DANS LA MARGE

et pas seulement par les (dis) grâces de la géographie et de l'histoire...

dimanche 13 septembre 2009

P. 171. Prévert, Gallay et le gardien du sémaphore

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Goury (Ph. JEA / DR).

Proverbe forcément rabâché :
- "le poète ne peut être au phare et au sémaphore".
Et Prévert, poète s'il en est, ne fait pas (exceptionnellement) exception qui se laissa inspirer par le gardien du phare de la Plate mais n'apprivoisa pas un seul mot pour le gardien du sémaphore ornant l'autre pointe de La Hague.
Puis Claudie Gallay est venue retourner son encrier dans la plaie de cette exclusion ou du moins de ce silence. A l'exception des autocars de touristes asiatiques, ses Déferlantes se vendent comme des petits pains dans ce coin enfoncé dans la mer. Et ça tombe bien. Pas de boulanger avant Beaumont, soit après s'être coltiné sur toute son interminable longueur l'usine de retraitement. Cet ogre qui défigure définitivement le nombril du Cap mais attire des nuées de gendarmes qui vous ont à l'oeil.

Donc, une image du sémaphore pour dissiper un oubli complet. La vigie vit tellement en symbiose avec les flots qu'elle en prend des allures d'aquarium marin.

Vous avez bien le bon jour du gardien (provisoire) du sémaphore (Ph. JEA / DR).

Pas rancunier (pour un sou qu'il ne possède peut-être pas), le gardien du sémaphore a des volumes de Prévert en tête et Gallay dans une poche joyeusement déformée. Et quelques galets, ceux à la peau incroyablement lisse et si vite attentive à la chaleur humaine. Pour déposer ici et sans chichi :

Cimetière d'Omonville-la-Petite (Ph. JEA / DR).

Prévert eut la sagesse de ne respirer que deux années les écharpes de vent de la Hague pour s'effacer avant que la Centrale ne vérole gravement les proches paysages. Puis survint Claudie Gallay. Sur ce blog, une page tenta de présenter ses Déferlantes alors que seuls quelques libraires criaient au scandale d'un roman ignoré des critiques (1). Cette page a mystérieusement disparu. Sic transit...
Plus d'une année s'est écoulée depuis et le cercle des lecteurs de Claudie Gallay ne cesse de s'élargir. Ce ne sont plus des troubadours épars et itinérants qui chantent les charmes de ce roman. Mais des choeurs...
Dès lors, à quoi bon jouer à nouveau du pipeau alors que sonnent des orchestres symphoniques ? Juste quelques images. Avec l'espoir qu'elles ne jouent pas trop aux pléonasmes avec les Déferlantes.

La maison de Prévert :

- "Il m'a parlé de la maison du Val, cette maison que Prévert avait achetée à la fin de sa vie et dans laquelle il avait choisi de mourir.
- C'est tout près, à Omonville-la-Petite. De chez moi, nous y allons à pied par un petit chemin charmant.
Il s'est penché comme pour confidence.
- Nous pourrions aller la visiter (2) ensemble, je serais votre guide.
J'ai souri.
Je ne sais pas si monsieur Anselme m'ennuyait mais à chacune de nos rencontres, c'était comme ça, il fallait qu'il me parle de Prévert (...).
- Dès qu'il a été malade, Janine (3) n'a plus voulu qu'on le voie. On demandait des nouvelles depuis la cuisine, et puis quand on n'a plus pu entrer dans la cuisine, on a demandé des nouvelles du jardin et à la fin, on devait rester à la barrière."
(PP. 57-58).

Maison Prévert (Ph. JEA / DR).

Le vent :

- "On dit ici que le vent parfois est tellement fort qu'il arrache les ailes des papillons."

Des vagues comme des papillons qui s'écrasent sur des cailloux plongés dans une mer qui bout d'impatiences (Ph. JEA / DR).

La Hague :

- "C'est beau la Normandie... il a dit.
- C'est la Hague ici.
- La Hague, c'est pas la Normandie ?
- La Hague, c'est la Hague."
(P. 160).

Quervière (Ph. JEA / DR).

L'anse :

- "Il a tendu la main.
- Regardez !
L'Anse Saint-Martin éclatait dans cette nuit tellement noire, une lumière particulière venue de l'eau. Dans cette nuit vide d'hommes, la mer semblait soudain nous appartenir."
(P. 162).

La Coucourée (Ph. JEA / DR).

Espace :

- "Lui regardait ailleurs, dans cet espace vide au-dessus de la mer, cet endroit qui n'était pas le ciel mais qui n'était pas non plus l'eau."
(P. 237).

Aurore échangeant des signaux avec le sémaphore (Ph. JEA / DR).

La mer :

- "La mer reculait, elle revenait, des arbres poussaient et les enfants naissaient et ils mouraient.
D'autres enfants les remplaçaient.
Et la mer, toujours.
Un mouvement qui se passait de mots. Qui s'imposait."
(P. 252).

La Foireuse (Ph. JEA / DR).

NOTES :

(1) Cette année, il a été tenté en vain d'arracher à l'indifférence les "Voix du Pamano" de Jaume Cabré. Lire la page 163 de ce blog.

(2) 4,5 Euros pour la maison. 5 Euros pour le jardin. Et basta pour les handicapés moteurs promis à dix bonnes minutes d'un chemin en pente ascendante sans accès autorisé aux véhicules sinon ceux des riverains.

(3) Sa tombe se situe très exactement entre celle du poète et de leur fille Michèle.


13 commentaires:

claire a dit…

contente de pouvoir à nouveau vous lire, vous écouter et vous voir JEA ! j'aime bcp la photo de la tombe de Prévert avec ces galets d'amour, les lettres vertes sont vraies ?

JEA a dit…

@ claire

Vous imaginez s'il n'y avait pas une photo à "truquer" sur la centaine aux approches du sémaphore, c'était bien celle-là.

Cactus homme lézard a dit…

que vous me manquâtes ! venez me visiter en ma nouvelle adresse , mâle !! j'aime beaucoup vos nouveaux écrits tôt !
sissi !

JEA a dit…

@ Cactus homme lézard

Si je n'avais pas l'honneur et le plaisir de vous connaître quelque peu, je vous supposerais cumulard : ajoutant le règne végétal à l'humain et à l'animal...

Tania a dit…

MELODIE DEMOLIE

Au petit mystère
chantait Miss Terre
Optimist air
chantait fille Mer
Ogre en mystère
Pessimiste ère
chantait super-fils-ciel

Il faut bien que genèse se passe
chantait le Père.

Prévert (Fatras)

Et merci pour la lumière !

JEA a dit…

@ Tania

Et merci pour tous ces vers qui échappent aux lois de la pesanteur...

kris a dit…

Billet bien agréable par les mots, par les photos, par les pensées....

Tout cela donne un bien joli mélange ! ;-)

sylvie a dit…

Tiens... Un rappel de mes lectures de l'été dernier... J'avais beaucoup aimé "les déferlantes". Ces photos sont très belles, et j'aime l'idée de ce livre accompagné des recueils de poèmes de Prévert dans les poches du gardien, et des promeneurs...

JEA a dit…

@ kris

Il est à craindre que l'un de vos commentaires soit passé dans je ne sais quelle trappe ouverte pas une technologie piégeante et ma maladresse intrinsèque...
Si vous acceptiez de m'en excuser.

JEA a dit…

@ sylvie

Si le gardien (provisoire) du sémaphore a des poches sous les yeux, elles ne sont effectivement pas les seules...
Par contre, rassurez-vous, il n'a rien d'un kan-gourou.

JEA a dit…

@ kris

Abracadabrantesque... votre commentaire est revenu, mais page 170. Là ou ailleurs, venant de vous, il sera toujours bien-venu.

Anna de Sandre a dit…

Merci pour ces photos magnifiques.

JEA a dit…

@ Anna de Sandre

je partagerais bien volontiers avec Loïs de Murphy votre recette de poule d'eau farcie...