DANS LA MARGE

et pas seulement par les (dis) grâces de la géographie et de l'histoire...

dimanche 7 février 2010

P. 235. Plus "American Tabloïd", tu meurs...

. James Ellroy, American Tabloïd, Rivages/noir, 2007, 780 p. (DR).

Ici, vous sortez une pancarte :
"Casse-toi, pauv' con"
à une manif
et vous vous retrouvez
dans un commissariat.

Aux USA,
James Ellroy
flingue à bout portant
des personnages historiques
et se retrouve couvert de louanges...

Impossible d'échapper ces dernières semaines à un déferlement de critiques saluant bruyamment l'arrivée chez les libraires d'"Underworld USA". James Ellroy termine ainsi en feu d'artifice une trilogie disséquant les Etats-Unis depuis l'ascension des Frères Kennedy jusqu'à l'assassinat de Martin Luther King...
Titres et articles se livrent à un concours de louanges à vous donner le tournis.
Ainsi Libération :
- "James Ellroy met l’Amérique chaos".
Ou Didier Hassoux, dans Le Canard :
- "Saga americana.
Autant prévenir l'amateur : un entraînement intensif est conseillé avant de se lancer. La phrase est courte, saccadée. Les personnages multiples. Les situations diverses. Les détails envahissants et l'intrigue à tiroirs (...).
Underworld USA est le troisième et dernier tome de cette fresque historique et politique du XXe siècle américain. Le numéro un, American Tabloid, est un chef-d'oeuvre. Le numéro deux, American Death Trip, est un très grand roman. Le numéro trois est... un aboutissement."
(27 janvier 2009).

Rongé par la culpabilité d'appartenir à l'arrière-arrière-garde des attardés n'ayant pas encore lu une seule ligne de James Ellroy, je sors d'American Tabloïd.
Pas intact. Le roman noir y atteint des abysses. M'ont fait défaut par exemple les paysages. Par contre, bonjour les affrontements sanglants, les trahisons, les violences, tous les coups possibles et (in)imaginables, surtout ultra-tordus, les horreurs, les racismes les plus hystériques... Depuis l'arrivée au pouvoir des Kennedy jusqu'à Dallas.
Tant d'encres ont été déversées pour saluer l'auteur et l'oeuvre, que ce blog ne va pas y ajouter ses pattes de mouche.
Seulement un constat.
L'oeuvre de James Ellroy comprend au moins une moitié de personnages nullement fictifs. Et là, ce qu'il ose en écrire, dépasse toutes les frontières de la "bienséance" telle que comprise de côté-ci de l'Atlantique. Sous sa plume, personne n'est épargné. Plus le nom est célèbre voire vénéré, plus l'auteur le fusille avec parfois un sadisme, une brutalité qui laissent pantois !
Tentez de transposer ce genre en France avec de Gaulle, Ben Barka, Mitterrand, le Rainbow Warrior, Giscard, de Broglie, Robert Boulin, Chirac, Pasqua, le SDECE, Sarkozy, Claertream, Besson, les Barbouzes etc... Voilà qui est totalement exclu en trois romans complémentaires.
A défaut, revenons à cet American Tabloïd pour y retrouver quelques échantillons du jeu de massacre à la Ellroy...

James Ellroy (DR).

F. Castro :

- "Cet enculé de Castro a un grand désir de mort. Il joue au con à la fois avec les Etats-Unis d’Amérique et la Mafia."
(P. 225).

- "Castro, ce n’est rien d’autre qu’un bouffeur de tacos qui sait baratiner des conneries."
(P. 705).

- "Fidel Castro a couardement critiqué les politiques raciales des Etats-Unis, éminemment égalitaristes et totalement intégratrices, en reprochant rageusement aux chefs américains leurs négligences négligeables à l’égard des citoyens nègres."
(Article de la revue L’Indiscret, P. 553).


R. Castro :

- "Le frère de Fidel, Raúl, est lui aussi un porc communiste. En plus, c’est un hypocrite (…). Raúl revend l’héroïne confisquée à de riches drogués en essaimant dans le même temps, en hypocrite qu’il est, sa rhétorique communiste."
(P. 224).

C. de Gaulle :

- "Charles de Gaulle, qui se promène avec un bâton dans le cul depuis 1910."
(Propos prêtés à JFK, P. 628).


H. J. Hoover :

- "Hoover est ombrageux parce que c’est une pédale nazie qui hait tous les hommes aux appétits normaux."
(Propos prêtés à JFK, P. 648).

- "Hoover est jaloux. Il avait toujours dit que la Mafia n’existait pas – parce qu’il savait qu’il était incapable de requérir contre elle avec succès. Et aujourd’hui, Bobby Kennedy qui se permet l’outrecuidance de ne pas partager cet avis…"
(P. 37).

- "Puis-je vous rappeler que, pendant de nombreuses années, vous avez personnellement nié que la Mafia pût exister. Puis-je vous rappeler que le FBI n’est qu’un simple rouage de la grande roue du ministère de la Justice. Puis-je vous rappeler que le FBI n’édicte pas la politique du ministère de la Justice. Puis-je vous rappeler que le président et moi-même considérons que 99% des groupes gauchistes que le FBI surveille et contrôle par habitude sont inoffensifs sinon totalement moribonds, et il est risible de voir combien ils sont inoffensifs comparés au crime organisé."

(Propos prêtés à Bob Kennedy, P. 501).


Le big boss à vie du FBI (Ph. LIFE / DR).

H. Hugues :

- "Des fêlés mormons obsédés par les microbes tenaient compagnie au Grand Howard. Ils lui tenaient son bungalow en parfait état sanitaire : les insecticides qui giclaient avec la force d’une bombe A faisaient des merveilles. Un bizarro du nom de Duane Spurgeon dirigeait toute l’équipe. Il plaçait des capotes lubrifiées sur tous les boutons de porte susceptibles d’avoir été touchés par des mal-blanchis.
Hugues avait une nouvelle lubie : des transfusions sanguines hebdomadaires. Il ne se tétait exclusivement que du sang mormon – acheté à une banque de sang non loin de Salt Lake City."
(P. 389).


J. F. Kennedy :

- "Les mecs, vous ne connaissez pas Jack Kennedy, dit Hoffa (…). En réalité, c’est un putain d’homo de socialo qui cherche à apaiser les cocos et qui adore les Négros, et y se fait passer pour un amateur de chattes fraîches."
(P. 402).

- "John F. Kennedy. F comme foutriquet (…).
La première chose à accomplir, c’est de couper les couilles aux frères Kennedy."
(PP. 699-700).

- "SG – Ce mec {JFK}, c’est rien d’autre qu’un traître qui se fait passer pour un héros. C’est rien d’autre qu’un cajoleur de cocos déguisé en loup (…).
Un mec de la CIA que je connais m’a dit que Kennedy a passé un petit marché en douce avec Khrouchtchev. D’accord, il a déménagé les missiles. Mais mon gars de la CIA m’a dit que Kennedy a été obligé de promettre qu’il n’envahirait jamais Cuba, bordel de merde. Pense un peu à ça. Pense à nos casinos et fais-leur signe au revoir, pour toujours, putain de merde.
JR – On dit que Kennedy doit s’adresser à des survivants de la baie des Cochons au cours de l’Orange Bowl en décembre. Pense à tous les mensonges qu’il va leur raconter.
SG – Un patriote cubain devrait le descendre."

(PP 704-705).

R. Kennedy :

- "JFK - Il {RK} est soupçonneux en général, parce qu’il patauge dans les égouts de la légalité à cause de Jimmy Hoffa et de la Mafia, et ça commence à la tarauder. Comme une sorte de maladie professionnelle du policier qui se serait gagnée au fil de son activité (…).
BJ – Il est plus dur que toi, n’est-ce pas ?
JFK - Oui. Et comme je l’ai dit à une fille il y a plusieurs années, il est sincèrement passionné et généreux."

(P. 633).

M. Monroe :

- "M. Hoover avait appelé M. Hugues. M. Hugues lui avait appris que Marylin Monroe était tout à fait coquine.
Les Fédés lui avaient collé des mouchards. Au cours des deux dernières semaines, elle s’était envoyé le disc-jokey, Bill Eckstine, Allan Freed, Freddy Otash, l’entraîneur de Rintintin, Jon « Ramar de la Jungle » Hall, son nettoyeur de piscine, deux livreurs de pizzas, Tom Duggan grand spécialiste du « talk-show », et le mari de sa bonne – mais pas de Sénateur John F. Kennedy."
(P. 454).


Dallas, le roman s'arrête juste avant l'exécution du Président (DR).

L. B. Johnson :

- "Johnson hait Bobby de la même haine que M. Hoover (…). LBJ a emprunté de l’argent aux Camionneurs un jour. C’est un mec raisonnable, c’est bien connu."
(P. 724).


R. Nixon :

- "Nixon, bouffeur de Rouges blanchi sous le harnais."
(P. 430) .

- "Vous ne pensez quand même pas que l’Amérique va se coller dans les draps avec un Dick Nixon alors qu’elle peut faire câlin-câlin avec Jack, non ?
Hugues se redressa sur son lit (…)
Je possède Richard Nixon.
Je le sais, dit Pete. Et je suis sûr qu’il vous est très reconnaissant pour ce prêt que vous avez lâché à son frère (…)
Dick Nixon est un brave homme, et la famille Kennedy tout entière est pourrie jusqu’à la moelle. Joe Kennedy prête de l’argent aux gansters depuis les années vingt."
(P. 425).


F. Sinatra :

- "Sinatra, c’est un cas. Il fréquente l’Organisation, il discute avec les mecs de l’Organisation, mais c’est rien qu’un débile sorti d’Hoboken, dans le New-Jersey."
(P. 649).

- "Laura qualifiait Sinatra de petit pénis à belle voix."
(P. 383).

- "Bobby a obligé Jack à laisser tomber Frank. Frank s’était fait installer un héliport chez lui à Palm Springs pour permettre à Jack de venir lui rendre visite, mais cette petite merde de justicier de Bobby a obligé Jack à lui battre froid, rien que parce qu’il connaissait quelques gangsters."
(P. 623).

- "JR – Sinatra nous a roulés dans la farine. Il disait qu’il avait de l’influence auprès des Frères.
SG – C’est un inutile. La Belle Coupe {JFK} a viré son cul de Rital de la liste des invités à la Maison Blanche. Demander à Frank de plaider notre cause auprès des Frères est inutile."
(P. 697).


Le Syndicat des Camionneurs :

- "Parmi les emprunteurs à la Caisse Centrale des Camionneurs :
Vingt-quatre sénateurs des Etats-Unis, neuf gouverneurs, cent quatorze membres du Congrès, Allan Dulles, Rafaël Trujillo, Fulgencia Batista, Anastasio Samoza, Juan Perón, des chercheurs Prix Nobel, des vedettes de cinéma toxicomanes, des requins sur gage, des racketteurs syndicalistes, des propriétaires d’usines briseurs de syndicats, des membres du Tout-Palm Beach, des chefs d’entreprises véreux, des fêlés de l’extrême droite française détenteurs de sociétés immenses en Algérie, et soixante-sept victimes d’homicides non résolus à mettre au rang des mauvais payeurs de la Caisse des Retraites.
La filière remontait au prêteur de liquide en chef : un certain Joseph P. Kennedy Sr."
(P. 568).


Cessez-le-feu...




10 commentaires:

brigetoun a dit…

tout de même plus élaboré que "casse toi pauvre con". D'autre part, faire tenir un roman d'Ellroy sur une pancarte ?

JEA a dit…

@ brigetoun

ah ! un zéro pointé pour le titre...
il me reste à aller manifester avec sur ma pancarte, la reproduction de la couverture de cet American Tabloïd

D. Hasselmann a dit…

James Ellroy est un très grand écrivain "polarisé" sur les imbrications de la politique et du crime.

Je n'ai pas encore lu son dernier ouvrage, il est vrai qu'il y overdose d'interviews et d'articles...

Concernant la littérature policière et politique en France, certains écrivains s'y sont essayé avec réussite : Patrick Manchette ("L'Affaire N'Gustro" sur l'affaire Ben Barka), Didier Daeninckx (entre autres : "Meurtres pour mémoire" sur le massacre des Algériens jetés à la Seine, Papon régnant)...

JEA a dit…

@ D. Hasselmann

ma culture en roman noir se limitant à un îlot perdu, merci d'apporter des exemples brillant sur les rayons des bibliothèques françaises
je tentais seulement de constater que jamais (mais en répétant mes extrêmes limites) je n'avais rencontré autant de figures historiques dans un seul bouquin et qui plus est, pour les mettre gravement à mal
sinon j'ai lu Manchette chez Bouquins mais pas toujours avec enthousiasme
et Daeninckx ponctuellement
et encore Fajardie
mais ce sont des alizés en comparaison d'Ellroy, terrible cyclone dévastateur !

D. Hasselmann a dit…

Lire évidemment : Jean-Patrick Manchette.

IL y a plein d'autres exemples mais c'est vrai qu'aux States, les livres ou les films en plein dans l'actualité (on l'a vu avec la guerre du Vietnam) dépassent de cent coudées ce qui se fait en France, où on est toujours à la remorque dans ce domaine.

JEA a dit…

@ D. Hasselamnn

Vous avez raison de comparer la littérature sur la guerre du Vietnam par les USA et sur celle d'Indochine par les Français...
Voici pas longtemps encore, je me faisais mordre sur un autre blog pour cause de défense d'un roman récent sur les "événements" d'Algérie (motif des coups de dents : "ce n'est pas un sujet...")

annadesandre a dit…

Ben je n'ai toujours pas envie de le lire.

JEA a dit…

@ annadesandre

à suivre votre blog, y compris ses pages les plus douloureuses, vous écrivez
tandis qu'Ellroy, lui, étripe...

Saravati a dit…

D'Ellroy, je n'ai lu que le Diamant noir, un livre tout aussi noir, comme semble l'être de manière constante, l'univers de Ellroy. J'avoue m'être un peu perdue dans le dédale de l'histoire et des personnages. Ce que vous présentez ici relève de l'histoire des Etats-Unis, aussi une histoire noire et apparemment retranscrite sans concessions par l'auteur. Connaissant le pessimisme avéré de ce dernier, il a pris plaisir à décortiquer les bassesses des hommes politiques vec le plus de crudité possible. Quant au degré de véracité, je laisse aux spécialistes le soin de le déterminer !

JEA a dit…

@ Saravati

De fait Ellroy ne se contente pas d'un encrier noir mais au minimum d'un train entier de wagons-citernes...