DANS LA MARGE

et pas seulement par les (dis) grâces de la géographie et de l'histoire...

mercredi 17 décembre 2008

P. 56. La 298

Après la 234...

Même étage du même bloc, mais la 234 et la 298 : deux antipodes qui s'ignorent.

La 234, c'était vraiment du style Vangelis. Agitation, bousculades, tintamarre. Addition agressive d'odeurs d'antiseptiques et de cuisine (enfin, ce mot est un rien usurpé). Lumière artificielle et cruelle. Une volée de stagiaires comme des étourneaux albinos. Quand même pas le cirque mais un stade de fin de division provinciale.
Pour plus de détails, (re)lire p. 28 en cliquant : ICI.



Tandis qu'un dédale avec profusion de confusions aboutissait finalement à la 298.
Ceci expliquerait-il le nombre nettement plus élevé de visites reçues dans cette chambre finistère (sans baie des trépassés) ?

La 298 avait un côté caverne.
Non seulement avec les baxters comme stalactites. Mais encore par les manifestations du monde extérieur. Pas des ombres. Mais uniquement des voix flottant dans le couloir.
Vous êtes à l'horizontale et ces voix semblent accrochées à des ballons tenus au bout de ficelles et qui ont pour nom : gsm (très théoriquement interdits en ces lieux et sous ces cieux).
En la circonstance, il semble que la nette majorité des bavards (é)lève le ton, force la note, martelle ses mots, comme pour faciliter le boulot des tables d'écoute.
Au fond du lit de la rivière hospitalière, cela donne de curieux dialogues à moitié amputés. Une couche de questions, puis une couche de silences approximatifs suivie d'une autre couche libérant des réactions vives ou déçues mais qui conduisent à d'autres interruptions...
Ainsi que la qualifierait Paul Hermant : une version "postmoderne" de la caverne de Platon. Des monologues juxtaposés avec des envols de chauve-souris.

Pour la 298, allumage des feux : 6h15 avec relevé de la météo personnelle (température) et bulletin des routes (pression des artères aussi bien urbaines que rurales).
A 17h15 : repas du soir (abonnement systématique aux tranches de jambon, comme si la porcherie provoquant des allergies au village, se rappelait ironiquement à mon souvenir).
Entre ces deux rendez-vous imposés et les débordant largement, lectures :
- Serge Bramly, Le premier principe. Le second principe (Lattès).
- Edouard Coeurdevey, Carnets de guerre 1914-1918 (Terre Humaine, Plon). Voir p. 55.
- Tony Hillerman, Porteurs d'eau, Voleur de temps et Dieu qui parle (Rivages Poches).
- Eric Holder, De loin, on dirait une île (Le Dilettante). Le blog Sylvie lectures vaut le détour en cliquant : ICI.
- Jules Romains, Prélude à Verdun et Verdun ( Les hommes de bonne volonté, T. 3, Bouquins, Laffont).
Au vu des volumes en tour de pise sur l'appui de fenêtre, une blouse blanche sud-américaine s'est exclamée, à la fois mi-moqueuse et mi-convaincue : "On peut dire que vous avez de l'orthographe, vous !" Encore une qui n'est pas lectrice de ce blog...

Mon sang n'ayant fait qu'un tour, j'ai tenté de ne pas le perdre (du moins froid). Dans cette chambre au coeur de Namur, pourquoi ne pas se réconcilier avec Pachelbel ? Grâce au Choeur de Chambre de Namur et à Jean Tubéry. Ou comment restituer à Pachelbel sa sensibilité, loin des marches au canon, des récupérations commerciales pour grandes surfaces et des sonneries pour fin de récréation sans portable.

D'autres versions (non publiables sur blog), proposent ce Canon en concert à l'église St-Loup de Namur. Alors que Félicien Rops lui faisait découvrir cette curiosité baroquement religieuse, Baudelaire s'affaissa sur les marches de l'église, pris d'un malaise cérébral qui le privera de la parole jusqu'au mot "fin", une année plus tard.

1 commentaire:

sylvie a dit…

Bonjour, et merci pour le lien :)
Le votre, sur mon blog, fonctionne très bien ;)