DANS LA MARGE

et pas seulement par les (dis) grâces de la géographie et de l'histoire...

mardi 30 mars 2010

P. 260. Bernard, ni Dieu ni Chaussettes

. Affiche du film (DR).

Paysan anar
sans rimes mais avec raisons :
Bernard Gaignier...

Ce billet rend à Paul ce qui revient à sa feuille Charbinoise !

Résumé :

- "Sur les bords de Loire, Bernard, 73 ans, cultive toujours sa vigne et fait son vin qu’il partage entre amis. Il a toujours vécu seul et reste fidèle à un mode de vie rural qu’il a toujours connu.

Bernard est un gardien de la mémoire. Celle du poète local Gaston Couté. Les deux hommes, qu’un siècle sépare, ont en commun un esprit libre et la volonté de témoigner de la condition paysanne des plus humbles.
Bernard est un « diseux » qui depuis 25 ans, écume les salles des fêtes de la région pour dire des textes du poète écrits dans sa « langue maternelle », le patois beauceron. Des textes qui souvent n’ont rien perdu de leur actualité..."

Les Mutins de Pangée :

- "En 2011, il y aura un siècle que Gaston Couté à retrouvé sa terre natale des bords de Loire. Emporté par la Fée verte (l’absinthe) et la tuberculose, il n’avait pas 31 ans. Etoile filante dans la nuit montmartroise, son succès dans les cabarets aura duré quelques années. Son personnage de poète-paysan qui dit des monologues en patois a trouvé un écho favorable auprès du public des cabarets artistiques. Mais à partir de 1905 le vent tourne. La France amorce un net tournant idéologique vers des valeurs conservatrices et militaristes. Les portes des cabarets se ferment. Pas question pour lui de renoncer à afficher ses opinions pacifistes et ses idées révolutionnaires. une vocation à la lecture du Testament ou de la Ballade des pendus. Comme Villon et plus tard Brassens, il perpétuera la tradition médiévale de la chanson de gueux. Ce gueux mendiant, truand ou artiste, pour qui la pauvreté a les traits de l’injustice mais où le fatalisme fait place à la révolte… ou ce gueux vagabond, cheminant au hasard de la vie, libre et jouisseur des plaisirs simples et naturels. Gaston a grandit au Moulin de Clan où son père était meunier. Bernard est un voisin. Il a toujours vécu dans la ferme familliale à deux cents mètres du moulin. Couté, il l’a toujours entendu, il l’a toujours dit. Puis un jour on lui a demandé de dire en public « Le Christ en boué », « Le Gâs qu’à pardu l’esprit »... C’était il y a 25 ans.
Bernard est une vedette à sa manière, l’oeuvre et la gloire posthume de Couté lui ont permis d’affirmer sa singularité, de jouer les provocateurs mais toujours avec humour et sans se prendre au sérieux. L’essentiel est de faire entendre cette poésie qui nous parlent d’un temps où la vie était plus rude mais où les lendemains chantaient encore…"

(Site des Mutins de Pangée).

Bernard Gaignier en CD (Ph. Film / DR).

Thomas Sotinel :

A la frontière entre Beauce et Sologne, vit
Bernard Gainier, 74 ans, agriculteur à la retraite. Il est anarchiste. Pas du genre à pratiquer la reprise individuelle ou l'action directe. Il accueille dans sa grange un groupe de musiciens, Café crème, qui a inscrit à son répertoire les chansons de Gaston Couté, chantre anarchiste du début du XXe siècle, mort à la veille de la première guerre mondiale.
Bernard Gainier, qui va chaussé de panufles (pièces de tissu tenant lieu de chaussettes, d'où le titre) et parle le patois dans lequel Gaston Couté écrivait ses appels à la guerre sociale, vit seul dans sa ferme et tient le journal minutieux de son déclin physique.
Pascal Boucher pose sur lui un regard plein d'affection et singulièrement dépourvu de curiosité."
(Le Monde, 23 mars 2010).


Xavier Leherpeur :

- "Tu as donc du temps à perdre?" se serait entendu rétorquer le documentariste qui expliquait à son héros le projet de faire un film sur lui. Mais on ne perd pas le sien en allant à la rencontre de Bernard, 73 ans, paysan, poète libertaire, anarchiste pacifique et hédoniste dont la distillerie clandestine est planquée dans une cave rebaptisée pour l'occasion "bureau". Un humour à vif et un humanisme cisèlent ce portrait et cette invitation au dilettantisme, plus indispensable que jamais en ces temps où tout n'est qu'efficacité et rentabilité."
(Studio Cine Live, 23 mars).


Bernard sur les traces de Gaston Couté (Ph. Film / DR).

Vincent Ostria :

- "Il y a aussi des paysans anarchistes. Bernard Gainier, 73 ans, est l’un d’eux.
Dans sa ferme du Val de Loire, le logo des “ni dieu ni maître” est tagué partout. Près du potager, on voit flotter le drapeau des pirates…
Il perpétue la tradition du poète libertaire Gaston Couté (1880-1911), chantre de la paysannerie et du patois beauceron, et écume sa région pour répandre la bonne parole en disant ses poèmes.
Dans ses grandes lignes, ce nouveau documentaire sur le monde rural dit la même chose que les précédents : la dégradation de l’agriculture française est en partie liée à son industrialisation outrancière.
Plaidant pour l’autonomie des petites exploitations, il montre une campagne à visage humain, où l’on vit au rythme de la nature et à la mesure du paysage."
(lesinrocks.com, 19 mars).


Fabien Reyre :

- "Bernard Gainier est un homme éminemment sympathique. L’œil malicieux, le sourire moqueur et une clope coincée en permanence au coin du bec, on devine qu’il n’a rien perdu de la vigueur révolutionnaire qui l’a porté dès l’adolescence, et à son retour d’Algérie. D’une vie solitaire et sans doute difficile, ce « gâs qu’a mal tourné » (dixit une chanson de Gaston Couté) parle facilement sans trop en dire. Les murs sombres de sa ferme, son vieux poêle à bois et son fameux « bureau » (une cave humide, littéralement !) disent le reste. Pascal Boucher et son sujet évitent avec brio tout misérabilisme ou complaisance.
L’intérêt du film est ailleurs, particulièrement dans la passion de Bernard pour la transmission des oeuvres de Couté, mais la réussite du film est d’évoquer la condition paysanne de biais. En évitant d’en faire le coeur du récit, mais en montrant sans détour le quotidien d’un vieil homme subsistant avec sa maigre retraite d’agriculteur, Boucher en dit juste assez. Bernard est un homme usé par le travail de la terre, qui se raconte pudiquement dans des carnets qui lui servent de journal de bord : un peu secs, sans états d’âme, les récits de ses journées révèlent le cruel décalage entre un corps déclinant et un esprit vif qui ne peut que constater amèrement les ravages du temps.
(Critikat.com, s. d.).


Bernard, pauv’ sauteziau (Ph. Film / DR).

Pascal Boucher :

- "Sans tambour ni trompette, sans Dieu ni Chaussettes, Bernard Gainier parcourt les bars, les écoles et les musées pour dire en patois beauceron, comme il est un des rares à pouvoir encore le faire, les poèmes de Couté. Seul, ou accompagné de musiciens plus ou moins jeunes qu’il emporte dans son sillage. L’air de rien, ce « pésan » fait rêver, parce qu’il trace sa vie comme il lui plaît, dans un tonneau où se mêlent vigne, poésie, musique et liberté. Pascal Boucher le filme avec finesse et c’est un bonheur de partager l’ordinaire et les jours de fête du « diseux » de Meung-sur-Loire.
Bernard, ni Dieu ni Chaussettes est un souffle vers la liberté et un onguent sans faille contre la morosité et le manque de perspectives. Quand on se sent embourbé, même les jours de manif’, il n’est pas interdit de rêver qu’on pourrait, avec Bernard Gainier et Gaston Couté, prendre son bâton et partir en chantant :
"J’m'en vas, comme un pauv’ sauteziau,
En traînant ma vieill’ patt’ qui r’chigne
A forc’ d’aller par monts, par vieaux,
J’m'en vas piocher mon quarquier d’vigne."
(site VIVA, 24 mars).

Jean-Luc Porquet :

- "Du « cinéma rural », ça ? Bien mieux… En prenant son temps, saison, bords de Loire, tabac à rouler, Pascal Boucher brosse ici le ragaillardissant portrait d’un sacré gaillard, Bernard, 73 ans aux prunes, paysan anar vif-argent (…).
Ca sonne toujours juste :
« Eh oui, Gaston, ça a pas tellement changé, et je me demande même si ça a pas empiré, les peineux sont plus peineux qu’avant, quant aux rupins c’est pire que le chiendent, ça r’pousse tout le temps ».
(Le Canard enchaîné, 24 mars).

Bande annonce.

Pascal Boucher :

- "Je tenais à ce que les saisons rythment le film, du printemps à l'hiver, l'hiver de sa vie, la fin d'une époque, avec comme repère le travail de la vigne, de la taille aux vendanges. Comme Bernard, la nature est difficile à filmer, tant elle semble presque banale, une campagne traditionnelle, le plat pays...
Alors il faut être patient, attendre les moments précis où la lumière les transcendent, où les champs sans fin dessinent des lignes épurées, minimalistes. Des paysages comme des tableaux. La Beauce est un espace très cinématographique, baigné dans des lumières qui rappellent la peinture flamande. Je pense à ces peintres du Nord, Nolde, Van Gogh, qui à la fin du XIXe siècle ont pris leurs chevalets pour aller peindre la campagne, les paysans, une vieille paire de chaussures usagées...
Comme cette nature, Bernard est un personnage de cinéma, il aurait pu être un de ces vieux héros du Buena Vista Social Club...version beauceronne !"

Paul, la feuille Charbinoise :

- " Nous sommes allés courageusement au cinéma à Lyon voir “Bernard, ni dieu ni chaussettes” et, que, très honnêtement, on ne regrette pas cette initiative ! Notre effort a été largement récompensé. On est sortis de la salle tout requinqués ! C’est une œuvre magnifique, très émouvante et fot bien filmée. A voir et à revoir (...). Possibilité de commander le CD de Bernard Gainier, remarquable interprète de
Gaston Couté, sur le site du “P’tit Crème“."

Gaston Couté (Mont. JEA / DR).

dimanche 28 mars 2010

P. 259. Festival de l'Abbaye de St-Michel en Thiérache

.
Musique ancienne et baroque
cinq dimanches du 6 juin au 4 juillet 2010

XXIVe Festival de
l'Abbaye de Saint-Michel en Thiérache

Pas d'espaces réservés à des VIP ou à des sponsors.
Toutes les places numérotées à tarif plein unique. Mais un tarif réduit réservé au moins de 18 ans, aux étudiants et aux plus de 60 ans. Des modalités d'accès gratuit proposées pour les moins de 12 ans...
Aucun concours de snobisme ni d'élégance artificelle.
Un site épargné qui vient compléter harmonieusement un circuit des églises étonnantes de la Thiérarche.
Ce Festival réjouit année après année son public par la qualité recherchée et originale de son programme. Il se caractérise encore par deux fidélités complémentaires : non seulement une fidélité populaire mais, aussi celle d'artistes tels Fabio Bonizzoni et la Risonanza, le Café Zimmermann, Philippe Jaroussky, Jordi Savall...
Si ce "festival constitue l'événement baroque du nord de la France", ce n'est que justice. Du moins représente-t-il vraiment un mois musical vécu ici intensément...

Dimanche 6 juin
Les Concerts du Collegium musicum
Une journée à Leipzig

- 11h30
Café Zimmermann

Nicola Antonio Porpora : Cantate pour soprano "Il Ritiro : Lasciovi al fin grandezze".
Benedetto Marcello : Concerto pour hautbois.
Pietro Antonio Locatelli : Introduttione teatrali Op. 4 n°V.
Johann Sebastian Bach : Cantate du mariage BWV 202 "Weichet nur betrübe Schatten".

- 16h30
Le Cercle de l'Harmonie

Georg Philipp Telemann : Tafelmusik, Suites d'orchestre TWV 55.

Abbaye de St-Michel en Thiérache (Ph. JEA / DR).

Dimanche 13 juin
Un Jardin anglais des plaisirs
Variations, catches et scènes lyriques

- 11h30
Luis Beduschi

Jacob Van Eyck & John Dowland : Le jardin des plaisirs de la flûte.

- 14h30
Tre Bassi

Purcell et ses contemporains : Catches et pièces variées.

- 16h30
Philippe Jaroussky et l'Ensemble Artaserse

Purcell :
O Solitude - Music for a while
An evening Hymn - Fairest Isle
Il music be the food of love...

Dimanche 20 juin
Lumières napolitaines
De la virtuosité instrumentale à la vocalité

- 11h30
Gli Incogniti

Nicola Matteis : Ayres for the violon.

- 16h30
La Risonanza

Alessandro Scarlatti :
Serenata a Filli
Il Sole, Urania e Clio.

Plan figurant sur le programme du Festival.

Dimanche 27 juin
Essor et apogée de la musique française
De Henri IV à Louis XV

- 11h30
Les Folies Françoises

André Campra - Jean-Baptiste Morin
Nicolas Bernier - Jean-François Dandrieu
Petits motets pour voix d'hommes et pièces pour orgue

- 14h30
Liuwe Tamminga à l'orgue historique Jean Boizard (1714)

De la Renaissance à l'orée du clacissisme
Brumel - Josquin des Prés - Sermisy - Gombert
Racquet - Du Caurroy - L. Couperin...

- 16h30
Jordi Savall et le Concert des Nations

Concert pour Louis XIII
Philidor l'Aisné - Louis Couperin
Nicolas Metru - Francesco Corbetta...

Dimanche 4 juillet
Le génie dramatique iatlien
Entre quintessence poétique et dialecte populaire

- 11h30
L'Yriade

Giovanni Bononcini : Cantates et Sinfonias.

- 16h30
Cappella della Pieta de Turchini

Faggioli - Vinci - Paisiello
Scarlatti - Fiorenza
Piccini - Petrini
Arias, Cantates, Sinfonias, Sonate et Tarentelle.

St-Michel en Thiérache (Ph. JEA / DR).

Pour être concret,

TARIFS :

- 1 concert à 11h30 ou à 16h30 : 26 Euros, tarif plein - 21 E. tarif réduit
- 1 concert à 14h30 : 18 E.
- Forfait une journée, deux concerts : 35 Euros - 28 E.
- Forfait une journée, deux concert, déjeûner : 55 Euros - 48 E.
- Forfait une journée, trois concerts : 50 Euros - 43 E.
- Forfait une journée, trois concerts, déjeûner : 70 Euros - 63 E.
- Déjeûner : 20 Euros.

Réservations à partir du 1er avril :

- Téléphone : 03 23 58 23 74
- Fax : 03 23 58 87 22
- Courriel : festival.saintmichel@laposte.net
- Courrier : BP 18 - 02830 Saint-Michel


vendredi 26 mars 2010

P. 258. Une hirondelle trompée par les loups de la faussaire

.
Véra Belmont, Anne-Marie Philippe
L'hirondelle du faubourg
Stock, 2009, 216 p.

Véra Belmont,
vraie enfant sauvée de la Shoah ;
Misha Defonseca,

fausse persécutée raciale...

Dialoguant avec Anne-Marie Philippe, Véra Belmont a ouvert des portes sur son passé.

Stock :

- "La vie de Véra Belmont est comme un film. Elle est une toute jeune juive polonaise lorsque la guerre éclate, doit mentir et voler pour survivre. Plus tard, elle se détache de sa bande des rues pour entrer aux jeunesses communistes, puis devient comédienne un peu par hasard. Elle sera par la suite une grande productrice française, notamment sur les films de Sautet, Pialat, Annaud, Demy, Truffaut.. et une magnifique réalisatrice.
Anne-Marie Philipe, par ses questions pertinentes et personnelles, nous dévoile un des grands caractères de notre temps.

Véra Belmont est actrice, productrice, réalisatrice. Parmi d'autres, elle a produit Les jeunes loups de Marcel Carné, L'enfance nue de Maurice Pialat, Pourquoi Israël de Claude Lanzmann, Un condé d'Yves Boisset, La guerre des polices de Robin Davis, La guerre du feu de Jean-Jacques Arnaud. Elle a réalisé Les prisonniers de Mao, Rouge baiser, Milena, Marquise, Survivre avec les loups.
Anne-Marie Philipe est comédienne. Elle a également écrit une série d'albums pour enfants: Danseur, petit cheval magique."

Présentant ce volume, Jean-Luc Douin insiste :

- "Née en 1932, Véra Belmont a produit, mais aussi écrit et réalisé des films. On pouvait décrypter quelques pans marquants de la vie de cette femme de caractère en voyant Rouge baiser (1985), récit de l'adolescence d'une juive d'origine polonaise, de son engagement communiste troublé par la révélation des crimes staliniens. Ou Survivre avec les loups (2008), épopée d'une gamine partie à 8 ans vers l'Est retrouver ses parents déportés."
(Le Monde, 16 décembre 2009).

Allons bon ! Survivre avec les loups, c'était en 2008. Le temps a beau passer, et le journalisme se révéler souvent éphémère, Jean-Luc Douin aurait-il déjà oublié lui qui évoque une "épopée" ("suite d'événements historiques à caractère héroïque") ? A moins qu'un scandale de faux en littérature (avec son prolongement au cinéma) soit resté négligé à Paris pour motif que des preuves provenaient de Bruxelles ?

Pour rappel et dans le respect de sa chronologie, voici les rétroactes de ce qu'il faut bien appeler "l'affaire Misha Defonseca - Monique De Wael".

Le 15 janvier 2008, Jean-Luc Douain salue la sortie du film en France :

- "L'histoire est authentique. Elle a été racontée par Misha Defonseca, dans un livre traduit en dix-sept langues. Juive, d'origine belge, la petite Misha, 8 ans, est hébergée en 1942 dans une famille de Bruxelles après la disparition de ses parents dans une rafle. Elle assiste à l'arrestation du couple de fermiers chez lesquels elle se sent en sécurité et s'enfuit à travers la campagne. Elle erre ainsi à pied durant trois ans, traversant l'Allemagne, puis la Pologne, pour être recueillie en Ukraine en 1945. Elle se réfugie dans les bois, les forêts, vole de temps à autre un peu de nourriture et des vêtements dans des maisons isolées, se nourrit de vers de terre et de chairs sanguinolentes en compagnie d'une meute de loups. Endure le froid, la neige, la faim, la menace des soldats allemands qui traquent des mômes échappés du ghetto de Varsovie...
Sur ce défi-là - comment raconter l'holocauste aux enfants -, cette épopée (par instants nimbée d'expressionnisme) trouve ses accents les plus poignants."
(Le Monde, 15 janvier 2008).


Affiche du film de Véra Belmont inspiré du livre de Mischa Defonseca (DR).

Le 20 février, en Belgique, Misha Defonseca le promotionne en ces termes :

- "Le message de ce film est avant tout un message de courage, de ténacité. Je trouve qu'en général, les gens s'arrêtent trop vite sans savoir ce dont ils sont réellement capables. Je tiens aussi à insister sur le regard que porte mon livre sur la guerre, et qui apparaît moins dans le film. Il est essentiel de rejeter les extrémismes."
(Le Soir, 20 février 2008).

Géraldine Kamps tire la première un signal d'alarme :

- « Survivre avec les loups » : Une des plus grosses escroqueries de cette dernière décennie ?
Alors que nous écrivons ces lignes, son éditrice américaine, suite à une longue querelle judiciaire et financière finalement perdue, diffuse sur internet l'extrait d'un registre de l'année scolaire 1943-1944, attestant qu'à l'époque où l'héroïne (de son vrai nom Monique Dewael !) se disait dans les forêts de Pologne, adoptée par une meute de dix loups, elle était en réalité scolarisée à Schaerbeek !
Un document accablant, accompagné de l'extrait d'acte de baptême catholique de « Misha », née en 1937 à Etterbeek, et aucunement juive, ni de père, ni de mère.
Reste à espérer que son récit ne rentre définitivement dans la mémoire collective. Et que la réflexion sur l'enseignement de la Shoah se poursuive car ce genre d'affabulation ne sert qu'une seule cause : celle des négationnistes."
(Regards, Revue du Centre communautaire laïc juif de Belgique, 20 février 2008).

A la représente de l'auteure en Europe, Maxime Steinberg, historien de la persécution des juifs en Belgique, parle de déontologie et d'éthique :

- "Vous me demandez de prendre position sur une question d'authenticité. Je vous répondrai, en m'en tenant aux faits actuellement connus et documentés. Sur cette base, je constate que Monique Dewael, alias Misha Defonseca, n'était pas la fillette juive qu'elle a prétendu avoir été pendant la Seconde Guerre mondiale. Elle ne figure pas au registre des Juifs établi en décembre 1940 à Schaerbeek. Ni elle-même, ni ses parents n'ont fait l'objet de persécutions antisémites en Belgique occupée.
De ce point de vue, le "témoignage" de Misha Defonseca pose une question de déontologie et d'éthique au-delà de toute polémique.
Le livre Survivre avec les loups est une captation de mémoire au sens où l'auteure témoigne d'une histoire qui n'est pas la sienne.
C'est, au sens propre du terme, un faux témoin qui de surcroît donne un faux témoignage car les déportations de Juifs de Belgique débutent le 4 août 1942 et seulement à destination d'Auschwitz en Haute-Silésie, et non pas en Ukraine, ce qu'on sait en Belgique dès 1943. S'agissant d'enfants juifs, il faut noter qu'un déporté racial sur six est un enfant de moins de 15 ans. La plus jeune enfant juive déportée, Suzanne Kaminski, est un bébé de 40 jours.
Survivre avec les loups fait débuter ces déportations près d'un an avant qu'elles ne commencent pour décrire la traversée de l'Europe nazie qu'aurait entreprise, seule, une petite fille juive de 4 ans. Ce récit littéraire ne tient pas la route de l'histoire."
(Lettre du 20 février, reproduite avec l'autorisation de son auteur).


RTL relaie ces premiers doutes dans son JT avec Maxime Steinberg comme référence.

Le 28 février au matin, le conseil de l'auteure, Me Uyttendaele, contre-attaque violemment :

- "Tout au long de sa vie, elle {Misha Defonseca} a ressenti de manière intense son appartenance à la communauté juive et est convaincue que se trouve là l’explication du fait que ses parents lui ont été arrachés."
- "Il convient également de relever qu’un certain nombre de questions qui sont aujourd’hui au cœur de la polémique ne présentent, en réalité, aucun intérêt. Il s’agit notamment de la date de l’arrestation de ses parents."
- "Madame DEFONSECA se souvient que ses parents refusaient de porter l’étoile jaune et d’assumer publiquement leur appartenance à la communauté juive. Il est hors de doute, cependant, qu’ils étaient bien juifs. On en veut pour preuve que Madame DEFONSECA comprend le yiddish alors qu’elle ne l’a jamais appris dans sa vie d’adulte et qu’aux dires de ses détracteurs, elle aurait été élevée dans un milieu catholique."
- "Plus de soixante ans après les faits, il est vain de gloser sur l’identité officielle de Madame DEFONSECA."
- "... elle a gardé le souvenir précis du fait que ses parents n’étaient pas d’origine belge, que sa mère avait un accent russe et que son père parlait français, allemand et yiddish. Il est donc infiniment probable qu’ayant connu des persécutions ailleurs en Europe, ils étaient arrivés en Belgique et souhaitaient, coûte que coûte, éventuellement au prix d’une falsification d’identité, dissimuler leurs origines."
- "... il ne peut être admis que Madame DEFONSECA soit stigmatisée aujourd’hui pour une fausse appartenance à la communauté juive." - "Qui, dans ce contexte, a le droit d’affirmer qu’elle ne serait pas juive ? "

- "Il est donc indécent de diaboliser ou de mettre en cause l’intégrité de Madame DEFONSECA dès lors qu’elle est une victime."
(Le Soir, 28 février 2008).

Début d'après-midi, des extraits de mes éléments de réponses :

- "Me Uyttendaele recourt de manière répétée, insistante à l'argument de la souffrance et au respect d'une victime, soit une forme d'empathie très à la mode. Le tout basé sur des affirmations avancées comme des évidences et cependant sans fondement.
Car sa cliente est née dans une famille catholique et fut baptisée, les archives le prouvent.
Car ses parents, s'ils avaient été des migrants (juifs ou pas, d'ailleurs) auraient été fichés et mis en dossiers par la Police des Etrangers dès leur arrivée en Belgique (documents dès lors consultables à l'actuel Office des Etrangers).
Car ce n'est pas "gloser" que de révéler l'identité réelle de l'intéressée. D'ailleurs, c'est notamment en taisant cette identité que l'écrivaine supposait éviter de voir éclater la vérité.
Car si elle fut "élevée", ce n'est certes pas dans une culture juive.
Car, sauf confusion entre "juif" et "israélite", Mme De Wael n'est pas fille d'une mère juive et donc n'est pas juive de naissance. Sa religion actuelle ne concerne évidemment que sa conscience.
Car une même personne peut se révéler être à la fois victime mais d'une intégrité sujette à caution.
Car la souffrance d'une personne ne peut représenter un obstacle à la manifestation de la vérité.
En argumentant, Me Uyttendaele commet une erreur historique de dimension, une de plus si l'on pense à sa cliente... N'écrit-il pas :
- "Madame DEFONSECA se souvient que ses parents refusaient de porter l’étoile jaune et d’assumer publiquement leur appartenance à la communauté juive. Il est hors de doute, cependant, qu’ils étaient bien juifs."
Or, à s'en tenir à la version de l'intéressée, ses parents furent arrêtés et déportés en 1941. Problème !!! L'ordonnance allemande sur le signe distinctif des juifs : "Judenverordnung : Verordnung über die Kennzeichnung der Juden" a été prise le 27 mai 1942. Il n'y avait pas d'étoile jaune en Belgique au long de l'année 1941.
De plus, ni ses parents, ni "Misha" elle-même, n'ont de dossiers au Service des victimes de la guerre à Bruxelles et ce, en tant que juifs persécutés. Enfin, répétons que les parents ne furent pas individuellement mis sur fiches par le SD afin de les déporter en tant que juifs. Et que leurs noms sont absents des listes de convois partis de Belgique avec des juifs à exterminer en tant que tels."
(P. 219, blog du Judenlager des Mazures).


Fin de journée, coup de théâtre, Misha Defonseca - Monique De Wael jette le masque :

- "Misha Defonseca, l'auteure contestée du livre « Survivre avec les loups », admet, dans une communication au « Soir » que l'histoire de son épopée à travers les forêts d'Europe qu'elle aurait parcourues en 1941 avec une meute de loups n'est qu'une œuvre de fiction, pas un récit autobiographique comme elle le prétendait depuis dix ans."
(Le Soir, 28 février 2008).

Ainsi, elle n'était pas juive. Ses parents n'avaient pas été déportés parce que porteurs d'une étoile jaune. La gamine n'avait jamais pérégriné à travers une Europe dévastée par la Seconde guerre mondiale. Des loups compatissants ne sauvèrent jamais l'enfant. Son histoire pollue gravement la Shoah plutôt que d'en mettre la compréhension à la portée des enfants.

L'écheveau des mensonges se trouva démêlé principalement par Géraldine Kamps (Regards), par Maxime Steinberg et par un journaliste du Soir, Marc Metdepenningen dont les articles sont à la base de l'abandon spectaculaire du 28 février. Respecté pour d'autres articles retentissants sur l'extrême droite et sur la justice en Belgique, celui-ci va recevoir une avalanche de commentaires incroyablement haineux sur le site même du Soir. Quant à ma modeste contribution, elle me vaudra d'être ensuite "barré" d'une double émission radio devant être consacrée à mes recherches ainsi que d'une publication. Le journaliste à l'origine de ces propositions, animait aussi les conférences de la faussaire...

Du moins croyait-on jusque-là que les parents de la faussaire étaient néanmoins des héros car effectivement envoyés en Allemagne et mis à morts en qualité de résistants.

2 mars, Marc Metdepenningen, fait éclater une dernière vérité :

- " La réalité est aussi dramatique que la fiction mise en scène par l'auteure belge Misha Defonseca. Le père « juif et déporté » décrit dans son récit pseudo-autobiographique Survivre avec les loups, dont elle avait été contrainte jeudi dernier d'avouer la fausseté après que Le Soir lui eut présenté des preuves irréfutables de ses mensonges, n'était en fait qu'un « traître » et non un résistant mort fusillé au camp de Sonnenburg comme on le croyait jusqu'à présent (…).
Misha Defonseca nous confirmait jeudi avoir été dans sa jeunesse appelée « la fille du traître » :

- « Parce que mon père était soupçonné d'avoir parlé sous la torture à la prison de Saint-Gilles. »
Ce n'est pas à Saint-Gilles que Robert De Wael a retourné sa veste, mais bien à Cologne où la Gestapo, en échange de ses aveux et de la dénonciation de ses camarades de la Résistance, lui permit d'être une ultime fois ramené à Bruxelles où il obtint de rencontrer sa fille Monique (alias Misha) en prison avant de dénoncer ses compagnons auxquels il fut confronté, assistant ainsi les nazis dans le démantèlement du Groupement des Grenadiers {réseau de résistance}."
(Le Soir, 2 mars 2008).


Maison communale (Mairie) de Schaerbeek.
Plaque commémorative avec les agents communaux victimes des nazis. L'espace martelé correspond au nom du père de "Misha Defonseca", De Wael Robert. Nom retiré quand furent connues les preuves de sa trahison (Graph. JEA / DR).

Ainsi devrait se clore l'histoire d'un triste et lamentable gâchis. d'un faux littéraire, d'une tentative de manipulation commerciale sur base de la Shoah. Avec une Véra Belmont trompée.
Hélas, la critique du Monde le 16 décembre dernier entretient encore un doute en retenant le mot "épopée" pour cette "captation de mémoire" (M. Steinberg) !


mercredi 24 mars 2010

P. 257. Mars 1493 : Christophe Colomb...

.
Christophe Colomb
La découverte de l'Amérique
I. Journal de bord et autres écrits, 1492-1493
II. Relations de voyages et autres écrits, 1494-1505,
La Découverte/Poche
2002, 351 p. et 433 p.

Présentation par La Découverte :

- "Les deux volumes de La Découverte de l'Amérique constituent l'édition la plus complète des écrits de Christophe Colomb (1451-1506). Ils réunissent, entre autres textes, le journal de bord du premier voyage (tome I, 1492-1493), et les relations des trois voyages suivants (tome II, 1494-1505). Chacun de ces volumes est enrichi d'écrits et de documents historiquement essentiels, comme ceux du fameux " Livre des prophéties ", qui éclairent notre compréhension et notre connaissance de Colomb. La figure à la fois énigmatique . et fascinante de celui qui fit basculer l'histoire du monde se dégage de ces textes dans toute sa grandeur, ses contradictions, sa complexité.
La présentation de ces deux volumes précisent l'apport personnel de Michel Lequenne aux études colombiennes : il montre que Colomb cherchait moins à atteindre les " Indes ", c'est-à-dire l'Asie, qu'un véritable continent encore inconnu. Il ne douta pas de l'avoir découvert, mais crut toujours que ce Nouveau Monde était sud-asiatique ; il ignora que c'était le double continent que nous appelons Amérique. Désormais, nul ne pourra plus méconnaître la personnalité complexe d'un homme ni héros ni saint, exalté certes par les découvertes de ses voyages mais avide de richesse, un homme de son temps, porteur aussi des plus grandes utopies."


Michel Lequenne :

- "Christophe Colomb est sans doute le personnage le plus mythifié de l'histoire. C'est à la fois la rançon de sa gloire et de l'importance de sa découverte qui coupe l'histoire humaine en deux : avant, la dispersion des humanités s'ignorant entre elles; après, l'unification progressive (...).
Cinq siècles sont passés sans apaiser les passions que soulève sa personne d'exception. C'est parce qu'il est celui qui engage le plus grand tournant de l'histoire du monde, qu'il a provoqué cultes et exécrations (...). La découverte du Nouveau monde est exaltante; la colonisation et les horreurs qu'elle initie provoquent l'indignation et le dégoût."
(Introduction, TI / PP 7 et 37).

"Il n'existe de Colomb aucun portrait peint, dessiné ou gravé authentique. Tous ceux que l'on possède ont été éxécutés après sa mort ou hors de sa présence." (T I / P. 41).
(Mont. JEA / DR).

Le 3 août 1492, Colomb quitte le vieux continent.
Les marins partent vers l'inconnu, ou du moins selon les espoirs de l'Amiral, vers les Indes mais par une voie nouvelle. Ils sont à peine 90 sur trois esquifs : la Niña, la Pinta et celle qui recevra plus tard le nom de Santa Maria.
Le 12 octobre, cette navigation éprouvante et parfois accompagnée d'épouvantes trouve enfin une terre ! Colomb va lui donner le nom de San Salvador.

L'histoire bascule. L'Ancien et le Nouveau Monde cessent de s'ignorer mutuellement.
Le 4 mars 1493, Colomb termine la traversée inverse et arrive dans l'embouchure du Tage.
Après une entrevue orageuse avec le roi du Portugal, l'Amiral fait mettre les voiles vers l'Espagne qu'il atteint le 15 mars.

Dessin présentant Colomb placé sous la protection des anges (DR).

Journal de bord de Christophe Colomb,
Vendredi 15 mars :

- "Hier, après le coucher du soleil, il poursuivit son chemin jusqu'au jour par peu de vent et, au lever du soleil, il se trouva sous Saltes.
A l'heure de midi, avec la marée montante, il passa la barre de Saltes et entra dans le port même d'où il était parti le 3 août de l'année précédente.
Et c'est ainsi, dit-il, qu'ici ce termine cet écrit, bien qu'il eût dessein de se rendre par mer à Barcelone, ville en laquelle on l'informait que se trouvaient Leurs Altesses, et ce afin de leur faire relation de tout son voyage, que Notre Seigneur lui avait permis de mener à bien et pour lequel il lui avait plu de l'éclairer. Car il savait en toute certitude et était assuré au-delà du moindre doute que Sa Haute Majesté fait tout ce qui est bien, que tout est bon fors le péché et qu'on ne peut avancer ni penser aucune chose si ce n'est avec son consentement."

- "Telles sont les dernières paroles
de la relation par l'Amiral don
Cristobal Colon de son premier
voyage aux Indes et de leur décou-
verte, et il eut, certes, grande-
ment raison et parla en très prud'
homme et presque en prophète, bien
que les hommes imbéciles n'aient
pas compris quels biens spirituels
et temporels Dieu offrait à l'Espagne.
Ainsi, par son ambition et sa cupi-
dité, l'Espagne ne fut pas digne de
jouir des biens spirituels, saufs
quelques serviteurs de Dieu."

Gravure fantaisiste avec un Colomb plongé dans la mythologie (DR).

lundi 22 mars 2010

P. 256. Hommes dans les paysages ardennais (2)

.
Au coeur d'une giboulée ardennaise (Ph. JEA / DR).


Toponymie 24 :
Hommes d'ici...
(de N à V)



Arbre Paulo,

Baraque de l’Officier,

Bois Renaud,
Bois de la Grosse Côte Roland,
Bois des Saints, bois des Seigneurs, bois des Sergents, bois des Sept Frères, bois des Soldats,
Bois du Prévôt,

Camp des Romains,

Cense Pierrard

Champ des Prêtres, champ Napoléon, champ Philippe,

Chemin du Tombeau des Romains, chemin du Voleur,

Clos Rolland,

Come Robert,

Côte le Saint,

Croix Simon,

Culée de Noë,

Lavoir (Ph. SC / DR).

Devant le Pèlerin,

Dîme le Prêtre,

Ecuries de Napoléon,

Etang du Sous-Préfet,

Ferme du Seigneur, ferme Vigneron,

Fontaine des Teigneux, fontaine Roland, fontaine Thiéry,

Forge Philippe,

Fort Louis Point,

Fosse au Prêcheur,

Fossé du Roy,

Garenne Vincent,

Le Grand Turc,

Braises de mars (Ph. JEA / DR).

Houpeau du Receveur,

Maison forestière des Quatre Frères,

Marais Vincent

Moulin Poucet,

Noue des Prêtres, noue Thiébaut,

Le Petit Pèlerin,

Pièce du Soldat,

Pierre Roland,

Plain d’Yvon,

Plaine du Roi,

Pommier Simon,

Pont Napoléon,

Pré de Prêtre, pré du Roi, pré l’Abbé,
pré Leduc, pré Olivier, pré Simon,

Prisces (Ph. JEA / DR).

Robinson,

Roche du Sa ut Thibaut, roche du Seigneur, roche Leroy,

Source de la Noue le Prêtre,

Le Sourd,

Le Suisse,

Taille du Président,

Le Tambourin,

Terres du Seigneur,

Les Trois Valets,

Le Vert Galant,

Le Vieux Gaucher,

Voie de Saint-Mars.





samedi 20 mars 2010

P. 255. "Louise Michel, la rebelle" sur écrans

.
Affiche du film de Solveig Anspach ( Hévadis Films DR).


Entre étranges lucarnes et
salles de cinéma :
Louise Michel
déportée
après la Commune...

Nous n'allons quand même pas faire l'injure aux lectrices et aux lecteurs de ce blog, de leur retracer l'itinéraire toujours à gauche de cette femme-lumière que fut Louise Michel.
Qu'une histoire embaumée de France garde encore grandement dans ses placards la Commune de Paris, confirme l'influence à très long terme d'historiens "officiels" qui firent l'impasse sur des sujets dérangeants. Ces historiens-là, dont certains liés à Vichy, présentèrent des allergies philosophiques et/ou politiques marquant leurs choix, leurs démarches, leurs publications et leurs présences dans les médias. Il en résulta un formatage tel que des courants de gauche, dans l'histoire de l'hexagone, furent systématiquement ignorés ou caricaturés si pas délibérément falsifiés.

Louise Michel fut enterrée en janvier 1905. 104 années après, voici enfin un premier film. Cette longue absence de sons et d'images, un siècle, en dit long sur une personnalité exceptionnelle. Elle qui continue à horripiler de faux grands de ce monde...

Synopsis :

- "Louise Michel est une femme, une révoltée, une communarde. Condamnée pour avoir porté des armes contre les troupes Bismarck puis celles de Versailles, après son incarcération dans la forteresse de Rochefort, Louise est déportée avec des milliers d’autres révolutionnaires sur la lointaine… Nouvelles Calédonie, alors qu’à Paris, infatigable mais isolé, le jeune parlementaire Georges Clemenceau se bat pour arracher l’amnistie des communards.
Institutrice, proche de Victor Hugo, Louise va se révéler en déportation une résistante exemplaire. Tous l’admirent. Non seulement elle raffermit le courage de ses camarades de détention, mais encore elle se lie aux habitants de l’île, les Kanaks. Elle leur enseigne le Français, découvre leurs coutumes, leur identité et se sent solidaire de leur rébellion. Dans ce huis clos calédonien Louise Michel s’impose par sa personnalité.
À Paris comme à Nouméa, l’histoire de Louise, est celle d’une rebelle."


Solveig Anspach :

- "J’ai l’impression que la Commune et Louise Michel résonnent très fort aujourd’hui. Elle dit des choses qui font écho à ce que vivent aujourd’hui les gens au quotidien, pas seulement les femmes, mais les gens dans la misère, les ouvriers, les travailleurs ou les sans-papiers."

- "Emouvante et extrêmement moderne, jusqu’à sa mort elle a gardé ses idéaux. Elle s’intéressait à tout. En lisant les journaux des autres déportés que nous avons retrouvés, on sent qu’elle a eu de grands moments d’abattement. C’est aussi ça que nous avons voulu montrer, ce qui fait qu’on peut s’identifier à ce personnage…"

Sylvie Testud :


- "Les multiples gravures de Louise m’ont permis de mieux la cerner, car elles mettent en lumière ses contradictions."


Louise Michel, La Commune. Histoire et souvenirs, La Découverte/Poche, 2006, 378 p.

Hélène Delye :

- "Le prologue de ce beau téléfilm consacré à
Louise Michel résume bien la personnalité de cette figure emblématique de la pensée révolutionnaire et anarchiste. Alors qu'elle est jugée pour avoir pris une part active aux événements de la Commune de Paris, pendant lesquels elle a assisté à l'exécution de son ami Théophile Ferré
, la militante clame à ses jurés : "J'appartiens tout entière à la révolution sociale. (...) Prenez ma vie si vous la voulez, je ne suis pas femme à vous la disputer un seul instant. (...) Puisqu'il semble que tout coeur qui bat n'a droit qu'à un peu de plomb, j'en réclame une part, moi. Si vous me laissez vivre, je ne cesserai de crier vengeance ! (...) Si vous n'êtes pas des lâches, tuez-moi !"
En 1873, Louise Michel est déportée en Nouvelle-Calédonie. Comme elle l'a fait et le fera tout au long de sa vie, elle se distingue, pendant cet exil forcé, par son courage et par la force de ses engagements."
(Le Monde, 28 février 2010).

Extrait du film (Hévadis Films DR).

Voix de Jeanne :

- "Amie et solidaire des Kanaks, Louise apprit leur langue et leurs coutumes. Elle alla jusqu’à publier des légendes kanakes. Son rêve, inaccompli, était d’ouvrir une classe mêlant enfants européens et mélanésiens. Les mentalités n’étaient pas prêtes. À la fin de son séjour forcé, consacrant sa semaine aux écoliers blancs de Nouméa, la « dame aux chats » réserva donc ses dimanches aux « nuées » de jeunes kanaks. Elle se lia également avec les révoltés kabyles déportés. De son exil, Louise écrivait beaucoup. À Victor Hugo avec qui elle correspondait depuis sa jeunesse. À Georges Clémenceau qui milita pour l’amnistie des Communards... avant de devenir ministre de l’Intérieur. Plus tard, le furieux Tigre réprimera dans le sang la révolte des vignerons en 1907 et les grévistes de Draveil en 1908. Le film nous la montre écrivant aussi au président de la République pour l’insulter tous les 28 du mois en mémoire de son compagnon Théophile Ferré qui fut exécuté le 28 novembre 1871.
Après l’amnistie générale de juillet 1880, la colère de Louise Michel ne se calma pas. Entre congrès et meetings anarchistes européens, manifestations de chômeurs et séjours en prison, éditions de livres et rédaction d’articles, sa vie fut tumultueuse. Elle mourut à Marseille le 5 décembre 1905 au retour d’une série de conférences en Algérie. Promesse faite aux insurgés kabyles rencontrés en Nouvelle-Calédonie. Cent vingt mille personnes bouleversées suivirent son enterrement. Révolutionnaire et romantique, l’Insoumise assurait que ''la révolution sera la floraison de l’humanité comme l’amour est la floraison du cœur''.
(1 mars 2010).


Coline Crance :

- "Incarnée très justement par
Sylvie Testud, la force de ce personnage est affirmée dans ce film sensible, tourné dans les magnifiques paysages de Nouvelle Calédonie. Certes, l’idéalisme de ce personnage étouffe quelque peu le jeu de Sylvie Testud, mais elle ne livre pas moins une prestation honnête et touchante qui permet au spectateur de réfléchir sur des débats toujours d’actualité tel que le racisme, les discrimination, le féminisme, l’écologie ; inclus certes dans les idées des communards mais qui sont avant tout incarnés par cette femme , modèle pour tous ces bagnards. Plus que sur la théorie politique, la réflexion de ce film porte sur l’engagement de chacun vis à vis de ses propres convictions politiques ou choix de vie et sur leurs mise en pratique. Certes le film n’offre qu’ un bref aperçu de l’histoire de ces communards, mais il permet tout de même de remettre au goût du jour cette période souvent oubliée de l’Histoire française et de rendre hommage à cet extraordinaire personnage, cette « vierge rouge », comme les communards l’appelaient, qu’était Louise Michel."
(laboiteasorties.com, 7 mars 2010).


Virgile Dumez :

- "Au passage, les auteurs font également un bilan peu glorieux de la colonisation française et montrent avec férocité les exactions des militaires sur la population autochtone, les spoliations de terres et les déportations. Autant d’éléments qui ne sont guère à mettre au crédit de la 3ème République française naissante. Malgré le manque patent de moyens, Louise Michel la rebelle bénéficie d’un scénario plutôt solide (même si on peut regretter le manque de place laissé aux compagnons de route de la communarde) et surtout de l’interprétation encore une fois impressionnante de Sylvie Testud, magnifique de détermination et d’entêtement à vouloir améliorer le sort de tous les êtres humains. Son énergie insuffle à ce long-métrage une puissance qui lui fait parfois défaut dans sa réalisation. Même si l’on peut être légitimement frustré de ne pas avoir droit à ses années de lutte avant et après son exil, le métrage permet de se passionner pour un personnage dont on a aussitôt envie de lire les écrits. La mission des auteurs est donc en grande partie remplie."
(aVoi-aLire.com, 7 mars 2010).


Jean-Christophe Diedrich :

- "Encore une fois, le service public fait son travail (j'aime bien le défendre contre tous ces grincheux qui le critiquent par facilité et qui finalement regardent TF1 !) en produisant un film sur une femme qui est une grande figure de la Commune !"

(HISTOIREGEOLYCEEROMBAS, 5 mars 2010).

Photo de Louise Michel au cours de la tournée de conférences où elle perdit la vie en janvier 1905 (DR).

Nouvelle Calédonie - Chant des Captifs par Louise Michel :

- " l'hiver n'a pas de prise,
Ici les bois sont toujours verts ;
De l'Océan, la fraîche brise
Souffle sur les mornes déserts,
Et si profond est le silence
Que l'insecte qui se balance
Trouble seul le calme des airs.

Le soir, sur ces lointaines plages,
S'élève parfois un doux chant :
Ce sont de pauvres coquillages
Qui le murmurent en s'ouvrant.
Dans la forêt, les lauriers-roses,
Les fleurs nouvellement écloses
Frissonnent d'amour sous le vent.

Voyez, des vagues aux étoiles,
Poindre ces errantes blancheurs !
Des flottes sont à pleines voiles
Dans les immenses profondeurs.
Dans la nuit qu'éclairent les mondes,
Voyez sortir du sein des ondes
Ces phosphorescentes lueurs.

Viens en sauveur, léger navire,
Hisser le captif à ton bord !
Ici, dans les fers il expire :
Le bagne est pire que la mort.
En nos coeurs survit l'espérance,
Et si nous revoyons la France,
Ce sera pour combattre encor !

Voici la lutte universelle :
Dans l'air plane la Liberté !
A la bataille nous appelle
La clameur du déshérité !...
... L'aurore a chassé l'ombre épaisse,
Et le Monde nouveau se dresse
A l'horizon ensanglanté !"

Bande annonce (Hévadis Films).

jeudi 18 mars 2010

P. 254. HHhH

.
Laurent Binet,
HHhH,
Grasset, 2010, 441 p.

Une histoire...
ou l'histoire ?

Laurent Binet et
l'attentat mortel contre Heydrich
à Prague le 27 mai 1942


Evénement inouï le 27 mai 1942 : dans la ville ville même dont il est le bourreau officiel - Prague - l'Obbergruppenführer (1) Heydrich est visé par un attentat auquel il ne survivra pas. Des patriotes tchèques parachutés de Londres viennent ainsi à bout du chef du SD et de la Gestapo (2).
Les nazis se vengeront notamment en rasant de la carte le village de Lidice : 184 hommes passés par les armes, les femmes déportées à Ravensbrück, 105 enfants enfermés à Lodz...

Dans ce premier roman, Laurent Binet met par écrit cette "Opération Anthropoïde". Un livre que l'on ouvre avec précaution, de peur de se laisser lasser par les approximations, par les raccourcis simplificateurs, par les facilités racoleuses.
En réalité, un livre que l'on ne quitte plus avant le 441e page !

Un double livre même.

A gauche : la préparation de l'attentat contre la figure unique et effarante d'Heydrich, celui qui planifie la "solution finale". Face à lui, les personnalité des patriotes, le climat d'une Prague occupée, terrorisée. Puis cette mitraillette stengun qui reste inutile entre les mains de Jozeph Gabcik tandis que Jan Kubis lance une bombe destinée à la voiture décapotable (et sans escorte) de Heydrich, engin explosif qui tombera à côté du véhicule. Enfin, le 4 juin 1942, la mort du bourreau emporté par une septicémie.... Pour finir par ce traître de service qui sauve les nazis d'un affolement et d'une frénésie générales en leur donnant les clefs d'une mise à mort des résistants.
A droite : une sorte de juxtalinéaire. Laurent Binet ne cesse de s'y remettre en cause lui-même. De se questionner sur l'honnêteté intellectuelle de son roman. Continuellement, il revient des premières lignes, du front de son livre pour reprendre de la distance, celle du respect d'hommes qui ont existé et de faits exacts qui ont marqué ces mois de mai et de juin 1942.
Cette confrontation est à la fois dérangeante et féconde. Originale. A la force de l'écriture, elle ajoute des espaces de réflexions, de libre examen qui décoiffent les lecteurs.

Ce billet va se limiter à quelques passages dont le choix reste certes subjectif.

Reinhard Heydrich, 7 mars 1904 - 4 juin 1942 (Graph. JEA / DR).

Auteur :

- "Fils d’une mère juive et d’un père communiste, nourri aux valeurs républicaines de la petite-bougeoisie française la plus progressiste et imprégné par mes études littéraires aussi bien que l’humanisme de Montaigne et de la philosophie des Lumières, que des grandes révoltes surréalistes et des pensées existentialistes, je n’ai pu et ne pourrai être tenté de « sympathiser » avec quoi que ce soit qui évoquerait le nazisme, de près ou de loin.
Mais force est de m’incliner, une fois de plus, devant l’incommensurable et néfaste pouvoir de la littérature. En effet (…) Heydrich m’impressionne."
P. 70.

Bousquet :

- "Je ressens une très grande répulsion et un profond mépris pour quelqu’un comme Bousquet (3), mais je pense à la bêtise de son assassin, à l’immensité de la perte que son geste représente pour les historiens, aux révélations qui n’auraient pas manqué lors du procès et dont il nous a irrémédiablement privés, je me sens submergé de haine, il n’a pas tué d’innocents, c’est vrai, mais c’est un fossoyeur de la vérité. Et tout ça pour passer trois minutes à la télé ! Monstrueuse, stupide excroissance warholienne !"
PP. 324-325.

Education nationale :

- "L’honneur de l’Education nationale est bel et bien défendu par les profs qui, quoi qu’on puisse en penser par ailleurs, ont vocation à être des éléments subversifs, et méritent qu’on leur rende hommage pour cela."
P. 277.

Héros oubliés :

- "Je regarde une carte de Prague sur laquelle sont pointés tous les ppartements des familles qui, ont aidé et hébergé les parachutistes, engagement qu’elles ont presque toutes payé de leur vie. Hommes, femmes et enfants, naturellement (…). Chaque membre de chacune de ces familles mériterait son propre livre, le récit de son engagement dans la Résistance jusqu’à Mauthausen et son tragique dénouement. Combien de héros oubliés dorment dans le grand cimetière de l’Histoire…"
P. 244.

HHhH :

- "Himmlers Hirn heißt Heydrich – le cerveau d’Himmler s’appelle Heydrich."
P. 180.


La décapotable d'Heydrich après l'attentat (DR).

H - Heydrich :

- "Il décide sobrement de se faire appeler H. C’est en quelque sorte son premier alias, avant l’ère, des surnoms dont il sera bientôt affublé : « le bourreau », « le boucher », « la bête blonde », et, celui-ci donné par Adolf Hitler en personne, « l’homme au cœur de fer ».
Je ne crois pas que le H se soit imposé comme une appellation très répandue auprès de ses hommes (qui lui préféreront « la bête blonde », plus parlant). Sans doute trop de H éminents au-dessus de lui risquaient-ils d’engendrer de regrettables confusions : Heydrich, Himmler (4), Hitler… par prudence, il a dû de lui-même laisser tomber cet enfantillage. Pourtant, H comme Holocauste… ça aurait très bien pu servir de mauvais titre à sa biographie."
P. 53.

Lidice :

- "Hitler veut montrer ce qu’il en coûte de défier le Reich, et Lidice lui sert de victime expiatoire. Mais il vient de commettre une grave erreur. Ayant depuis longtemps perdu le sens de toute mesure, ni Hitler ni aucun membre de l’appareil nazi n’a réalisé quel retentissement mondial va provoquer la publicité donnée volontairement à la destruction de Lidice. Jusque-là, les nazis, s’ils ne cherchaient qu’avec mollesse à dissimuler leurs crimes, appliquaient tout de même une discrétion de façade qui permettaient à certains, s’ils le désiraient, de se voiler la face quant à la nature profonde du régime. Avec Lidice, le masque de l’Allemagne nazie tombe pour le monde entier."
P. 398.

Littell :

- "Je me demande bien comment Jonathan Littell (5) sait que Blobel, le responsable alcoolique du Sonderkommando 4a de l’Einsatzgruppe C (6), en Ukraine, avait une Opel. Si Blobel roulait vraiment en Opel, je m’incline. J’avoue que sa documentation est supérieure à la mienne. Mais si c’est du bluff, cela fragilise toute l’œuvre. Parfaitement ! Il est vrai que les nazis se fournissaient massivement chez Opel, il est donc tout à fait vraisemblable que Blobel ait possédé, ou disposé, d’un véhicule de cette marque. Mais vraisemblable n’est pas avéré. Je radote, n’est-ce pas ? Les gens à qui je dis ça me prennent pour un maniaque. Ils ne voient pas le problème."
PP 307-308.


Romancier :

- "S’appuyer sur une histoire vraie, en exploiter au maximum les éléments romanesques, mais inventer allègrement quand cela peut servir la narration sans avoir de comptes à rendre à l’Histoire. Un tricheur habile. Un prestidigitateur. Un romancier, quoi."
P. 255.


Affiche tirée à Londres en 1942 par le Club des amis anglais de la Tchécoslovaquie (DR).

Saint-John Perse :

- "Saint-John Perse appartient à cette famille d’écrivains diplomates, tels Claudel ou Giraudoux, qui me dégoûte comme la gale (…).
Alexis Leger (c’est son vrai nom, et léger, il le fut en effet) accompagne Daladier (7) à Munich en tant que secrétaire général du Quai d’Orsay. Pacifiste jusqu’auboutiste, il a œuvre sans relâche pour convaincre le président du Conseil français de céder à toutes les exigences allemandes (…).
C’est donc un poète français qui prononce quasi performativement la sentence de mort de la Tchécoslovaquie, le pays que j’aime le plus au monde."
PP 106 à 108.

Titre :

- "Lorsque je parle du livre que je suis entrain d’écrire, je dis : « mon bouquin sur Heydrich ». Pourtant Heydrich n’est pas censé être le personnage principal de cette histoire. Depuis des années que je porte ce livre en moi, je n’ai jamais pensé à l’intituler autrement qu’Opération Anthropoïde (et si jamais ce n’est pas le titre que vous pouvez lire sur la couverture, vous saurez que j’ai cédé à l’éditeur qui ne l’aimait pas : trop SF, trop Robert Ludlum, paraît-il…). Or, Heydrich est la cible, et non l’acteur de l’opération."
P. 138.

Vérité historique :

- "Et ça ne choque personne, tout le monde trouve ça normal, bidouiller la réalité pour faire mousser un scénario, ou donner de la cohérence à la trajectoire d’un personnage dont le parcours réel comporterait trop de cahots hasardeux et pas assez lourdement signifiants. C’est à cause de ces gens-là, qui trichent de toute éternité avec la vérité historique pour vendre leur soupe, qu’un vieux camarade (…) peut s’étonner innocemment, et me dire : « Ah bon, c’est pas inventé ? »
P. 68.


Notes :

(1) "Le deuxième plus haut grade de la hiérarchie SS, si l'on excepte le titre de Reichsführer, réservé à Himmler. Seul le grade d'Oberstgruppenführer le suprasse, que personne n'a encore atteint." (PP. 193 - 194).
(2) Sicherheitsdienst : Service de sécurité et de renseignemennt SS. Il englobe la Gestapo (Geheime Staatpolizei - police secrète d'Etat) et la Kripo (Kriminal polizei).
(3) René Bousquet, 11 mai 1909 - 8 juin 1993. Secrétaire général de la Police sous Vichy et ce, entre avril 1942 et dcembre 1943. Assassiné par un illuminé, Christian Didier. Bousquet était inculpé depuis 1991 pour "crimes contre l'humanité".
(4) Henrich Himmler, 7 octobre 1900 - 23 mai 1945. Reichführer de la SS et Chef der Deutschen Polizei. S'est suicidé.
(5) Auteur des Bienveillantes, Gallimard, 2006.
et de l'essai Le Sec et l'Humide, Gallimard, 2008.
(6) "C'est en Pologne qu'Heydrich inaugure sa plus diabolique création : les Einsatzgruppen. Des troupes de SS spéciales, constituées de membres du Sd ou de la Gestapo, chargés de nettoyer les zones occupées par la Wermacht". P. 152.
(7) Edouard Daladier, 18 juin 1884 - 10 octobre 1970. Ce radical reste, pour la France, comme "l'homme de Munich", accords déshonorants signés avec Hitler en 1938.

mardi 16 mars 2010

P. 253. Billet ouvert à ceux qui polluent "Nuit et Brouillard" de Jean Ferrat

.
Pochette des chansons de Jean Ferrat enregistrées en 1962 et en 1963.

Hier censurées
aujourd'hui illustrées n'importe comment :
"Nuit et Brouillard"
de Jean Ferrat

Ce 13 mars, quand il fut annoncé que Jean Ferrat avait définitivement quitté sa montagne, nombre de blogs ont répondu à ce soudain silence en reprenant "Nuit et Brouillard" en vidéos.

- "Ils étaient vingt et cent, ils étaient des milliers
Nus et maigres, tremblants, dans ces wagons plombés
Qui déchiraient la nuit de leurs ongles battants
Ils étaient des milliers, ils étaient vingt et cent

Ils se croyaient des hommes, n'étaient plus que des nombres
Depuis longtemps leurs dés avaient été jetés
Dès que la main retombe il ne reste qu'une ombre
Ils ne devaient jamais plus revoir un été

La fuite monotone et sans hâte du temps
Survivre encore un jour, une heure, obstinément
Combien de tours de roues, d'arrêts et de départs
Qui n'en finissent pas de distiller l'espoir

Ils s'appelaient Jean-Pierre, Natacha ou Samuel
Certains priaient Jésus, Jéhovah ou Vichnou
D'autres ne priaient pas, mais qu'importe le ciel
Ils voulaient simplement ne plus vivre à genoux

Ils n'arrivaient pas tous à la fin du voyage
Ceux qui sont revenus peuvent-ils être heureux
Ils essaient d'oublier, étonnés qu'à leur âge
Les veines de leurs bras soient devenues si bleues

Les Allemands guettaient du haut des miradors
La lune se taisait comme vous vous taisiez
En regardant au loin, en regardant dehors
Votre chair était tendre à leurs chiens policiers

On me dit à présent que ces mots n'ont plus cours
Qu'il vaut mieux ne chanter que des chansons d'amour
Que le sang sèche vite en entrant dans l'histoire
Et qu'il ne sert à rien de prendre une guitare

Mais qui donc est de taille à pouvoir m'arrêter ?
L'ombre s'est faite humaine, aujourd'hui c'est l'été
Je twisterais les mots s'il fallait les twister
Pour qu'un jour les enfants sachent qui vous étiez

Vous étiez vingt et cent, vous étiez des milliers
Nus et maigres, tremblants, dans ces wagons plombés
Qui déchiriez la nuit de vos ongles battants
Vous étiez des milliers, vous étiez vingt et cent."

Je me souviens encore que cette chanson bouleversante fut diffusée d'abord en Belgique parce qu'en France, la censure la retenait dans ses toiles d'araignée hypocrite.

Jean Ferrat :

- "L’O.R.T.F...

Faut-il que je rappelle que la censure a fait alors des victimes, dont j’étais. Cette interdiction à mon encontre sur les antennes, pendant des années, je la garde à fleur de peau."
(Interview par Pierre Chailland, PCA hebdo, Supplément culturel gratuit au N°1812).


Reste l'espoir que cette blessure ait été atténuée par le respect du public devant le sillon droit de Jean Ferrat au milieu des magouilles politiques (le directeur de l'ORTF aux ordres d'un gaullisme protecteur de "la voix de la France") ainsi que des tambouilles commerciales et médiatiques.
Respect aussi pour son Père, Mnachat Tenenbaum déporté sans retour vers Auschwitz...

Mais depuis ce 13 mars 2010, sur des vidéos de "Nuit et Brouillard" et largement répandues sur la toile, figurent - comment écrire ? - des illustrations débiles, par facilité coupable, ou pire encore, par goût secret de manipulations odieuses.

Deux exemples d'illustrations polluant "Nuit et Brouillard":

- une photo de l'intérieur du Vel d'Hiv' au cours des rafles de juillet 1942,
- un cliché d'un soi-disant groupe de juifs ainsi raflés.

Vel d'Hiv : la photo litigieuse(DR).

Un film de fiction de Rose Bosch marque l'actualité. Il tente de reconstituer comment les 16 et 17 juillet 1942, quelques 4 000 policiers français vont rafler 12.884 juifs (femmes, vieillards et 4.051 enfants compris), les transporter par cars de police et bus publics de la TCRP, jusqu'au Vélodrome d’Hiver, en plein coeur de Paris. Ces persécutés raciaux y resteront cinq jours dans des conditions d’hygiène épouvantables, avant d’être "expédiés" dans divers camps français comme Beaune-la-Rolande et qui seront autant d'antichambres avant Auschwitz.

Sur plusieurs vidéos reprenant la chanson de Ferrat, se détache donc le cliché présenté ci-avant.
Certes le cadre ne fait aucun doute : c'est bien le Vélodrome d'Hiver. Mais aussitôt se posent des questions. Vous pouvez agrandir dans tous les détails, sur aucune des personnes là réunies, sur aucun vêtement sombre, ne se détache une seule étoile jaune (obligatoire depuis juin 1942).

Mais encore, des contradictions apparaissent évidentes entre cette photo et les descriptions détaillées et recoupées de rescapés.

Annette Muller :

- "Nous étions installés sur des gradins, pressés contre d'autres gens, appuyant la tête sur les ballots ou les valises. En bas, sur la grande piste, on voyait des boxes et des gens autour qui gesticulaient. On entendait un bourdonnement de voix, comme une clameur discontinue et sans cesse on voyait ces mouvements désordonnés de la marée humaine sur les gradins (...).

Nous voulions aller aux cabinets. Mais impossible de passer dans les couloirs de sortie, et comme les autres, nous avons dû nous soulager sur place. Il y avait de la pisse et de la merde partout. J'avais mal à la tête, tout tournait, les cris, les grosses lampes suspendues, les haut-parleurs, la puanteur, la chaleur écrasante (...).

Il n'y avait plus rien à boire ni à manger. Un jour, des femmes au voile bleu sur la tête ont distribué de la nourriture. Au milieu des cris et de la bousculade, on nous donna une madeleine et une sardine à la tomate (...). Je ne me souviens pas avoir mangé autre chose au Vel d'Hiv. Rien d'autre."
(1).

Claude Lévy et Paul Tillard, Préface de Joseph Kessel, La grande rafle du Vel d'Hiv, Ce jour là : 16 juillet 1942, Robert Laffont, Collection Ce Jour-Là, 1967, 269 p.

1942 - 1967 : lors de la publication de ce bouquin signé par Claude Lévy et par Paul Tillard, soit 25 ans après la rafle, la même photo (partielle) avait déjà été choisie pour la couverture.
Or ce cliché a été pris en août 1944. Soit après la libération de Paris. Au Vélodrome d'hiver sont effectivement rassemblées des personnes soupçonnées, elles, de collaboration !!!

Annette Wieviorka à propos de la rafle de juillet 1942 :

- "C'est quelque chose qui s'est déroulé sans qu'il y ait de traces visibles et contemporaines.

Pendant longtemps, il y a eu une photo du Vel d'Hiv qu'on voyait partout.
Un jour, Serge Klarsfeld l'a regardée de près : il s'est rendu compte que c'était des collaborateurs internés après la guerre.
Ensuite, il a retrouvé une photo, une seule, où on voit des autobus au Vel d'Hiv, c'est tout."
(Libération).


Dans l'état actuel des recherches et des connaissances, cette photo authentique reste la seule à garder une trace des rafles de juillet 1942 à Paris (2).
Dès lors, que l'on cesse de faire semblant de montrer les victimes de 1942. Que l'on cesse de leur substituer leurs bourreaux, ou du moins quelques bourreaux potentiels, pris en photo en 1944...
Ce genre de confusion, volontaire ou non, est trop inconvenante.
A celles et à ceux qui s'étonneraient de l'adjectif "volontaire", peut-on rappeler par exemple ce qu'osa écrire Robert Aron ?
En 1967, ce révisionniste bon chic bon genre publia une "Histoire de l'épuration" en deux tomes chez Fayard. Il n'hésita pas à comptabiliser au nombre des victimes de l'épuration le massacre d' Oradour-sur-Glane !!! Comme si la Résistance avait commis les 642 assassinats collectifs des SS (y compris Alsaciens) de la "Das Reich" en pays Limousin...

Image de rafle, document détaché de certaines versions de "Nuit et Brouillard" (DR).

Second exemple du n'importe quoi l'emportant sur un minimum de rigueur : cet instantané.
Il est supposé montrer, sous l'occupation, des juifs raflés par les forces de l'ordre françaises et destinés à la déportation vers les camps de la mort.

Il suffit de s'arrêter à l'arme brandie en avant plan, à gauche. Une MAT 49 fabriquée dans les Manufactures d'Armes de Tulle à partir de... 1949.
Les hommes ainsi parqués ne sont ni des juifs, ni des résistants de la Deuxième guerre mondiale mais des Algériens (entre la fin des années 50 et 1961, en pleine "guerre" qui n'ose même pas dire son nom).
A noter que la Lettre du CRIF a publié ce même cliché l'an passé pour l'anniversaire des rafles de juillet 1942. Immédiate, ma mise au point écrite est restée sans réponse et sans suite...

Papon, complice de crimes contre l'humanité envers les juifs déportés depuis Bordeaux, et le Vel d'Hiv ont néanmoins leur place dans les événements au cours desquels cette dernière photo fut prise.

Jean-Luc Einaudi au procès Papon :

- "En mars 1958, M. Papon arrive à la préfecture de police de Paris et du département de la Seine (...).
A la fin du mois d'août 1958, il ordonne des rafles de travailleurs nord-africains comme il le dit dans un communiqué. Savez-vous où M. Papon les fait interner ? Il les fait interner au Vel'd'Hiv', qui existe encore, ainsi qu'à la salle Japy, deux lieux où les juifs avaient été internés avant d'être déportés vers les camps d'extermination nazis. Visiblement, ça ne pose aucun problème de conscience à M. Papon (...).
J'ai recueilli le témoignage d'un gendarme mobile présent au Vel d'Hiv' fin août 1958. Ce gendarme mobile m'a écrit que la gendarmerie mobile donnait, en particulier, des coups de crosse aux personnes qui avaient été arrêtées et qui étaient 3 000, et surtout il m'a dit, il m'écrit, que parmi les policiers de la police municipale, on se vantait d'avoir jeté un certain nombre de personnes à la Seine (...).

Arrive le 17 octobre 1961 (...). Une manifestation regroupant des Algériens, hommes, femmes, enfants, va avoir lieu de la place de la République jusqu'à l'Opéra, réunissant quelques milliers de personnes (...).
A la hauteur du cinéma Le Rex, des véhicules de police dépassent le cortège, les policiers descendent et ouvrent le feu. Là, des Algériens sont tués par balles, une charge de police a lieu. Un Français sortant du Rex sera tué à cette occasion, d'ailleurs. Au pont de Neuilly, la police ouvre également le feu, des gens sont tués (3) et puis on voit des policiers jeter à la Seine, du haut d'un certain nombre de ponts, des personnes raflées (...).
Savez-vous qu'en octobre 1961, parmi les protestations qui se sont élevées, il y a eu celles de l'Union des société juives de France, de l'Union des juifs pour la Résistance disant que ce qui venait de se produire rappelait ce qui s'était produit sous l'Occupation ? Savez-vous que le grand rabbin Sirat est intervenu ? Il ne pouvait faire autrement que se remémorer ce qui s'était passé et ce qu'il avait vécu. Savez-vous que l'Union des étudiants juifs a organisé des réunions de protestation ?"
Audience du 16 octobre 1997 (4).

Non pas des juifs en 1942 mais des Algériens au tournant des années 50-60... (DR).

En résumé, ce billet tente de démontrer que deux photos destinées à mettre en valeur "Nuit et Brouillard", portent en réalité des amalgames et des méprises entre juillet 1942, août 1944 et 1958-1961...

Avec pour seuls liens un lieu maudit comme le Vel d'Hiv, des méthodes policières identiques telles les rafles et même des personnages clés au nombre desquels Papon...

Par respect pour la mémoire de tous les déportés, pour celles de Jean Ferrat (5) et de son Père Mnascha (convoi 39 du 30 septembre 1942), que l'on réécoute "Nuit et Brouillard" sans polluer des vidéos avec des images inconvenantes.

Notes :

(1) Annette Muller, la petite fille du Vel d'Hiv, du camp d'internement de Beaune-la-Rolande à la maison d'enfants, Préface de Serge Klarsfeld, Les Editions Cercil, 2009, 248 p., pp. 45-46.

(2) Ne pas manquer "le crime administratif" sur blog de Maître Eolas.

(3) Liste de victimes mise en ligne par le Cercle Bernard Lazare de Grenoble.

(4) Le Procès de Maurice Papon, 8 octobre 1997 - 8 janvier 1998, Compte rendu sténographique / tome 1, Albin Michel, 1998, 953 p., pp. 227 à 244.

(5) Chronique de Paul Hermant, ce 15 mars, RTBF - Matin première, 7h20.