DANS LA MARGE

et pas seulement par les (dis) grâces de la géographie et de l'histoire...

mercredi 24 juin 2009

P. 137. Musiques : ça balance à Bruxelles, à St-Michel en Thiérache, à Téhéran et à Versailles

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La Fête de la Musique vient d'éteindre ses lampions et de démonter ses sonos. Parmi tant d'autres, quelques mots sur quatre lendemains qui enchantent ou font déchanter...

I. Bruxelles : pas de groupe Konono n°1.
Ou quand la musique sans frontières se voit refuser le visa Schengen...

- "Le groupe congolais Konono n°1 n'a pas pu obtenir de visa Schengen et a annoncé qu'il annulait son concert à Couleur Café {Festival fin juin à Bruxelles}.
Selon un communiqué de l'agent du groupe Michel Winter, Konono n°1 aurait fait la demande d'un nouveau passeport, tous les feuillets de l'ancien étant rempli de visas mais les membres du groupe n'ont pu l'obtenir; le gouvernement congolais ayant décidé de ne plus fournir de passeports pendant plusieurs mois.
Le groupe avait alors obtenu un passeport diplomatique du ministère congolais de la Culture mais celui-ci n'aurait pas été accepté par la France, tandis que l'ambassade de Suède n'avait pas encore donné son autorisation. Le groupe aurait donc été contraint d'annuler la totalité de sa tournée européenne.(…)
Une annulation qui intervient alors que le Solidarity Village, un espace accueillant les ONG au sein de Couleur Café, est, cette année, placé sous le thème "Clandestino" et dont l'objectif est de sensibiliser les festivaliers à la thématique de l'émigration Sud-Nord et des sans-papiers."
(Belga, 22 juin).


Victoire provisoire des ronds-de-cuir postmodernes sur Konono n°1.

II. Festival de Saint-Michel en Thiérache.
Ou le Guilio Cesare de Handel à cor et à cris...

Très exactement aux confins de l'Aisne et des Ardennes, donnatrice involontaire (en fait pour cause de révolution en 89) d'une forêt domaniale envoûtante, l'abbaye de St-Michel précède allègrement les "grands" festivals de l'été.C'est loin de beaucoup, sans autoroute ni complexes hotelliers, sans luxe ni ostentation. Vous y recevez un accueil en comparaison duquel le public de Beaune n'est jamais que parqué par une organisation n'hésitant pas à vous appliquer le tarif le plus élevé pour un arrière opaque de colonne ...

Au Festival de musique ancienne et baroque de St-Michel en Thiérache, pas de places réservées à des sponsors suffisants, un prix unique (mais des réductions pour les personnes âgées, les étudiants, et gratuité pour les moins de 12 ans). L'ambiance s'en trouve d'une convivialité chaleureuse.
Les auditeurs venus de loin s'étonnent de paysages à profondeurs multiples mais apaisants. Les gens d'ici se félicitent de ne pas devoir monter ou descendre loin en France pour apprécier une musique "à leur portée". Deux ou trois concerts le dimanche. Les spectateurs peuvent partager leur repas avec les artistes dans le cloître qui revit avec les bruissements des conversations et quelques notes de musique comme des ballons lâchés dans le ciel.

Le dimanche 21 juin était placé sous le signe de Handel entre cantate et opéra. Des palais italiens à la Royal Academy.
La matinée appartint à La Risonanza avec Fabio Bonizzoni au clavecin et à la direction.
La fin d'après-midi vit, face au public, l'Orchestre Les Siècles avec à sa tête, François-Xavier Roth, et la contralto Delphine Galou pour les arias. En cinq années, une première déception.
Que dire ? En comparaison, ce chef rend terriblement sobres les gesticulations d'un Louis de Funès. A la limite, se confirmait préférable l'évasion des regards vers les voûtes ou en suspens par exemple sur Damien Guffroy et sa contrebasse. Lui au moins annonçait le jeu dès l'abord. Il était là pour la musique, pas pour la galerie. Cravate dénouée, chemise ayant préféré la liberté par-dessus le pantalon. Ne faisant qu'un avec son instrument aux vibrations si basses. Et pendant tout ce temps, Roth en marionnette prisonnière de fils invisibles. Il y eut quelques ratés dans les applaudissements. Mais en fin de récital, la température remonta de quelques degrés avec un Matthieu Siegrist rappelé pour un solo de cor dont la célébrité n'effrite pas la puissance d'évocation : le Va Tacito, aria de l'Acte 1, extrait de Giulio Cesare in Egitto (HWV 17) de G. F. Handel.


Cette version vidéo est portée par l'Akademie für Alte Musik Berlin, avec Andreas Scholl.

- "Va tacito e nascosto,
quand'avido é di preda,
l'astuto cacciator.
E chi é a malfar disposto,

non brama che si veda
l'ingarmo del suo cor."

3. Téhéran.
Ou les dictateurs ont-ils peur de la petite musique des urnes ?

- "Le porte-parole du Conseil des Gardiens, chargé d’examiner les plaintes pour irrégularités de la présidentielle du 12 juin, a reconnu qu’il y avait eu lors du scrutin plus de votes que d’électeurs potentiels dans 50 districts."
(AFP, 22 juin, 11h04).


Dessin de Kroll (Le Soir, 18 juin).

Pour de sinistres intégristes, le diable recourt à plus d'une moitié de l'humanité, soit les femmes, mais aussi à la musique, aux spectacles, à la presse, à internet, au cinéma, aux élections non truquées, aux correspondants étrangers, etc etc pour pervertir ce bas monde. On finirait par les craindre obsédés-refoulés graves, ces religieux aux regards de bûchers et d'inquisiteurs. Graves d'abord pour les Iranien(ne)s qui subissent en première ligne la police du régime, les gardiens d'une révolution réactionnaire et les bassidji, bourreaux motorisés du peuple.


Zohreh Jooya, musique mystique persanne. A noter que pour cette chanteuse, la majorité des vidéos sur YT ont été désactivés ces derniers jours ?!?

4. Versailles.
Ou le Président qui se veut Soleil (d'une République de minuit ?).

Une lecture avec des yeux belges :
- "Sarkozy relance son règne au château de Versailles.Il faut dire qu'il s'agit d'une grande première dans l'histoire de la Ve république. Jusqu'alors, jamais un président n'avait eu le droit de s'adresser directement aux Assemblées. Depuis 1875, il était interdit au chef de l'Etat de parler aux élus pour éviter qu'il leur dicte sa volonté. Une façon de cimenter la séparation des pouvoirs. Seul un message du président pouvait être lu, comme lorsque Mitterrand avait engagé la France dans la guerre du Golfe, par exemple. Nicolas Sarkozy s'est lui-même taillé le costume du roi. Il avait fait voter – à une voix près : celle du socialiste Jack Lang ! – cette réforme constitutionnelle il y a un an pour lui permettre de s'adresser quand il le souhaiterait aux élus."
(Le Soir, Joëlle Meskens, 21 juin).

Grandes eaux, grandes orgues. Ors et glaces. Gardes l'épée au poing. Le Premier ministre faisait figure de bon dernier. Et lui, le souverain, tenait-il en place ?
Avant même Le Canard enchaîné, nous pouvons révéler que ce soir-là, le souper présidentiel se déroula sur fond de Michel Richard Delalande. Tandis que nouveau ministre de la Culture par la grâce de son patronyme, Frédéric Mitterrand, se mordait les doigts de ne pas avoir pu s'autoproclamer quelques jours plus tôt !


La Simphonie du Marais, direction Hugo Reyne : Concert de trompettes extrait des Symphonies pour les Soupers du Roy.

Et le bon peuple ? Fut-ce sa fête, à lui aussi ? 223 interpellations.
- "La ministre a rendu hommage au professionnalisme des 14.200 policiers et gendarmes engagés lors de l’événement. Elle a salué tout particulièrement leur réactivité pour faire cesser des rixes aux conséquences parfois graves, comme dans le XIIIe arrondissement de Paris ou à Bordeaux, où six blessés par balle ou arme blanche sont à déplorer."
(AFP).
Alors ministre de l'Intérieur, un certain Nicolas Sarkozy avait cependant prévenu et annoncé la fin des désordres en France et le règne de l'harmonie.

Enfin, lisant les biffures de Loïs de Murphy sur le nouveau monarque "aux marches du palais" , sont revenues des images du Si Versailles m'était conté de Sacha Guitry (1953). Edith Piaf y chante la révolution qui gronde et monte jusqu'aux grilles du Château. Ca ne manque pas de souffle !!!

Eussent-ils été contemporains que l'actuel Président aurait peut-être cherché la main d'Edith, à moins de lui offrir un portefeuille ministériel ?



10 commentaires:

brigetoun a dit…

ça y est ! ça marche - mais je ne sais plus trop ce que je voulais dire, sauf : en un belle preuve par l'exemple

JEA a dit…

@ brigetoun

Auriez-vous rencontré des difficultés techniques pour ajouter un commentaire ?
Peut-être des problèmes liés à l'arrivée encombrante ce mercredi matin et sur ce blog, d'écrits anonymes mais antisémites. Eux
sont priés de revenir dans mille ans vérifier que le IIIe reich n'est toujours pas parvenu à ressusciter.

Zoë a dit…

Quelle variété, quelle richesse! De sons, de situations ubuesques, de perplexités sur notre monde comme il va.Piaf au moins aurait été à la taille du Très Haut mais elle l'aurait secoué plus violemment que Carlita. Enfin peut-être pas. C'était une époque où on acceptait de prendre des torgnoles. Actuellement aussi mais personne ne s'en vante

MARIE a dit…

Edith ...Crée...Son ? ^^;o)
Ce qui est bien , lorsque je viens chez vous (enfin sur votre blog ) je n'ai pas besoin de lire mon Canard ...:)
Douce journée ...

JEA a dit…

@ Zoë

Après Versailles, et si le Très Haut, sa cour et ses bouffons venaient squatter l'Arbre à palabres ?!?
Quel cauchemar.

JEA a dit…

@ MARIE

Question journal, ici c'est le règne sous forme de monopole de l'Union-L'Ardennais.
Un maximum de photos pour la plupart insignifiantes. La carence d'articles de fond. Du remplissage. Orthographe et syntaxe aux abonnés absents. Bref, des arbres abattus pour presque moins que rien.

Anonyme a dit…

et à Lyon , ça balance aussi : Johnny !
quelle horreur !

JEA a dit…

@ "Anonyme"

Johnny ? LE Johnny ?? Celui qui apprenant le nom du dernier ministe de la Culture, s'est fendu de cet aimable et profond commentaire : "Mitterrand ? je le croyais mort !"

D. Hasselmann a dit…

Bravo pour ce cocktail musical et explosif.

Juste une remarque concernant le Mitterrand que Johnny H. "croyait mort" (belle invention qui lui va comme un gant de cuir) : FM s'est bien autoproclamé ministre puisqu'il l'a annoncé dans une interview diffusée mardi dernier sur France 2 à 13 heures, alors que le Président avait indiqué depuis Versailles - un lieu de dilection - que le "remaniement" gouvernemental serait connu mercredi à l'issue du Conseil des ministres.

FM a pris tout le monde de court (un as de la com' !) et la liste des ministres a due être lue mardi dernier, à 20 heures, in extremis.

Surtout pour les huit mis dehors sans plus de circonlocutions.

JEA a dit…

@ D. Hasselmann

Hypothèse pessimiste, mais si l'un(e) ou l'autre n'avait pas encore été se régaler à la lecture de votre chronique : une délicieuse mise en boîte de FM :
- http://dominiquehasselmann.blog.lemonde.fr/2009/06/25/l%e2%80%99etre-d%e2%80%99amour-en-sarkozie/