DANS LA MARGE

et pas seulement par les (dis) grâces de la géographie et de l'histoire...

mardi 15 septembre 2009

P. 172. Hary et Plomion : églises fortifiées de Thiérache (4)

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Premières églises fortifiées au Sud et à l'Est de Vervins : Hary et Plomion. D'après la carte figurant dans l'ouvrage :
- Sur une frontière de la France. La Thiérache. Aisne, Textes, Photographies et Cartographie,
sous la direction de Martine Plouvier, Association pour la généralisation de l'Inventaire régional en Picardie, 2003, 287 p.
(Montage JEA / DR).

Malgré leur nombre, les églises fortifiées de Thiérache ne sont pas mises en quarantaine. Mais restent pour beaucoup des inconnues.

Se poursuit ici la balade entre leurs tours rébarbatives de châteaux et leurs choeurs de pierres dont la blancheur résiste aux siècles toujours plus pollueurs que lumineux.
Pour cette quatrième étape, la promenade reste libre. S'avouant dès l'abord assez inculte car dépourvue d'érudition. Seuls les yeux pour bon vouloir. Et du temps pour ne pas trop en dépendre...

En résumé et par ici, ces phares sont militaro-religieux. Elevés en des campagnes lasses d'être dévastées par les tempêtes de guerres toujours aussi redoutables pour les paysans, innocents de service.

Hary.

Le village est éclaté en deux parties que sépare la Brune, rivière au nom de bière.
Le premier Hary s'allonge en bordure de la D 966. L’autre, plus à l'abri, moins couru, s'est contenté de la D 61.
L'église Saint-Corneille et Saint-Cyprien se dresse tout à la sortie du village, vers la Fontaine Carvelles puis vers Burelles.
Au nord de l'édifice : les Chauffours, et au sud : les Colinières.


Hary : clocher-donjon (Ph. JEA / DR).

Massif, le donjon domine du haut de ses 16 mètres l'accès ouest du village. Il porte une date : 1609. Ces briques auraient donc été assemblées fin du XVIe, tout début du XVIIe. L'aspect écrasant n'est pas amplifié par des défenses militaires (échauguettes etc) ce qui lui confère plus une image d'abri que de machine de guerre agressive.

Vue arrière (Ph. JEA / DR).

Le calcaire blanc marque les beaux restes de l'église primitive remontant à la limite des XIIe et XIIIe siècles. La tour d’angle édifiée en avant de la nef n'en souligne que plus brutalement le passage entre le religieux du choeur et l'entrée fortifiée.

Tour d'angle : un coeur victime de pigeons scatos (Ph. JEA / DR).

Une page de ce blog vous a proposé un aperçu des décors de quadrillages, de cœurs et de losanges en brique noire vernissée. Ceux-ci offrent un peu fantaisie voire de poésie populaire dans un contexte à la fois sacré et guerrier. Hary ne fait pas exception.
Même si les outrages ne sont pas uniquement ceux du temps qui passe...

A gauche du portail d'entrée (Ph. JEA / DR).

Les armoiries d’Isabeau de Coucy-Vervins et de son époux René du Bec viennent confirmer la date de 1609 que l'on veilla à laisser comme trace de la fin des travaux de fortifications.

Plomion :

De ses 179 m, le village surplombe deux ruisseaux : au nord, le Vilpion et au sud, le Huteau.
Plomion est entouré de la Maison Rouge, du Fond de Nogémont, de la Terre du Nord ainsi que du Chêne Brûlé, des Brandeaux et de la Borne Blanche.
Si la localité est plus étendue et plus bâtie que Hary, elle n'en reste pas moins d'un calme non artificiel. Des regards se réjouissent certes d'un peu de changement à votre passage près de rideaux curieux mais sans autre signe de vie.
De plus, cette supposition : tout comme dans mon hameau, les chiens ne peuvent s'y changer les idées en état d'errance. Car pas d'aboiements et encore moins de quadrupèdes rageurs venant tester la qualité de vos vêtements et la réalité de votre fausse indifférence.

Plomion (Ph. JEA / DR).

Les parties les plus anciennes de l'église Notre-Dame de l’Assomption sont datées du XIIIe siècle. Quant au chevet polygonal en brique, il est contemporain de la fortification de cette église, soit du XVIe s.
Protégeant l'espace cultuel, le "fort" mesure 14m de haut et à lui seul, rassemble les deux tiers des meurtrières de l’édifice.

Un feuillet de description mis à disposition des visiteurs, précise :
- "Le choeur et le transept en brique sont protégés par une tour et deux tourelles en encorbellement. L'accès à cette tour situé dans le transept nord se fait derrière un panneau de bois. Par un escalier de pierre on accède à l'étage supérieur au-dessus du choeur, aux deux échauguettes et aux combles de la nef (...). La tour de gauche aux murs percés de meurtrières contient l'escalier. La tour de droite avait quatre étages formant le nid de résistance. Les défenseurs passaient d'un plancher à l'autre grâce à des échelles."

Décors (Ph. JEA / DR).

Tour sud-est : ses meutrières contrastent avec les coeurs et autres motifs en brique vernissée. Comme une interrogation : faisons-nous la guerre ou la paix ? La réponse des mercenaires de passage au XVIIe siècle ne laisse guère de doutes.

Accessible au public, le bas de la tour droite (Ph. JEA / DR).

La tour sud-ouest au rez-de-chaussée : une superbe coupole en brique avec ses meurtrières. Atmosphère, atmosphère... Le diamètre intérieur mesure 8 mètres.

8 commentaires:

D. Hasselmann a dit…

A Paris, il y a aussi une Maison rouge (boulevard de la Bastille), c'est un lieu d'expositions assez souvent surprenantes.

Là, ces églises - joliment photographiées - présentent un aspect comme muséal : la contemplation est sans aucun doute de mise.

Cactus homme lézard a dit…

une qui n'est jamais fainéante , c'est bien la fiente !
bàv !

JEA a dit…

@ Cactus homme lézard

Belle allusion - donc digne de vous - au film : "la fientecée du pirate" !

JEA a dit…

@ D. Hasselmmann

Pas loin du tout, on peut passer par une Rouge Ventre. Enfin, passer, si les parfums de cuisine (ainsi un velouté de cèpes ou un pâté aux trois viandes) ne vous arrêtent pas en si bon chemin.

Anna de Sandre a dit…

IL faudra que je les visite, un jour.

JEA a dit…

@ Anna de Sandre

Elles sont plus de quarante. Toutes dissemblables...
Pas vraiment distantes les unes des autres mais en des paysages non stéréotypés.
Si un ex-gardien de sémaphore peut vous prêter une carte ? (suggestion à laquelle est associée Loïs de Murphy, of course du lièvre à travers les champs).

frasby a dit…

Quand je vous lis, là, de mon donjon du XXIem, je regrette d'être si loin, qu'est ce que j'aimerais visiter tout ça ! vos photos sont superbes.
Et en lisant toute la vie sous ces pierres, ce qui respire encore, et ces mots "les chauffours, les colinières etc..." Je sais qu'Hary est un ami qui ne me veut que du bien. Plomion aussi (pas de jaloux).
"Un village éclaté, avec une rivière au nom de bière", tout cela exquis ! et quand bien même vous voudriez vous cacher derrière la borne blanche, on vous reconnaîtrait entre mille JEA !
merci, une fois encore pour ce billet éblouissant.

JEA a dit…

@ frasby

Hélas, auprès d'aucune des églises fortifiées parcourues jusqu'ici, pas la moindre marchande de chapeaux à l'horizon. Non pour vous porter une concurrence ombrageuse - c'est de l'ordre de l'impossibilité totale - mais pour rappeler vos chroniques.
Car votre voix et votre nagra feraient des merveilles par ici où d'autres Lucien attendent de continuer à vivre par la grâce de votre écriture sonore :
http://certainsjours.hautetfort.com/archive/2009/09/13/comme-un-mercredi.html