DANS LA MARGE

et pas seulement par les (dis) grâces de la géographie et de l'histoire...

mardi 25 novembre 2008

P. 51. Simone Veil à l'Académie française


Que d'ombres lors de la future réception officielle de Simone Veil à l'Académie française...
Ombres qui l'accompagnent depuis la Shoah.
Face à d'autres ombres, celles d'académiciens antisémites, curistes du régime de Vichy, condamnés pour "indignité nationale".

S'il n'y avait eu que Pétain et toute sa clique, la vie de Simone Veil, comme tant d'autres, ne pesait rien et aurait pu disparaître à Auschwitz. Une mort programmée qui marquait l'aboutissement de décennies d'antisémitisme forcéné. Puis la collaboration indigne avec l'occupant, lui-même obsédé par une volonté de "solution finale" vis-à-vis des juifs.

En 2008, la voici élue au siège n°13 de l'Académie française. Où notamment Pierre Loti et Paul Claudel la précédèrent. Oui, élue, femme, ministre ayant porté sous les insultes les plus basses le droit à l'interruption volontaire de grossesse en France, et juive. Ce qui lui fut cruellement rappelé lors du port obligatoire de l'étoile de David et des exclusions scolaires avant les convois vers Auschwitz...

Simone Veil :

- "Pour les anciens déportés, il n'y a pas de jour où nous ne pensions à la Shoah. Plus encore que les coups, les chiens qui nous harcelaient, l'épuisement, la faim, le froid et le sommeil, ce sont les humiliations destinées à nous priver de toute dignité humaine qui, aujourd'hui encore, demeurent le pire dans nos mémoires...
Je souhaite solennellement vous redire que la Shoah est "notre" mémoire et "votre" héritage."
Discours à l'Organisation des Nations unies, New York, 29 janvier 2007.


Quand elle sera reçue sous la Coupole, gageons qu'en frémiront encore des cadavres peu glorieux laissés dans les placards dorés de l'Académie.
Parmi ces fantômes blafards, se reconnaîtront entre autres :


Abel Bonnard (1883-1968). Photo : Académie française.
Elu en 1932.
D'abord Action française, ensuite membre du Parti populaire français de Doriot.
Président d'honneur (littérature) de Collaboration.
A partir d'avril 1942, ministre de l'Education nationale et de la Jeunesse.


- "Les juifs : pour eux, la politique, c’est la discorde à domicile. Benda dit qu’il voudrait une affaire Dreyfus éternisée : c’est là un témoignage sans prix du fait que les juifs ont besoin de la guerre civile. Ce sont les juifs qui introduisirent dans le corps de la France, dans la tour France, une âme étrangère, par le moyen de l’idéologie révolutionnaire, c’est-à-dire par la faute des Français.
.... Le mouvement antisémite n’aurait pas de sens s’il n’était l’expression unilatérale d’une renaissance.
... Les juifs demandent une société où il soit dit que les races n’existent pas. Cela est naturel, c’est la meilleure façon pour eux d’y glisser la leur. Ils réussissent comme race en disant qu’il n’y a pas de race.
... Les juifs sont autres. Ce fait est senti de tous. Il ne dépend pas de nous de changer leur vanité, leur orgueil, leur besoin de revanche, leur déséquilibre intime, nerveux, oriental.
1937 in Berlin, Hitler et moi. Inédits politiques, Ed. Avalon, 1987.


- "L'opinion n'est qu'une énorme femelle. Je reconnais et salue en vous l'élément mâle de la nation... Il y a les Juifs, prêts à détruire le monde, dans la rage et dans dépit de sentir qu'il leur échappe. Il y a les communistes, qui savent très bien ce qu'ils veulent. Il y a nous, qui le savons aussi."
Allocution aux chefs miliciens, 30 janvier 1943.


Pierre Gaxotte (1895-1982). Photo : Académie française.
Elu en 1953.
Historien de l'Action française, rédacteur en chef de Je suis partout.

- "Epurer nos trottoirs de la vermine cosmopolite qui y promène sa crasse."
"Tambour battant", Je suis partout, 29 septembre 1934.

- "Nos hôtes... les apaches, les sans patrie, les criminels, les spécialistes de la traite des blanches, les espions, les escrocs internationaux, les vendeurs de cocaïne, les profiteurs de la révolution, les pilleurs de magasins, tous ceux qui ont quelque part tué ou volé."
"La France envahie", Je suis partout, 13 octobre 1934.

Abel Hermant (1862-1950).
Elu en 1927.
Membre du Comité de la Légion des volontaires français contre le bolchevisme.
Signature dans la revue Deutschland-Frankreich et dans Combat, organe de la Milice.
Condamné à la dégradation nationale.
Reçu des subsides de l'Académie jusqu'à son décès malgré son exclusion pour "attitude contraire au devoir national".


Henri Massis, pseudonyme : Agathon (1886-1970). Photo : Académie française.
Elu en 1960.
Maurrassien de l'Action française.
Auteur de discours de Pétain (5 mars 1942...), rédacteur en chef puis directeur de la Revue Universelle, chargé de mission au secrétariat général de la Jeunesse, admirateur des autres dictateurs contemporains : Franco, Mussolini, Salazar (Plon, 1939).


Thierry Maulnier, pseudonyme de Jacques Talagrand (1909-1988). Photo : Académie française.
Elu en 1964.
Signature de l'Action française et de Je suis partout.

- "Il nous paraît opportun de dire avec tranquillité que nous nous sentons plus proche et plus aisément compris, d'un national-socialiste allemand que d'un pacifiste français."
Préface au Troisième Reich, Moeller Van Den Bruck, Paris, Redier, 1933, p. 16.

- "Il suffit de lire un discours du sauveteur du Portugal {Salazar} pour être sûr qu'aucune oeuvre n'a été plus délibérée, plus équilibrée, plus consciente, plus présente en même temps dans le moindre de ses détails et dans sa ligne la plus générale à l'homme qui s'accomplit."
"Les paroles de Salazar", La Revue universelle, mai 1937, p. 497.

Charles Maurras (1868-1952). Photo : Académie française.
Elu en 1938
Après sa condamnation à la "dégradation nationale", l'Académie a laissé son siège vacant jusqu'à sa mort.

- "La France contemporaine se décompose en trois fragments :
1°) Ce parti de l’Etranger qui sait ce qu’il veut et qui le veut bien ;
2°) Une masse amorphe, apathique, affairée, qui restera indifférente jusqu’à la catastrophe, étant presque sans opinion, étant presque sans inquiétude ;
3°) Un grand nombre d’honnêtes gens, de vieux Français, souvent aisés, quelquefois riches, véritable élite morale et mentale du pays, mais désorganisée, divisée, indécise. Minorité par rapport à la grande masse, elle forme une majorité écrasante par rapport au petit ramas de Métèques, de Juivaillons et de Huguenots dont elle est pourtant la sujette, faute de savoir au juste ce qu’elle veut, ou faute de vouloir ce qu’elle sait fort bien."
"Lettres à Edouard Drumont" (4e), La Libre Parole, 26 décembre 1902.

- "La nature des choses a fait de l'inégalité la condition même de la vie, de l'ordre, du progrès."
Démocratie. Aristrocratie. Histoire, 1905.

- "Mais vous êtes le Juif. Vous êtes l'Etranger. Vous êtes le produit du régime et de ses mystères. Vous venez des bas-fonds de police, des loges et, votre nom semble l'indiquer, des ghettos rhénans. [...] Vous êtes ainsi devenu, monsieur Abraham Schrameck, l'image exacte et pure du Tyran sur lequel les peuples opprimés ont exercé de tout temps leur droit... Nous vous tuerons comme un chien."
Lettre au Ministre de l'Intérieur Schramek, 1925 in Stéphane Giocante, Charles Maurras, Le chaos et l'ordre, Paris, Flammarion, 2006.

- "Comme la guillotine n'est pas mise à la disposition des bons citoyens, ni des citoyens logiques, il reste à dire à ces derniers : Vous avez quelque part un pistolet automatique, un revolver ou même un couteau de cuisine ? Cette arme, quelle qu'elle soit, devra servir contre les assassins de la paix dont vous avez la liste {les signataires du manifeste contre l'agression mussolinienne en Ethiopie}."
L'Action française, 13 octobre 1935.


Philippe Pétain (1856-1951). Photo : Académie française.
Elu en 1929.
Frappé d'"indignité nationale". Son siège à l'Académie n'a pas été pourvu jusqu'à son décès.

- "C'est dans l'honneur et pour maintenir l'unité française - une unité de dix siècles - dans le cadre d'une activité constructive du nouvel ordre européen, que j'entre aujourd'hui dans la voie de la collaboration."
Discours, 30 octobre 1940, suite de la rencontre Hitler-Pétain à Montoire.


2 commentaires:

D. Delmaire a dit…

Le plus indigne est que certains furent élus après 1945 !
D. Delmaire

Tania a dit…

Merci pour le lien, j'avais manqué ce billet.
Des ombres, il y en eut à cette réception, mais aussi de la lumière, non?
Je lirai certainement sa vie, pour la connaître davantage.