DANS LA MARGE

et pas seulement par les (dis) grâces de la géographie et de l'histoire...

mercredi 20 janvier 2010

P. 226. "La Terre de la folie", le film

.
Luc Moullet :
10 longs métrages
et
28 courts...

Synopsis

- "Vous connaissez Godard, Chabrol, Rohmer... Pas Moullet ?

"L'arrière-petit-neveu du bisaïeul de ma trisaïeule avait tué un jour à coups de pioche le maire du village, sa femme et le garde-champêtre, coupable d'avoir déplacé sa chèvre de dix mètres. Ça me fournissait un bon point de départ... Il y a eu d'autres manifestations du même ordre dans la famille". Originaire des Alpes du Sud, Luc Moullet, avec son sérieux imperturbable et son humour décalé, a constaté que les cas de troubles mentaux étaient particulièrement nombreux dans cette région. Meurtres, corps découpés en morceaux, suicides, immolations, à travers sa famille, ses proches et les différentes « affaires » des cent dernières années. Il étudie les causes et les conséquences de ces phénomènes psychiques locaux..."

Jean-Luc Porquet

- "Il y le sérieux imperturbable d’un professeur Nimbus, se met face à la caméra, nous montre une carte des Alpes du Sud, déclare qu’il a fait une découverte de première importance : en reliant les villes de Castellane, Montclar, Rosans, Sault, Quinson, on obtient un pentagone à l’intérieur duquel se sont accumulés les coups de folie, les assassinats déments, les suicides inexpliqués, les meurtres sauvages et sans mobile. Et le cinéaste Luc Moullet de se déplacer caméra à la main, d’interroger des témoins, de retourner sur les lieux des crimes…"
(Le Canard enchaîné, 13 janvier 2009).


Sandra Benedetti

- "Luc Moullet est un étrange personnage. Quelque part dans son arbre généalogique, il y a un tueur en série qui a charcuté de l'humain à la pioche au prétexte qu'on lui avait déplacé sa chèvre. Partant de cette découverte, Moullet, originaire du Sud de la France, dresse la cartographie des folies meurtrières dans les Hautes-Alpes, témoignages à l'appui. C'est d'autant plus surréaliste que tout est vrai et que Moullet détaille les anecdotes les plus scabreuses avec cette candeur affectée qu'on appelle l'ironie. Un Ovni."
(Studio Cine Live, 12 janvier 2010).



Luc Moullet in situ (DR).

Julien Demets

- "Dans le sillage de ‘Faites entrer l’accusé’ (France 2), il n’est plus une chaîne de télé qui ne consacre un de ses programmes au récit de crimes célèbres. ‘La Terre de la folie’ est un peu le versant opposé de ces thrillers qui, alors qu’ils relatent justement des faits réels, croulent sous les artifices.

C’est sur un ton neutre inadapté, à la manière de Droopy ("Et hop, un coup de pioche…"), que Luc Moullet énumère les crimes fous, ceux qu’aucun motif rationnel n’a justifié, perpétrés dans le sud des Alpes depuis presque un siècle. But de l’entreprise, identifier les causes qui font de cette région le théâtre régulier de ce genre d’affaires.
En réalité, l’enquête ne s’aventure pas au-delà de quelques considérations sociologiques connues ou invérifiables. Luc Moullet le concède lui-même dans la dernière scène, qui voit sa femme devancer tous les reproches que le spectateur aurait pu formuler si le film tenait à cette seule trame. Qui n’est bien sûr qu’un prétexte. Le sel de ‘La Terre de la folie’ réside plutôt dans ce mariage pervers entre le sordide des meurtres rapportés (les immolations sont “tendance”…) et leur narration nue, parfois maladroite, leur reconstitution sommaire (un coup de pioche dans l’herbe devant suggérer un triple meurtre) et certains témoignages d’une longueur telle que leur inclusion au film procède d’une inconscience presque héroïque.
Pendant plus d’une heure, le public étouffe ses rires, de peur que le réalisateur ne les ait pas voulus. Mais c’est surtout sa propre étrangeté que Luc Moullet interroge, jouant jusqu’au bout sur l’idée qu’il puisse être de ceux qu’il étudie. Ce n’est qu’à la dernière seconde du générique qu’une intention est révélée, par la grâce du seul gag "avéré" du film, brillant d’intelligence.
Entre documentaire glauque et autoportrait cocasse, ‘La Terre de la folie’ est le plus audacieux manifeste du premier degré et demi de son auteur."
(Evene, 16 décembre 2009).


Julien Welter

- "Il ne faut pas se fier à ses airs de vieux radoteur : Luc Moullet est un grand farceur. Sous couvert d'explorer les troubles mentaux à l'oeuvre dans sa famille, le cinéaste à l'éclectisme débridé se lance dans une analyse des meurtres irraisonnés survenus dans les Alpes du Sud, sa région natale.

Récits décalés des témoins, commentaires sérieux de spécialistes, interventions malicieuses du réalisateur : La Terre de la folie se pose en documentaire étrange autour d'un sujet qui ne tient pas debout.
Cet humour pince-sans-rire est savoureux, la mise en scène exemplaire, mais l'idée d'un film dérangé parce que issu d'un cerveau dérangé tourne vite à la bonne blague d'intello. Certes, ce sont les plus étonnantes d'un point de vue artistique, mais pas les plus drôles."
(L’Express, 12 janvier 2010).


Samuel Douhaire

- "Tous les fans de Luc Moullet vous le diront : un type capable d'expérimenter dans un court métrage (Essai d'ouverture, 1988) vingt-cinq manières d'ouvrir une bouteille de Coca a forcément un grain. Une ­folie douce qui trouve son aboutissement dans ce nouveau documentaire. Le cinéaste le plus burlesque de la Nouvelle Vague explore les cas de démence meurtrière dans sa région d'origine, et ce n'est pas triste (…).
Au passage, La Terre de la folie reprend les tics télévisuels des émissions de faits divers pour mieux les moquer. Les personnes interrogées semblent encore moins « normales » que les actes épouvantables qu'elles décrivent. Et quand Moullet décide de flouter ses « témoins », il ne pixellise pas leur visage, mais leur nom...

On pense souvent à une parodie rurale de Faites entrer l'accusé, dans laquelle Christophe Hondelatte et son manteau de cuir auraient été remplacés par un professeur de pataphysique en short de randonneur. On vous avait prévenu : Luc Moullet est complètement fou."
(Télérama, 16 janvier 2010).


Toujours Luc Moullet, encore in situ (DR).

J. B. Morain

- "Luc Moullet, à l’instar d’autres cinéastes contemporains comme Tariq Teguia et Gus Van Sant, ou de plus anciens comme Robert Flaherty et Howard Hawks, est un cinéaste géographe, topographe : un géopoète. En témoignent ses légendaires courts métrages sur les terrils du nord de la France (Cabale des oursins, 1991) ou sur la bonne ville de Foix (Foix, 1994) ; certaines longues fictions comme Les Naufragés de la D17 (avec son titre très “IGN”).
La manière pointilleuse qu’a Moullet de décrire plan après plan, carte sur table, règle à la main et œil au viseur chaque élément géographique (qu’il soit humain, politique ou physique), fait partie des sommets du film documentaire, et plus précisément pédagogique, à la française (…).

Une heure et demie durant, il arpente le terrain de long en large, du nord (Sisteron) au sud (Manosque), et d’ouest (Apt) en est (Digne), rencontre l’autochtone, fait témoigner le voisin ou la sœur, et révèle au spectateur sur le cul les causes et les conséquences inquiétantes de la folie meurtrière dans cette région célèbre pour l’affaire Dominici (crime fameux sur lequel Welles inacheva un documentaire).
Il en profite aussi pour décrire la situation hospitalière psychiatrique dans une région reculée. Mais le petit révèle toujours le grand. Et nous savons bien, nous, que derrière le rire microgéographique de Moullet se tient un moraliste macrogéographique : cette terre (avec une minuscule) terrifiante, où la violence et la folie font loi, où l’irrationnel et le mal règnent, c’est bien entendu notre Terre (avec une majuscule)."
(les inrocks, 11 janvier 2010).

Bande annonce.

13 commentaires:

brigetoun a dit…

oh ! que cela donne envie !

Elisabeth.b a dit…

« Folie » ou séculaire répétition du meurtre de femmes ? Il est encore inscrit dans la loi de tant de pays... Meutres, mutilations, obligation de porter des vêtements infâmants.
Ritualisé ou non, réalité universelle. En Europe même, la violence de leur compagnon ou «ami » est la première cause de mortalité et d’invalidité des adolescentes et des femmes.

Étrange folie qui se garde bien de s'attaquer à un adversaire de force égale ou supérieure. Oui j'avoue des réserves, aussi attachante que soit la personnalité du réalisateur. « Les femmes sont souvent les premières victimes » affirme-t-il calmement. L'autre moitié du ciel ne goûte guère cette tranquilité. C'est si souvent contre elles que le vent souffle.

D. Hasselmann a dit…

Luc Moullet, un temps, on croyait qu'il était mort.

(Au fait, Godard, personne n'en parle plus ?)

Et puis un film déjanté comme tous ses précédents arrive : bonne nouvelle, tout le monde descend ou monte en marche !

frasby a dit…

Luc Moullet ! Magnifique !
Ca fait plaisir de le retrouver ici chez vous vraiment
Je me souviens "Essai d'ouverture", une découverte, un film vraiment obsédant, hallucinant, et "Genèse d'un repas". Mais aussi "Barres"qui est une petite merveille du genre résistance à la méchanceté urbaine avec un mauvais esprit très raffiné. Tout va loin chez Moullet . C'est un cinéaste extraordinaire, et d'une intelligence féroce. Je suis très fan.
Votre billet nous invite bien à découvrir ce nouveau film, merci à vous ! (gros enthousiasme !)

JEA a dit…

@ brigetoun

pas de risque de subir un film commercial et racoleur

JEA a dit…

@ Elisabeth.b

tout en respectant votre sensibilité, votre lecture (ce qui est élémentaire), cette autre compréhension : Luc Moullet dresse un constat, une évidence même, sans pour autant les faire siens mais comme l'une des bases de sa recherche cinématographique

JEA a dit…

@ D. Hasselmann

allez, fanfare, flonflons et guirlandes lumineuses pour marquer votre accession au top BBB
(voir en urgence votre blog)

JEA a dit…

@ frasby

je vous vois plus fan-tastique que fan-atique...
mais laissons tomber tous ses tics
votre écriture n'en présente aucun et c'est l'une de ses ressemblances avec la finesse des blanches heures nocturnes

doulidelle a dit…

Merci infiniment, Damien, d'avoir bien voulu faire une place dans votre publication, en espérant que nombreux seront ceux qui répondront à cet appel d'un vieil octogénaire plein d'idéal ... mais aussi de réalisme
(cliquer sur le lien après les commentaires)

JEA a dit…

@ doulidelle

votre appel attend en effet hors liste des liens pour être plus directement accessible
JEA

doulidelle a dit…

Excusez-moi, JEA, je me suis trompé de nom de Blogger, j'en suis très confus ... sinon, votre publication est parfaite, il n'y a pas de problèmes ... Je ne suis peut-être pas très malin dans ses "subtilités" de spécialistes du Blog, mais je ne comprends pas ce que vous voulez dire en parlant d'une liste de liens à vous procurer ...

JEA a dit…

@ doulidelle

là je dois manquer de clarté :
rien ne vous est demandé
simplement votre appel est mis en lien dans la colonne de droite de ce blog, de manière isolée pour tenter de mieux le mettre en évidence
et que vous souhaiter sinon de nombreuses réactions positives ?

Elisabeth.b a dit…

Vous êtes très clair JEA... mais on pouvait lire votre phrase de deux façons. J'avais d'abord compris : votre appel attend en effet, hors liste, des liens pour être plus directement accessible.
À défaut de comprendre, j'ai haussé les sourcils et vous remercie pour cette petite leçon de gymnastique matinale. Depuis le temps que je souhaitais m'y mettre.