DANS LA MARGE

et pas seulement par les (dis) grâces de la géographie et de l'histoire...

mardi 19 mai 2009

119. Cartes mises en seine et qui se moquent de l'heure


Cartes postales
pour celles et ceux qui,
au vu et au su de leur main tournée vers les nuages,
se sentent paumés...

Quand on ressemble à un clou planté dans le plancher des vaches
que les calendriers ont épuisé leurs réserves de patience et d'indifférence

une carte venue d'ailleurs
retournerait un instant le miroir de la solitude
contre le mur des silences fédérés.

La Mailleraye-sur-Seine (Photo JEA / DR).

Partout cidre, pommeau et calvados, à n'en avoir plus soif. Un bouquet épineux de six roses offert à la place du foie.
Mais à l'aboutissement de son impasse, une renardière ne distille que de l'eau de vie à base de regrets non éternels. Ce n'est pas gravement dramatique. Pas follement gai non plus. Léger. Réel. Le passé n'est pas joué aux dés. Il se plante parfois, dans un jardin, par les chemins.

Carrousel 1900 (JEA / DR).

Ah, Etretat ! Comment ne pas comprendre le nombre élevé et répété des suicides qui s'y succèdent ? Saccagé, le site est affreusement cafardeux. Avec un casino comme une énorme et affreuse crotte architecturale qui bouche (d'égoût) l'accès à la "plage" et la "vue imprenable" sur les aiguilles à tricoter les touristes.
J'y croisai des Asiatiques masque anti-peste porcine sur le visage. Et ne cessant de consulter par gsm leur hôpital préféré du soleil levant pour s'entendre confirmer qu'ils n'agonisaient pas encore.
D'où cet amical conseil : laissez tomber l'Etretat en si piteux état des cartes routières et montez sur un carrousel 1900 pour retrouver "les chevaux de la mer".

Fécamp (Photo JEA / DR).

L'amertume à marée haute
les flots rongent les ongles
de leur écume
et leurs yeux se rouillent

les marins ne sont plus au loin
rendus d'un grand si large
eux qui cherchent leurs mots
pour demander un avant-avant-dernier
au comptoir des quais délaissés.

Fécamp, Quai Bèrigny (Photo JEA / DR).

Attention, DANGER !
Il est prudent de passer une camisole de force avant d'oser poser un premier pas dans cette librairie... Sinon, pauvres de vous, munissez-vous de malles à bagages et de cartes de crédit, je vous le prédis.
Voici dix ans, j'y postulai à titre bénévole, un emploi de gardien de nuit. Ceux des phares disparaissent. Ce n'est pas une raison pour désespérer et généraliser. L'éclat des livres permet aussi de louvoyer parmi les recueils des écueils.
NB : Ma candidature est renouvelée. Rien ne vous interdit de l'appuyer amicalement.

Quillebeuf-sur-Seine (Photos JEA / DR).

Vous avez vu ? Les Animaux passent avant les Artistes !
Peut-être parce que les premiers sont capables de dévorer les seconds, eux qui n'osent pas leur rendre la pareille ?
Mais quel public va-t-il prendre place sur les gradins dans les parfums de sciure de bois et de toile de chapiteau humide ?
Quillebeuf est comme un oeuf vide ne se prenant même pas pour un boeuf. J'y parvins en même temps (et sans lien de cause à effet) qu'une grande échelle des pompiers, une ambulance, et quelques autres véhicules d'un rouge pétant des flammes. L'étroite rue centrale en était enkystée.
Vous imaginez le manque de discrétion des "soldats du feu". Eh bien. Si deux Quillebeufois ont mis la tête à leur fenêtre et si un troisième est descendu de son vélo, c'est le grand maximum.
D'où cette crainte que les 19 et 20, les Animaux et les Artistes ne soient bien plus nombreux que les spectateurs venus au Cirque Fricheteau.

Honfleur, Quai St-Etienne (Photo JEA / DR).

Mais non, ces chevaux ne pratiquent pas la langue de bois. Ceux d'Honfleur saluent d'ailleurs leurs copains de Barfleur.

Ici, il manque d'enfants. Seuls défilent des accablés par leur scolarité, des encadrés par quelques adultes visiblement responsables :
- "Vous regardez bien à gauche, là, c'est une bouée de sauvetage. Si vous tombez à l'eau, vous serez sauvé !" (Ah oui, une bouée pour trente gosses, pardon mais ça fait optimiste ou mesquin).
- "Y'en a qui se laissent distraire ! Ecoutez-moi plutôt que de regarder ce carrousel, enfin, voyons, ce n'est plus de votre âge " (Hélas pas non plus de l'âge des retraités en pagaille sur le quai. Rattrapés par leurs cheveux blancs, ils se laissent gentiment arnaquer par trois marchands de croûtes).

Si j'étais l'UNESCO (excusez du peu), je proclamerais ces carrousels : "bienfaiteurs de l'humanité".


Près St-Quentin (Photo JEA / DR).

Retour. Deux arcs-en-ciel levés du pied gauche, celui qui abrite un trésor unique : les Ardennes.
Un instantané qui rejoint ceux - talentueux - de Dominique Hasselmann et de Zoë Lucider.

20 commentaires:

Dominique Hasselmann a dit…

Carrousels circulaires des bords de mer ou ceux des autoroutes (l'arc-en-ciel est un carrousel à statut intermittent avec doublure), rondes des petits camions avant qu'ils ne deviennent grands, on voit aussi ces véhicules de pompiers en réduction avec gyrophares...

Etretat nous aiguille par le chas de votre oeil sans faconde, et à Quillebeuf vous jouez au chien de cirque, en un mot : oui, savant.

JEA a dit…

@ D. Hasselmann

A Honfleur, le carrousel 1900 propose deux étages : un paradis et le rez.
Avec aussi des tournées pour éléphants et tigres qui en oublient de faire des allumettes avec les chevaux.
La musique de l'orgue n'a rien de barbare.
A propos de chien à Quillebeuf, je vous envoie une photo de la place du Phare. A gauche, une plaque : "interdit aux chiens". A droite un canon désuet. Le contraste ne l'est pas tant que cela...

Elisabeth.b a dit…

Pardonnez-moi d'être aussi prosaïque et futile, mais je sais enfin, grâce à vous, quelle tenue porter pour aller en librairie : la camisole.
Merci de ce précieux conseil. Mes amis n'ont jamais osé le formuler à voix haute.

Naturellement je serai ravie d'appuyer votre candidature. De tout mon poids. Une demi-plume dans la balance, prodigieux.

JEA a dit…

@ Elisabeth.b

Vous avez eu l'élégance de ne pas le relever. Mais votre empreinte (légère, volatile) marque deux pas-sages de cette page :
- le passé qui se plante parfois
et
- le trésor au pied gauche d'un arc-en-ciel.

visa a dit…

le soleil des Ardennes est revenu illuminer notre blog préféré (Mot(s)aïques, il nous manquait. Sa petite escapade lui a redonné la force et le moral, et c'est tant mieux. Nous avons retrouvé de la lecture "intelligente" et de belles photos.

JEA a dit…

@ Visa

Et j'ai retrouvé votre amitié si justement préciseuse.

frasby a dit…

Je découvre à nouveau votre domaine... C'est un enchantement. Merci.

JEA a dit…

@ frasby

domaine public sans pièges ni poisons, sans interdictions de ramasser des champignons ou de cueillir des fraises des bois...
ici les sentiers ne sont pas battus mais les horizons sont potables
hier soir, une trentaine de sangliers m'ont souhaité un bon retour, ça manquait de discrétion mais pas d'épate !

brigetoun a dit…

pour une fin de journée cloitrée, quel voyage - pour vous le phare, je me contenterai d'un sémaphore, et sur ma mer, de préférence un un peu oublié entre deux criques

JEA a dit…

@ brigetoun

Votre préférence pour un sémaphore permet de vous remercier pour avoir inspiré les premières lignes de cette page.
Mais sémaphore "un peu oublié" ?
Alors que tard le soir, entre deux criques, se retrouvent des ombres attendant votre blog...

Loïs de Murphy a dit…

Ce matin vous m'avez fait rêver.

JEA a dit…

@ Loïs de Murphy

Ce n'est donc point un matin de disgrâce à biffer.

frasby a dit…

Me plait votre défense des sentiers pas battus... Et le parfum, le sucré légèrement acide des fraises des bois, le paradis.
Auriez une version"hérissons"pour la haie d'honneur au retour ? Ce qui ne manquerait ni d'épate, ni de piquant(s) (C'est ça, quand on aime, on en demande toujours plus!). En même temps les sangliers ça a son charme (mais contrairement aux hérissons, point trop n'en faut!)
Requête tout à fait subjective, caprice de fille un peu trouillarde, j'avoue ;-)

JEA a dit…

@ frasby

Caprice, ce n'est pas fini. Attention à vous en ouvrant votre boîte à courriel. E periculo... Une collection d'aiguilles de vieux phonographe vous y attend. Elle ne se hérisse qu'au son des musiques militaires. Et ne pique que les phares de toute voiture se perdant de nuit en nos sentiers
écartés.

Elisabeth.b a dit…

Trouillarde Frasby ? Alors nous sommes au moins deux. Je dirais sensées. Pas seulement par hypocrisie.
Un jour un sanglier a choisi mon jardin pour échapper aux chasseurs et rejoindre la rivière. Blessé, trois gouttes de sang en attestaient. Il est passé par une minuscule ouverture de la clôture, un chat aurait eu du mal à s'y faufiler.Il était pressé. Il est passé.

Je vous assure que je n'ai pas regretté d'avoir été ailleurs. Malgré son genre sylvestre et rude, l'animal se prête mieux à une variante de l'amour courtois : l'amour lointain. Là il faudrait une ou deux mesures de luth ou de psaltérion ♪♪♪

Je ne connais que des hérissons très indépendants. Une haie d'honneur ? L'entraînement sera long. Mais pourquoi pas ces musaraignes qui se promènent à la queue leu-leu ? Évidement c'est une haie d'honneur qui oblige à se pencher.

JEA a dit…

@ Elisabeth.b

Les chasseurs d'ici (tous comme de retour en direct des événements d'Algérie) préfèrent parler de "cochons sauvages". Sans doute pour se venger en dévalorisant. Car les sangliers sont diablement retors. Et les chevreuils payent lourdement les frustrations des fins fusils de service.
Il reste que l'animal est un fonceur redoutable. Du style les barbelés, j'connais pas. Mais il évite les arbres, heureusement pour eux tous. Inutile de tenter de s'encourir plus vite que lui. D'où l'intérêt répété des arbres accessibles aux détresses humaines...
Du côté des amours, la contraception leur est inconnue. A supposer qu'aucune religion ne vienne se mêler de leurs émotions. Et une seule laie représente une maternité débordante puis une école rurale à elle seule...
Le règne des musaraignes est certes moins tapageur, rageur, ravageur. Et puis, ce sont des muses...

Elisabeth.b a dit…

Des muses... oui, cela m'avait échappé ! Trop occupée à rire : ravissantes et minuscules, elles semblent sorties d'un livre pour enfants. Ou trop occupée à sauver l'une d'elle des chats.
Les deux espèces sont attachantes, c'est ce qui rend la vie si compliquée (on me souffle qu'il y aurait d'autres raisons. La passion de contredire je suppose).

JEA a dit…

@ Elisabeth

Merci de me rendre en mémoire cet appel visiblement désespéré. Une personne au chat borgne l'a perdu et encolle des affiches-appels aux secours partout où c'est possible dans le marais Verdier. Même sur le phare de la Pointe de la Roque.
Le félin est tigré. Maigrichon. Aurait-il fugué pour les yeux aventureux d'une musaraigne ?

Corynne a dit…

Superbe carrousel...!

JEA a dit…

Superbes visages des gosses quand ils se laissent emporter pour quelques tours d'une France qui ne leur envoie pas ses policiers les arrêter à la sortie d'une école !