d'excellents ménages ; vivant deux par deux ils passent leur temps à s'embrasser, à se faire des amabilités en prenant des poses extrêmement gracieuses. Très fréquemment ils se tiennent par l'extrémité du bec et, décrivant de jolies courbes avec leur cou, balancent lentement leur tête de droite à gauche.
Ils ont une allure aristrocratique qui jure avec l'air bourgeois de leurs voisins et amis les pingouins."

22 mai :

- "Avec - 7° et du calme, nous avons véritablement souffert de la chaleur et je suis sorti pour d'assez longues courses en pantalon et chemise sans me couvrir ni les oreilles, ni les mains. L'humidité en bas devint abominable ; la glace due à la condensation (...) se mit à fondre et nous fûmes ainsi gratifiés d'une pluie abondante."

Signature de Charcot (Graph. JEA / DR).

24 mai :

- "Me voilà bien ! J'ai maintenant de l'oedème de la paupière ! Doigt mort, sifflements d'oreilles, polyurie, crampes nocturnes, oppression ! Que va-t-il m'arriver ? Vais-je mourir subitement, m'affaiblir graduellement ou devenir impotent ? Avoir été si vigoureux et tomber en état d'infériorité, avoit tant combattu et être vaincu avant d'avoir fait quelque chose !"

25 mai :

- "Nous avons causé longuement (...), nous promettant mutuellement dans le cas ou l'un ou l'autre deviendrait infirme, soit accidentellement, soit par une maladie quelconque, de nous rendre le service d'abréger cette situation. je suis plus tranquille maintenant, advienne que pourra."

29 mai :

- "Au coucher du soleil la neige a cessé de tomber, la brume s'est levée et nous avons assisté à l'un de ces merveilleux spectacles si fréquents dans l'Antarctique, mais dont on ne se lasse jamais. Les montagnes, aux sommets encore cachés dans la brume, étaient teintées de rose, et tandis qu'au Nord le ciel se trouvait partagé en deux, noir comme de l'encre vers l'Ouest, bleu d'acier vers l'Est, dans le Sud des tons rose et azur d'une exquise douceur se confondaient sans se heurter, et la glace et les icebergs se paraient de reflets multicolores."

Chez Omnibus : Le roman des Pôles (DR).

NOTES :

(1) Jean-Baptiste Charcot, 1867-1936. Mort dans le naufrage de son bateau, la nuit du 15 au 16 septembre 1936 sur une côte islandaise.
(2) Jean-Martin Charcot, 1825-1893, père de Jean-Baptiste. Neurologue qui compta Freud parmi ses élèves, l'année académique 1885-1886.
(3) A remarquer l'illustration de couverture chez Omnibus. La peinture originale est signée Julian Taylor. Le bateau porte le, nom de "Pourquoi pas ?" alors que le journal de Charcot a été écrit sur le "Français"...
(4) Lire : Le roman des Pôles, Nansen, Amundsen, Charcot, Avant-propos de Jean-Louis Etienne, omnibus, 2008, 967 p.
(5) Cabinets des marins.

lundi 3 mai 2010

P. 277. Liart et son église fortifiée

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Liart dans l'ensemble des églises fortifiées ardennaises, presque toutes situés au sud de la N 43 reliant Charleville-Mézières à Hirson et aux limites de l'Aisne (Mont. JEA / DR).

Notre-Dame de Liart
en Thiérache ardennaise (3)


Autant l'avouer sans plus tarder, l'avarice règne quant à la documentation sur cette église. Vous présenter ses cousines de l'Aisne habitue à Byzance. Ici, force est de passer par des sentiers rabattus pour arracher ça et là quelques herbes maigres de renseignements parcellaires...

Le Guide Vert (c'est vous dire...) :

- "A l'origine du village, un oratoire aurait été élevé à Notre-Dame du Lierre pour abriter la statue d'une vierge enlacée de lierre, d'où son nom."
(Champagne Ardenne, 2004, 312 p. / P. 275).

Concrètement, Liart marque les carrefours entre les D. 978, D. 27 et D. 236.
La localité compte une population de 552 habitants. Couvre 13,4 km². Et culmine à une altitude de 221 mètres.

Tour-porche de Notre-Dame de Liart.
Les "libérateurs" évoqués sur le monument aux morts menacé par une bretèche, sont ceux qui, en 1918, ont mis fin à l'occupation allemande (Ph. JEA / DR).

L’Aisne nouvelle :

- "Cette église fortifiée au XVIe siècle a de véritables allures de château. Son imposante tour-porche rectangulaire de deux étages est percée de meurtrières qui défendent une porte étroite. Les deux tourelles conduisent à un comble aménagé. Le vitrail du chœur rappelle le pèlerinage à Notre-Dame-de-Liesse pour sa vierge noire."
(21 avril 2007).


Sylvie Surmely :

- "Son église étonne et parait très austère pour qui n'est pas habitué à ces régions pauvres et souvent oubliées de notre France. Meurtrières, créneaux, lucarnes, bretèches font du puissant donjon rectangulaire, un véritable lieu défensif assez dissuasif, les assaillants devant être très impressionnés par ce bâtiment massif.
Le côté étonnant vient des son clocher pointu d'ardoise et de ses quatre clochetons tout biscornus et tout aussi pointus : difficile de les décrire, tant ils sont originaux ! Comme quoi, les frustres paysans du fin fond de la France du 17ème pouvaient être originaux et novateurs !"
(Eglises fortifiées de Thiérache, 2003).

Mme Surmely ne peut qu'être citadine, voire même habitante d'une mégapole. Du moins à en croire l'élégance et la condescendance avec laquelle elle étiquette la Thiérache ardennaise de "fin fond de la France". Reste à la remercier de s'être abstenue d'évoquer à propos des "frustres paysans", une "France d'en bas"...


Dans le porche seraient représentés (?) sur ce bas-relief, le bien et le mal, tête-bêche (Ph. JEA / DR).
Pointez un compas sur l'église fortifiée de Liart, et vous obtiendrez un cercle passant par ces lieux-dits :

La Belinerie,
La Huttière,
La Croix d'Aouste,
Pus Renwez,
La Terre aux Fromages,
La Hérissonnerie,
La Prince,
La Cornillerie,
La Charnelle,
Le Hasard...

Choeur de l'église fortifiée. Un peu antérieur au XVIe siècle, il est surmonté d'une salle de refuge à laquelle permet d'accéder un escaler à vis (Ph. JEA / DR).

Suite des relevés toponymiques :

L'Abattis,
Le Pain de Sucre,
Les Cendris,
Le Point du Jour,
Le Bois de Gandlu,
La Fontaine de la Cocheterie,
Les Bonnomets,
La Fontaine Margot...

Clou du spectacle donné par la porte étroite du donjon-clocher (Ph. JEA / DR).

L'une des deux meurtrières encadrant la porte d'entrée. Le monument aux morts a été ensuité élevé... juste dans son axe (Ph. JEA / DR).

Raphaële Bail :

- "Au XVIe siècle, Charles Quint fait des siennes et la menace rôde. Vous habitez loin du château, lequel, de toute façon, ne saurait accueillr tout le monde. Il faut donc un autre moyen de vous défendre, et pour cela, rien de tel que dadapter une église, lieu de réunion par excellence, aux dangers qui guettent. Et c'est ainsi que murs épais, meurtrières et acnonnières prirent sur la façade des églises de Thiérache à la place des vitraux élégants et des statues pieuses. A Liart (...) les créneaux qui soulignent la toiture lui donnent l'air d'un château fort."

(Que Faire ? en Champagne-Ardenne, 2004, 143 p. / P. 130).


Mairie de Liart, commune où l'on joue à pas de géants et où le retour à la nature ne reste pas un voeux pieux (Mont. et Ph. JEA / DR).

La Thiérache :

- "Christelle Bonnomet, présidente de l'A.P.E. de Liart (Ardennes) a eu l'idée il y a deux ans d'organiser un jeu de l'oie géant. Dimanche 17 mai 2009, ce projet s'est enfin concrétisé et une soixantaine d'Ardennais, âgés de 3 à 72 ans y ont participé. Un beau succès !"

(17 mai 2009).

Voilà pour le nouveau folklore du jeu de l'oie géant.
Mais Liart abrite aussi une ferme pédagogique :

- "En 2009, avec des enfants et des adultes venus des Ardennes, de la Marne, du Nord et de l’Aisne pour l’essentiel, nous avons réalisé 10 000 journées enfants d’animation dans une démarche d’éducation à l’environnement et de découverte du monde rural. Avec un verger conservatoire."




samedi 1 mai 2010

P. 276. Quelques 1er Mai de 1886 à 1925...

Tract syndical pour une manifestation du 1er Mai en Gare de Lyon. 1925 (Graph. JEA / DR).


Illustrations d'un passé
dépassé ?


En 2009, la page 108 de ce blog rappelait comment à Fourmies, le 1er Mai 1891, la troupe massacra sans pitié des ouvriers qui avaient eu le mauvais goût de manifester malgré une interdiction patronale.
Pour ce 1er mai 2010, et au lendemain de la feuille Charbinoise, voici quelques images du grenier de l'histoire ouvrière. Au dos de ces documents iconographiques, l'une ou l'autre date entre Chicago-1886 et Lyon-1925. Sans appareil critique ni historique. Juste pour respirer quelques brins non de muguet mais de nostalgie. Loin d'Epinal...

1886.
Premier 1er mai à Chicago.

Le 1er mai entrera dans les traditions, après qu'à Chicago en 1886, des ouvriers aient manifesté sous des balles meurtrières. Pour casser le mouvement, trois syndicalistes seront condamnés à la prison à vie. Et quatre seront même pendus sans preuves ! Un cinquième se sera suicidé en cellule pour échapper à la corde.
Plus d'un siècle après cette gravure rappelant la revendication des 3x8 heures, les USA auront un Président noir et accusé haineusement de "socialisme" parce qu'il veut que les soins de santé deviennent accessibles au plus grand nombre (DR).

1890.
Appel pour le 1er Mai "date mémorable entre toutes pour le Prolétariat universel" :

"Il s'agit donc pour nous de prouver que, comme dans toutes les nations et dans toutes les villes, il y a à Lyon des hommes conscients et énergiques, décidés à réclamer leurs droits..." (cliquer sur l'affiche pour l'agrandir).

1901.
"La Voix du Peuple".

Appel pour le 1er mai d'un Journal syndical "paraissant le Dimanche" et vendu au prix de dix centimes.

1906.
Couverture de l'assiette au beurre :

Signature : Grandjouant. Des revendications avec des fleurs...
et répétées avec ce tampon limpide dans sa volonté de sortir le temps de travail des malédictions...

1922.

1er Mai d'anarchistes allemands.

Eux se sont exilés au Brésil. Hitler sera bientôt au pouvoir. Mais ces anarchistes-là brisent le fusil des guerres et des répressions !

1925.
"Camarades..."

Appel du Syndicat Général Unitaire du personnel des TRCP, 33 rue de la Grande aux Belles, Paris Xe.
"Parce que vos salaires de misère..."



jeudi 22 avril 2010

P. 271. Oiseaux des Ardennes

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Fin de banquet (Ph. JEA / DR).


Toponymie : 26
Traces de plumes
dans les paysages ardennais


Aiglemont, Le Nid d’Aigle,

L’Alouette,

La Bécassière,

Gué de la Bécasse,

Croix Canard,

le Noyer Canard,
Champ de la Canne,

Fosse aux Canes,
Vivier aux Canes,

Le Colombier,

Le Coq Banni,

Coq Jai,
le Coq Sauvage,
Fond des Coqs,

Fond du Bec de Coq,
Ruisseau de la Noue le Coq,
Vallée des Coqs Verts,

Champ Corbeau,

Ruisseau du Corbeau,
Bois Corbeaux,

Ferme aux Corbeaux,
Fontaine aux Corbeaux,
Fosse aux Corbeaux,

Mont du Cygne,


Il fait le beau et pérore, faussement sauvage, avant que les chasseurs ne se l'offrent, de vrais sauvages, eux (Ph. JEA / DR).

Allée des Faisans,
Ferme la Faisanderie,

Forêt domaniale de Montfaucon,

La Fauvette,

Les Fauvettes,

Mont du Geai,

Ravin du Geai,

Fontaine aux Grues,

la Gruerie,
Mont des Grues,

L’Epine Héron,
Côte des Hérons,

Fond des Hérons,
Ile des Hérons,
Etang de la Héronnière,

Pré de la Héronnière,

Le Merle Blanc,

La Merlière,

Bain de soleil (Ph. JEA / DR).

Les Mésanges,

Mont Moineau,

Cul des Oies,

Pâquis des Oies,
Patte d’Oie d’Aubigny,

Le Cessier l’Oiseau,

Vallée des Oiseaux,

Fosse de l’Oison,

Allée des Pigeons,

Terres aux Pigeons,

Mont Pinson,

La Patte de Poule,

Bois des Poules,
Bois de la Poulette,

Le Petit Ramier,

Bois du Rossignol,

Ferme du Rossignol,
Ruisseau du Rossignol,
Fontaine au Rossignol,

Le Rouge Gorge.

Tourterelle à la robe d'aurore (PH. JEA / DR).


dimanche 18 avril 2010

P. 269. Le cadavre de Franco bouge encore

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Baltasar GARZON, Un monde sans peur, Calmann-Lévy, 2006, 310 p.

Almodovar :
"Une nouvelle victoire de Franco",

celle contre le Juge Garzón
accusé de "prévarication"
pour oser soulever les tapis
des fascistes espagnols...


Jean-Paul Marthoz (journaliste et essayiste) :

- "Le juge Baltasar Garzón sommé de s’asseoir au banc des accusés pour prévarication : l’amicale internationale des terroristes et des tortionnaires croit tenir sa vengeance. Les sympathisants de l’organisation séparatiste basque ETA applaudissent, les nostalgiques du général Pinochet sabrent le champagne, les réseaux extrémistes islamiques exultent, les héritiers du franquisme lèvent le bras, cara al sol (face au soleil).
(…) {Le juge a ouvert} en 2008 une enquête sur les exécutions sommaires et les disparitions perpétrées lors de la guerre civile (1936-1939) et sous le règne du général Franco (1939-1975), des faits couverts par la loi d’amnistie et d’amnésie de 1977. Même s’il a dû abandonner cette enquête, suivant ainsi l’avis du parquet, Baltasar Garzón a été accusé par le Tribunal suprême d’avoir abusé de ses prérogatives et agi « de mauvaise foi ». Depuis l’annonce de cette procédure, les défenseurs des droits de l’homme sont sur le pied de guerre, non seulement parce que le juge espagnol est leur icône, mais aussi parce que pour eux, les lois d’amnistie sont une félonie.
(…) Peut-on construire une démocratie sur l’impunité ? Le débat oppose depuis des décennies ceux qui prônent l’oubli et ceux qui exigent la justice. Baltasar Garzón a toujours exigé la justice, persuadé non seulement que l’impunité est un déni de l’Etat de droit et une insulte aux victimes, mais aussi qu’elle maintient en place la bureaucratie du « terrorisme d’Etat » et crée « une démocratie à temps partiel » en instaurant un système d’intimidation permanente à l’encontre des autorités civiles."
(Le Soir, 13 avril 2010).


Jean Ortiz (maître de conférence) :

- "Les « organisateurs de l’oubli », belle formule du poète argentin Juan Gelman, sont à l’œuvre. Ils veulent en finir avec le juge Baltasar Garzon. La menace imminente de « suspension » de l’emblématique et turbulent juge concerne tous les démocrates. Elle relève d’une opération de basse vengeance, de lynchage d’un juge reconnu dans le monde entier comme indépendant, rigoureux et courageux. Elle constitue une insulte pour toutes les victimes du franquisme. Il règne au sein de l’appareil judiciaire espagnol un climat de croisade contre les « hérétiques » et ces « rouges » qui relèvent la tête. L’ombre du franquisme, encore et toujours.
La commission permanente du conseil général du pouvoir judiciaire a décidé unanimement de donner suite aux requêtes contre Garzón déposées par trois groupuscules fascisants, dont l’ex-parti de Franco  : Phalange espagnole. Ces fascistes, en toute liberté, veulent la peau du juge. Chacun le sait, il n’y a pas eu en Espagne d’« épuration » anti-franquiste, ni de mise en place d’une « commission vérité-justice-réparation » pour décréter illégaux les tribunaux d’exception franquistes et leurs sentences, pour poursuivre les bourreaux, etc. La loi de Mémoire historique du 31 décembre 2007 a marqué une avancée, mais bien tardive et timorée. Alors qu’aucun coupable des crimes contre l’humanité n’a été inquiété, celui qui a voulu que justice passe se retrouve sur le banc des accusés, pour « prévarication ». Ahurissante inversion des valeurs  !"
(L’Humanité, 23 février 2010).


Bruits de bottes que des fascistes continuent à faire reluire (DR).

Le Nouvel Observateur :

- "Au moment où certains mouvements de droite critiquent une campagne "anti-démocratique" et d'"intimidation de la justice", la gauche dénonce la mise en avant de la Phalange, organisation d'extrême-droite alliée du général Franco. Présent à l'université et soutien emblématique, le cinéaste Pedro Almodovar a estimé mardi que "la société espagnole a une dette morale envers les victimes du franquisme. Elle n'offre rien aux familles pour pleurer leurs disparus". Il est allé plus loin en affirmant que la condamnation du juge Garzon serait "une nouvelle victoire de Franco".
"Aucune loi ne peut amnistier ni protéger le génocide qui a été commis. Aujourd'hui en Espagne, l'état de droit est remis en question", a déploré l'acteur argentin Juan Diego Botto, dont le père fait partie des 30.000 disparus lors de la dictature argentine."
(16 avril 2010).


Jean-Sébastien Mora :

- « En 1976, la mort de Franco et le retour du roi Juan Carlos ne se traduisent pas par une rupture symbolique avec l’idéologie franquiste, comme cela a pu être le cas en Allemagne en 1945 avec le procès de Nuremberg », explique David Dominguez, doctorant à Madrid en philosophie politique. « Trente ans après la transition « démocratique », le PP (Parti Populaire) refuse toujours de condamner les crimes du franquisme, certains politiques comme Manuel Fraga sont passés sans encombre de la dictature à la démocratie. »
L’écho juridique donné à une plainte de l’extrême illustre bien la logique décrite par l’universitaire. Le 3 novembre 2009 dans un nouveau rapport, Amnesty International dénonçait les autorités espagnoles « de manquer de volonté de faire face aux problèmes des actes de torture et autres formes de mauvais traitements imputables aux forces de l’ordre ». La Cour européenne des droits de l’homme a aussi été saisie à plusieurs reprises en 2009 pour « violation du droit à un procès équitable, torture et discrimination » à l’encontre de militants basques, mais aussi d’immigrés, de manifestants et de militants écologiques ou d’extrême gauche.
Samedi 13 mars 2010 à Madrid, 1400 juges, soit quasiment la moitié des juges exerçants en Espagne, dénonçaient à leur tour une politisation de la justice et un manque d’indépendance. En mettant Baltasar Garzón devant les tribunaux, la justice espagnole brille à nouveau par son prisme idéologique.
(Bakchich Info, 13 avril 2010).


Comme si la dictature et son cortège de victimes représentaient une parenthèse intouchable dans l'histoire de l'Espagne (DR).

Adrien Chauvin :

- "La presse hispanique est profondément divisée sur le sujet. Certains titres voient dans cette affaire une attaque faite à la démocratie à travers la personne de Garzón, tandis que d'autres déplorent le non-respect de la Constitution et des organes judiciaires.
Pour
El País, quotidien de centre gauche, Garzón "siégera sur le banc des accusés pour avoir voulu donner satisfaction aux familles des victimes de la guerre civile et de la dictature, qui n’acceptent pas – en accord avec l’Etat démocratique – que leurs proches demeurent anonymement dans des fosses communes". Cette affaire, estime le quotidien, "revêt une symbolique insultante pour la démocratie espagnole".
Quant à Público, quotidien de gauche, il présente l’affaire comme "un cas de l’histoire universelle de l’infamie". "Le rapport de Varela constitue un avertissement catégorique à tout juge qui prétend fouiner dans les crimes du franquisme : dans l’Espagne du XXIe siècle, il existe des lignes rouges à ne pas franchir. L’Allemagne a pu juger le nazisme, parce que Hitler a perdu la guerre. En Espagne, Franco a non seulement gagné mais il a aussi dirigé pendant presque quarante ans, et, apparemment, il reste encore victorieux trente-cinq ans après sa mort. Une loi préconstitutionnelle d’amnistie [la Constitution espagnole a été adoptée un an après celle de l’amnistie, en 1978] fonctionne encore comme un rempart contre la vérité et la justice. Il manque quelque chose à une démocratie dans laquelle se produisent un tel affront et une telle humiliation."
Les quotidiens conservateurs et de centre droit font entendre un autre son de cloche. Pour
El Mundo (centre droit) il est regrettable que le gouvernement se soit joint "au chantage fait contre le Tribunal suprême", car Garzón "a utilisé la justice pour alimenter son immense ego, en profiter démesurément, tenter de bâtir une carrière politique et satisfaire ses rancœurs".
Pour
ABC (monarchiste et conservateur), "les accusations calomnieuses et injurieuses proférées contre les magistrats du Tribunal suprême ne sont rien d’autres que le début d’une campagne renouvelée contre la Constitution de 1978 et le système judiciaire organisé autour de l’indépendance des juges et des magistrats". "A nouveau, le manichéisme s'est emparé de la gauche qui attaque le pacte constitutionnel et réclame, trente-cinq ans plus tard, une nouvelle transition fondée sur les règlements de comptes et la revanche."
(Courrier International, 16 avril).


LibéToulouse :

- "Si l'Europe a un sens, alors l'appel des universitaires français, lancé depuis Pau, aura peut-être un écho jusqu'en Espagne. Le juge Baltazar Garzon y est sur le point d'être suspendu de ses fonctions pour avoir eu l'intention de poursuivre le franquisme au motif de «crimes contre l'Humanité».
Les signataires de la pétition datée du 14 avril, anniversaire de la IIème République espagnole, se déclarent «solidaires» du magistrat.
150 000 disparus dans les fosses communes, 30 000 enfants volés: c'est à la demande des familles des victimes que ce juge qui a déjà poursuivi le général chilien Pinochet a voulu ouvrir une enquête. Laquelle n'est pas du goût de tous, Outre-Pyrénées.
Pétition d’universitaires français :
«Pour avoir, à la demande des familles des victimes, voulu ouvrir une instruction contre le franquisme, ses crimes contre l’humanité : 150 000 disparus dans les fosses communes, 30 000 enfants volés, etc., le juge espagnol Baltazar Garzón est sur le point d’être suspendu de ses fonctions.Il est poursuivi pour «prévarication» par des groupuscules fascistes, «Mains propres», «Phalange»… relayés par l’appareil judiciaire.

Nous, universitaires français, nous déclarons solidaires du combat du juge et des familles, et exigeons que la justice espagnole abandonne ces poursuites infondées.La destitution du juge Garzón hypothèquerait gravement le fonctionnement de la démocratie espagnole et de son système judiciaire».
Si vous souhaitez signer : jean.ortiz@univ-pau.fr.
(16 avril 2010).


Le sommeil du Caudillo au prix de, par exemple, 150.000 "disparus". Etrange facette d'une Espagne démocratique dont la justice elle-même est tenue à rester sourde, aveugle et muette sur les crime d'une dictature (Mont. JEA pour ce superbe roman consacré aux Voix du Pamano et bien trop ignoré / DR).

NB :

Soutiens en Espagne
http://www.congarzon.com/
et
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Pages de ce blog
- P. 233 : "Los Caminos de la Memoria", le film.
- P. 163 : "Les voix du Pamano", roman.
- P. 130 : "La Retirada".
- P. 110 : "Instants de guerre d'Espagne".
- P. 78 : "Hommage à la Catalogne".
- P. 8 : "Archivo rojo".




samedi 10 avril 2010

P. 265. "Les Arrivants"

.
"Le film devrait être reconnu
d'utilité publique"
Didier Péron
Libération, 7 avril 2010

Synopsis :

- "Caroline et Colette sont assistantes sociales. À longueur de journées, elles reçoivent des familles qui viennent demander l’asile en France.

Chaque jour il en arrive de nouvelles - avec ou sans bagages, avec ou sans passeport, dans des charters ou dans des camions bâchés. Un matin c’est Zahra, une jeune Erythréenne enceinte de huit mois ; un autre jour, les Kanesha, une famille du Sri Lanka avec ses deux enfants ; puis ce sera les Moulou, un couple d’Erythrée et son bébé ; et encore les Wong qui arrivent tout droit de Mongolie.
Dans leurs regards épuisés, on peut lire à la fois une peur immense et une détermination sans faille. Ils viennent de si loin et ils attendent tant !
Comment répondre au flot débordant de toutes ces détresses, de tous ces besoins ? Avec ces familles, c’est le monde entier qui débarque dans la vie de Caroline et Colette, et dans la nôtre. Un monde chaotique et violent, bouleversant."

Claude Bories :

- "Notre monde est en train de subir une mutation extraordinaire du fait des flux migratoires. Quelque chose de nouveau apparaît sous nos yeux, qu'on ne peut pas ignorer. Cette nouveauté nous semble a priori positive et plutôt heureuse. D'autres pensent différemment. Ce qui est sûr c'est que les étrangers sont là, et qu'autour de cette présence, il y a beaucoup de passion, mais aussi beaucoup de mensonges, de confusion et d'hypocrisie. Nous sommes partis de ce constat, avec le désir d'y voir un peu plus clair, d'aller voir ce qu'il y a dans le réel, au-delà des fantasmes de compassion ou de rejet. Pour cela, nous avons choisi de nous focaliser sur le droit d'asile.

Le droit d'asile et les principes qui sont les siens, donne d'emblée notre point de vue sur le sujet — un point de vue philosophique et éthique, en référence aux valeurs qui nous viennent des philosophes des "Lumières" et de beaucoup plus loin encore. Des valeurs auxquelles nous sommes l'un et l'autre très attachés. Par ailleurs, le droit d'asile, pour se tenir dans une actualité un peu provocatrice, c'est le contraire de l'immigration choisie."
(Dossier de presse).


S. Kaganski :

- "On entend souvent parler d’immigration, de sans-papiers, de demandeurs d’asile mais, dans la bousculade des titres et des infos, on prend rarement le temps d’observer la réalité humaine que recouvrent ces sujets.
Claudine Bories et Patrice Chagnard ont pris ce temps en se postant pendant quelques mois dans les locaux de la Cafda (Coordination de l’accueil des familles demandeuses d’asile)".
(lesinrocks.com).


"Les Wongs qui arrivent tout droit de Mongolie..." (Synopsis).

Cécile Mury :

- "Le film n'est pas une ode simplette à la com­passion et au dévouement. A chaque instant, on mesure l'énormité de la tâche : les effets de la politique d'immigration actu­elle sur le droit d'asile, le peu de moyens finan­ciers, la paperasserie kafkaïenne... ­

Caroline, la toute jeune collègue de ­Colette, est au bord de l'implosion. Perpétuellement à cran, en colère, agacée. D'abord choquante, son attitude révèle, peu à peu, une petite fille effrayée devant la difficulté du boulot. « J'ai été méchante, tu crois ? » demande-t-elle naïvement, après un entretien houleux, à l'interprète qui y assistait.
Ici, traduire, comprendre est crucial. Tout repose sur un drôle de suspense : qui sont ces arrivants, que disent-ils ? Quelle est la part de vérité dans le récit qu'ils font de leurs douleurs et de leurs épreuves ? D'abord, ce ne sont que des visages mys­térieux, épuisés, un brouhaha de langues inconnues. Puis, au fil des entretiens, les visages se font plus nets, plus proches, comme si les réalisateurs changeaient de focale. Belle idée, par exemple, de suivre certains « arrivants » à l'extérieur des bureaux. On les voit alors scruter longuement un Paris inconnu depuis une rame de métro : encore et toujours, ils semblent en voyage...
Nous, on s'accroche à eux, à leur avenir suspendu et à leur passé heurté. Au destin de Zahra, par exemple, la belle Erythré­enne enceinte, revenue des prisons et des naufrages, qui dévide avec un ­détachement vertigineux l'écheveau de ses épreuves. Les réalisateurs ne la questionnent pas, ils ne sont là ni pour enquêter à charge ni pour corroborer son récit. A la Cafda, cette gare de triage pour rescapés du monde entier, ils ont trouvé, d'ailleurs, plus de questions que de réponses. Sur le rapport que chacun entretient avec l'Autre, l'étranger. Sur ses propres frontières, en quelque sorte."
(Télérama, 10 avril 2010).


Marion Thuillier :

- "La chronologie des rendez-vous offre par ailleurs une formidable dramaturgie naturelle, puisqu'aux entretiens avec les assistantes sociales succède la mise en français du récit des familles par une juriste. Une étape destinée à apporter la preuve des persécutions subies afin de transmettre un dossier convaincant à l'OFPRA (Office français de protection des réfugiés et apatrides). Ce passage dans le bureau de Juliette nous permet ainsi d'en apprendre davantage sur les différents protagonistes, tandis que leur parole se libère peu à peu. Il dévoile aussi le climat de suspicion qui règne à l'égard des étrangers. En effet, comment ne pas s'interroger sur la vérité de leur récit, alors qu'eux-mêmes se gardent de tout raconter par crainte des représailles ? Une méfiance aggravée par les difficultés de communication dues à la langue, qui donnent également lieu à des situations burlesques.

Les séquences alternent entre rire, émotion et réflexion. Elles s'enchaînent sans le moindre ennui grâce à un montage efficace, tandis que la mise en scène discrète réussit à nous donner l'impression d'être dans la pièce avec eux, à la place de la caméra. Bien loin du film institutionnel, Claudine Bories et Patrice Chagnard nous livrent donc un documentaire plus que nécessaire sur une réalité méconnue et complexe. Sachant qu'au final, seules 7 à 20 % des demandes d'asile sont aujourd'hui acceptées sur le territoire français."
(excessif.com).


"Ils viennent de si loin et ils attendent tant..." (Synopsis).

Olivier de Bruyn :

- "Le film reste au plus près de ses protagonistes. De leurs énervements, faiblesses, peurs et impuissances. Il met en scène une dramaturgie et un vrai suspense qui échappent à la spectacularisation, en l'occurrence hors sujet.
Les cinéastes, loin de toute posture militante, montrent une réalité complexe (et parfois terriblement cocasse) qui, soulignent-ils dans leur note d'intention, n'est « soluble ni dans l'administration, ni dans la bonne volonté ».
Constat d'une rare intensité… « Les Arrivants », derrière la simplicité de son dispositif, témoigne de la situation abjecte où sont renvoyés les demandeurs d'asile et de l'imbroglio (euphémisme) induit par certains textes juridiques.
En ne coupant pas au montage (surtout pas ! ) les difficultés de communication (incompréhensions parfois dramatiques autour d'une phrase, d'un mot), les cinéastes donnent à voir et à entendre une certaine réalité d'aujourd'hui.
En toile de fond omniprésente : le rapport ambigu de la France avec son immigration. Un film important, c'est le moins que l'on puisse dire."
(Rue89, 5 avril 2010).


Didier Péron :

- "Le film les Arrivants devrait (...) être reconnu d'utilité publique, diffusé à une heure de grande écoute sur France Télévisions ou montré dans les écoles (...).
En descendant dans l'arène, le film nous conduit au seuil de nos propres réflexes de peur et de rejet mais, en donnant épaisseur aux expériences souvent hors du commun des migrants, il rend force et sens à la notion exigeante d'hospitalité."
(Libération, 7 avril 2010).

Bande annonce.