DANS LA MARGE

et pas seulement par les (dis) grâces de la géographie et de l'histoire...

mardi 4 août 2009

P. 154. "Simon Konianski" ? Je présume...

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Affiche du film de Micha Wald (Crédit ph. Haut et court / DR).

Encore un film improbable...
du moins pour ici (et là ?).

Un film mis sur un bûcher à la mode de Rouen par une partie de la critique. Suscitant peu d'indifférences. Par contre, soutenu par des sympathies enthousiastes. Sur un sujet vraiment pas de tout repos.
Le plus simple, le plus élémentaire, le plus sage serait d'aller gentiment en salle obscure s'y tailler sa propre opinion. Oui, mais voilà. Actuellement, il est projeté à plus de 100 km (aller simple) d'ici. Resteront néanmoins les dvd comme le rappellerait, consolante, Brigetoun. Certes. Mais en attendant, bonjour les frustrations. Et puis, le cinéma, n'est-ce pas collectif avec une dimension qui vous sauve des écrans réduits à des timbres-poste ?
Bref, il sera encore question ici d'un inconnu : Simon Konanski ? je présume...

Synopsis :

"Dans la famille Konianski, il y a :

- Simon, 35 ans, éternel adolescent, fraîchement quitté par la femme de sa vie, une danseuse goy,
- Ernest, son père, contraint de l’héberger provisoirement, qui lui rend très vite la vie insupportable,
- Hadrien, le fils de Simon, un petit garçon passionné par les terribles souvenirs de son grand-père, ancien déporté,
- Maurice, le vieil oncle paranoïaque,
- et Tante Mala qui n’a pas sa langue dans sa poche.
Lorsqu’ Ernest disparaît, tout ce petit monde s’embarque pour une expédition qui ne manquera pas de piquant."

Le grand-père (Popeck) et Hadrien (Nassim Ben Abdemoulen), son petit-fils : LA complicité par excellence. (Crédit ph. Haut et court / DR).

1. D'abord, ceux qui tirent à vue sur Simon Konianski.

Jacques Mandelbaum :

- "Micha Wald, cinéaste belge dont c'est le second long métrage après Voleur de chevaux, a visiblement voulu tenter ici un croisement entre la comédie sentimentale classique et la chronique névrotique de l'ashkénazitude (1), façon Woody Allen.
Il ne réussit malheureusement ni l'une ni l'autre, en manquant totalement de conviction pour donner forme à la première, et en accumulant les poncifs et un folklore poussiéreux pour la seconde.
Dialogues attendus, acteurs en détresse, rythme poussif, mise en scène sans idée : on ne voit guère ce qui pourrait être sauvé ici."
(Le Monde, 28 juillet 2009).


Sébastien Mauge :

- "On ne peut pas enlever au film de Micha Wald le fait qu’il soit pétri d’humanité. Tendre et touchant parfois, drôle souvent, ce Simon Konianski ne tient pourtant pas sur la longueur.

La première partie du film est une chronique familiale et communautaire sympathique, pas franchement originale ni très subtile, mais on ressent et partage le plaisir qu’a le cinéaste à évoquer et rejouer des scènes sans doute fortement autobiographiques. Popeck y est étincelant et son face à face avec Jonathan Zaccaï est plutôt réussi.
Mais cela se gâte quand le film bascule dans un road movie laborieux qui, paradoxalement, fait du sur-place. Les scènes dans la voiture se répètent inlassablement jusqu’à la nausée, les acteurs en font des caisses y compris Zaccaï, d’ordinaire irréprochable.
Ce retour aux origines mâtiné de transmissions filiales avec en prime des visions spectrales cheap ne convainc pas du tout et souffre qui plus est d’un problème de rythme très gênant (ah ces maudits fondus au noir répétés !). Frustrant car tout cela partait sur de bonnes bases."
(aVoir-aLire.com, 29 juillet 2009).

Scène du retour aux racines en Ukraine (Crédit ph. Haut et court / DR).

2. Ensuite, un peu plus de diplomatie critique.

Laurène Guillaume :

- "Après Voleurs de chevaux, Micha Wald livre une comédie initiatique sur la quête d’identité. Entre son père embarrassant (Popeck irrésistible) et son fils embarrassé, Simon (Jonathan Zaccaï) ne parvient pas à trouver sa place. La grande originalité de Wald étant de s’interroger également sur le poids de la mémoire et les interrogations des descendants des victimes de la Shoah.

Malgré des incohérences de scénario, le film nous emporte grâce à l’interprétation survitaminée de Jonathan Zaccaï."
(L’Express.fr, 28 juillet 2009).

Jonathan Zaccaï et son fils, Hadrien, face à Majdanek (Crédit ph. Haut et court / DR).

3. Enfin, les critiques ayant laissé leur couteau au vestiaire.

Guillemette Odicino :

- "Comédie tendre et burlesque où le cinéaste belge aux origines judéo-polonaises réinvente (à peine ) ses souvenirs familiaux. Son héros, Simon (Jonathan Zaccaï, impeccable), qui pourrait être son double, rejette son identité juive en bloc : non pratiquant, anticirconcision, propalestinien et amoureux d'une danseuse goy qui vient de le larguer... Voici donc cet éternel ado hypocondriaque de 35 ans obligé de s'installer chez son père, Ernest (Popeck, un régal), dont les pulls sont assortis au canapé seventies, qui fait sécher ses sachets de thé pour les réutiliser et consulte le rabbin à tout bout de champ... Il y a, aussi, tonton Maurice, ancien combattant de la guerre d'Espagne, qui se croit toujours menacé par les fascistes et porte des postiches pour leur échapper. Et Hadrien, le petit garçon de Simon, passionné par les récits de son grand-père, rescapé du camp de Majdanek, alors que Simon préfère, lui, ne pas écouter « ces horreurs »...


La mémoire saute-t-elle une génération ? A la mort d'Ernest, tout ce petit monde prend la route car le vieux Juif belge désirait être enterré dans son bled natal polonais : l'occasion pour Simon, au cours de ce chaotique voyage en famille, de déterrer ses racines et de se réconcilier avec sa judéité."
(Télérama, 1 août 2009).

Thomas Messias :

- "Caché derrière une paire de lunettes trop grande pour lui, Jonathan Zaccaï trouve ici un rôle à sa mesure, le personnage étant tellement à fleur de peau qu'on le sent prêt à basculer à tout moment dans l'hilarité ou le désespoir. Les autres, du petit garçon aux petits vieux, sont à l'avenant, caricaturaux quand la comédie l'exige mais pas en représentation perpétuelle.

Il était bien difficile de croire qu'un film se terminant non loin des camps de la mort puisse provoquer une telle euphorie. C'est pourtant ce qui se produit avec cet étonnant Simon Konianski, qui a le potentiel pour séduire tous les publics, y compris les réfractaires de La vie est belle (2) et Train de vie."
(Ecranlarge.com, 27 juillet 2009).

Majdanek, vue aérienne avec en gros plan, les fours crématoires - après la libération du camp -. (Mont. JEA / DR).

David Fontaine :

- "Voilà un très joli film d'humour juif qui mêle une satire hilarante des rapports familiaux, de saines provocations sur la tituation d'Israël et un retour au Yiddishland nourri de rêveries à la Chagall, qui montre très bien la réalité des pays de l'Est. Sur des airs décalés de samba ou de disco, cette comédie rythmée, colorée, fait rire aux éclats et sans temps morts, ce qui est rare. Y compris sur les sujets les plus douloureux, comme les camps : cela n'en donne que plus de force à l'émotion lorsque l'équipée familiale s'arrête devant le camp de Majdanek.
Formidablement épaulé par les comédiens (dont Popek et Jonathan Zaccaï), le réalisateur belge Micha Wald a librement puisé dans son histoire familiale (...).
Quand l'humour absurde, débridé et tendre se fait plus fort que la mort."
(Le Canard enchaîné, 29 juillet 2009).

NOTES :

(1) Ce néologisme semble particulièrement peu bienvenu. Avec ce "nazi" au milieu du mot... On pourrait croire que ce critique n'a jamais vu comment un J-L Godard, par exemple, apprend à décortiquer le vocabulaire.
(2) La vie est belle m'insupporte. Trop d'invraisemblances pour faire rire d'une histoire s'inscrivant dans une Shoah qui fut tout, sauf une fiction burlesque.

Bande annonce de Simon Konianski.

10 commentaires:

brigetoun a dit…

bel hommage - j'avoue que je n'en avais jamais entendu parler (mais comme c'est le cas des 7/8èmes des films...)

JEA a dit…

@ brigetoun

Avec ce festival d'Avignon que vous explorez de long en grand large, jusque derrière les décors les plus secrets, 26 heures sur 24... Vous y êtes notre envoyée très spéciale.
Pas question de vous surcharger avec la critique cinématographique. Quoique, si vous insistiez, avec votre talent...

Tania a dit…

L'enthousiasme d'Aifelle (Le goût des livres) avait déjà attiré mon attention sur ce film. Merci pour la revue de presse.

JEA a dit…

@ Tania

Soyez remerciée pour le lien. L'enthousiasme d'Aifelle est en effet communicatif :
- http://legoutdeslivres.canalblog.com/archives/2009/08/01/14612891.html

claire a dit…

"Simon Konianski" film belge n'est pas (encore?) à l'affiche sur les écrans belges (!)
Votre musique m'a mis la larme à l'oeil!!

JEA a dit…

@ claire

Votre commentaire a souligné ce manque : un lien avec le site du Kroke Band. Voilà qui est réparé...
"Trio" est le titre d'un CD enregistré par ce quatuor en 1996 déjà.
Impossible de trouver une vidéo de 5757, autre extrait de ce cd. Là, les larmes sont terriblement spontanées. Et Kroke, le Krakow yiddish, sort des nuits et des brouillards définitifs.

Elisabeth.b a dit…

Oui, la magie du cinéma réservée aux citadins ? Certains films ne s'accomodent pas si mal d'un format limité. Parfois une surprise : au chant d'un oiseau qui passe sur l'image se mêle celui d'un merle au jardin. Une effraie cinéphile salua un soir Dreyer : Vampyr.

Vous relevez 'ashkénazitude'. Une forme de négationnisme contemporain consiste à travestir l'Histoire. Sur l'air de les victimes ne sont que des bourreaux. Obscénité courante. Comparer ce qui ne peut l'être, pour distiller une haine qui traverse les siècles. Le poison favori du Monde : à petites doses qui peuvent passer inaperçues.
C'est aussi une insulte au beau nom d'Ashkenazi. L'écrire m'éloigne de cette fange. Je songe à un magnifique pianiste : Vladimir Ashkenazy. Quelques mesures pour ne jamais oublier la beauté du monde.

Merci pour ce billet. Je rêvais aussi de ce film.
Il faudrait inventer d'autres façons de regarder quand le choix est imposé. Décrocher le téléphone, ouvrir la fenêtre sur une vraie nuit (privilège des campagnes), ne pas oublier que peut-être un jour, au hasard d'un séjour, d'un ciné-club qui sait, on verra ce film dans son format d'origine.

Tout ceci est un peu long, pardonnez-moi. Mais vos écrits sucitent tant de remarques (celle-ci est à la fois sincère et malhonnête).

JEA a dit…

@ Elisabeth.b

Pas question de porter en terre du silence définitif un commentaire sous prétextes de longueurs, de hauteur de vues, de fenêtres ouvertes aux effraies. Que du contraire...

L'heure des négateurs est toujours celle de la conférence de Wannsee, en janvier 1942.

Aifelle a dit…

Je découvre votre blog via Tania. Merci pour le lien. Je n'avais lu aucune critique avant d'aller voir Simon Konianski, tant mieux, je n'étais parasitée par rien, je l'ai d'autant plus apprécié, même s'il a des imperfections. (merci pour l'écoute de Krocke, découvert grâce à Nigel Kennedy).

JEA a dit…

@ Aifelle

Il faut rendre à Aifelle...

Grâce au commentaire de Tania
puis au lien vers votre site empreint du goût incomparable et toujours renouvelé des livres, lectrices et lecteurs peuvent constater que votre billet sur "Simon K." a largement précédé celui de ce blog. Ce que j'ignorais en toute bonne foi mais appelle néanmoins les excuses que voici.