DANS LA MARGE

et pas seulement par les (dis) grâces de la géographie et de l'histoire...

jeudi 17 décembre 2009

P. 210. L'église fortifiée de Jeantes

.
Pour situer Jeantes en Thiérache.
Carte d'après : Sur une frontière de la France. La Thiérache. Aisne, Textes, Photographies et Cartographie sous la direction de Martine Plouvier, Association pour la généralisation de l'Inventaire régional en Picardie, 2003, 287 p. (Montage JEA / DR).

Neuvième étape sur la route
des églises fortifiées de Thiérache :
Jeantes.

Peut-être avez-vous gardé en mémoire la figure de Narcisse Greno, ce franc-maçon de Landouzy-la-Ville qui sauva des occupants allemands (déjà !) de 1870, les églises de Plomion, de Landouzy et de Jeantes.
Cette neuvième étape vous conduit vers ce dernier village - 236 habitants - marquant le carrefour entre la D 747 allant de Plomion à Coingt et la D 749 se dirigeant vers La Longue Rue de Haut.
Pour les randonneurs, il leur est proposé de parcourir de GR 122 qui, de Plomion, traverse Jeantes avant de sinuer vers St-Clément.

Si vous ouvrez une carte détaillée, vous vous régalerez au préalable de la toponymie des lieux entourant Jeantes :
- le Fond des Evilliers,
- l'Epine Bruyante,
- le Fossé Philippot,
- le Blanc Trou,
- la Passe Maillard,
- la Fontaine Sonnette,
- les Sep Muids;
- le Grand Cerisier...

Si vous suivez le guide. A gauche, l'escalier montait à la tour devenue provisoirement Mairie (Ph. JEA / DR).

Saint-Martin de Jeantes se distingue des plus de 70 autres églises fortifiées de la région par son donjon rectangulaire et les deux tours carrées qui le flanquent. Ces trois éléments défensifs forment la façade sud-ouest de l'édifice.
Le donjon compte trois étages. Un escalier permet d'y accéder dans la tour sud-ouest.
A l'exception de l'un ou l'autre losanges en briques vernissées, Saint-Martin reste dans la sobriété. Mais de nombreuses meurtrières rappellent que l'édifice n'avait pas seulement vocation religieuse.

Bains de soleil pour les pigeons et le coq girouette (Ph. JEA / DR).

Patrimoine de France :

- "L'église est mentionnée au 12e siècle dans une charte de l'évêque de Laon Barthélémy comme dépendante de l'abbaye de Saint-Michel. Il ne subsiste cependant rien de cette première église, à l'exception des fonts baptismaux."

Fonts baptismaux en pierre bleue. Ils s'inscrivent dans une inspiration tournaisienne qui se retrouve tout le long d'un axe Reims-Cologne. Têtes romanes, animaux symboliques et motifs végétaux rendent la pierre moins brute (Ph. JEA / DR).

Patrimoine de France :

- "L'édifice a été rebâti dans sa totalité au cours de la 1ère moitié du 17e siècle, le choeur et la nef vers 1620-30, si l'on en croit une campagne de mesures et de datations scientifiques entreprise en 1978. Le choeur et le clocher-porche formant donjon, cantonné de deux petites tours, furent dotés de parties fortifiées (bretèches) , encore partiellement visibles aujourd'hui sur les élévations nord de la tour nord et du choeur.
Le choeur porte sur une pierre la date 1667 qui correspond probablement à un remaniement ou une restauration. La nef a été reprise au cours du 2e quart du 18e siècle, comme en témoigne l'inscription commémorative encastrée dans l'élévation extérieure sud, portant la date 1737 dans un coeur, accompagnée d'initiales non identifiées."

Montage photos : inscription de 1737 marquant vraisemblablement des travaux de reconstruction. En bas : autre motif en forme de coeur au nord-est de l'église (Ph. JEA / DR).

Patrimoine de France :

- "La sacristie possède de même une pierre calcaire encastrée avec l'inscription " I. Malassaux Blanche 1773 " correspondant à la date de sa construction, il s'agit vraisemblablement des noms des maçons. La façade occidentale a été reprise au cours du 19e siècle, en particulier le portail. Le donjon a abrité dans la tour nord, et jusqu'en 1889, la mairie puis les archives communales."

Meurtrière de l'escalier, tour sud-ouest, pour protéger la nef côté route (Ph. JEA / DR).

Tours, donjon, bretèches, meurtrières... à la guerre comme à la guerre. Autres temps, autres moeurs, en 1962, un peintre hollandais va métamorphoser Saint-Martin. Charles Eyck (1897-1983) avait décroché un prix de Rome en 1922. Au début des années 60, le prêtre de Jeantes, Pierre Suasso de Lima de Pardo fait appel à l'artiste hollandais pour que l'intérieur de l'église ne parte pas en quenouilles de plâtres...

Jacky Billard :

- "En 1962, Charles Eyck laisse de côté ses commandes et fuit les mondanités. Il rejoint, dans la plus grande discrétion son ami et compatriote de Jeantes-la-ville, Peter Suasso de Lima de Prado. L'abbé lui avait suggéré un an auparavant : "Faites de ma petite église, ancienne forteresse et de nouveau un lieu de réunion, un petit chef d'œuvre dans un pays qui perd sa fierté."
Les visites du peintre-verrier attisent les conversations, la curiosité voire les soupçons. "Que veut le curé avec son gars qui se promène tous les jours, tâtant les murs partout, mesurant tout ? " Les enfants sympathisent avec "le vieux monsieur" de 65 ans, sourd-muet mais qui dessine pour eux !
C'est le combat contre ce torchis qui s'effrite, ce salpêtre qui réapparaît, ces murs hostiles qui refusent cet habillage de fresques et de peintures. Il doit gratter, enduire de plusieurs couches. Que de problèmes pour le maître qui veut que sa peinture figurative raconte une histoire et qu'elle se perpétue sur plusieurs générations !
Il utilise trois techniques :·

La peinture sur ciment.·
La peinture graffito (dessins tracés à la pointe du couteau sur fond de peinture noire.)·
La peinture sur couches."
(Terascia.com)


Pour cause d'allergie aux flash et autres artifices lumineux, et faute de pied stable, ce billet ne peut illustrer les 400 m2 couverts par l'artiste hollandais. Ce sera peut-être quand reviendront les lumières de printemps...

Une église porte ouverte (Ph. JEA / DR).

Saint-Martin est accessible de 9h à 18h en été et de 9h à 17h en hiver.
A en croire la presse locale, les visiteurs viennent parfois d'horizons inattendus.

L’Union :

- "Jeantes, son église fortifiée, les fresques murales de Charles Eyck, sa quiétude, ses martiens…

Le dimanche 15 novembre, vers 21 heures, deux habitants de ce célèbre village de Thiérache auraient, en effet, aperçu dans le ciel une forme étrange, ou tout au moins non identifiée.
Suivant ce que ces habitants ont déclaré à la gendarmerie, il s'agirait d'un objet de forme ronde, lumineux, de couleur bleue, et qui se déplaçait lentement. L'objet aurait également été vu à plusieurs reprises effectuant des allers et retours.
Mesures d'approches d'habitants d'une autre planète pour se poser en plein bocage ?
L'affaire incite bien sûr à sourire… Mais comme l'explique le capitaine Vérove, commandant de la compagnie de Vervins, ce type de témoignages est toutefois pris au sérieux. Si bien que ces dépositions sont envoyées au Cnes (centre national des études spatiales), afin d'être compilées puis étudiées. Un certain Jean-Claude Bourret, officier de réserve et ancien journaliste de télévision bien connu, continue notamment de s'intéresser de très près à ces affaires pour le compte de la gendarmerie."
(19 novembre 2009).


Route de Martigny, terrain d'atterrissage pour OVNI ? (Ph. JEA / DR).

Un franc-maçon (athée) qui sauve trois édifices religieux, un Suasso de Lima de Prado prêtre en Thiérarche, un artiste hollandais décorant pacifiquement une église d'ici, des martiens amateurs d'art... voilà du cosmopolitisme comme disent ceux pour qui le débat sur l'identité française se traduit par un rejet des "autres" !


18 commentaires:

brigetoun a dit…

encore la poésie des masses fortes et de la peau en briques qui chantent - plus la persistance de la vie

JEA a dit…

@ brigetoun

merci pour l'image de cette "peau en briques"...

claire a dit…

Passionnant... l'histoire de cette église, très forte et de ce village, très étrange !! Et vivement le printemps que vous nous rameniez des photos des peintures de Charles Eyk (petit frère du van, on ne sera pas déçu)
Superbes photos.
Merci JEA.

JEA a dit…

@ Claire

Sincèrement, je m'interroge sur l'harmonie entre l'architecture intérieure et les fresques de la seconde moitié du XXe ?
Mais je vais me faire écharper par les inconditionnels...

D. Hasselmann a dit…

Bel ovni photographique et de parcours précis, vous maniez avec maestria l'alliance de l'esthétique et de l'historique.

Ce n'est pas vous que l'on verra défendre la suppression de l'histoire-géo comme matière obligatoire en terminale S !

Ces terres perdues - mais retrouvées par votre patience - recèlent des trésors typiques : topographie, toponymie, typologie..., et résolus dans votre typographie à photographies.

Randonnez-nous encore !

claire a dit…

Il faut voir chaque cas individuellement. Parfois le mélange du vieux et du nouveau font des miracles (par ex. les vitraux de Chagall dans la Cathédrale Saint-Etienne de Metz), parfois c'est complètement raté. Mais je suis pour ce choix dans une église... la porte en sera plus ouverte, hum.

Elisabeth.b a dit…

JEA il est difficile de répondre sans avoir vu... Mais je ne suis pas certaine que ce soit une question de temps qui s'harmonisent ou non.
Une démarche, un choix ou un talent contestable ?

Je pense à la Chapelle Saint-Blaise-des-Simples de Milly-la- Forêt. Et à ces vitraux de Pierre Soulages dans le cloître de l'abbatiale de Sainte-Foy de Conques.

Un art qui se joue des siècles, dans le respect du lieu.

JEA a dit…

@ D. Hasselmann

Pffff il vous faudra grande patience, la Thiérache abritant plus de 70 églises fortifiées (et je n'ai encore rien montré de celles qui se dressent en Ardennes)...

JEA a dit…

@ Claire et Elisabeth.b

De ma part, aucune position de principe.
Mais à Jeantes, puisque j'étais sincère, pas d'enthousiasme personnel. Ce qui ne voudrait en rien censurer qui que ce soit.
Il faudra donc y revenir, un jour de lumière triomphante.

Elisabeth.b a dit…

Ne pas aimer, voire bailler, un peu n'est point censure !
Belle liberté des préférences et des choix.

frasby a dit…

La visite des lieux est une fois encore étonnante et fort bien menée. Un penchant pour ces fonds baptismaux en pierre bleue et ces têtes romanes... Une pensée pour les combattants du salpêtre et des murs hostiles. En attendant impatiemment les lumières de printemps... Pourvu que ce soit avec le même guide !

JEA a dit…

@ frasby

le guide étant tête nue, je me suis permis de lui conseiller votre marchande de casquettes (pour une T. 59)...

Saravati a dit…

Quelle merveilleuse perspective que de redonner vie et beauté à ces endroits qui ont souffert à travers les siècles. Oui, ils existent les bienfaiteurs des lieux et pierres et on leur tire le chapeau.
Le terrain d'atterrissage pour Ovni est magnifique dans sa sobriété noir et balnc, pas étonnant que les extraterrestres soient attirés par ces routes qui si nues, sinuent entre les arbres !

JEA a dit…

@ Saravati

Si l'envie vous prenait : c'est la D 743, entre le Moulin d'Obet et la Rue d'au-delà l'Eau...
Des vents ventre à terre. De rares arbres pour peigner (ou peindre ?) les nuages...

Elisabet.b a dit…

Les fonts baptismaux en pierre bleues... émerveillée et intriguée j'ai cherché un peu. Quelle terre donnait ces pierres ?
Le Namurois. Une exposition a lieu actuellement (jusqu'au 31 janvier 2010) à Namur, au Musée provincial des Arts anciens : « Les fonts baptismaux romans en pierre bleue des ateliers du Namurois (1150-1175) »

JEA a dit…

@ Elisabeth.b

Merci pour votre recherche fructueuse : ce Musée situé dans la même artère principale que l'Hôtel de Ville de Namur, reste trop ignoré.

Tania a dit…

Serrer une main pour ouvrir une porte, quel beau symbole !

JEA a dit…

@ Tania

que de patine sur une main qui ne reste pas de glace...