DANS LA MARGE

et pas seulement par les (dis) grâces de la géographie et de l'histoire...

dimanche 13 juin 2010

P. 296. L'église fortifiée de Tavaux

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Au sud de la Thiérache et de sa prolifération d'églises fortifiées : le val de Serre avec les édifices militaro-religieux de Cilly, de Bosmont, de Tavaux et d'Agricourt.
Carte d'après : Sur une frontière de la France. La Thiérache. Aisne, Textes, Photographies et Cartographie sous la direction de Martine Plouvier, Association pour la généralisation de l'Inventaire régional en Picardie, 2003, 287 p.
(Montage JEA / DR).

Publiée le 13 mai
une treizième étape sur le chemin
des églises fortifiées de Thiérache :
Tavaux

Pour s'y rendre, le choix de manque pas :
par le nord, descendre la D 587 ou la D 25
de l'ouest ou, à l'inverse, de l'est suivre la D 58
du sud, remonter la D 25

(Ph. JEA / DR).

Première impression en se présentant à l'entrée ouest : Tavaux est pris dans une sorte de toile d'araignée tissée par une multitude de fils et autres câbles qui l'accablent...
Ici, l'expression évoquant l'église au milieu du village prend un sens assez écrasant...

Avant d'aller plus loin, un coup d'oeil sur les chiffres de service.
Tavaux : altitude 110 mètres au niveau du centre.
561 habitants pour une superficie de 25,7 km2.

(Ph. JEA / DR).

Monuments historiques :

- "L' église a subi de multiples remaniements au cours des siècles.
De l'église primitive du 12e siècle ne subsiste qu'une partie du massif occidental, présentant un grand clocher à baies en plein-cintre et muni d' un élégant triforium. Le clocher est épaulé de croisillons qui semblent être les seuls vestiges des bas-côtés de la nef aujourd' hui disparus, vestiges néanmoins fortement remaniés, puisqu' une tour a été accolée au croisillon nord aux 15e-16e siècles.
Quant au portail occidental, il a été refait à la même époque. La nef et le choeur ont été en grande partie reconstruits au 17e siècle."

(Ph. JEA / DR).

Quand la tour, forte de ses expériences accumulées au long de six siècles et soucieuse de dorer ses vieilles pierres, prend le soleil d'un printemps enfin décidé à se différencier d'un hiver jouant les prolongations...

(Ph. JEA / DR).

Loin de l'austérité lisse et rougeoyante de la très large majorité des églises fortifiées de la Thiérache qui, elles, accumulent les briques et ne s'accordent comme seules fantaisies que quelques motifs géométriques, à Tavaux, les pierres prennent figures angéliques ou humaines (nous n'allons pas confondre quand même). 
Et parlent. Du moins suggèrent. Avec du définitif dans leurs messages. Comme des mots figés.

(Ph. JEA / DR).

Dans les rares écrits sur cette église, nulle allusion à ce que Tavaux ait offert une étape, ou du moins se soit situé sur un chemin vers Saint-Jacques de Compostelle... Mais la coquille décorant le porche d'entrée est surdimensionnée. Ne laissant pas de place à on ne sait quel hasard. Hélas, les pollutions y déposent leurs lèpres. Lesquelles rongent la pierre. Celle-ci perd l'envie de danser les nuits de pleine lune, quand seuls les fantômes de loups anciens se glissent entre les arbres assoupis et que s'envolent les souvenirs de toutes ces chouettes clouées à des portes superstitieuses.

(Ph. JEA / DR).

Pour franchir ce porche rendu aveugle, les gens venaient :
des Longues Raies,
du Mont Revers,
des Croyons,
du Bois de Rary, du Bois de la Croix, ou du bois des Hoyaux, 
du Caillou,
de Molembur,
des Dix Jallois,
de la Côte des Chaudriers,
des Terres de Malaise ou de la Terre aux Navets,
de la Croix de Montcornet,
du Fond de la Maye,
de la Pâture…

(Ph. JEA / DR).

Dans le cimetière encerclant l'église, la tombe de Marcel Charmet :
- "Tué par les Allemands le 30 août 1944 à l'âge de 18 ans".

Le Courrier Picard :

- "Le 30 août 1944, un détachement de panzers SS des divisions Hitlerjugend et Adolf Hitler, qui recule depuis la Normandie, est accroché par des résistants locaux. En représailles, le commandant de l'unité allemande - dont le nom n'a jamais été retrouvé - fait tirer au canon sur les maisons de Tavaux et ordonne l'exécution de vingt habitants dont deux enfants, une fillette et un garçon âgés de 6 ans.
Le lendemain à Plomion, les SS aux abois perpétuent un autre massacre : quatorze habitants sont fusillés et leurs maisons incendiées. Et le 2 septembre, pour répliquer à une attaque des résistants dans le hameau du Gard sur la commune d'Etreux, les SS fusillent trente-six habitants et brûlent fermes et écarts."
(15 novembre 2009).

Alain Nice :

- "Tavaux, Plomion et Etreux font partie des nombreux villages martyrs de France, au même titre qu'Oradour-sur-Glane.
Après la Libération, le village de Tavaux a été décoré de la médaille de la Résistance. Le nom de Tavaux figure en lettres de bronze dans le mémorial de la Résistance de Vassieux-en-Vercors."
(Alain Nice, Tavaux 30-31 août 1944. Histoire d'une tragédie, Préface de G-H Lallement, ouvrage édité à compte d'auteur, édition revue et augmentée, 2009). 

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5 commentaires:

brigetoun a dit…

admirable chanson et diaprure de la pierre

D. Hasselmann a dit…

Ces églises fortifiées (mais celle-ci serait déjà parue en mai ?) se défendent bien.

Elles ont vu passer les hordes barbares et ont gardé leur stature inaltérable.

Texte et photos leur rendent ici - avec l'Histoire dont elles ont un souvenir pétrifié - un juste hommage,

colo a dit…

Ces motifs de pierre, même rongés par le temps, suggèrent si bien.

Tania a dit…

Poésie des pierres sculptées.
Vertige devant ces massacres d'innocents.

Danièle Duteil a dit…

La lèpre n'épargne ni la pierre ni les humains. Mais ces derniers continuent de danser sous la lune... "the devil's trill".
Encore une page passionnante.