DANS LA MARGE

et pas seulement par les (dis) grâces de la géographie et de l'histoire...

vendredi 31 octobre 2008

P. 42. Il faut sauver toute la mémoire du soldat Trébuchon

(Photo : Marie-France Barbe. Le carré militaire au cimetière de Vrigne-Meuse, Ardennes).

Augustin Trébuchon
est déclaré ultime "mort pour la France"
de la Première guerre mondiale
mais paradoxalement et 90 années après...
la date de cette mort
- soit le 11 novembre 1918 -
n'est toujours pas reconnue officiellement !

Si, parmi les ombres de tous ses camarades qui ne sont jamais revenus vivants de la guerre 1914-1918, Augustin Trébuchon échappe encore et toujours à l'anonymat, c'est au titre de dernier poilu tombé sur le front s'étendant entre la Mer du Nord et la Suisse. C'était dans les Ardennes...

Dans la très vaste littérature consacrée à la fin de la Première guerre mondiale mais aussi parmi les nombreux blogs et leurs commentaires portant sur ce conflit qui entraîna la perte de près de 1.350.000 Français, aucune fausse note ne met en doute l'identité du dernier poilu tombé sous une balle allemande : Augustin Trébuchon, fantassin au 415 RI.
Par contre, se dégagent des divergences sur la date, sur le lieu, et encore sur l'heure précise où les yeux d'Augustin Trébuchon se refermèrent définitivement. Des imprécisions voire des confusions sont inévitables en la matière mais un regard critique conduit à les dépasser pour s'interroger gravement sur ce qui relève d'une manipulation officielle et nullement accidentelle, manipulation liée au décès du dernier poilu.

Ce constat objectif débute par la comparaison de quelques écrits retenus à titre d'exemples, parmi les centaines publiés sur la fin d'Augustin Trébuchon.

Alain Fauveau (Le dernier combat : Vrigne-Meuse, 10 et 11 novembre 1918, Revue Historique des Armées, n° 251, février 2008) :
- "Le soldat de 1re classe Augustin Trébuchon, estafette de la 9e compagnie, titulaire de la Croix de guerre, tué à 10 heures 50 d’une balle dans la tête alors qu’il était porteur d’un dernier message pour son capitaine, a été le dernier mort de la Première Guerre mondiale dans le secteur."

L'Ardennais (AFP - 12 mars 2008) :
- "Augustin Trébuchon... tué sur les bords de la Meuse le 11 novembre 1918 à 10h50, dix minutes avant la sonnerie du cessez-le-feu à la onzième heure du onzième jour du onzième mois de 1918."

Le Figaro (11 novembre 2003) :
- "...dans les Ardennes, sur les rives de la Meuse (...) tombera notamment, d'une balle en pleine tête, quelques minutes avant l'arrêt des hostilités marqué par la sonnerie du clairon Delaluque, l'agent de liaison Augustin-Joseph Trébuchon (depuis 1998, une rue du village de Vrigne-Meuse porte son nom)."

Pierre Miquel (Les poilus. La France sacrifiée, Pocket N° 11537) :
- "Le village de Dom-le-Mesnil, où se terrent les survivants du 415e, est violemment bombardé. Douze soldats vont mourir : parmi eux, Auguste Joseph Trebuchon, natif de la Lozère, tué par balle un quart d’heure avant la sonnerie de la fin des combats."


QUID :
- "11.11.18. Augustin-Joseph Trébuchon, agent de liaison, dernier mort officiel, est tué à 10h50 à Dam-le-Mesnil (enterré à Vrigne-Meuse)."


Première Guerre Mondiale, le guide (Casterman, 1996) :
- "11 novembre : les derniers combattants tombent à Vrigne-Meuse."

WIKIPEDIA :
- "Augustin Trebuchon dernier tué de la dernière offensive le 11 novembre 1918 à 10h45."

Commentaires :

1. Heure :

Ces écrits font donc remonter cette dernière mort à 15 minutes, à 10 minutes, ou à "quelques minutes" avant que le clairon ne sonne l'armistice... Il ne sera pas sacrifié ici à une vaine querelle sur une poignée de secondes, faute de source(s) citées en référence(s).

Pour l'essentiel, mémoire collective et historiens s'accordent sur un espace temps très réduit entre cette dernière mort et la sonnerie de clairon du "cessez le feu".

(Photo JEA. Table d'orientation sur le signal de l'Epine à Vrigne - point le plus avancé de la percée des poilus du 415e.
En bas, à gauche, sous la colline, Vrigne-Meuse.
En face, vers la droite, le barrage sur lequel les fantassins français traversèrent la Meuse.
Sur la rive gauche du fleuve, tout à droite, Dom-le-Mesnil).

2. Lieu :

Passons sur une coquille (QUID) telle que "Dam" pour "Dom-le-Mesnil". Les bords de Meuse ne sont pas contestés comme cadre des derniers échanges de tirs.

Selon Pierre Miquel, le 415e RI "se terrait" le 11 novembre sous les bombardements à Dom-le-Mesnil, et donc Augustin Trébuchon serait tombé là au champ d'honneur.

Cette version ne résiste pas à une lecture critique. En effet, dès la nuit du 9 au 10 octobre, tout le 415e quitta la rive gauche (Dom-le-Mesnil), franchit la Meuse pour prendre possession d'une bande de terre sur la rive droite (à l'ouest de Vrigne-Meuse). Les fantassins n'ont pas reculé ensuite, malgré les contre-offensives allemandes. Une stèle a été dressée au signal de l'Epine, sur les hauteurs de Vrigne, pour garder en mémoire leur percée qui résista jusqu'au 11 novembre à 11 heures.
Les notes prises à l'époque même par des officiers du 415e en auraient convaincu Pierre Miquel s'il les avaient consultées. Et voici dix ans, une publication comme celle de Gérald Dardart : Mourir un 11 novembre : Vrigne-Meuse, la dernière bataille de 14-18 (Ed. Les Cerises aux Loups).

On objectera que le soldat Trébuchon était estafette. Donc pouvait avoir été porteur d'un message pour l'arrière. Mais les témoignages concordent : il relève de la 9e compagnie, à la pointe la plus avancée du 415e. Son corps a été relevé après l'armistice, par des habitants de Vrigne, sur le territoire de leur commune. Sa dépouille, après avoir été exposée à l'église de Vrigne fut mise en terre dans le petit cimetière municipal.

Vrigne-Meuse (du moins le territoire de cette commune) semble donc bien plus vraisemblable que Dom-Le-Mesnil, sur l'autre rive de la Meuse.

(Carte : A. Masset, Passage de la Meuse. Surcharges : JEA. Echelle : 1 cm = 200 m.
En bleu : les troupes françaises. En noir : les régiments allemands.
Au sud, rive gauche de la Meuse : Dom-le-Mesnil avec le 53e.
Flèche rouge : écluse puis barrage sur lesquels fut traversée la Meuse par le 415e.
Sur la rive droite : les positions du 415e. A leur pointe : la 9e compagnie d'Augustin Trébuchon ainsi que la 10e.
Entre les rives de la Meuse et le signal de l'Epine, les poilus affrontèrent une dénivellation de plus de 80m sur 800m).

3. Récits sur les actions menées par le 415e les 9, 10 et 11 novembre :

- 9 novembre 1918, 21h, témoignage du lieutenant Bonneval (Almanach du Combattant, Durassié et Cie, 1968) :


"Dans le bureau des PTT de Dom-le-Mesnil, le chef de bataillon de Menditte, grand mutilé, s’appuyant sur sa canne, nous reçoit : les lieutenants Bernard (9e cie), Boyer (11e cie) et moi-même.

Messieurs, c’est simple. Avant demain matin 10 novembre, avant le lever du jour, il faut – je dis bien il faut – avoir franchi la Meuse (...) Actuellement la 10e compagnie (lieutenant Meynier) est en cours de passage, dans le plus grand silence, au nord du barrage, en vue de couvrir le passage du reste du bataillon. Dès qu’il aura franchi, il sera suivi du 1er bataillon puis du 2e bataillon. Vous recevrez de nouveaux ordres. Pour l’instant, une compagnie se portera sur Vrigne, une autre vers le Signal de l’Épine. La dernière se placera à gauche, en direction de Nouvion. Volontairement, l’artillerie restera silencieuse jusqu’à nouvel avis. J’insiste sur le silence. Effet de surprise."

(Photo : JEA. Le barrage grâce auquel, la nuit du 9 au 10 novembre, ceux du 415e passèrent sur la rive droite de la Meuse).

Nuit de 9 au 10 novembre, chef de bataillon de Menditte (Carnets) :

- "Il fait une brume intense et un froid de chien, mais mes pionniers aidés par le Génie (…) ont mis deux planches sur la porte de l’écluse et ont aligné sur l’armature du barrage des planches mises bout à bout. Le Boche veille et tire de temps en temps, mais ça marche."

10 novembre, 13h, message de l'état-major de la 163e DI au général Marjouet :

- "La progression sur le front de la DI est, pour l’instant, arrêtée. Le combat est assez dur dans le secteur qu’elle occupe. Nombreux tirs de mitrailleuses et nombreux tirs d’artillerie. Le général demande quel est l’appui donné par les voisins."

11 novembre, Carnet du commandant Menditte :

- "8 heures 30 : L’avis {d'armistice} est officiel. Pendant ce temps, on continue à tirer sur le front du régiment (...) Je fais passer la bonne nouvelle au régiment et on attend !
- 10 heures 45 : Les obus tombent encore...
- 11h : - Un de mes clairons sonne "Cessez le feu", "Levez-vous" puis "Au Drapeau". Les autres clairons répètent. La Marseillaise monte dans le lointain. Des cris de joie et les cris plus éloignés des Boches qui sortent de leurs trous et veulent fraterniser. Quelle joie et quelle émotion ! Ici tout est en remue-ménage."

En résumé :

- depuis le 10 novembre au petit matin, le 415e occupe - seul - une bande de terrain entre Nouvion-sur-Meuse et Vrigne-Meuse ;
- le 11 novembre à 11 heures, l'avancée la plus marquante des poilus se situe au signal de l'Epine sur le territoire de Vrigne-Meuse ;
- le cimetière de cette commune abrite le dernier repos de fantassins du 415e tombés ces trois derniers jours de la guerre sur la rive droite de la Meuse. Sur la D 34, à l'entrée du village en venant de Novion, un panneau routier indique la direction à suivre.

(Photo : JEA, Vrigne-Meuse).

Un constat ne manque pas de perturber ceux qui s'arrêtent devant ce panneau explicite, sans risque de confusion.
Il mentionne bien des sépultures pour les trois derniers jours des hostilités : les 9, 10 et 11 novembre.
Or, dans le cimetière, aucune croix militaire ne porte la date du 11 novembre ! Pas même celle d'Augustin Trébuchon. S'il fallait en croire la plaque à son nom, il serait "mort pour la France le 10.11.1918" !!!

(Photo : Marie-France Barbe. Se dressant dans le cimetière de Vrigne-Meuse, la croix portant le nom d'Augustin Trébuchon. Date : 10 11 1918).

Une tombe telle que celle d'Augustin Trébuchon, démontre malheureusement à quel déni de la vérité une "histoire" officielle peut conduire pour perdurer déjà depuis 90 ans.

Force est de déplorer cette invraisemblance :
- l'Armée n'a jamais contesté qu'Augustin Trébuchon soit bien le tout dernier poilu mort au front (entre Hollande et Suisse)
- mais, selon elle, ce fantassin perdit la vie le 10 novembre (à 10h selon sa fiche de décès, voir ci-après).

En conséquence, les troupes françaises n'auraient eu à déplorer aucune perte après le 10 novembre à 10h... Alors qu'il restait encore 25 heures de combats.
Et que sur son Carnet, le commandant Menditte (415e RI), écrivait le 11 novembre à 10h57 :
- "La mitrailleuse tire encore."

On en est là !

Impossible pour l'Armée de décréter que tous les historiens se sont égarés pendant deux ou trois générations en retenant le symbole d'un Augustin Trébuchon abattu par une balle allemande le 11 novembre peu avant l'armistice.

Néanmoins, l'Armée persiste sciemment à antidater cette mort (et celle d'autres poilus du 415e RI) !

Qu'il y ait à tout le moins problème, les archives militaires en ont gardé cette trace : dans la base de données "mémoire des hommes" du Ministère de la Défense, la fiche d'Augustin Trébuchon a été récemment (et légalement) modifiée.


(Fiche de décès, "mémoire des hommes").

La mention originale de "Mort pour la France le 10 Novembre 1918" a été laissée intacte mais est dorénavant suivie d'une correction mécanique : "Vrignes sur Meuse (Ardennes) à 10h00". Tant pis pour l'orthographe du lieu. On s'étonnera au passage de l'indication d'une heure pour la mort car ce genre de précision est absente sur toutes les autres fiches que nous avons eu à consulter jusqu'à présent (cliquer : le monument aux morts de mon Village).

Ceux qui portent la responsabilité et de cette fiche et de la mention du 10 novembre 1918 sur la tombe d'Augustin Trébuchon, ont créé des faux, du moins pour l'Histoire. Dans ce cas, des faux tellement évidents qu'ils en deviendraient ridicules si le sujet n'était directement lié à la mémoire de "Morts pour la France".

Alors, pourquoi ces mensonges officiels (car d'autres "libertés" ont été prises avec la vérité à propos des 9, 10 et 11 novembre 1918) ? Des tentatives de réponses seront proposées sur une prochaine page de ce blog.

(Remerciements pour ses photographies à Marie-France Barbe, Vice-Présidente de la Société d'Etudes Ardennaises).

mardi 28 octobre 2008

P. 41. Quatre films à (ré)écouter...

Les grands marionnettistes qui décident officiellement du défilement du temps, nous accordent royalement une heure de plus depuis ce dimanche...

Autant d'espaces élargis pour se souvenir et y puiser des rêves à venir.
En primaire, sur leurs fiches de scolarité, les enfants d'un ami cinéaste écrivaient scrupuleusement : "révolutionnaire" en réponse à la question portant sur la profession de leur père. Naïveté ou lucidité intacte ? ... Puis, au sortir de l'adolescence, le fils, étudiant en médecine, accompagnait en bénévole l'un(e) ou l'autre aveugle dans les salles de cinéma. Pour leur sous-titrer verbalement les images défilant sur le grand écran.
D'où l'origine de cette page.
Quatre films aux bandes d'une sonorité pas encore oubliée.

1958. Jacques Tati : Mon Oncle.

(Affiche : Pierre Etaix)

Audiberti, Brassens, Bussières, Caussimon, Dac, Doisneau, Grimault, Lamorisse, Prévert, Renoir (Jean), Robert (Yves), Tati, Trenet, Vian... Au nombre de leurs points communs : une profonde tendresse pour les malmenés de la vie et leur lucidité attristée devant une époque qui bascule, chavire.
Bientôt les "frères humains" ne seront plus que des "gens". Le monde du travail se trouvera dissout dans la mondialisation. Véroles et autres pestes défigureront les paysages même les plus secrets. Des villes se dresseront verticalement en tours infernales dans des zones-réserves non naturelles pour rejetés de la société.
Parmi les derniers gestes de résistance avant que tout ne sombre : Mon Oncle. Lui sauve au moins un gosse, son neveu, non par des discours nostalgiques ou par des leçons même pas pédagogiques, mais en lui offrant le temps de s'imprégner des douceurs, des douces heures qui vont disparaître.

ed-wood.net :

- "L'œuvre s'avère d'une richesse incroyable, d'une drôlerie irrésistible, d'une beauté visuelle ET sonore phénoménale et surtout d'une portée émotionnelle magique. C'est un film tout "simplement" parfait. L'œuvre d'un visionnaire poète, hyper sensible, hyper perfectionniste, qui signe une œuvre que l'on pourrait comparer à du "Kubrick avec des sentiments" (et de la naïveté délicate, aussi).

Mon Oncle est peut-être le film le plus triste de Tati (un comble pour une comédie), c'est aussi une des plus grandes œuvres (tout support confondu) sur le temps qui passe. Le temps qui passe et qui détruit les époques (nostalgie mais sans amertume, Tati constate, c'est tout), le temps qui fait vieillir (les scènes avec la jeune fille devant la maison de Tati font partie de ces plus beaux moments de magie cinématographique), le temps qui file toujours trop vite.

On est très ému devant Mon Oncle, de plus en plus au fil des visions (je le sais fort bien, c'est l'un des films que j'ai le plus vu dans ma carrière de cinéphile). Oeuvre inépuisable et primordiale..."

Musique : Alain Romans et Franck Barcellini.

1987. Percy Adlon: Bagdad Café.

Synopsis :

- "Les époux Münchgstettner, commerçants à Rosenheim, en Allemagne Fédérale, viennent passer leurs vacances aux Etats-Unis. Après une violente dispute avec son mari, Jasmin est abandonnée en plein milieu du désert Mojave, quelque part entre Disneyland et Las Vegas. Elle trouve refuge au "Bagdad Café", un motel-station-service délabrée, envahie par le sable et la poussière du désert. Jasmin n'a que les affaires de son mari. Aussi est-ce avec méfiance que Brenda, la patronne noire des lieux, voit s'installer cette grosse femme portant un costume loden.
Le monde semble tourner au ralenti dans cet endroit où seuls s'arrêtent encore quelques camionneurs venus faire le plein et se restaurer rapidement. La bouillante Brenda aimerait bien réer la vie des siens mais son fils, Sal Junior, se consacre exclusivement à l'étude des oeuvres de son idole, Jean-Sébastien Bach. Quant à sa fille, Phyllis, elle se préoccupe davantage de tortiller son postérieur que de l'écouter. Il y a aussi l'étrange et solitaire tatoueuse, Debby, et Rudi Cox, venu d'Hollywood et qui ferait volontiers le portrait de Jasmin.

Jasmin manque de provoquer un véritable drame en prenant sur elle de nettoyer et de ranger le bureau de Brenda. Au retour de la patronne, les foudres de celle-ci s'abattent sur elle. Mais peu à peu, Jasmin inspire confiance; le vieux Rudi aimerait bien finir ses jours avec elle. Même Brenda est désormais conquise. Grâce à une boîte de magie, Jasmin montre des tours avec la complicité de Brenda. Le " Bagdad Café " fait peau neuve et devient l'attraction de toute la région pour tous les routiers. Les affaires sont florissantes, jusqu'à ce que l'office d'immigration cause des tracas à Jasmin, au grand désespoir de Brenda et des siens. Mais Jasmin est bientôt relâchée et le "Bagdad Café" revit."

(Question personnelle et idiote : le film a-t-il gardé aux States le même titre depuis que Bagdad est devenue synonyme de capitale cauchemardesque pour les boys qui l'occupent ?)


Calling You

Paroles et musique de Bob Telson
Interprétation de Javetta Steele

Desert road from Vegas to nowhere
Someplace better than where you've been
A coffee machine that needs some fixing
In a little cafe just around the bend

Refrain :
I am calling you
Can't you hear me
I am calling you

Hot dry wind blows right through me
Baby's crying and I can't sleep
But we both know a change is coming
It's coming closer
Sweet release

Refrain

Desert road from Vegas to nowhere
Someplace better than where you've been
A coffee machine that needs some fixing
In a little cafe just around the bend
Hot dry wind blows right through me
Baby's crying and I can't sleep
And I can feel a change is comingcoming closer
Sweet release


Refrain.

1991. Christine Pascal : Le Petit Prince a dit.

Bernard Génin :

- "Apprenant que sa fille, Violette, 10 ans, a une tumeur au cerveau, Adam l'arrache littéralement aux médecins. Non, elle ne subira pas les horreurs de l'acharnement thérapeutique. Elle fera un long périple en Provence, où Mélanie, sa mère, jusque-là séparée d'Adam, les rejoindra. La cellule familiale se reforme provisoirement, jusqu'à l'arrivée de la maîtresse d'Adam...

Un film plein de vie sur la mort : c'est ce qu'a superbement réussi Christine Pascal. Qui devinerait, en voyant Violette, ronde et rieuse, que la mort est au travail ? Ses parents en oublient leurs différends et semblent vouloir vivre deux fois plus fort. Constamment sur le fil, Christine Pascal s'attarde sur la plénitude des corps, sur la beauté de la nature ensoleillée. Ce n'est que furtivement qu'elle nous montre se ternir le regard de l'enfant (Marie Kleiber, inoubliable).


Prix Louis-Delluc 1992, Le petit prince a dit redonne leur sens à deux qualificatifs galvaudés : pudique et bouleversant. D'autant que, depuis, la réalisatrice nous a quittés tragiquement {suicide} après un dernier film, Adultère, mode d'emploi (1995)."
(Télérama, 14 octobre 2006)



Bande Originale du Petit Prince m'a dit : Requiem de Fauré. Ici, dans la version du King's College.

1992. Tony Gatlif : Latcho Drom

Synopsis :

- "Voyage aux sources de la culture rom, où Tony Gatlif, gitan d’origine algérienne, passe en revue toutes les déclinaisons et toutes les instrumentations possibles de la musique tzigane à travers du Nord-Ouest de l’Inde, en passant par l’Egypte, la Turquie, la Roumanie, la Hongrie, la Slovaquie et la France.
Mille ans d’histoire marquée par la haine et le rejet de ces peuples qui jouent leur vie et expriment leurs sentiments jusqu’à la folie. "Latcho Drom" signifie "bonne route".

Jean-Luc Macia :

- "Cent minutes de chants, magiques,émouvants. Pas une comédie musicale mais peut- être le premier pamphlet cinématographique uniquement en musique. Les héros ? : des anonymes bien typés. Oh, ne voyez aucun racisme dans cette épithète car Latcho Drom est sans doute le meilleur plaidoyer antiraciste jamais réalisé.

...Rien n'est affirmé, tout est suggéré. La musique est toujours belle, parfois envoûtante... Comme par magie et avec un vrai talent de cinéaste, Tony Gatlif a réussi son
pari."
(Le Monde)

Parce qu'il n'est pas question d'oublier qu'à Auschwitz, un camp dans le camp, avait été entouré de barbelés pour les Tziganes dont le voyage devait lui aussi se terminer en fumées et en cendres...


vendredi 24 octobre 2008

P. 40. La chasse aux cigognes est interdite. Et celle aux immigrés ?

To Meteoro vimatou pelargou
Le Pas suspendu de la cigogne
Suspensed Step of the stork...



"II faut faire silence pour entendre la musique derrière le bruit de la pluie qui tombe".

Pourquoi une page maintenant sur ce film de Theo Angelopoulos alors qu'il remonte à 1991 ?

Peut-être, parce que ce "Pas suspendu..." appartient à ce cinéma qui vous met en lévitation. Les frontières sont ébranlées qui ne vous interdisent plus de voyager plus loin, derrière les décors et les horizons. Les murs eux-mêmes en deviennent impuissants. L'obscurité des salles n'est en vérité que lumière noire.

Ensuite, parce qu'Angelopoulos a été, pour reprendre un vocabulaire religieux, "persécuté" tout au long du tournage du "Pas suspendu...". Un pope, illuminé par les bûchers qu'il rêvait d'allumer, a continuellement tenté de rendre ce tournage impossible. Un prêtre qui fit appel au patriotisme, à l'armée, aux tables de sa loi...
Ce fanatique en arriva à excommunier les acteurs du film ! Vous imaginez si un tel délire béni arriva à la cheville d'une Jeanne Moreau et d'un Marcello Mastroianni...

Enfin, parce que le film était et reste visionnaire. Ce cinéma décrit la marge d'une Europe qui, après avoir joyeusement pillé les ex-colonies, aimante aujourd'hui celles et ceux qui n'en peuvent plus ni mais dans leurs pays exangues. Une Europe grande donneuse de leçons. Se gargarisant volontiers d'Humanisme. Mais qui a aussi enfanté des dictateurs répugnants. Des brûleurs de livres, de bibliothèques entières. Des banquiers et autres traders qui rigolent bien en entendant des mots comme "moralité"...

Synopsis :

- "Sur un fleuve-frontière survolé par des hélicoptères flottent les corps de réfugiés rejetés par les autorités grecques.
Un jeune journaliste, Alexandre, est venu faire un reportage sur cette petite ville frontalière où s'entassent dans des ghettos des réfugiés de diverses nationalités dans l'attente d'une autorisation de départ ou d'un refus souvent mortel.
Ce jour-là, il accompagne un officier qui lui fait les honneurs d'une prise d'arme et le conduit sur le pont qui franchit le fleuve où se trouve marquée la ligne de démarcation entre les deux pays. L'officier lève le pied et le maintient suspendu au-dessus de cette ligne, tel une cigogne. Il explique à Alexandre :
- "Si je fais un pas, je suis ailleurs ou. je meurs."

Parmi la foule grouillante et grise des réfugiés, le journaliste remarque un homme qui cultive paisiblement son carré de pommes de terre et semble éviter son regard. Il croit reconnaître en lui un homme politique grec disparu mystérieusement depuis quelques années après avoir renoncé à la politique avec cette explication sibylline :
- "II faut faire silence pour entendre la musique derrière le bruit de la pluie qui tombe".
Il était l'auteur d'un ouvrage intitulé "Mélancolie fin de siècle".
Alexandre tente d'enquêter sur ce personnage et va jusqu'à faire venir l'épouse du disparu. Pendant ce temps, la vie suit son cours dans le village, marquée particulièrement par la célébration d'un mariage à distance de part et d'autre du fleuve-frontière..."

Cette séquence en mémoire de Josiane Nardi qui, devant la prison du Mans, vient de choisir la mort en flammes. Pour que l'expulsion d'un Arménien qu'elle aimait, Henrik Orujyan, ne passe pas complètement inaperçue...

Pascale Arguedas :

- "Alexandre, jeune reporter, est envoyé en mission dans une petite ville au nord de la Grèce où des milliers de réfugiés de toutes nationalités cherchent à passer la frontière. Parmi eux, il croit reconnaître, sous les traits d’un vieux fermier, un homme politique grec disparu il y a plusieurs années.
Cet homme politique, brillant orateur, a quitté brutalement le confort de son existence bourgeoise et de sa carrière brillante pour vivre dans l’anonymat d'un camp de réfugiés. Il a abandonné sa femme dans sa fuite.
Pour en avoir le coeur net, le journaliste organise une rencontre avec son ex-femme qui refuse de le reconnaître, pour des raisons ambigües.

Theo Angelopoulos a réalisé en 91 un film visionnaire sur le thème des frontières, de l’exode et de l’intolérance, où le temps semble être suspendu.

Il a aussi créé l’événement en recomposant à nouveau, trente ans après La Nuit, le couple mythique formé par Jeanne Moreau et Marcello Mastroianni.
Ici, l’homme politique devient le poète exilé pour :
"pouvoir écouter la musique derrière le bruit de la pluie".
Le discours rhétorique cède le pas à la parole poétique. C'est le silence des images qui leur donne un sens. C’est un film très lent, et long, pour les patients qui aiment le silence et les méditations. Un très beau film.
Prix spécial du jury, Festival de Cannes, 1991."
(La Factory, 25 décembre 2005)


Cette séquence en mémoire de Jean-Paul Everaere. Il a rejoint dans la mort un immigré Erythréen qu'il voulait sauver de la noyade dans un canal à Saint-Omer.

Pierre Murat :

- "Le Pas suspendu de la cigogne. Un film de 1991, qu'Angelopoulos tourne dans une ambiance particulièrement hystérique. Rendu furieux, en effet, par quelques traits impies (lesquels ? on n'en saura jamais rien) qu'il a cru déceler dans le scénario, le pope fou d'une petite ville grecque se met à diffuser, à tue-tête, du haut du clocher de son église, des chants patriotiques et religieux, pour mieux perturber le tournage tout proche. Durant plusieurs semaines, les comédiens ne s'entendent pas parler, les techniciens obéissent aux ordres à contretemps. Le désordre est total...
Angelopoulos est au bord de la crise de nerfs, et son équipe aussi. Seul Marcello Mastroianni réussit à conserver, dans la tourmente, son calme légendaire et sa bonne humeur proverbiale.

A l'arrivée, curieusement – paradoxalement –, Le Pas suspendu de la cigogne s'avère l'un des films les plus tendres d'Angelopoulos. Un de ceux où sa révolte, sa colère sont les mieux canalisées. Comme s'il était au bord de l'apaisement… Et pourtant, il y dénonce avec force l'imbécillité des frontières qui emprisonnent, tels des morts vivants, ceux qui les franchissent. C'est l'histoire d'un zombie qu'il raconte, d'ailleurs : celle d'un homme politique qui, des années auparavant, a choisi de se fondre dans le néant – comme s'il passait lui aussi une frontière, mais intérieure, celle-là. C'est ce disparu que cherche à retrouver à tout prix un jeune journaliste.

La plus beau moment du film – un incroyable plan-séquence de 5 minutes 12 secondes ! –, c'est celui où, sur un pont, Jeanne Moreau, l'épouse du disparu, croise Mastroianni en faisant semblant de ne pas le reconnaître. La sensibilité s'allie, alors, à la maîtrise technique : c'est un pur moment de bonheur."
Télérama (2 mars 2008)


(Theo Angelopoulos. DR)

mardi 21 octobre 2008

P. 39. Points d'interrogations posés par un monument aux morts

(Photo : JEA. LNAJ)

Ils ne sont pas revenus de 1914-1918. Le monument aux morts du Village en garde un souvenir appelant une lecture non superficielle...

Le 11 novembre s'annonce à l'horizon des manifestations patriotiques. Pour la première fois depuis la fin de la Première guerre mondiale, plus aucun porteur de l'uniforme français n'est encore en vie. La mémoire ne peut plus reposer que sur des documents et archives...

Page 31 de ce blog (cliquer : ICI), le monument du Village avait été brièvement présenté. Une suite était annoncée. Elle débute ici.
Les noms de 36 poilus y sont gravés et répartis sur deux faces. De A à D et de F à W.
Premier constat : à la différence d'autres monuments de 1914-1918, ici, les morts pour la France ne se succèdent pas dans l'ordre décroissant des grades militaires, ni en respectant la chronologie des décès, ni par lieux des combats...
L'ordre alphabétique aurait donc été préféré et retenu.
Un ordre alphabétique relativement théorique si les lecteurs veulent bien prendre connaisance de la première suite de noms :


(Photo : JEA)

Dès le premier patronyme : ABRAHAM, pourquoi FREDERIC figure-t-il avant GEORGES, et ROBERT avant PAUL ?
La consultation de la base de données des "Morts pour la France" du ministère de la Défense, rend obsolète l'hypothèse selon laquelle les dates de naissance auraient été retenues pour fixer cet ordre.
En effet,
ABRAHAM Georges est né en 1892 ;
ABRAHAM Paul (du moins celui dont nous retrouvé trace) est né en 1891 ;
ABRAHAM Robert est né en 1881 ;
ABRAHAM Frédéric (même restriction que pour Paul) est né en 1892...

Pour la lettre initiale D, pas plus d'application stricte de l'ordre alphabétique qui aurait abouti à :
DELAU PAUL ;
DEMORT FERNAND ;
DESPREZ KLEBER ;
DEVALLEZ EDMONT ;
DEVALLEZ PAUL ;
DOLY GASTON ;
DRUART JULES ;
DUSSART HENRI.

Seules les lettres B et C (quatre noms) n'interpellent pas.

Ce formalisme posé, comment résumer le destin de chacun de ces morts à la guerre ?

- Abraham Georges, Adonis
né le 27 septembre 1892 à La Neuville aux Joûtes
soldat de 2e classe, 91 RI
tué au combat le 26 septembre 1914 à Vienne-le-Château, Marne.


(Fiche individuelle, ministère de la Défense).

- Abraham Paul
absent de la base de données des "Morts pour la France" du ministère de la Défense.


- Abraham Robert
né le 22 janvier 1881 à La Neuville aux Joûtes
adjudant chef, 2e Régiment de Dragons
tué au combat le 15 août 1915 à Souchez, Pas-de-Calais.


- Abraham Frédéric
absent de la base de données
mais celle-ci comprend deux fiches aux noms de deux autres ABRAHAM, "Morts pour la France". Leur naissance dans le Village impliquerait que le monument ait gardé leur souvenir :

- Abraham Maurice
né le 12 juin 1891 à La Neuville aux Joûtes
2e classe, 155e RI
mort de ses blessures de guerre, en captivité, le 29 août 1914.

- Abraham Oscar, Léon
né le 17 septembre 1892 à La Neuville aux Joûtes
2e classe, 106 RI
tué au combat le 16 novembre 1914, Région de Vaux, Meuse.

- Bernaille Désiré
né le 30 septembre 1882 à St-Michel (Aisne)
caporal, 19e Bataillon de Chasseurs
tué au combat le 6 septembre 1914 à Soisy-aux-Bois, Marne.

- Brochelard Ernest
?

- Carlier Alfred
né le 26 décembre 1890 à Sommeron (Aisne)
2e classe, 150 RI
tué au combat le 14 décembre 1915 dans les tranchées de Saint-Hilaire-le-Grand, Marne.

- Couty Léon, Auguste
né le 24 mars 1882 à la Neuville aux Joûtes
adjudant, 29e Bataillon de Chasseurs à pied
tué au combat le 10 septembre 1914 à Rembercourt-aux-Pots, Meuse.

- Devallez Paul, Ernest
né le 22 octobre 1883 à La Neuville aux Joûtes
1e classe, 91e RI
disparu au combat le 12 mars 1915 à Mesnil-lès-Hurlus, Marne.

- Devallez Edmond
?
(mais une fiche au nom de Devallez Félix : Bruay s/ Escaut).

- Desprez Kleber, Clovis
né le 27 juillet 1889 à La Neuville aux Joûtes
2e classe, 106 RI
tué au combat le 21 juin 1916, secteur de Tavannes, Meuse.

- Dussart Henri, Adonis
né le 3 février 1883 à Moslin (Nord)
2e classe, 348 RI
tué au combat le 9 juin 1916 au Nord de Fleury, Verdun, Meuse
tombe 1374 Nécropole nationale Douaumont.

- Delau Paul
?
(mais une fiche au nom de Delau Eugène Louis, Reims).

- Druart Jules, Marcellin
né le 20 mars 1882
mort pour la France
(fiche non consultable pour raisons médicales).

- Demort Arthur,Fernand
né le 16 juin 1894 à La Neuville aux Joûtes
sergent, 52e RI Coloniale
tué au combat le 16 juillet 1918 à Boursault, Marne.

- Doly Gaston
né le 29 octobre 1885
mort pour la France
"la fiche le concernant comportant des informations à caractère médical ne peut être communiquée".

Toute la lourdeur dépassée de restrictions apportées à la consultation d'archives et de documents en France est malheureusement illustrée par cette dernière fiche.
En janvier 2005, de nombreux historiens belges avaient déjà lancé un appel pour que le politique ne cède pas à la tentation d'instrumentaliser l'histoire mais se préoccupe plus de ne pas mettre ou laisser des chapes de plomb sur la recherche historique :

- "De même il serait urgent de revoir la loi sur la protection de la vie privée, législation qui a toute son utilité pour des documents et fichiers relatifs à des individus vivants, mais qui gêne considérablement les recherches historiques et les paralyserait totalement si elle était appliquée toujours et partout. Le sursaut pour la sauvegarde de toutes nos mémoires mondiales, nationales, régionales ou locales, nous ne l’attendons pas des grandes déclarations, des nouvelles initiatives législatives pour codifier l’histoire ou d’ambitieux programmes éducatifs, mais bien d’une politique efficace de transparence, d’accès aux archives et de respect pour l’autonomie et la liberté des chercheurs. Ne nous trompons pas de priorités : c’est bien dans ces domaines-là que les politiques doivent assumer leurs responsabilités."


vendredi 17 octobre 2008

P.38 . Ardennes de 2 à 10...

(Photo : JEA)

Toponymie pour que les enfants d'ici apprennent à compter rien qu'en ouvrant les yeux...

2


Entre Deux Chemins, entre Deux Eaux, entre Deux Monts, entre Deux Saisons, entre Deux Voies,
entre les Deux Fossés, entre les Deux Villes,


le Deuxième Chaîneau,

le Balossier aux Deux Clochers,

les Deux Epines, les Deux Frères, les Deux Saules,

Fond des Deux Chênes.

3

Aux Trois Arches,

Carrefour des Trois Chênes, Carrefour des Trois Pins,

le Chêne des Trois Seigneurs, le Fond des Trois Pommiers, les Trois Poiriers,

Pâquis des Trois Fourches,

aux Trois Arches, les Trois Cornettes, les Trois Fontaines, les Trois Goulots, les Trois Rois, les Trois Valets.

4

Bois des Quatre Vents, le Champ des Quatre saules, Fosse aux Quatre Leux, Maison forestière des Quatre Frères,

Mont des Quatre Faux,

Pont des Quatre Communes,

la Potence en Quatre Champs,

les Quatre Arbres, les Quatre Buissons, les Quatre Cheminées, les Quatre Chemins, les Quatre Chênes, les Quatre Deniers, les Quatre Fauchées, les Quatre Faux, les Quatre Fils Aymon, les Quatre Fossés, les Quatre Termes.

5

Bois des Cinq Communes,

Carrefour des Cinq Chemins,

les Cinq Horles, les Cinq Saules.

6

Carrefour des Six Places,

les Six Chênons, les Six Poivriers.

7

Bois des Sept Chevaux, Bois des Sept Frères, Forêt de Septsarges,

la Pièce des Sept Jours,

Roche aux Sept Villages, Roche Sept Heures,

Ruisseau des Sept Fontaines, Source des Sept Quarts,

les Sept Canois, les Sept Muids, Septserges,

8

Huit Jours.

9

les Neuf Cours, les Neuf Jours, les Neuf Prés.

10

Bois du Dixième, le Champ des Dix Setiers, Ruisseau des Dix Frères.

(Photo : JEA)

mercredi 15 octobre 2008

P. 37. Brèves (9)

L'Ardennais : de Gaulle, l'OAS, le commissaire Roger Gavoury...
Le Canard enchaîné : une indemnisation de 0,26 centimes d'Euro dans le contexte de la Shoah sous l'Etat français.

(Collage : JEA)

Scoop de "L'Ardennais" : De Gaulle portait un silice !!!

Ce "Quotidien républicain d'information" en exerce de plus le monopole (de l'information) pour le département. Dans son numéro du 11 octobre, pour meubler les brouillards persistants du week-end, il a publié un scoop un rien tardif. Car couverte sans aucun doute par le secret d'Etat, la nouvelle, aussi extra-ordinaire soit-elle, avait résisté jusqu'ici aux investigations les plus pointues...
Pour donner plus de poids à cette révélation, ce n'est pas un plumitif qui la signe. Que non. Mais l'éditorialiste lui-même : Monsieur Hervé Chabaud.
Dans un style très "Honneur et Patrie", Chabaud, plus fort que Malraux, ne compare plus le général de Gaulle à un chêne abattu, mais préférant le minéral au végétal, à "Un géant de Granit" !
Voici la prose éditorialiste et tricolore qui suit un titre aussi sculptural :

- "... de Gaulle se dresse (...) tel un géant de granit inébranlable représentant une certaine idée de la France.
Ne portait-il par comme un cilice le service de la Nation, le sens de l'histoire, le sens de l'Etat, le sens de l'Honneur ?"


Nation, Etat, Honneur, toutes ces majuscules (à l'exception d'histoire) comparées à... des "poils". Car l'Académie française (8e édition) définit comme suit un cilice :

- "Espèce de plastron ou de large ceinture, qui est faite d'un tissu de poil de chèvre, de crin de cheval, ou de quelque autre poil rude et piquant, et que l'on porte sur la chair par mortification. Porter le cilice. Prendre le cilice. Se revêtir d'un cilice. "

Notez qu'à l'Opus Dei, le cilice est aussi à la mode mais sous forme de ceinture métallique garnie de pointes si pas blessantes du moins agaçantes.
Devrions-nous nous préparer à un prochain éditorial de Monsieur Chabaud nous dévoilant l'appartenance de de Gaulle à l'Opus Dei ???

Autre titre de L'Ardennais : "Stèle de l'OAS : à chacun sa mémoire".

Décidemment source intarissable d'informations, le même numéro 19948 de L'Ardennais contient un titre qui interpelle : "à chacun sa mémoire"...

- Une stèle glorifiant des membres de l'OAS au cimetière municipal de Béziers (Hérault) indigne des responsables politiques locaux et la Ligue des Droits de l'Homme (LDH).
(...) Sur cette stèle, érigée peu après la guerre d'Algérie à la mémoire des morts civils et militaires en outre-mer, ont été ajoutées fin 2003 les photos de Jean-Marie Bastien-Thiry, qui organisa en 1962 l'attentat du Petit-Clamart contre le général de Gaulle, du créateur des commandos Delta Roger Degueldre, d'Albert Docevar et de Claude Piegts qui ont participé à l'assassinat du commissaire central d'Alger Roger Gavoury en mai 1961.
"N'oubliez jamais leur sacrifice", enjoint le monument.

"Détail" de la stèle de Béziers (NB : l'article de L'Ardennais n'est pas illustré). DR.

Suite de l'article :

- "Pas question que l'on touche à cette stèle. Celui qui profane la stèle est un homme mort pour moi", a averti André Troise, ancien combattant en Algérie qui s'autoproclame ancien membre de l'OAS."

Ce qui surprend de prime abord un lecteur étranger, c'est l'absence complète, dans cet article non signé, de précisions sur l'assassinat du commissaire Roger Gavoury. D'autant que sa famille était ardennaise. C'est d'ailleurs de Charleville qu'il partit pour Alger, un mois seulement avant sa mise à mort par l'OAS.
Oubli ?
Silence pour ne pas réveiller des souvenirs aussi douloureux que dérangeants, ceux d'une guerre civile ne disant pas son nom ?
Ou encore politique rédactionnelle pour n'indisposer ni des lecteurs nostalgiques d'une "Algérie française" à tout prix, ni des victimes d'une organisation terroriste tricolore ?

Le 21 avril 1961, quatre généraux séditieux lancent leur putch à Alger. Le commissaire Gavoury est nommé commissaire central de la ville.
Prenant ses fonctions, il prononce un discours humaniste, loin des barbaries ambiantes :

- "L’horizon commence à blanchir et bientôt, je l’espère, luira sur l’Algérie l’aube de la paix.
Je voudrais, de toute mon âme, être au Centre de la pacification, la vraie cette fois, celle des esprits.
Je rêve d’une Alger où les hommes s’entraiment enfin, sans plus être séparés par des races, des religions ou des mers."


Roger Gavoury et son rêve pacifique assassiné (DR).

La réponse de l'OAS tombera le 31 mai 1961 : la peine de mort pour ce serviteur de la République !
La décision releva de l'état-major même de l'OAS, soit de Jean-Jacques Susini pour citer un nom. Le chef des commandos "Delta" (chargés des attentats et des assassinats), Roger Degueldre, supervisa son application. Albert Dovecar et Claude Piegts en furent les exécutants principaux, au domicile même du commissaire. Claude Tenne se distingua en portant les coups mortels.
Ces gens de l'OAS savaient que le commissaire Gavoury refusait toute protection personnelle et même ne portait pas d'arme.

Après que l'Algérie soit devenue indépendante, et à l'heure des comptes, les chiffres officiels traduisirent une mansuétude certaine pour ceux ne promettant qu'un cerceuil à leurs ennemis. En effet, 3 680 personnes passèrent devant les tribunaux français. Toutes poursuivies pour des crimes commis au nom de l'Algérie française. 41 seront condamnées à mort. 4 exécutées. Ce sont les quatre noms portés sur la stèle de Béziers... L'OAS aura, pour sa part, plus de 2.000 morts sur la conscience.

Affiche explicite de l'OAS (DR).

Pour revenir au titre : "à chacun sa mémoire"... Quelles communes mesures établir entre une stèle "glorifiant des membres de l'OAS"
et celles perpétuant les noms d'Arméniens, de Juifs, de Tsiganes, d'Africains génocidés ?
sans oublier toutes celles élevées en souvenir de populations civiles massacrées par les troupes d'occupations, de résistants, de déportés, de soldats morts aux combats des guerres successives ?

Une illustration de "l'intelligence naine" dans le Canard enchaîné.

Laissant L'Ardennais cultiver l'image d'un de Gaulle style St-Louis, un coup d'oeil sur le Canard du 8 octobre glace le sang. Reviennent aussitôt à la surface des réalités ces malaises engendrés par les discordances entre les discours officiels fignolés sur la Shoah. Puis des applications médiocrement bureaucratiques, redoutablement scandaleuses.

Le Canard rappelle le sort de Monique. Gamine juive, elle et toute la famille (ses parents et ses deux frères) durent fuir Paris pour tenter d'échapper aux rafles.
A 74 ans, devenue une femme que l'âge oblige à envisager les échéances de la vie, elle demande une indemnisation en tant que victime des spoliations qui frappèrent officiellement les juifs sous l'Etat français. Concrètement, à Paris, tout les biens de la famille avaient disparu à la Libération :
- "Pas une petite cuillère dans l'appartement, pas une machine à coudre dans l'atelier".

Monique attendait donc une reconnaissance de cette persécution. Elle vient effectivement de se voir accorder la "qualité de victime de spoliations". Le courrier est à en-tête de Matignon car la décision appartient au Premier ministre.

Montant total de l'indemnité accordée : 0,26 centimes d'Euro.

Et Matignon, dans un élan de générosité spectaculaire, de préciser noir sur blanc :
- "Il vous appartiendra de faire votre affaire d'un éventuel partage {familial} de l'indemnité qui vous est allouée".

Oui, décidemment, "à chacun sa mémoire"...

Ravel : Kaddish. Avec la voix de José Van Dam.

samedi 11 octobre 2008

P. 36. L'air du temps qui (se sur)passe : quelques 10 et 11 octobre...

(Photo JEA. 10 octobre 2008 au RV)

Ouverts au hasard, quelques journaux. Puis le doigt cherchant les pages écrites des 10 et 11 octobre :

9-13 octobre 1914, Maurice Genevoix :

- Les bois frissonnent, sous la brume du petit jour. Les branches des deux hêtres laissent tomber de grosses gouttes qui s'écrasent sur notre peau ou qui roulent scintillantes sur le drap de nos capotes. Mais du ciel blanc rayonne une clarté douce, qui bondit peu à peu et filtre à travers les feuillages.
Une joie afflue en moi, d'avoir pressenti la splendeur de la journée qui commence. Je me lève et m'étire longuement, en me dressant sur le bout des souliers.
La détonation d'un mauser, le choc mat de la balle qui s'enfonce dans un tronc d'arbre me rappellent que le parapet est bas et que les Boches, dans cette forêt, postent des tireurs dans les branches...
"C'est malheureux d'avoir affaire à des vaches pareilles !
- I's roupillent donc jamais, les Boches ?"
Un cri soudain... Pas un de nous qui ne l'ait entendu, dans le même temps qu'un coup de feu...
Le blessé se dirige vers nous, la tête penchée sur son épaule dans une attitude de souffrance. Une minute a suffi pour lui ravager le visage.
(Nuits de guerre. Recueil Ceux de 14. omnibus. 1998.)

10 octobre 1915, Louis Barthas :

- A dix heures et demie, à peine avions-nous mangé la soupe que l'ordre fut donné de partir immédiatement pour les tranchées... Quand nous eûmes dépassé Neuville-Saint-Vaast, les Allemands déclenchèrent sur nous un violent tir de barrage; nous nous repliâmes en fuite éperdue vers Neuville...
Le commandant "Quinze-Grammes" et "le Konprinz", au moment où s'abattit la rafale, passaient devant un abri profond où ils se terrèrent.
Quand le calme fut revenu, ils dépêchèrent leurs larbins (disons leurs plantons) pour venir nous ramasser; ce ne fut pas sans peine car nous étions fort dispersés.
L'attaque eut lieu mais deux sections du 281e régiment qui étaient sorties des tranchées avaient été aussitôt foudroyées par les mitrailleuses.
Malgré les ordres réitérés personne n'avait plus voulu sortir.
(Les carnets de guerre de Louis Barthas, tonnelier, 1914-1918. La Découverte. 2008. Pour lire la page de ce blog, cliquer : ICI)

10 octobre 1918, Albert Londres :

- Ce sont des barbares. Ne cherchons pas d'autre motif à leurs saletés, il n'y en a pas. Ils ont incendié Cambrai pour rien, uniquement par tradition. Pressés par leur fuite, ils n'ont pu terminer l'ouvrage. Ils ont dû regarder leur montre, compter qu'il ne leur restait que tant de temps et, comme ils ne pouvaient pas tout de même manquer à ce point au rythme de leur guerre, comme ils ne pouvaient pas ne pas détruire Cambrai, ils se sont résignés, ils ont choisi un coin, ils ont flambé le centre. La grande place brûle.
(Câbles et reportages. arléa. 2007).

11 octobre 1919, Eric Satie :

- Pour combattre une idée "avancée" en politique ou en art, tous les moyens sont bons - surtout les moyens bas. Les artistes "neufs" - qui "changent quelque chose" - connaissent les attaques que de tous temps leurs ennemis dirigent contre la nouveauté des tendances - des visions - qu'ils ne comprennent pas.
Il est en art comme en politique : Jaurès a été attaqué comme l'ont été Manet, Berlioz, Wagner, Picasso, Verlaine et tant d'autres. Cela "recommence" toujours et ce sont toujours les mêmes qui combattent le progrès sous toutes ses formes, dans toutes ses manifestations : les soutiens des "habitudes prises", les "je reste en place" - de bonnes gens.
(Un siècle d'Humanité. 1904-2004. le cherche midi. 2004).


(Jean-Yves Thibaudet : Trois Gnosiennes d'Eric Satie).

10 octobre 1939, Jean Malaquais :

- Thème d'exercices verbaux (lorsqu'il ne s'agit pas de fornication, de chasse ni de pinard) : à quand la quille ? Mosset, un gars du Poitou, l'appendice nasal mou comme une chique, soutient que la "définition de la guerre sera pas longue". Au fait, chacun croit, ou feint de croire, que l'affaire sera de courte durée. - Par exemple ? Ben, à Noël on est rentré chez soi; sinon, à Pâques; sinon à la Pentecôte. Comme quoi les choses importantes (et la guerre en est une, je présume), emboîtent le pas aux fêtes du calendrier grégorien.
On me demande mon avis. Je dis quinze ans. Exactement ce qu'il faut pour me faire traiter de dégueulasse... le caporal-chef Merlet se dresse tout sombre et annonce que je suis un "sapeur de la morale de l'armée."
(Journal de guerre. 1939-1940. Phébus. 1997).

11 octobre 1940, Jean Malaquais :

- Votre maréchal vient de se fendre d'un discours engageant à l'adresse du caporal que vous savez. On espère un accusé de réception.
(Journal du métèque. 1940-1942. Phébus. 1997).

10 octobre 1942, Victor Klemperer :

- Nouvel ordre à tous les Juifs qui sont tenus de porter le signe distinctif : remise de métaux, beaucoup plus stricte que lors de la dernière guerre - tombac, nickel, étain, plomb, et toute espèce de lampes. Pour nous, la question est de savoir si l'épouse aryenne est concernée. La Communauté doit décider. -
(Je veux témoigner jusqu'au bout. Journal 1942-1945. Seuil. 2000).

11 octobre 1942, Léon Werth :

- Etapes de la propagande. Il y a deux ans, c'était la personne humaine, l'ordre, la hiérarchie, la vertu de Jeanne d'Arc. Puis ce fut la politique de Montoire et la collaboration, une collaboration idyllique et nuageuse encore, la réconciliation. Vichy présentait un Hitler évangélique. L'Allemagne devint notre ex-ennemie. L'Angleterre, notre ex-alliée, devint notre ennemie. Puis ce fut la lutte contre le bolchevisme. Puis le "je souhaite la victoire de l'Allemagne". Puis l'attendrissante relève.
(Déposition. Journal 1940-1944. Viviane Hamy. 1992).

10 octobre 1946, Antonin Artaud :

- la société, la famille, l'armée, la police, l'administration, la science, la religion, l'amour, la haine, l'arithmétique, la géométrie, la trigonométrie, le calcul différentiel, la théorie des quanta, la faillite de la science, la musique, la philosophie, la métaphysique, la psychanalyse, la métapsychique, le logos, Platon, par-dessus Platon la yoga, dieu, le non-être, le pur esprit, le cosmos, le néant, l'univers, l'être, le carcan imbécile des initiations, le contingentement, le système Taylor, le rationnement, le marché noir, la guerre, les épidémies...
l'assassinat prénatal de la poésie.
(Oeuvres.Quarto Gallimard. 2004).

11 octobre 1955, Alexandre Vialatte :

- Où allons-nous ? Les clients du Café du commerce se le demandaient comme ma grand-mère dans ma jeunesse, avec une éloquence aidée par les alcools. Les humoristes en riaient bien. Et pourtant nous y sommes allés ; et même plus loin qu'ils ne le disaient sans le croire eux-mêmes ; nous n'y allons plus ; nous en revenons.
(Chroniques de la Montagne. 1952-1961. Bouquins. Robert Laffont. 2001).


(Photo JEA. Pollen d'automne ardennais au 10 octobre 2008).


mercredi 8 octobre 2008

P. 35. "L'apprenti" trois fois primé au FIFF de Namur

(Photo : Paul Barbier et Mathieu Bulle. DR)

Après la 65e Nostra de Venise,
le Festival International du Film Francophone (Namur)
vient de primer "L'apprenti" de Samuel Collarday.


Mille excuses pour la tarte à la crème. Mais le monde du travail : ouvriers, paysans... est presque systématiquement aux abonnés absents du cinéma francophone actuel (du moins sur le vieux continent). A peine quelques caricatures de temps à autre. Ou alors des retours dans un passé plus ou moins décomposé.
A l'horizon des documents, le "Silence dans la vallée" de Marcel Trillat, a néanmoins rappelé voici peu que les usines ne portent pas quatre étoiles, que ceux qui y triment ne sont pas au club med et que la crise s'aggravant, les dernières structures industrielles de zones déjà sinistrées entraînent dans leur naufrage celles et ceux qui s'accrochaient comme des désespérés aux derniers emplois d'une région (dans ce cas, Mouzon, dans la vallée de la Meuse, Ardennes de France).

Or la 65e édition de la Nostra de Venise a réservé une surprise de taille. Loin des acteurs célébrés, des metteurs en scène vénérés, la Nostra a décerné son Prix de la Semaine internationale de la Critique à "L'apprenti" de Samuel Collarday. Un documentaire-fiction.
Vous imaginez. Dans la ville des canaux et des palais au luxe alangui, une telle récompense pour un tel long métrage? Celui d'un réalisateur français inconnu ? Un film reposant tout entier sur un ado allant se frotter durement aux réalités d'un monde rural (Doubs) symbolisé par un fermier authentique et qui ne fait surtout pas du cinéma ?
Pardon, mais soit on court le risque de tomber dans le gnan-gnan, dans le larmoyant, dans le tract (illisible) pour syndicat paysan, soit c'est du 7ème art, rare et convainquant.

La Nostra avait tranché. Le Festival international du Film Francophone de Namur persiste et signe en attribuant à "L'apprenti" une avalanche de prix :

- Prix spécial du Jury,
- Prix de la première oeuvre,
- Prix Émile Cantillon remis par un jury de sept jeunes (18-25 ans)...

(Photo : Samuel Collarday en tournage. DR)

Présentation FIFF Namur :

- Né en 1975, Samuel Collardey, ancien élève au sein du département image de la Fémis, s'est essentiellement illustré ces dernières années sur des productions en tant que directeur photo. Il a ainsi travaillé sur des courts métrages comme "Tempête" (2004) et "À deux" (2005) de Nikolay Khomeriki ou encore "Contre temps" (2005) de Armel Hostiou. En 2005, il réalise "Du soleil en hiver", un court métrage qui a été présenté dans de nombreux festivals et a remporté le Bayard d'Or du meilleur court métrage international. "L'Apprenti" est son premier long métrage.

Samuel Collardey :

- "J’ai perdu mon père quand j’étais assez jeune. Dans ce film, je voulais raconter la relation au père lorsque ce dernier est absent."


Synopsis :

- Mathieu, 15 ans, élève au lycée agricole, part faire son apprentissage d’une année dans une ferme isolée. C’est une petite exploitation laitière des plateaux du haut Doubs. Paul, le fermier, y vit avec son épouse et leur fillette. Jusque là, Mathieu vivait avec sa mère depuis le départ de son père. Cette absence lui pèse à cette période charnière de sa vie et il traîne ce manque avec lui.


Au début, Mathieu peine à s’intégrer dans la vie de la famille. Paul est toujours jovial mais distant et pudique et il tarde à Mathieu que celui-ci lui accorde plus d’importance. Petit à petit, Mathieu se glisse dans les traces de Paul et devient son apprenti. Le travail commun les rapproche insensiblement…

(Photo : Mathieu Bulle. DR)

Terre de chez nous :

- Mathieu, élève à la Maison familiale et rurale de Vercel va devenir l’apprenti de Paul, le paysan. Tous comme les autres protagonistes du film, ils jouent leur propre rôle.
"Je les ai rencontrés tous deux indépendamment" : Samuel Collardey s’appuie sur la réalité pour raconter une histoire. "Je leur impose des situations qui ne sont jamais éloignées de leur vie. Je mets en scène. Après ils vivent la situation et improvisent avec ce qu’ils ressentent."
Avec Catherine Paillé, un scénario est établi. "Mais dès la première semaine de tournage, j’ai rangé le scénario pour inventer le film au fur et à mesure."

Pendant peu ou prou une année, à raison d’une semaine de tournage par mois, Samuel Collardey a posé sa caméra dans la ferme de Paul Barbier à la Lizerne, à 2 km de Maîche, mais aussi à la Maison familiale et rurale de Vercel, dans le foyer de Mathieu… Une année pendant laquelle l’apprenti grandit, apprend et se construit. La caméra le suit à travers des gestes du quotidien : nettoyage de l’étable, conduite du troupeau de montbéliardes, discussions avec Paul, veillée avec la famille Barbier, mais aussi mort du cochon, naissance du veau, jeux dans la neige, dispute avec sa mère, beuverie avec les copains…

Conflit de générations et conflits d’idées émaillent le film. Pour Paul on n’exploite pas la terre, on la cultive. Il mène sa ferme plus à l’instinct, quand le jeune voudrait que tout soit mieux organisé. Malgré les différences, le jeune garçon se rapproche du paysan. Ils se confient l’un à l’autre lors de deux séquences poignantes.

(Photo : la ferme de la Lizerne. DR)

Marion Pasquier :

- Ce que l'on retient surtout du film est l'authenticité du portrait qu'il fait du monde rural. L'histoire de Mathieu est en partie autobiographique et le cinéaste l'a tournée dans la région où il a grandi. On sent pourtant aussi dans son regard la curiosité et l'attachement pour ceux qu'il filme.

Les comédiens ne sont pas professionnels, Paul-personnage se confond même avec le vrai Paul, derrière un même visage charismatique. Tous parlent avec un accent fort, leurs activités manuelles, leur façon de vivre, semblent presque anachroniques. L'observation de ce monde par Collardey et la justesse avec laquelle il en rend compte permettent à L'Apprenti de proposer un univers particulier et original.
(Présentation pour la 65e Nostra de Venise).

Sur FR3 Bourgogne Franche-Comté : interview de Samuel Collarday après Venise. Cliquer : ICI.

SORTIE en France : 3 décembre prochain. En Belgique ???

jeudi 2 octobre 2008

P. 33. "Entre les murs", y compris des salles obscures


Non pas un reportage mais une fiction. Soit le huis clos d'une classe qu'un prof ne veut pas confondre avec le radeau de la Méduse...

Synopsis :

- "François est un jeune professeur de français d'une classe de 4ème dans un collège difficile. Il n'hésite pas à affronter Esmeralda, Souleymane, Khoumba et les autres dans de stimulantes joutes verbales, comme si la langue elle-même était un véritable enjeu. Mais l'apprentissage de la démocratie peut parfois comporter de vrais risques."

Le Nouvel Observateur (22 septembre 2008) :

- "Entre les murs", qui était le troisième et dernier film sélectionné pour représenter la France à Cannes, a surpris tout le monde lors de sa présentation sur la Croisette.

Aucun acteur connu ne figure à l'affiche de ce cinquième long-métrage de Laurent Cantet, qui avait déjà réalisé "Les sanguinaires" (1997), "Ressources humaines" (1999), "L'emploi du temps" (2001) et "Vers le sud" (2005).

Les plupart des comédiens sont des élèves et des professeurs du collège Françoise Dolto, situé dans le XXe arrondissement de Paris. De novembre 2006 jusqu'à la fin de l'année scolaire, les élèves de quatrième et de troisième de l'établissement ont été invités à participer à des ateliers les mercredis après-midi pour travailler l'improvisation et préparer le tournage. Sur les cinquante qui se sont présentés, 25 (ceux qui se sont le plus accrochés) ont été retenus pour former la classe."


Sur le site du film (cliquer : ICI), montage de portraits des jeunes élèves (DR).

Nicolas Crousse, Le Soir (1 octobre 2008) :

- "À l'instar des récents films de Bertrand Tavernier (Ça commence aujourd'hui, emmené par un Philippe Torreton aussi militant que prof), de Nicolas Philibert (Être ou avoir, docu tourné dans une toute petite classe du Massif central) ou d'Abdellatif Kechiche (L'esquive, plongeant le monde de Marivaux dans les tchatches de banlieue), le quatrième film de Cantet filme de façon aussi frontale que chaotique et vitaliste une bande d'enfants sauvages. D'ados turbulents confrontés le temps des cours au regard de leur prof, François Bégaudeau (dans son propre rôle), qui pourrait être un cousin d'Olivier Besancenot. Entre les deux, prof et élèves, complices et ennemis traditionnels, c'est à qui aura le dernier mot. Le langage est l'enjeu de joutes qui flirtent tantôt avec la chienlit et la violence nue, tantôt avec l'harmonie et le gai savoir.

En somme, nous dit Cantet – qui confesse avoir voulu filmer les cours tels des matches de tennis –, quand l'école est cette caisse de résonance des enjeux et des conflits du monde, elle est d'abord une école de la vie. Un endroit irremplaçable, qui produit certes de l'injustice et de la discrimination, mais un des seuls et derniers endroits capables de relever le défi du « vivre ensemble », au-delà des différences de race, de couleur ou de religion."

Serge Kaganski, les inrocks.com (24 septembre 2008) :

- "Le pivot par lequel passent tous les enjeux du film est évidemment François, professeur qui n’est ni un maître en blouse grise à la Jules Ferry, ni un baba-cool barbu à pull marin prêt à copiner et "jeunismer". La barrière prof-élèves est marquée, l’idée que l’on est là pour travailler et apprendre aussi. François est bien une figure d’autorité, mais dont le pouvoir ne passe pas par les gueulantes, les punitions ou les coups de règle : il s’agit plutôt de parler aux élèves comme à des adultes, de leur faire sentir que l’instruction scolaire est une des conditions de leur émancipation, de leur autonomie et de leur avenir.

Basée sur un dialogue ferme mais respectueux, la méthode de François semble bonne, mais elle n’est pas toujours couronnée de succès, certains élèves persistant à être "ailleurs". Le rapport de François à l’autorité sera mis à mal lorsqu’il réalisera que la décision d’expulser trois jours un élève peut entraîner son expulsion définitive du territoire. Entre la nécessité de faire respecter certains principes de vie commune au sein du collège et le désastre possible d’un refoulement aux frontières, le dilemme est cornélien."

Elèves-acteurs (Photo site du film. DR).

Dominique Guy, professeure à Argenteuil, Cahiers pédagogiques (24 septembre 2008) :

- "Ce film est à voir car il faut lui reconnaître une qualité : le réalisme d’une classe. Les élèves y sont plus vrais que nature, les enseignants de ZEP y reconnaîtront leurs élèves. Pourtant, d’après le dossier de presse, les jeunes acteurs ont joué leur rôle pour la plupart à contre-emploi. Un bon point donc pour le réalisateur Laurent Cantet. Un autre bon point : la réalisation dynamique. On ne s’ennuie pas une seconde et pourtant il s’agit presque d’un huis clos : tout se passe dans la classe avec quelques incursions dans les autres lieux du collège. C’est sans doute ce qui a convaincu le jury de Cannes pour la palme d’or.

Mais voilà, ce qui gêne c’est le prof, son comportement, ses valeurs. Non, les élèves ne sont pas les égaux de l’enseignant dans la relation d’apprentissage et d’ailleurs, éclair de lucidité, F. Marin ira se plaindre auprès du principal qu’un élève l’a tutoyé. Mais il oublie alors de préciser qu’avant l’élève avait insulté une camarade. Il manque de rigueur et c’est ce que je lui reproche le plus car, en ZEP plus qu’ailleurs, il faut faire preuve de rigueur. On ne laisse pas les élèves s’insulter, quand on demande à enlever les casquettes, on tient bon, et on ne laisse pas une salle de classe dans l’état où on la voit sur le générique de fin.

J’ai eu tout le long du film l’impression que F. Bégaudeau et L. Cantet pensent qu’on ne peut pas faire grand chose pour ces élèves. Certes, ils sont difficiles, on devine que beaucoup sont dans des situations personnelles délicates, mais ce sont des élèves attachants, capables - c’est parfois suggéré mais trop furtivement - de montrer de l’intérêt, alors ils mériteraient qu’on ait un peu plus d’ambition pour eux.

Ce film est à voir et à décortiquer. C’est un excellent document de travail pour des stages de formation, pour des débats sur la difficulté d’enseigner dans certains établissements. Car, comme on le proclame dans les mouvements pédagogiques - auxquels j’espère on n’assimilera pas le fonctionnement de François Marin - enseigner est un métier qui s’apprend."

(Article complet, cliquer ICI).

Extrait du film : le vrai prof, écrivain et acteur F. Bégaudeau avec ses élèves (DR).

Philippe Meirieu, Café pédagogique (1 octobre 2008) :

- "La question de l’autorité sera (...) au cœur du débat que va susciter le film. Car nous savons bien que ce film n’arrive pas dans une sorte d’apesanteur sociale et idéologique. Il arrive dans un contexte saturé d’idéologie. Notre société a laissé se développer de tels phénomènes de dérégulation sociale et de surexcitation pulsionnelle qu’elle prend peur devant sa propre jeunesse. Les partisans de l’éducation – qui osent parler de prévention et expliquer qu’une « pédagogie par le projet » avec de vraies ambitions culturelles n’a jamais encore été tentée sérieusement et sur la durée – sont ringardisés systématiquement par les spécialistes du « y a qu’à » dépister, repérer, orienter, médicaliser, sanctionner, réprimer, contenir… « Tenir » : tout est là ! Il faut les « tenir » !

(...) Notre École manque de médiations : les savoirs enseignés n’ont souvent aucune saveur, pour reprendre le titre d’un beau livre récent de Jean-Pierre Astolfi (La saveur des savoirs, ESF, 2008) et les dispositifs proposés sont souvent absurdes ou obsolètes : comment mobiliser des élèves sur le travail intellectuel dans des établissements qui vivent au rythme des sonneries stridentes, d’emplois du temps absurdes, sous le signe de l’anonymat généralisé et de la déresponsabilisation permanente ?
La pédagogie est, justement, le travail sur les médiations : sur les œuvres, les savoirs et les institutions… tout ce qui permet de se mettre en jeu « à propos de quelque chose ». La pédagogie institue ce qui, à la fois, relie les êtres entre eux et leur permet de se distinguer. Elle est un travail de longue haleine sur « la table » autour de laquelle les hommes peuvent tenter des relations pacifiées en se coltinant avec des enjeux forts. Ainsi comprise, elle est peu présente dans le film…

Il n’est pas question d’en faire le moindre reproche aux auteurs et réalisateur. Mais il faut absolument refuser que ce film soit interprété par les uns comme un acte de foi dans une pédagogie compassionnelle qui se suffirait à elle-même et, par les autres, comme la dénonciation implicite d’une démission éducative orchestrée par quelques pédagogues irresponsables.
La pédagogie est un travail inlassable pour organiser le travail intellectuel en structurant le cadre et en proposant des contenus exigeants et mobilisateurs… Elle nécessite une éthique et des savoirs professionnels, une passion pour les contenus qu’on enseigne et la capacité à construire des situations de travail. Visiblement, sous cet angle elle est encore peu connue du « grand public ». Les pédagogues ont encore du travail."
(Pour lire cet article in extenso, cliquer : ICI).

Nestor Romero, Rue 98 (30 septembre 2008) :

- "La réalité n'est pas en couleurs, sauf moments d'exception. Il y en a. Leur fréquence dépend du professeur, le plus souvent. Le professeur, justement, François, plus vrai que nature lui-aussi. Au point que Philippe Meirieu manque de s'étouffer d'indignation à l'idée que le spectateur puisse penser que la pédagogie c'est ça, cette gesticulation permanente, cette plongée dans « l'affectif », cette agitation langagière, ce spectacle comme mode de vie dans l'école.

C'est vrai, tout cela n'a rien à voir avec la pédagogie. Pourtant, c'est bien là la réalité, mais en gris et en plus terne dans les classes de collèges «difficiles ». Le professeur, fort jeune le plus souvent, fait ce qu'il peut avec ce qu'il sait, avec ce qu'il est.
Ici, dans le film, comme il le faisait « en vrai », j'en suis sûr, il joue de son physique, j'allais dire de son corps, de son bagou (comme le dit Bégaudeau lui-même), de son sens de l'humour et de son amour évident pour ces adolescents, tellement évident dans le film.


D'autres enseignants jouent autrement, se déguisant en Autorité (vêture sobre, langue sobre, pas un sourire) pour tomber très vite dans l'autoritarisme absurde comme François tombe dans la familiarité intempestive et d'autres encore tombent dans le laxisme ou le colérique irrépressible, dans la démission.


Et toutes ces attitudes sont sans cesse perturbées, bouleversées par l'irruption du désir des adolescents, de leur désir d'être autres que ces « élèves » derrière leurs tables, interminablement, à longueur de journées grises, et las, tellement las de tous ces jeux."

Bande annonce du film (128').
Réalisateur : Laurent Cantet.
D'après le roman de François Bégaudeau.
Palme d'or au Festival de Cannes, 2008.