DANS LA MARGE

et pas seulement par les (dis) grâces de la géographie et de l'histoire...

jeudi 21 mai 2009

P. 120. J'ai vu le Testament du curé Meslier (100 Euros pour tapage ?)

Jean Meslier. 1664-1729 (DR).

"Mourir pour une religion ne prouve pas qu'une religion soit véritable ou divine; cela prouve tout au plus qu'on la suppose telle. Un enthousiaste, en mourant, ne prouve rien sinon que le fanatisme religieux est souvent plus fort que l'amour pour la vie."
(Le bon sens).

Soit, en langue postmoderne :
"Casse-toi pauv'dieu !"

Quand ils sortent des forêts et de leurs gonds, il y des Ardennais qui secouent comme pas possible les bocaux de formol des certitudes et les idées empaillées. Voyez les voyelles de Rimbaud. Et, avant lui, non pas en enfer mais contre (presque) tous, Jean Meslier, prêtre... athée.

Ed. Julliard :

- "Jean Meslier (1664-1729) curé d’Etrépigny, village des Ardennes, est l’auteur du Mémoire contre la Religion (édition Coda), copieuse somme philosophique débouchant sur une virulente critique sociale et politique de l’Ancien Régime annonciatrice des bouleversements révolutionnaires qui le suivirent, qu’il annonce et qu’il espère.
Son message restera un temps occulté : Meslier n’a rien dévoilé de son vivant, remplissant régulièrement son office sacerdotal. Mais il a laissé trois volumineux manuscrits à découvrir après sa mort, qui vont lentement circuler et où il taille en pièces la religion qu’il a servie durant sa vie au prix d’un drame de conscience.
(Présentation de : Maurice Dommanget, Le curé Meslier. Athée, communiste et révolutionnaire sous Louis XIV).

Un bon sens que d'aucuns préfèrent interdit (DR).

Jean Meslier :

- "Vous connaissez, mes frères, mon désintéressement ; je ne sacrifie point ma croyance à un vil intérêt. Si j'ai embrassé une profession si directement opposée à mes sentiments, ce n'est point par cupidité : j'ai obéi à mes parents. Je vous aurais plus tôt éclairés si j'avais pu le faire impunément. Vous êtes témoins de ce que j'avance. Je n'ai point avili mon ministère en exigeant des rétributions qui y sont attachées.
J'atteste le Ciel que j'ai aussi souverainement méprisé ceux qui se riaient de la simplicité des peuples aveuglés, lesquels fournissaient pieusement des sommes considérables pour acheter des prières. Combien n'est pas horrible ce monopole ! Je ne blâme pas le mépris que ceux qui s'engraissent de vos sueurs & de vos peines témoignent pour leurs mystères & leurs superstitions ; mais je déteste leur insatiable cupidité & l'indigne plaisir que leurs pareils prennent à se railler de l'ignorance de ceux qu'ils ont soin d'entretenir dans cet état d'aveuglement.
Qu'ils se contentent de rire de leur propre aisance, mais qu'ils ne multiplient pas du moins les erreurs, en abusant de l'aveugle piété de ceux qui par leur simplicité leur procurent une vie si commode. Vous me rendez sans doute, mes frères, la justice qui m'est due. La sensibilité que j'ai témoignée pour vos peines me garantit du moindre de vos soupçons. Combien de fois ne me suis-je point acquitté gratuitement des fonctions de mon ministère ! Combien de fois aussi ma tendresse n'a-t-elle pas été affligée de ne pouvoir vous secourir aussi souvent & aussi abondamment que je l'aurais souhaité ! Ne vous ai-je pas toujours prouvé que je prenais plus de plaisir à donner qu'à recevoir ? J'ai évité avec soin de vous exhorter à la bigoterie ; & je ne vous ai parlé qu'aussi rarement qu'il m'a été possible de nos malheureux dogmes. Il fallait bien que je m'acquittasse, comme Curé, de mon ministère. Mais aussi combien n'ai-je pas souffert en moi-même, lorsque j'ai été forcé de vous prêcher ces pieux mensonges que je détestais dans le coeur ! Quel mépris n'avais-je pas pour mon ministère, & particulièrement pour cette superstitieuse messe, & ces ridicules administrations de sacrements, surtout lorsqu'il fallait les faire avec cette solennité qui attirait votre piété & toute votre bonne foi ! Que de remords ne m'a point excités votre crédulité ! Mille fois sur le point d'éclater publiquement, j'allais dessiller vos yeux ; mais une crainte supérieure à mes forces me contenait soudain, & m'a forcé au silence jusqu'à ma mort."

De la main de Jean Meslier (DR).

- "Unissez-vous donc, ô peuples ! unissez-vous tous, si vous avez du cœur, pour vous délivrer de vos misères communes. Commencez d'abord par vous communiquer secrètement vos pensées et vos désirs. Répandez partout le plus habilement possible des écrits semblables à celui-ci par exemple, rendez odieux partout le gouvernement tyrannique des princes et des prêtres. Secourez-vous dans une cause si juste et si nécessaire et où il s'agit de l'intérêt commun de tous les peuples..."

- "Retenez pour vous-mêmes ces richesses et ces biens que vous faites venir à la sueur de votre corps, n'en donnez rien à tous ces superbes et inutiles fainéants, rien à tous ces moines et à ces ecclésiastiques qui vivent inutilement sur la terre, rien à ces orgueilleux tyrans qui vous méprisent... que vos enfants, vos parents, vos alliés quittent leur service, excommuniez-les de votre société. Ils ne peuvent pas se passer de vous, vous pouvez vous passer d'eux et n'ayez pas d'autre religion que de maintenir partout la justice et l'équité, de vous aimer les uns les autres et de garder inviolablement la paix et la bonne union entre vous."
(Extraits du Testament).


Masque funèbre de Jean Meslier (Graphisme JEA / DR).

Jean Meslier :

- "L'homme, aveuglé par des préjugés religieux, est dans l'impossibilité de connaître sa propre nature, de cultiver sa raison, de faire des expériences; il craint la vérité dès qu'elle ne s'accorde pas avec ses opinions. Tout concourt à rendre les peuples dévots; mais tout s'oppose à ce qu'ils soient humains, raisonnable, vertueux. La religion ne semble avoir pour objet que de rétrécir le cœur et l'esprit des hommes."

Bibliographie sommaire :

- Jean Meslier, Mémoire des sentiments et pensées de Jean Meslier, 3 tomes, éd. Anthropos.
- Curé Meslier, Mémoire, Exils.
- Maurice Dommanget, Le curé Meslier. Athée, communiste et révolutionnaire sous Louis XIV, Julliard. - Marc Bredel, Jean Meslier l'enragé. Prêtre athée et révolutionnaire sous Louis XIV, Balland
- Gustav René Hocke, Labyrinthe de l'art fantastique, Médiations.

- Ed. Coda :
"Nous reproduisons l'intégralité du Mémoire tel qu'il figure sur l'un des trois manuscrits originaux conservés, à l'exclusion de toute copie ou édition fragmentaire. Toutefois, considérant le combat du curé Meslier comme actuel nous avons actualisé l'orthographe et la ponctuation, devenues aujourd'hui obsolètes et parfois indéchiffrables. L'édition intégrale de cet ouvrage exceptionnel, unique, souhaite rendre justice au courage intellectuel et à la puissance visionnaire de cet humble curé, premier écrivain ouvertement athée de notre histoire."

NB : Que Noël Desmons soit remercié, lui qui, remontant l'histoire sur sa moto et avec panache, s'arrêta tout retourné à Etrépigny pour en ramener l'idée de cette page.

10 commentaires:

brigetoun a dit…

salut à toi Jean Meslier, et que le chemin vers toi ne se perde pas

JEA a dit…

@ brigetoun

merci pour ce salut libertaire comme un envol de colombes sur les toits d'Avignon

D. Hasselmann a dit…

Il faut que vous mêliez toujours, comme vous le faites avec art, l'Histoire avec celle, plus immédiate, des jours que nous fait subir celui qui déclara devant le Pape, à Rome : "Jamais l'instituteur ne remplacera le prêtre..."

JEA a dit…

@ D. Hasselmann

Ce matin pas chagrin : sur votre blog, à la lettre S., vous renvoyez vers la lettre Z.
Que les lecteurs ainsi interloqués s'y rendent sans plus tarder, à pied, à dos de sanglier ou en autobus (sans impériale)...

kris a dit…

L'abbé Meslier !

Un sacré bonhomme... ;-)

JEA a dit…

@ kris

et gravement krispant pour tous les amateurs et les professionnels de sacré en papier doré.

Mifa a dit…

C'est vrai que le papier doré, c'est plus joli sur l'arbre de Noël ou autour des chocolats !

JEA a dit…

@ Mifa

Et Régine, rappelant douloureusement ses origines puis chantant : "Laissez parler les petits papiers, papiers..."

Loïs de Murphy a dit…

JEA, je te vois ! :o)

JEA a dit…

@ Loïs de Murphy

Condamnation : recevoir 100 fleurs d'amandier, non mais.