DANS LA MARGE

et pas seulement par les (dis) grâces de la géographie et de l'histoire...

lundi 21 décembre 2009

P. 212. "Gens de Dublin", le film...

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Il neigeait dans la salle du ciné Le Parc, à Liège. Une manière pudique d'offrir un mouchoir fugitif aux spectateurs des "Gens de Dublin" (projeté en Belgique avant la France).
C'était en 1987. Depuis, le temps ne s'est pas contenté de passer, il nous a laissés sur place. Mais sortant d'une longue hibernation commerciale, le film revient sur les écrans. La pellicule n'a pas pris une griffe...

The Dead
le testament de John Huston

Synopsis :

- "Dublin, le 6 janvier 1904, les vieilles demoiselles Kate et Julia Morkan offrent une réception à leurs parents. Au cours de la soirée, un invité chante un air ancien qui émeut particulièrement Gretta Conroy. De retour à l'hôtel Gretta raconte à son mari comment un jeune homme mourut pour l'avoir aimée.

Dernière oeuvre d'une des personnalités les plus foisonnantes du cinéma. Grand admirateur de Joyce, Huston projetait depuis 1956 d'adapter cette nouvelle qu'il décrit «comme un morceau de musique, avec des thèmes qui apparaissent et disparaissent à plusieurs reprises».

Olivier Rossignot :

- "Capter l'instant, saisir la beauté des gestes, des voix, et des visages, goûter la saveur de la vie par chaque seconde qui s'écoule, en adaptant la nouvelle éponyme de James Joyce, c'est ce que parvient à faire John Huston dans son ultime chef d'oeuvre : Gens de Dublin.

Retournant au pays de ses origines juste avant de mourir, John Huston l'irlandais offre à travers ce film testament une réflexion sur le temps qui passe, les souvenirs épars et les regrets éternels de la jeunesse.
Loin de tout académisme, en 1987, ce vieux monsieur dressait avec Gens de Dublin l'un des plus beaux éveils à la mort qui soit. Sublime de bout en bout, Gens de Dublin dégage une émotion particulière, précieuse, de celles qui rapprochent l'Art de la vie, de celles qui semblent dialoguer avec vous, personnellement."
(culturopoing.com, 2 décembre 2009).


Repas de fin d'année. Le calendrier de la vie s'allonge mais la mort attend qui aura toujours le dernier mot (DR).

André Ruellan :

L'ultime chef d'oeuvre de John HUSTON ressort sur les écrans. Réactivé par CARLOTTA FILMS, " Gens de Dublin " fait retouver un film admirable, une merveilleuse et incisive description d'une soirée de Nouvel An qui va de l'ironie à la gravité avec la mort en touche finale. C'est sublime.


Exemplaires sont la reconstitution de l'époque 1900, de l'atmosphère de Nouvel An que distille une caméra virtuose, aux effets dynamiques et aux couleurs chaleureuses très significatives de l'histoire. D'où cette merveilleuse et incisive description de cette soirée de fête enneigée, au sein de personnes pittoresques issues de la bourgeoisive irlandaise profondément anti-britannique. Ce déroulement quasi-intime sans même un phonographe, mais accompagné au piano, est impressionnant de justesse, de valeurs particulières, de charme et d'humanité quand se dévoilent au cours des conversations l'ironie et l'émotion.
Admirable Anjelica HUSTON : elle est dolente, émouvante, lumineuse et tout en finesse et en distinction."
(Nord-Cinéma.com, 9 décembre).


Arnaud Aubelle :

- "John Huston fut certainement le cinéaste hollywoodien le plus féru de littérature, adaptant tour à tour Dashiell Hammett, B. Traven, Herman Melville, Rudyard Kipling, Arthur Miller. Et donc James Joyce, dont il transpose ici l’une des nouvelles.

Ce film est l’œuvre d’un homme de 81 ans, adopté depuis de longues années par une Irlande à laquelle il souhaite rendre hommage.

Les Gens de Dublin se construit sur ses paradoxes.
Paradoxe de la forme : d’une concision exemplaire, c’est certainement l’œuvre la plus dense de son auteur.
Paradoxe du fond : sans qu’aucune intrigue ne le porte, le film aborde mille sujets, raconte mille histoires.
A l’écran, la caméra glisse sur les personnages, les caresse et les enveloppe. Huston atteint ici une sorte de perfection formelle, d’absolu cinématographique. Il se dégage de chaque plan une fluidité rare et précieuse : les images coulent, empreintes de sérénité. Et l’inoubliable monologue final, sublimé par ses images de paysages glacés, confère définitivement au film un caractère testamentaire."
(aVoir-aLire.com, 15 décembre).


Anjelica Huston (DR).

Utopia, Toulouse :

- "C'est le dernier film du grand John Huston, que la camarde a fauché juste avant la sortie. Et c'est sans doute la plus belle œuvre ultime qu'on puisse imaginer, un film intense et serein, poignant et pudique, grand et profond sans ostentation. Fugace et inoubliable comme un sourire entrevu qu'on n'a pas su retenir, comme un souvenir enfoui qui soudain resurgit et nous met l'âme sens dessus-dessous. Un bonheur rare…"
(s. d.).


Mathieu Lindon :

- "La générosité était le sujet de l’œuvre de Joyce et l’est aussi de celle de Huston. Gens de Dublin est un film d’amour: il montre comme on peut découvrir ce sentiment en soi rien qu’en le constatant chez une autre pour un autre.

C’est janvier, il neige sur l’Irlande et sur ses tombes. En voix off, sont prononcées les dernières pages du texte, tel un monologue intérieur (technique que Joyce rendra célèbre en littérature avec celui de Molly Bloom à la fin d’Ulysse), tandis que la caméra abandonne le huis clos pour des images de campagne.
Il y a beaucoup de petits rien mais aucun geste, aucun mouvement subalterne. Avec une délicatesse infinie et une brutalité vitale, le film s’insère dans les émotions disparues et ressuscitées, dans les amours partagées à distance, dans le temps, dans l’espace. Il y a soudain une magie modeste de John Huston qui fut toujours passionné par l’échec sans que l’humilité soit pour autant sa marque de fabrique esthétique. Une légèreté prend ici possession des drames les plus lourds. Gens de Dublin montre comment respirent les morts."
(Libération, 16 décembre).

Pour relire la nouvelle de Joyce.

Ciné-club Caen :

- "Si on ne trouve pas ici les grands espaces où se déroulent habituellement les films de Huston, on retrouve dans Les gens de Dublin ces héros typiques qui malgré l'énergie qu'ils déploient n'atteignent pas leur but, sauf si le hasard vient les aider.

Huston révèle la dimension tragique de l'existence, l'homme étant la proie de forces naturelles ou sociales qu'il ne maîtrise pas. Huston accorde ainsi une grande importance au décor dont la dimension est toujours plus vaste que celle des individus et Gabriel regardant la neige tomber sur l'Irlande sait que malgré ses discours et l'amour qu'il vient à nouveau de ressentir pour son épouse, sa liberté d'action ne peut être que passagère."
(17 décembre).


Pascal Merigeau :

- "Le plus beau des cadeaux : la réédition du chef-d'oeuvre absolu qu'est «Gens de Dublin», le dernier film de John Huston. Oeuvre ultime, en effet, filmée par un cinéaste à bout de souffle, qui à l'heure de voir s'ouvrir les portes de la mort puise dans une nouvelle de James Joyce les accents d'une méditation dont s'imprime à jamais dans la mémoire chaque image, chaque mot, chaque son, le moindre battement de cils d'Anjelica Huston, la voix usée d'une vieille dame chantant une chanson d'amour dans un salon, le regard porté par un homme sur son épouse endormie, qui vient d'avouer qu'elle n'a jamais cessé de penser à ce garçon qui autrefois...

Si un film a jamais mérité le qualificatif de sublime, c'est celui-ci. Dublin, Noël 1904, voilà, vous y êtes. Vous n'en reviendrez pas."
(Le Nouvel Observateur, 17 décembre).

Bande annonce (VO).


11 commentaires:

brigetoun a dit…

un miracle de sensibilité - je n'aime pas beaucoup les adaptations, qui ne gardent que la trame du récit, même quand ils s'appliquent - mais celui là est un des rares films tirés d'une oeuvre qui restent admirables pour eux mêmes

Dominique a dit…

une superbe adaptation à la hauteur de l'écriture ce qui est rarement réussi
il passe en ce moment à Lyon et je vais avoir le plaisir de le revoir sur grand écran

Elisabeth.b a dit…

Rares sont les adaptations qui portent en elles l'esprit d'une œuvre. Ou qui sont variations sur un même thème.
On se prend à rêver, au retour de grands films...

Tania a dit…

Une belle adaptation, qui a réussi à transmettre la sensible et magnifique nouvelle de Joyce - encore un texte à relire lorsque j'aurai plus de temps libre.

Chr. Borhen a dit…

Vous lisant et vous relisant depuis maintenant quelques mois cher JEA, je veux vous dire ceci : j'aime beaucoup votre manière de parler du cinéma que je considère en effet comme une "méthode" - le mot est très maladroit... - pour lutter contre le cinéma ambiant en nourrissant toujours notre mémoire, et, au besoin, en la réactivant.

Je résume : merci.

JEA a dit…

@ brigetoun

oui, un miracle diablement laïque...

JEA a dit…

@ Dominique

si vous saviez comme j'aimerais découvrir Lyon de l'intérieur, là j'aurais tant de heurtoirs de portes à réveiller...

JEA a dit…

@ Elisabeth.b

les frères s'appelaient Lumière, leurs enfants portent le nom d'étoiles...

JEA a dit…

@ Tania

vos temps de lire sont des promesses de temps de vous lire...

JEA a dit…

@ Chr. Borhen

comment vous répondre, sinon que j'ai été élevé (mot très exact) par un rescapé propriétaire de salles de cinéma
et qui jusqu'à mes 8 ans, sa mort, m'offrit de tout voir (y compris le 3e homme)
après, on tente de rester digne d'une telle confiance, d'une telle générosité

D. Hasselmann a dit…

Je suis passé à Dublin, sous le crachin, sans chagrin, sans être chafouin, j'ai cru apercevoir des gens qui avaient connu Joyce, j'eus la joie de le croire...

La littérature peut s'adapter si le cinéaste sait ce que cela veut traduire, en l'occurrence ici - ou parfois ailleurs.