Libération, 11 décembre 2009.Chronique de Paul Hermant :
"Ces photos qui se mettraient
à parler beaucoup"...
Il a accepté d'être régulièrement l'hôte de ce blog (1). Lui qui, en radio, a inventé les "chroniques nomades"... Celles qui sortent des studios, se passent des tables de montage... Pour une radio tous terrains, assez proche des auditeurs que pour aller les écouter chez eux et non inverser les rôles : parler en leur lieu et place, jouer à la vedette intouchable, au chevalier blanc redresseur de tous les torts, au donneur de leçons comme il y a des sonneurs de cloches...
Paul Hermant participe des éveils matinaux comme l'envol des premiers oiseaux diurnes, le café ou le thé qui vous réconcilient avec la fin des rêves, le volet que l'on écarte pour respirer l'air qui vous attend dehors.
Dommage si j'agace, mais je persiste à répéter que la radio reste un service public quand vers 7h20, elle préfère cette chronique (2) aux bouillons blablateurs d'inculture, aux grenouilles qui se prennent pour des boeufs de la variété et/ou de la politique.
Evidemment, il y a des "esprits" chagrins pour estimer devoir écrire :
- "Que Paul Hermant soit votre ami ne change rien aux conneries qu'il débite sur un ton patelin." (MCA).
L'auteur de ce jugement sans appel me collant au passage l'étiquette de "Belgicain"...
Eh bien, des "conneries" à la Paul Hermant, en voici encore sur la page 211 de ce blog. Ce ne seront même pas les dernières. Parce qu'en semaine, toutes les aubes que le jour finit par accoucher, la Radio-Télévision belge d'expression francophone, sur sa "grille" de Matin Première, persiste à diffuser de telles chroniques dérangeantes. Et que ce ton-là, nous accroche, jusque dans nos "patelins" les plus reculés des Ardennes !
Evidemment, il y a des "esprits" chagrins pour estimer devoir écrire :
- "Que Paul Hermant soit votre ami ne change rien aux conneries qu'il débite sur un ton patelin." (MCA).
L'auteur de ce jugement sans appel me collant au passage l'étiquette de "Belgicain"...
Eh bien, des "conneries" à la Paul Hermant, en voici encore sur la page 211 de ce blog. Ce ne seront même pas les dernières. Parce qu'en semaine, toutes les aubes que le jour finit par accoucher, la Radio-Télévision belge d'expression francophone, sur sa "grille" de Matin Première, persiste à diffuser de telles chroniques dérangeantes. Et que ce ton-là, nous accroche, jusque dans nos "patelins" les plus reculés des Ardennes !
L'Affiche rouge (Bibliohèque nationale de France).Avec ces portraits et mentions :
- "Grzywacz : Juif polonais, 2 attentats"
- "Elek : Juif hongrois, 8 déraillements"
- "Wajsbrot : Juif polonais, 1 attentat, 3 déraillements"
- "Witchitz : Juif polonais, 15 attentats"
- "Fingerweig : Juif polonais, 3 attentats, 5 déraillements"
- "Boczov : Juif hongrois, chef dérailleur, 20 attentats"
- "Fontanot : Communiste italien, 12 attentats"
- "Alfonso : Espagnol rouge, 7 attentats"
- "Rayman : Juif polonais, 13 attentats"
- "Manouchian : Arménien, chef de bande, 56 attentats, 150 morts, 600 blessés."
Léo Ferré - Aragon.
Paul Hermant :
- "Que dire après cela ? Après quelques secondes de l'Affiche rouge de Léo Ferré, une mise en musique d'un poème de Louis Aragon ? Que faire, sinon continuer avec un autre poète, René Char, qui écrivit un jour : "Ils refusaient les yeux ouverts ce que d'autres acceptent les yeux fermés" ?
Et là, pourtant, leurs yeux sont fermés. Enfin, on imagine car ils sont bandés, cagoulés, cachés. Et de toute façon, ces hommes sont morts ou vont mourir.
Il y avait une affiche, rouge. Il y a aujourd'hui trois photos, noir et blanc, et dessus, un peloton d'exécution et ce qu'il reste de 4 hommes qui viennent d'être fusillés ou qui attendent de l'être. On dit "ce qu'il reste" parce que les poses sont à la fois grotesques et nobles. C'est peu de choses un homme qui meurt attaché, et c'est beaucoup.
Ces photos que je vois dans la presse sont légendées. On trouve des noms dessous. Des noms qui "à prononcer sont difficiles" : Emeric Glasz, Marcel Rajman, Tomas Elek ou Rino Della Negra. On se dit peut-être, on se dit sans doute… Serge Klarsfeld, lui, affirme les avoir identifiés. Ces photos dormaient dans des tiroirs, elles étaient connues, on pensait à des documents de reconstitution. Mais non, dit-il, ce serait donc là des membres du groupe de Missak Manouchian, 12 des 22 exécutés le 21 février 1944 dans la clairière du Mont Valérien. Leurs visages que l'on ne voit pas, on les retrouve, pour certains d'entre eux, sur cette affiche rouge haineuse qui fut placardée dans la France de Pétain."
Tract diffusé en complément de l'Affiche rouge : "L'ARMEE DU CRIME contre la France" (Musée de la Résistance nationale).- "Des jeunes gens. Offerts à l'opprobre et à l'insulte. Parce que juifs ou Arméniens, enfin étrangers. Car il y avait, il faut dire, très peu de Français chez Manouchian et dans les réseaux de résistance des FTP-MOI, qui veut dire Francs-Tireurs et Partisans-Main d'œuvre Immigrée.
A l'époque, cette affiche avait secoué les esprits occupés. Des immigrés, défendant la France...
Ils étaient entrés dans la mémoire avant d'être un peu oubliés et on se demande ce qu'elles veulent nous dire, ces photos qui reviennent aujourd'hui, en plein non débat sur l'identité nationale. Et si, par hasard, dans leur parfaite mutité, elles ne se mettraient pas à parler beaucoup.
On termine avec René Char : "Les yeux seuls sont encore capables de pousser un cri".
Allez belle journée et puis aussi bonne chance."
(RTBF, Matin Première, 17 décembre 2009).
Le Matin des 19 et 20 février 1944 (Graph. JEA / DR). Il est alors des journalistes français pour écrire en première page du "mieux informé des journaux français" que des résistants - enfin, forcément des "terroristes" - ne constituent qu'une "tourbe internationale"...
NOTES :
(1) Chroniques de Paul Hermant sur ce blog
- P. 186 : Charters pour la guerre.
- P. 193 : Les SS meurent aussi.
- P. 59 : Montesquieu, Paul Hermant et la Belgique.
- P. 5 : P. Hermant, A. Rollin.
(2) Chroniques sur le site de Matin Première.


Aurore éblouissant mais point aveuglé (RV, photo JEA).