DANS LA MARGE

et pas seulement par les (dis) grâces de la géographie et de l'histoire...
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jeudi 17 juin 2010

P. 298. Ardennes françaises : Mai 1940

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Couverture de Simon Cocu : "L'évacuation - 12 mai 1940" (DR).

N° 111 - Juin 2010 de
Terres Ardennaises :

Mai 1940

Sommaire des 104 pages :

- "Planifier l'exode" : l'évacuation des Ardennes en mai 1940 voulue par les pouvoirs publics.
Nicolas Charles.

- Un certain 13 mai 1940 à Monthermé.
Hubert Bureau et Nicolas Charles.

- Stauffenberg à Monthermé.
Christian Marry.

- Mai 1940 : Ernst Jünger à nouveau dans les Ardnennes !
Christian Marry.

- Une normalienne dans l'exode.
Marie-Thérèse Berger.

- L'évacuation de Mouzon, 10 au 12 mai 1940.
Anne François.

- L'exode un peu particulier des habitants d'Evigny.
Jacques Lambert.

- Quelques enfants dans l'exode.
Jacques Lambert.

"Ils" sont revenus avec leur cortège de ruines. Voir page 12, sans réf. (DR).

- Le lieutenant Henri Manceau en l'an 40.
Henri Manceau. Carnets de guerre annotés par Gérard Giuliano.

- Journal de Charles Lambert. De Nouzonville à Saint-Jouin-sous-Châtillon. Extraits.
Charles Lambert.

- L'été 1940 à Thin-le-Moutier.
Jean Diel.

- Les parlementaires ardennais et le vote historique du 10 juillet 1940.
Gérard Giuliano.

- Retour sur le 10 juillet 1940... et sa suite.
Simon Cocu.

- Les Ardennes dans les synthèses des rapports mensuels des préfets en zone occupée : 1940.
Jean-Emile Andreux.

- Mes souvenirs de la guerre 1939-1945.
Claudette Picot (Témoignage recueilli par Marie-France Barbe).

- Le Frontstalag.
Michel Meissneir.

- Un récit émouvant d'une amitié franco-allemande, née dans la tourmente de la Seconde Guerre mondiale.
Interview pour Terres Ardennaises.

Mouzon, p. 22, Ph. M. T. C. (DR).

Jacques Lambert :

- "... Nous souhaitions que l'essentiel des articles de cette revue soit consacré à la population civile. Nous racontons donc ces départs des villes et des villages, ces longs périples pour gagner les départements d'accueil, ces bombardements meurtriers, cette débrouillardise nécessaire pour s'en sortir, ces aides reçues pour atténuer les malheurs... Nous évoquons la vie des réfugiés en Vendée, dans les Deux-Sèvres et ailleurs, réfugiés qui ne souhaitent souvent qu'une chose : revenir chez eux le plus vite possible, en rusant s'il le faut. Un "chez eux" où manque un prisonnier, habitant quelque part en Allemagne, mais il est d'autres prisonniers en Ardennes !
La vie dans le département est difficile : nous le découvrons à Mohon et Thin-le-Moutier et nous en comprenons la raison essentielle à travers l'analyse des rapports des préfets : Les Ardennes constituent une sorte de grenier à nourriture confisqué au profit de l'occupant et de ses armées."
(Extrait de l'introduction, p. 1)

En quelques mots...

- Nicolas Charles décrit le pourquoi et le comment d'un plan de repli des Ardennais en cas de nouvelle invasion, plan "tombé à l'eau"".
- Hubert Bureau et Nicolas Charles soulignent, à travers l'exemple de Monthermé, "les nombreuses erreurs" d'un état-major français, celles-là mêmes qui débouchèrent sur un "rapide effondrement".
- A travers le journal de guerre d'Ernst Jünger, Christian Marry retrouve les souvenirs de son "passage" dans les Ardennes.
- En juin 1939, Marie-Thérèse Berger est reçue au concours d'entrée à l'ENF de Charleville. Sur 200 candidates, elles sont 25 admises... En 1940, la guerre entraîne l'exode de la jeune normalienne.
- "Que s'est-il passé à Mouzon dans les heures précédant l'évacuation ? Dans quelles circonstances les habitants ont-ils quitté la ville ?". Anne François apporte ses réponses.
- Jacques Lambert recueille les souvenirs de huit habitantes d'Evigny sur leur exode.
- Les premiers réfugiés sont... des Belges. Puis l'ordre d'évacuation touche les Ardennais de France. Départs à pied, avec brouettes, charrettes, poussettes... Ou encore à vélo. Quand ce n'est pas par train, ou pour d'aucuns en voiture. Les mitraillages et les bombardements font des victimes sans discernement. Autant de témoignages rassemblés par Jacques Lambert.
- L'exode par les yeux des enfants de moins de 14 ans, une synthèse de Jacques Lambert.
- Le lieutenant Henri Manceau dans ses carnets à la date du 18 mai 1940 : "Impression que Gamelin va être limogé : s'il a laissé inoccupée la ligne de la Meuse !!! à fusiller."
- Autre journal, celui d'un civil, Charles Lambert (de nationalité belge mais patriote... français). De Nouzonville à Saint-Jouin-sous-Châtillon. Du monde du travail en usine aux forêts et champs.
- Jean Diel s'attache à Thin-le-Moutier pour "cette période de flottement allant, grosso modo, de mai à septembre 1940".


Monthermé, p. 7, Ph. Coll. part. (DR).

- Le 10 juillet 1940, vote à Vichy pour substituer l'Etat français à la République. Méticuleusement, Gérard Giuliano répond à ces questions : "Quel a été le choix des six parlementaires ardennais présents à Vichy ? Et pourquoi trois autres parlementaires n'ont-ils pas pris part au vote" ?
- Grâce à Simon Cocu, plongée dans des archives de Maurice Voirin, député SFIO des Ardennes et maire de Mohon : "Dès le lendemain de l'assemblée, démentant la loyauté que les augures lui prêtaient, Pétain a trahi. Fut-ce l'effet d'une ambition sénile démesurée ou l'oeuvre d'un entourage pénétrant par effraction dans les rouages de l'Etat ?"
- Claudette Picot se confie à mon amie Marie-France Barbe. Exode et "une autre vie... celle de l'occupation".
- Le Frontstalag 190, celui de Charleville, sort de l'oubli grâce aux recherches, aux documents et aux illustrations de Michel Meissner.
- Ce n° 111 se clôture sur une présentation du récit signé par François Potier et intitulé : "La Clé de la Grange" (Ed. Cheminements - L'àpart Buissonnère). "Une tranche de vie... d'un ardennais de pure souche... prisonnier de guerre... et la famille de fermiers allemands chez qui il allait, chaque matin, manier la fourche ou soigner les bêtes."

Prix de vente de ce semestriel : 11 Euros.
Règlements à l'ordre de
Terres Ardennaises
CCP Châlons 3855-23-X

Terres Ardennaises
6 rue des Sources
08000 Charleville-Mézières
http://terres.ardennaises.free.fr
terres.ardennaises@free.fr

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mercredi 9 juin 2010

P. 294. Grandeurs ardennaises

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"Un petit chemin qui sentait la noisette" sous la lune (Ph. JEA / DR).


Toponymie ardennaise : 28
Grandeurs sans folies...


Bois de la Grande Côte, Bois du Grand Chenet, Bois du Grand Vivier,

Chêne Grand Jean,

Côte du Grand Pierrot,

Etang de la Grande Couture,

Fontaine de la Grande Pisselotte, Fontaine du Grand Pré, Fontaine Grande Fosse,

Fond des Grands Triots.

(Ph. JEA / DR).

La Grande Brême,
Corvée,
Cour,
Couturelle,
Fortelle,
Gouttière,
Haie,
Margny,
Noue,
Pailleuse,
Pièce,
Pierre,
Prairie,
Sole,
Terre,
Tranchée,
Wèbe.

Fées (Ph. JEA / DR).

Le Grand Banseaux,
Blusson,
Bochet,
Bru,
Champ,
Chemin,
Colson,
Dieulet,
Douare,
Etang,
Fond du Bosquet,
Fossé,
Fouyat,
Glaye,
Hawis,
Hé,
Jardin,
Jour,
Marais,
Pâquis,
Pré d’Echarson,
Sart,
Saule.

Quand un pré rit (Ph. JEA / DR).

Les Grands Cornaux,
Emarlis,
Etangs,
Jardins,
Montants,
Prés,
Ragons,
Sarts,
Saules,
Taillis,
Trieux,
Truches,
Usages,
Vignes,

Les Grandes Armoises,
Bovettes,
Corvées,
Fontaines,
Haies,
Vendanges,

Sur le Grand Beau Chemin,

Rochers des Grands Ducs,

Route forestière du Grand Corbeau.


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samedi 22 mai 2010

P. 285. Marais ardennais

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Ardennes au retour de Paris. Une forme de peine capitale : être privé(e) d'un tel crépuscule ? (Ph. JEA / Droits Réservés).


Toponymie ardennaise : 27
Marais avec
ou sans cages...


Au-dessus de la Noue de Rethel,

Bois de la Noue Catherine,

Côte de la Noue de Terre,
Côte de la Noue Saint-Pierre,

Fond de la Noue Surdeau,

Haut de la Noue Maga,

Montant à la Noue Balinet,
Montant de la Naue Roux,

Nau de Lava,

Nau Maria,

Naue Cendras, Collardeau, Colignon,
Fuzin,
Papelard,

Naue d’Huy,


Vers la Grande Fosse (Ph. JEA/DR).

Noue Barue, Baudouin, Béranger, Blondel, Boya,
Carrée, Cotteret, Couture,
Dame Jolie, Denis, Dia,
Enfumée, Erselin,
Genas, Guéry,
Hubert,
Jubin, Juger,
Louise, Luya,
Machette, Marie, Martin, Morgneau,
Persin, Piton, Poret,
Roha,
Thierry,Tillois,


Dictionnaire éphémère (Ph. JEA / DR).

Noue d’Ane, d’Arilleux,

Noue de Bouchereuil, de Boult,
de Cuir,
de Mai,
de Pauvres,
de Rogissart,
de Saussis,
de Vauzelle,

Noue des Rosières,

Noue du Puits,

Noue la Caille,
la Demoiselle,

Noue le Fusain,
le Prêtre,
le Suisse.


Ciel cyclope (Ph. JEA / DR).



dimanche 16 mai 2010

P. 282. Mai 1940 : Exodes d'Ardennais

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Contrairement à la légende de cette carte : pas vraiment dans la Vallée de la Meuse mais la surplombant entre Renwez et Bourg-Fidèle, le village des Mazures (DR).

Témoignages de Mazurois
obligés en Mai 1940
de prendre les routes
d'un exode aussi douloureux
que dangereux...

Les calendriers l'affirment unanimement : nous serions en mai. Le nez à la fenêtre ou un pied dehors en feraient douter mais des historiens confirment. Les professionnels qui ouvrent les albums souvenirs d'un autre mai, vieux de 70 ans et maudit : 1940.
Commémorations et publications se succèdent particulièrement dans les Ardennes de France. Sedan synonyme de "percée" n'y est pas étrangère, pour se limiter à un seul exemple...
Pour apporter notre goutte d'eau, voici quelques témoignages sur la roue du moulin à moudre le passé. Ils se limitent à un village : Les Mazures. Ces souvenirs ont été recueillis en complément d'une étude portant sur le seul "camp pour juifs" (1942-1944) de Champagne-Ardenne et qui se dressa sur le territoire de cette commune.

Marguerite Henon :

- "Ma belle-mère nous dit :
"Oh, c'est mauvais : voilà les Belges qui se sauvent par notre village. Ca me rappelle 1914..."


Mireille Colet-Doé :

- "Le 10 mai, des Belges passent par les Mazures pour prendre les chemins de l'exode.
Le 12, à 8h30, je ne commence pas mes cours et j'avertis les enfants qu'il est trop dangereux de rester à l'école . Des avions allemands passent à basse altitude. Ces rase-mottes pourraient être suivis de bombardements. Il faut éviter une éventuelle hécatombe...
Le 13, départ pour la Vendée où se replie la Préfecture des Ardennes."

(NB : On l'aura compris, témoignage de l'institutrice du village).

11 mai 1940 : bombardement de Rethel (Doc. JEA / DR).

Louis Baudrillard :

- "Aux Mazures, on voyait des soldats passer sans arrêt. J'avais encore mes deux grands-mères et elles faisaient du café notamment pour les spahis qui gelaient sur leurs chevaux.
Je me souviens aussi de l'artillerie. Ils réquisitionnaient des chariots. Nous avons perdu des chevaux dans cette histoire. Mes parents n'ont jamais été indemnisés car il fallait un témoin et personne n'a accepté de se porter garant.
Puis des avions allemands sont venus lâcher des bombes. L'une est tombée sur la première maison du village en venant de Revin. Dans la prairie, il y avait en effet un canon pointé pour la défense du village. Puis ce fut la débâcle...
Le Maire, Marcel André, a lancé un appel pour partir. Me voilà avec mes parents et les deux grands-mères dont Marguerite pour qui c'était la troisième guerre..."


Alberte Pernelet :

- "Venant de la Mairie, des papiers officiels imposent l'exode. Nous devons abandonner les bêtes : une douzaine de vaches laitières. Et nous prenons le départ avec les deux chevaux qui tirent le chariot qui déborde de nos affaires mais aussi de celles de voisins."


Des Ardennes vers l'Aisne (Doc. JEA / DR).

Alberte Pernelet :

- "Alors que nous sommes encore dans les Ardennes, nous sommes bombardés pour la première fois à St-Marcel. Pour échapper aux avions, notre famille éclate en quatre groupes. Mon père s'abrite dans une cabane à cochons pour empêcher les chevaux de s'emballer sous le fracas des bombes... Ma mère et mon frère se réfugient au presbytère où se fêtait un baptême. Ma soeur et moi, nous nous sommes littéralement retrouvées dans les murs extérieurs de l'église. Je me souviens qu'une dame est tombée à côté de nous...
Beaucoup avaient peur mais j'ai toujours été curieuse et je voulais voir ce qu'était la guerre. Depuis, je suis d'ailleurs restée hardie !
Pour échapper aux Allemands, il est décidé de ne plus se déplacer que la nuit. Deux garçons nous précédaient sur le côté des routes avec des piles électriques. Ils devaient repérer les bombes non éclatées ainsi que tout autre obstacle.
Nous parvenons finalement à Rethel, mais en avançant de plus en plus difficilement et surtout en évitant le centre de la ville à cause des bombardements."


Marie-Rose Maquin :

- "Chacune de nos deux familles avait son équipage : un chariot tiré par trois chevaux, ce n'était pas de trop car nous avions l'obligation de prendre les bagages d'autres habitants du village. A tel point que les chevaux n'arrivaient pas à tirer le tout, vous savez c'était lourd.
Nous avons déjà été bombardés sur la route de Renwez. C'est qu'ils nous visaient vraiment ! En arrivant à la côte d'Hardoncelle, nous avons sauté en bas du chariot tellement les avions nous cherchaient. J'avais une tante et une cousine qui ne pouvaient descendre tellement elles étaient vieilles...De son côté, un poulain de 18 mois avait rompu son licou et il courrait comme un fou à travers tout tellement il avait peur des bombes...
On a abandonné les vaches. Et pour pouvoir quand même avancer, il a fallu mettre 6 chevaux à un seul chariot puis recommencer ensuite avec le deuxième, tout ça sous les bombardements...Finalement, les colis ont même été déchargés."


Instructions pour la gendarmerie de l'Indre afin d'"aiguiller" l'exode :

- "Prière aux gradés et aux gendarmes de bien étudier toutes les directions de manière à donner à ces malheureux des renseignemenst exacts et à ne pas les aiguiller sur n'importe quel chemin d'où ils ne pourraient sortir ni se diriger. Soyez polis, corrects, compatissants (...).
Départements évacués :
Aisne -...-Département d'accueil Mayenne
Ardennes -...- Vendée 2Sèvres."

Marguerite Henon :

- "Nous voilà partis le plus souvent à pied, parfois dans un camion. Nous avons connu les attaques de l'aviation allemande. Ainsi, à Berry-au-Bac, lors du franchissement de l'Aisne. Ce sont des chevaux tués le long des routes...On filait au plus vite et on couchait dans des granges. "

Louis Baudrillard :

- "En route, ça tirait de partout. J'ai vu des gens touchés. Une bombe est tombée sur un chariot de Belges. Ca m'est resté, ces pauvres gens qui hurlaient..."

Exode de grabataire (Doc YV / DR).

Marie-Rose Maquin :

- "L'exode a duré 15 jours. On n'en pouvait plus. Finalement, les chariots ont été mis sur un train et les chevaux enfermés dans des wagons. Nous, on nous a mis dans des cars. Tout ça par Mantes puis La Roche-sur-Yon.
Nous sommes finalement arrivés à La Tranche où nous avions des maisons individuelles. Les hommes avec les chevaux avaient fait le tour par Paris avant La Tranche."


Alberte Pernelet :

- "Nous avons été jusque dans le Loiret mais en route nous entendions répéter que ceux de Paris fuyaient la capitale, que tout était abandonné... Et arrivés aux ponts sur la Loire, on reculait plus qu'on avançait. Impossible de passer avec tous ces réfugiés dont beaucoup de Parisiens.
Après huit - dix jours passés dans la région de Montargis, on décide de rebrousser chemin.
C'est ainsi qu'après trois mois d'exode, nous retrouvons les Mazures.
Chez nous, tout, absolument tout avait été pillé. Même par des gens du village... Je me souviens avoir accompagné ma mère à une vente publique à Bourg-Fidèle.
Ma mère reconnaît soudain un pantalon en velours de mon père. Elle interpelle le notaire : "Mais...C'est à mon mari ! Vous pouvez vérifier. Dans une poche, j'ai ajouté une pièce verte. Impossible de se tromper !"
Et c'était vrai, le notaire retourne les poches et trouve une pièce verte...Mais il s'excuse et dit devoir continuer quand même la vente du pantalon..."


Mireille Colet-Doé :

- "A La Tranche-sur-Mer, les Mazurois ne sont pas vraiment bien reçus. On nous appelait "les Boches du Nord". Le directeur de l'école à laquelle je suis rattachée comme institutrice, me demande même si je viens prendre des vacances.
Heureusement, les gens simples de la côte vendéenne se montrent plus chaleureux.
En mai 1941, nous sommes revenus grâce à la voiture conduite par mon père. Nous devons franchir la ligne de la zone interdite à Vouziers. Le pont sur l'Aisne avait été coupé et une passerelle le remplaçait.
Mon père passe sans problème avec la voiture. Mais je suis repoussée malgré ma petite fille que je porte dans les bras. Alors, j'ai attendu le changement de garde pour une deuxième tentative qui sera la bonne. Voilà comment nous sommes revenus en fraude ! Nous étions devenus indésirables chez nous !
Les Mazures ont triste allure."



lundi 3 mai 2010

P. 277. Liart et son église fortifiée

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Liart dans l'ensemble des églises fortifiées ardennaises, presque toutes situés au sud de la N 43 reliant Charleville-Mézières à Hirson et aux limites de l'Aisne (Mont. JEA / DR).

Notre-Dame de Liart
en Thiérache ardennaise (3)


Autant l'avouer sans plus tarder, l'avarice règne quant à la documentation sur cette église. Vous présenter ses cousines de l'Aisne habitue à Byzance. Ici, force est de passer par des sentiers rabattus pour arracher ça et là quelques herbes maigres de renseignements parcellaires...

Le Guide Vert (c'est vous dire...) :

- "A l'origine du village, un oratoire aurait été élevé à Notre-Dame du Lierre pour abriter la statue d'une vierge enlacée de lierre, d'où son nom."
(Champagne Ardenne, 2004, 312 p. / P. 275).

Concrètement, Liart marque les carrefours entre les D. 978, D. 27 et D. 236.
La localité compte une population de 552 habitants. Couvre 13,4 km². Et culmine à une altitude de 221 mètres.

Tour-porche de Notre-Dame de Liart.
Les "libérateurs" évoqués sur le monument aux morts menacé par une bretèche, sont ceux qui, en 1918, ont mis fin à l'occupation allemande (Ph. JEA / DR).

L’Aisne nouvelle :

- "Cette église fortifiée au XVIe siècle a de véritables allures de château. Son imposante tour-porche rectangulaire de deux étages est percée de meurtrières qui défendent une porte étroite. Les deux tourelles conduisent à un comble aménagé. Le vitrail du chœur rappelle le pèlerinage à Notre-Dame-de-Liesse pour sa vierge noire."
(21 avril 2007).


Sylvie Surmely :

- "Son église étonne et parait très austère pour qui n'est pas habitué à ces régions pauvres et souvent oubliées de notre France. Meurtrières, créneaux, lucarnes, bretèches font du puissant donjon rectangulaire, un véritable lieu défensif assez dissuasif, les assaillants devant être très impressionnés par ce bâtiment massif.
Le côté étonnant vient des son clocher pointu d'ardoise et de ses quatre clochetons tout biscornus et tout aussi pointus : difficile de les décrire, tant ils sont originaux ! Comme quoi, les frustres paysans du fin fond de la France du 17ème pouvaient être originaux et novateurs !"
(Eglises fortifiées de Thiérache, 2003).

Mme Surmely ne peut qu'être citadine, voire même habitante d'une mégapole. Du moins à en croire l'élégance et la condescendance avec laquelle elle étiquette la Thiérache ardennaise de "fin fond de la France". Reste à la remercier de s'être abstenue d'évoquer à propos des "frustres paysans", une "France d'en bas"...


Dans le porche seraient représentés (?) sur ce bas-relief, le bien et le mal, tête-bêche (Ph. JEA / DR).
Pointez un compas sur l'église fortifiée de Liart, et vous obtiendrez un cercle passant par ces lieux-dits :

La Belinerie,
La Huttière,
La Croix d'Aouste,
Pus Renwez,
La Terre aux Fromages,
La Hérissonnerie,
La Prince,
La Cornillerie,
La Charnelle,
Le Hasard...

Choeur de l'église fortifiée. Un peu antérieur au XVIe siècle, il est surmonté d'une salle de refuge à laquelle permet d'accéder un escaler à vis (Ph. JEA / DR).

Suite des relevés toponymiques :

L'Abattis,
Le Pain de Sucre,
Les Cendris,
Le Point du Jour,
Le Bois de Gandlu,
La Fontaine de la Cocheterie,
Les Bonnomets,
La Fontaine Margot...

Clou du spectacle donné par la porte étroite du donjon-clocher (Ph. JEA / DR).

L'une des deux meurtrières encadrant la porte d'entrée. Le monument aux morts a été ensuité élevé... juste dans son axe (Ph. JEA / DR).

Raphaële Bail :

- "Au XVIe siècle, Charles Quint fait des siennes et la menace rôde. Vous habitez loin du château, lequel, de toute façon, ne saurait accueillr tout le monde. Il faut donc un autre moyen de vous défendre, et pour cela, rien de tel que dadapter une église, lieu de réunion par excellence, aux dangers qui guettent. Et c'est ainsi que murs épais, meurtrières et acnonnières prirent sur la façade des églises de Thiérache à la place des vitraux élégants et des statues pieuses. A Liart (...) les créneaux qui soulignent la toiture lui donnent l'air d'un château fort."

(Que Faire ? en Champagne-Ardenne, 2004, 143 p. / P. 130).


Mairie de Liart, commune où l'on joue à pas de géants et où le retour à la nature ne reste pas un voeux pieux (Mont. et Ph. JEA / DR).

La Thiérache :

- "Christelle Bonnomet, présidente de l'A.P.E. de Liart (Ardennes) a eu l'idée il y a deux ans d'organiser un jeu de l'oie géant. Dimanche 17 mai 2009, ce projet s'est enfin concrétisé et une soixantaine d'Ardennais, âgés de 3 à 72 ans y ont participé. Un beau succès !"

(17 mai 2009).

Voilà pour le nouveau folklore du jeu de l'oie géant.
Mais Liart abrite aussi une ferme pédagogique :

- "En 2009, avec des enfants et des adultes venus des Ardennes, de la Marne, du Nord et de l’Aisne pour l’essentiel, nous avons réalisé 10 000 journées enfants d’animation dans une démarche d’éducation à l’environnement et de découverte du monde rural. Avec un verger conservatoire."




mardi 20 avril 2010

P. 270. Premier colloque sur la Shoah dans les Ardennes

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Carton d'invitation (Lycée Saint-Rémi, Charlevilles-Mézières / DR).

Samedi 24 avril 2010
"Autour de la Shoah
dans les Ardennes"

Colloque au Lycée St-Rémi
6 place W. Churchill
Charleville-Mézières


Dans les enceintes scolaires, évoquer, sur base de documents et de témoignages, la Shoah dans les Ardennes, n'a pas toujours été du domaine des évidences ni des priorités. A titre personnel, je puis attester que jamais l'Inspection académique n'a estimé devoir répondre à mes courriers, de même que quelques directions d'établissements scolaires.
Par contre, d'autres ont élaboré des programmes et des réflexions de qualité. Ainsi le Lycée de Sévigné ou le Centre de Formation pour Apprentis. Mais sans établir de palmarès déplacé en la matière, deux professeurs du Lycée Saint-Rémi, MM Sabourin et Pigeot, mènent à vraiment long terme un travail de mémoire exceptionnel. Sous formes diverses et complémentaires : voyage à Auschwitz, publication, documents audio-visuels, conférences-débats en classes, participation active à une cérémonie de reconnaissance de Justes parmi les Nations - dont des Ardennais - à l'Assemblée nationale...
L'un professe l'histoire, l'autre les lettres, tous deux conjuguent leurs connaissances et leurs compétences pour que la Shoah ne soit plus présentée aux jeunes Ardennais comme un phénomène extérieur ou du moins marginal dans leur département (ce qui était encore le discours ambiant jusque dans les années 90).
Ce colloque représente donc un aboutissement de leurs efforts pour que l'histoire, toute l'histoire de l'occupation des Ardennes, englobe les formes diverses mais tout aussi meutrières qu'y présenta la Shoah. Mais le même colloque servira sans doute de point de départ pour de nouvelles vocations de chercheurs. Et peut-être pour des ouvertures d'archives familiales ou autres mais toutes susceptibles d'apporter des lumières nouvelles sur une période baignant dans tant de nuits et tant de brouillards.

Cette brève introduction serait incomplète sans une pensée envers Jacques Lévy qui créa et présida les Amis de la Fondation pour la Mémoire de la Déportation (Ardennes).

Programme

13h45
Ouverture du colloque
Lecture 1 – Extraits des Notes de Zalmen Gradowski
Intervention du Directeur

14h
Communication 1 – La Shoah, de Berlin à Vichy. Un génocide singulier.
par P. Sabourin,15 mn

14h15
Communication 2 – Les déportations dans les Ardennes.
par Philippe Lecler, 20 mn
Lecture 2 – Chant du peuple juif assassiné d' Isaac Katznelson

14h40
Communication 3 – La W.O.L. dans les Ardennes
par Anne François,30 mn

15h10
Communication 4 – Déportation et sauvetage des travailleurs juifs de la W.O.L.
par Christine Dollard-Leplomb, 30 mn
Lecture 3 – Psaume de Paul Celan

15h45 – 16h
Questions et échanges avec le public.

________________________________

16 h 00 – 16 h 30 Pause
Projection des courts-métrages réalisés par l'option audio-visuel (F. Pigeot)

________________________________

Affiche du colloque (Lycée St-Rémi / DR).

Lecture 4 – Si c'est un homme de Primo Levi

16 h30
Communication 5 – Autour d'une lettre inédite de Sarah Guttman
par Marie-France Barbe et Sylvie Laverdine, 20 mn

16h50
Communication 6 – Le cas de la famille Cyminski
par Philippe Lecler, 20 mn

17h10
Communication 7 – 18 juillet 1942-5 juin 1944, le Judenlager des Mazures, antichambre de la mort avant Auschwitz
par Jean-Emile Andreux, 30 mn

17h40- 17h50

Questions et échanges avec le public.

17h50

Clôture du colloque

lecture 5 – Extrait de L'Imprescriptible de Vladimir Jankélévitch

18h

Lecture des noms des enfants juifs déportés des Ardennes.


Image symbole du Judenlager des Mazures. Les 288 internés juifs de ce camp de travail forcé provenaient tous d'Anvers et donc portaient l'étoile jaune obligatoire en Belgique avec la mention "JUDE" (Ph. JEA / DR).

lundi 12 avril 2010

P. 266. Défunts d'ici


Comme une suite photographique au "Royaume des morts"
page nomade de Frasby


Monument aux morts de Landouzy.
(Ph. JEA / DR).

- "Aucun mort n'a jamais son silence. Le silence qui le suit n'est jamais le sien."

René Char.


Entrée du cimetière face à l'église fortifiée de Servion.
(Ph. JEA / DR).

- "On comprend la mort de ceux que l'on aime au détour d'une phrase dont le ton est seulement un peu plus assourdi que les autres. Mais ce sont les mêmes mots qui disent le plaisir, le monde des joies, des travaux et des futilités, les mêmes mots qui servent aussi à cerner le dépassement et la fin du chemin, l'absence infinie."

Philippe Claudel.
(Meuse l'oubli)

Cimetière protestant de Parfondeval.
(Ph. JEA / DR).

- "Dans les couches molles de l'oubli, au milieu de ces morts qui n'existent plus... Rallumer la flamme, la vie... Frotter entre elles les pierres du silence."

Claude Duneton.

Cimetière de l'église fortifiée d'Any.
(Ph. JEA / DR).

- "Et tous ces défunts dont on bavarde tant après leur départ, sans leur avoir adressé une seule parole de leur vivant..."

JEA

Cimetière de Landouzy, monument funéraire des cousines de Narcisse Greno.
(Ph. JEA / DR).

- "Puisque les morts ne sont pas revenus,
que reste-t-il à savoir aux vivants ?
...
Puisque les morts ne peuvent plus se taire
est-ce aux vivants à garder le silence
?"


Jean Tardieu.

Grésil sur une pierre tombale du cimetière de Landouzy.
(Ph. JEA / DR).

- "L'on se couvre de rouille, l'acier tombe en poussière et le marbre s'effrite. Tout est prêt pour la mort, ce qui résiste le mieux sur la terre, c'est la tristesse."

Anna Akhmatova.

Monument aux morts de Liart.
(Ph. JEA / DR).

- "Ce sang ne sèchera jamais sur cette terre
...
Nous grincerons des dents à force de nous taire
...
Mais nous nous souviendrons de ces morts sans mémoire
."


Pierre Emmanuel.

mardi 6 avril 2010

P. 263. Faire le pont en Ardennes...

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Pont à La Neuville-aux-Joûtes (DR).

Toponymie 25 :
Ponts d'ici...

Pont Alix, Aubert,
Bar, Bouillon,
Canel, Chaudron, Chimon, Collot, Croux,
Gilles,
Hubert,
Juillot, Jutin,
Maugis,
Napoléon,
Riffleaux, Rouge, Royal,
Saint-Albert, Sainte-Anne,
Thibaut,
Vénus,
Wallard, Wavrin,

Pont à l’Ecu,

Pont aux Canons,

aux Trois Arches,

Pont d’Any, d’Arcole, d’Armageat,
d’Olizy,


Pont suspendu sur la Meuse à Revin (DR).

Pont de la Bauquerie,
de la Demoiselle,
de la Cense, de la Claye du Chat,
de la Folie, de la Franche-Chaux,
de la Grangette,
de la Romagne,


Pont de Brouennes,
de Chat,
de Danruile,
de Fer, de Forest,
de Jamotine,
de Lirue,
de Mahery,
de Pierre,
de Rabouzy, de Rône,
de Tremblois,
de Xarné,


Pont des Arches, des Aunes,
des Bœufs,
des Canons, des Clapes,
des Hingues,
des Pendus, des Poteaux,
des Quatre Communes,
des Vaches,


Pont du Bocard,
du Chaudronnier, du Chêne de l’Etrier,

A défaut de pont, le passeur : ici, à Fumay, sur la Meuse (DR).

Pont du Mamelot,
du Rieux,
du Taureau,

Pont le Comte,

Le Gros Pont,
Le Vivier à Pont.


jeudi 1 avril 2010

P. 261. St-Martin de Prez

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Tour de défense, orifice de tir (Ph. JEA / DR).

L'église fortifiée de Prez
en Thiérache ardennaise (2)

Ce blog a déjà proposé onze étapes traçant des zigzags entre plus de 70 églises fortifiées en Thiérache. La dernière de ces étapes passait par Bancigny, l'un de ces édifices militaro-religieux se dressant dans le département de l'Aisne.
Leurs soeurs des Ardennes composent une famille nettement moins nombreuse (une quinzaine). Seule Signy-le-Petit avait été présentée page 231. Maintenant que la neige a magiquement disparu, les routes de vraie campagne en redeviennent plus praticables. Quoique généreusement bou(s)euses et bordées de fossés qui semblent sans fond...
Or donc, si vous quittez la nationale 43 remontant de Charleville-Mézières vers Hirson, peu avant l'entrée dans l'Aisne, en cherchant bien vers le Sud, en ne comptant pas trop sur des passants totalement absents, vous finirez par aborder l'ïlot de Prez, au milieu d'un océan de terres cultivées.

Carte des églises fortifiées de Thiérache ardennaise. Avec la localisation de Prez (DR).

Officiellement, Prez vous attend à :
- 3h de Lille,
- 2h30 de Paris (là, je ne parierais pas, du moins en respectant les limitations de vitesse),
- 2h de Bruxelles (quand on sait qu'il faut se farcir Charleroi et son interminable sortie, la prudence est également de mise).

Par contre, la toponymie, elle, est aussi fiable que parlante.
Prez occupe le centre d'une circonférence passant par (du Sud au Sud dans le sens des aiguilles d'une horloge) :
- le Pain de Sucre,
- la Côte de l'Ogelet,
- la Fosse de l'Oison,
- le Terroir St-Pierre,
- les Meliers,
- Tonvoye,
- Evaquets,
- la Fosse aux Faches,
- le Louvet,
- la Cerleau,
- l'Aubalette,
- le Cul du Mouton...

St-Martin de Prez (Ph. JEA / DR).

La commune couvre 12,4 km². On aura deviné que ce pays ne souffre pas de surpopulation : 141 habitants au dernier recensement. A chaque lever du jour, ceux-ci peuvent voir s'écouler discrètement le seul cours d'eau du village : l'Aube.

Et l'église ?
Remontant au XVIe siècle, elle a été dédiée à Saint-Martin, évêque de Tours.
Ouverte au public, elle est loin d'être abandonnée. Le chat noir de la ferme d'en face est un comédien né. Lui excepté, personne ne passe aux environs. On se sent néanmoins un rien observé. Mais bon, le spectacle est réciproque : les jeux de rideaux relèvent aussi du théâtre.
Le village semble replié sur lui-même mais pas grabataire.

Parfois, on se prend à imaginer les forêts de chênes métamorphosés en bancs d'églises (Ph. JEA / DR).

Côté occident, le gothique qualifié de flamboyant caractérise le portail. Ce serait une imitation de l'église d'Aouste, à vérifier quand un vent favorable nous y conduira...
Ici les défenses se limitent à une tour ronde (gruyère à meurtrières), au clocher massif et carré ainsi qu'au comble au-dessus du choeur.

A l'intérieur se respirent le mille-feuilles du passé, les dernières traces de l'hiver humide...

Panneau de stuc (Ph. JEA / DR).

Faute d'avoir déniché l'électricité et en l'absence de toute bougie, il faut se déplacer dans une pénombre certaine qui empêche d'apprécier le choeur baroque et ses statues en théorie protégées.
Restent 18 panneaux en stuc.
Au XVIIIe siècle, un artiste anonyme voulut réaliser uen sorte de bande dessinée de la vie du Christ mais aussi de celle de St-Jean Baptiste. Le tout dans une respectable naïveté que le temps (et des oublis d'oiseaux) ne malmènent pas trop...

St-Georges (Ph. JEA / DR).

Le vitrail principal du choeur illustre un St-Georges chevalier généreux. Dans un environnement moyenâgeux dont la sévérité est atténuée par des décors de fleurs et de feuilles fantaisistes.
Par contre, clin d'oeil à travers les âges aux gastronomes ? Deux cèpes (bolets) bénéficient d'une mise en valeur exceptionnelle au sommet du vitrail.
Ajoutez aux champignons la girouette-coq au vin, et voilà un menu pour votre visite...

Au sommet du clocher de St-Martin. Ceux qui cataloguent le coq comme animal "de basse cour" racontent n'importe quoi ! (Ph. JEA / DR).