DANS LA MARGE

et pas seulement par les (dis) grâces de la géographie et de l'histoire...

jeudi 30 avril 2009

P. 108 : Fourmies, 1er mai 1891

Le Patronat n'y voulait pas de 1er mai :
à Fourmies,
il y eut dix morts...

Un fait d'armes du 145e de ligne de Maubeuge
et du 84e RI d'Avesnes.

Gravure censée illuster la fusillade de Fourmies (DR).

En 1891 (et depuis...), le choc des images ne s'encombre pas toujours de rigueur et d'éthique. Ainsi cette gravure (trop) souvent reprise sur des blogs. Ce serait le 1er mai sanglant de Fourmies.
De quoi donner froid et pas seulement dans le dos des historiens.
- Sur cette place : arbres, façades, vitrines commerçantes, ne correspondent en rien au Marché de Fourmies ni à la rue Elliot.
- Ici les violences sont réciproques.
- On voit même en avant plan (à gauche et à droite) deux manifestants revolver au poing. En définitive, les forces de "l'ordre" seraient en état de légitime défense face à une multitude d'adultes.
- Quant aux armes utilisées face à cette meute de manifestants, ce sont des épées et des revolvers. Pas l'ombre d'un fusil à l'horizon.

C'est tout faux ! Du n'importe quoi à la chaîne.

Carte postale ainsi légendée : FOURMIES (Nord) - Le 1er Mai 1891 (DR).

En réalité, le Patronat local avait déclaré l'état de guerre - littéralement - devant les annonces de manifestation ouvrière en date du 1er mai. Et ce dans une adresse annonçant clairement la couleur :

- "Considérant qu'un certain nombre d'ouvriers de la Région, égarés par quelques meneurs étrangers, poursuivent la réalisation d'un Programme qui amènerait à courte échéance la ruine de l'Industrie du pays (celle des patrons et aussi sûrement celle des travailleurs),

Considérant que dans les Réunions publiques, les excitations et les menaces CRIMINELLES des agitateurs ont atteint une limite qui force les chefs d'établissement à prendre des mesures défensives,

Considérant encore que nulle part les ouvriers n'ont été ni mieux traités, ni mieux rétribués que dans la région de Fourmies,

Les Industriels soussignés, abandonnant pour cette grave circonstance toutes les questions politiques et autres qui peuvent les diviser, prennent l'engagement d'honneur de se défendre COLLECTIVEMENT, SOLIDAIREMENT et PECUNIAIREMENT dans la guerre injustifiable et imméritée qu'on veut leur déclarer."


En foi de quoi, comme en témoigne la carte postale-photo reproduite plus haut, non seulement la gendarmerie est mobilisée mais aussi l'armée. Et dès le 1er mai matin, ignorant certainement que nulle part ailleurs on n'est mieux rétribué qu'eux, quatre premiers ouvriers sont arrêtés pour manifestation non autorisée.

Peu avant 18h30, tout va basculer en quelques instants.
Une foule d'environ 2 à 300 personnes, hommes, femmes et enfants, crie des slogans sociaux et appelle à la libération des quatre "camarades" retenus depuis des heures déjà. Des cailloux volent place du Marché. Des insultes aussi. Ni plus, ni moins...
En face. Des gendarmes à pied. D'autres à cheval. Mais surtout, en première ligne, les uniformes du 145e de ligne caserné à Maubeuge ainsi que ceux du 84e RI d'Avesnes.
L'officier le plus haut en grade, le commandant Chapus, prend la responsabilité d'ordonner, de hurler :
- " Feu ! Feu ! Feu rapide ! Visez le porte-drapeau !"
Et quand il appelle à un feu rapide, c'est parce que la troupe vient d'être dotée de fusils (de guerre, forcément) Lebel à neuf coups. Le nec plus ultra du progrès. Pour une armée rêvant d'une revanche sur 1870.


Gravure plus fidèle aux faits. Entre la troupe qui vient de canarder et les manifestants touchés ou en fuite éperdue, l'abbé Margerin. Brandissant une croix, il appelle au cessez-le-feu (DR).

L'inauguration des fusils Lebel s'est soldée, si l'on peut écrire, par dix morts.
L'intensité et la sauvagerie de cette mise en joue de civils est attestée par le nombre de projectiles ayant atteint les victimes : 32 balles de guerre pour 9 morts.
Quant aux âges et aux sexes des cadavres relevés après le coup de sang de la troupe, ils démontrent que les soldats ne pouvaient se sentir en danger réel. Ils ont tué non pour se défendre mais pour réprimer au prix de vies d'innocents :

- Maria Blondeau, 18 ans, une balle dans la tête,
- Emile Cornaille, 11 ans, une balle au cœur,
- Ernestine Diot, 17 ans, une balle dans l’œil droit, une dans le cou, cinq autres encore dans le corps,
- Kléber Giloteaux, 19 ans, cinq balles dont trois dans la poitrine,
- Louise Hublet, 20 ans, deux balles au front et une 3e dans l’oreille,
- Charles Leroy, 20 ans, trois balles,
- Gustave Pestiaux, 14 ans, deux balles dans la tête, une 3e dans la poitrine,
- Emile Ségaux, 30 ans, cinq balles,
- Félicie Tonnelier, 16 ans, une balle dans l’œil gauche, trois autres dans la tête

et Camille Latour, 46 ans, mort le 2 mai des suites de la fusillade.


Selon les critères administratifs de l'époque, huit victimes sur dix étaient des mineurs d'âge. Dont cinq jeunes femmes. Et deux gamins de 11 et de 14 ans...

La Bataille socialiste :

- "La place du marché, sur laquelle la foule s’était rassemblée, avait été appelée : place Lebel ; la rue Elliot où tombèrent les victimes, ” la rue du crime “. Un cabaretier fit monter en bronze une balle qui l’avait frappé, dans une porte d’armoire, avec l’inscription : ” Preuve du 1er Mai 1891, j’ai fait des victimes “.
Tout Fourmies participa aux obsèques des neuf cadavres ; on refusa l’accès du cimetière au maire et aux conseillers municipaux. Quant aux familles des victimes, elles refusèrent l’argent offert par les autorités municipales pour les frais des funérailles et leurs besoins; les ouvriers apportèrent les sommes recueillies par souscription. Autour de Fourmies, étaient différents centres industriels avec une population de 2 à 5.000 habitants, éloignés de quelques lieues. De toutes ces villes, des délégations vinrent à l’enterrement ; de grands centres comme Lille et Roubaix envoyèrent des couronnes et des délégués. Le cimetière est devenu un lieu de pèlerinage où chaque dimanche accourent des travailleurs des villages avoisinants pour déposer des gerbes sur les tombes des victimes. Toute une semaine, le travail cessa à Fourmies. Dans les centres industriels, des grèves éclatèrent pour des augmentations de salaires, réduction de la journée du travail, abolition des décrets des fabricants, congédiements des chefs brutaux. Toute la contrée entra en ébullition."
("La boucherie de Fourmies du 1er mai", (Lafargue).


Maria Blondeau. Tombée sous les balles alors qu'elle était vêtue de blanc, avec encore en main le bouquet de 1er mai offert par son fiancé.
Son portrait sur un détail de son acte de décès à Fourmies (Montage JEA / DR).

Parmi les chansons populaires qui répandirent en France cette histoire sanglante : celle des Fiancés du Nord, paroles de René Esse et musique de Gaston Maquis.

I
Ils étaient du même village,
Ils s'aimaient tous deux tendrement.
De s'unir par le mariage,
Tous deux s'étaient fait le serment.
Le Gars, travailleur énergique
Comme son père était mineur ;
Elle, ouvrière de fabrique,
Pour tout bien n'avait que l'honneur.

Elle était jeune et belle ;
Il était grand et fort ;
Chacun se les rappelle
"Les Fiancés du Nord". (bis)

II
Quand ils passaient devant l'Eglise,
Tous les deux relevaient leurs fronts.
Lui, murmurait à sa promise :
"C'est là que nous nous marierons"
"Si tu veux, Pierre", ajoutait-elle,
"Ce sera pour le mois de Mai ;
Mois où la nature est belle,
Où tout dans l'air est embaumé".

"Si tu veux", disait Pierre,
En l'embrassant bien fort !
Qu'ils étaient beaux naguère,
Les Fiancés du Nord !

III
Avril vit la fin de leur rêve,
Adieu, les beaux jours sont finis !
Voici, soudain, qu'un vent de grève
A soufflé sur tout le pays !
L'homme, l'enfant, même la femme,
Fatigués de trop durs labeurs,
S'arrêtent, et chacun réclame
Les justes droits des travailleurs.

Dans ces jours de tristesse
Que leur importe l'or ?
L'amour est la richesse
Des Fiancés du Nord !

IV
Il rayonnait comme une aurore,
Le premier jour du mois des fleurs ;
Ce jour où la France déplore
Le plus grand de tous les malheurs !
Devant l'église, dans la foule
Ils étaient dans les premiers rangs !
La poudre parle ! le sang coule !
Et tous deux tombent expirants !

O sinistre hécatombe
Que chacun pleure encor,
Les voilà dans la tombe,
Les Fiancés du Nord !

V
Le lendemain, la foule entière,
Suivant les parents en grand deuil,
Accompagnait au cimetière
Ceux qu'avait unis le cercueil.
Les pinsons à la voix sonore
Roucoulaient des sons éclatants,
Et partout on voyait éclore,
Les premières fleurs du printemps !

Elle était jeune et belle ;
Il était grand et fort.
Chacun se les rappelle,
Les Fiancés du Nord.

Carte postale : FOURMIES (Nord) - Monument des victimes du 1er Mai 1891 (DR).

mercredi 29 avril 2009

P. 107. Machaut, Ronsard, Barbara, Iam... autant de printemps

Photo JEA (DR).

Ceci écrit gentiment,
les Bourgeois (citoyens de Bourges) ne possédent pas
le monopole des bouffées musicales de printemps...

ou

les générations trépassent tandis
que les printemps se surpassent !

- XIVe (siècle) :
Guillaume de Machaut






- XVIe s. :
Ronsard






- j'ai voulu par passe temps ce printemps
vous montrer estre fragile
afin de vous corriger et changer
sans estre plus inutile...


- XXe :
Barbara

- Voilà combien de jours, voilà combien de nuits,
Voilà combien de temps que tu es reparti,
Tu m'as dit cette fois, c'est le dernier voyage,
Pour nos cœurs déchirés, c'est le dernier naufrage,
Au printemps, tu verras, je serai de retour,
Le printemps, c'est joli pour se parler d'amour,
Nous irons voir ensemble les jardins refleuris,
Et déambulerons dans les rues de Paris,

Dis, quand reviendras-tu,
Dis, au moins le sais-tu,
Que tout le temps qui passe,
Ne se rattrape guère,
Que tout le temps perdu,
Ne se rattrape plus,

Le printemps s'est enfui depuis longtemps déjà,
Craquent les feuilles mortes, brûlent les feux de bois,
A voir Paris si beau dans cette fin d'automne,
Soudain je m'alanguis, je rêve, je frissonne,
Je tangue, je chavire, et comme la rengaine,
Je vais, je viens, je vire, je me tourne, je me traîne,
Ton image me hante, je te parle tout bas,
Et j'ai le mal d'amour, et j'ai le mal de toi,

Dis, quand reviendras-tu,
Dis, au moins le sais-tu,
Que tout le temps qui passe,
Ne se rattrape guère,
Que tout le temps perdu,
Ne se rattrape plus,

J'ai beau t'aimer encore, j'ai beau t'aimer toujours,
J'ai beau n'aimer que toi, j'ai beau t'aimer d'amour,
Si tu ne comprends pas qu'il te faut revenir,
Je ferai de nous deux mes plus beaux souvenirs,
Je reprendrai la route, le monde m'émerveille,
J'irai me réchauffer à un autre soleil,
Je ne suis pas de celles qui meurent de chagrin,
Je n'ai pas la vertu des femmes de marins,

Dis, quand reviendras-tu,
Dis, au moins le sais-tu,
Que tout le temps qui passe,
Ne se rattrape guère,
Que tout le temps perdu,
Ne se rattrape plus...





- XXIe :
Iam

Comme quoi la vie finalement nous a tous embarqués,
J'en place une pour les bouts de choux, fraîchement débarqués
A croire que jusqu'à présent, en hiver on vivait
Vu qu'c'est le printemps, à chaque fois que leurs sourires apparaissent
Je revois le mien en extase, premier jouet téléguidé
Déguisé en cosmonaute, souhait presque réalisé, instant sacralisé
Trésor de mon coeur jamais épuisé, pour mon âme apaisante, Alizée.

Revoir le rayon d'lumière, transpercer les nuages,
Après la pluie, la chaleur étouffante assécher la tuile
Revoir encore une fois, l'croissant lunaire embraser la nuit
Embrasser mes anges, quand l'soleil s'noie
Faire du sommeil une terre vierge, converser dehors sous les
Cierges, revoir son sourire au lever quand j'émerge, sur
Au-delà des turpitudes, des dures habitudes de l'hiver
Peut être mon enveloppe de môme, abrite un coeur d'Gulliver
Revoir les trésors naturels de l'univers, douce ballerine
L'hirondelle fonde son nid dans mes songes, sublime galerie
A ciel ouvert, les djouns rampent à couvert, nous à l'air libre
Mais les pierres horribles, cachent souvent des gemmes superbes
Sous le couvercle
Revoir la terre s'ouvrir, dévoiler la mer
Solitaire dans la chambre, sous la lumière qu'les volets lacèrent
Impatient de l'attendre, c'printemps en décembre, en laissant
Ces mots dans les cendres, de ces années amères

Chorus.

La patience est un arbre, dont la racine est amère et l'fruit doux
J'aimerais revoir mes premiers pas, mes premiers rendez vous
Quand j'pensais, qu'la vie, pouvait rien nous offrir, à part des sous
Maintenant j'sais qu'ca s'résume pas à ca, et qu'c'est un tout,
L'tout est d'savoir, voir, penser, avancer, foncer
On sait qu'le temps, dans c'monde n'est pas notre allié
J'aimerais revoir, l'instant unique, qu'a fait d'moi un père
Un homme, un mari, on m'aurait dit ca avant, j'aurais pas t'nu l'pari
Normal dans mon coeur, y avait la tempête, les pression et l'orage
Et pas beaucoup d'monde qui pouvait supporter cette rage
J'aimerais revoir, ces pages, où on apprenait la vie, sans dérapage
L'partage d'l'évolution, à qui j'rends hommage, loin des typhons
J'aimerais revoir, l'premier sourire, d'mon fiston, mon coeur
D'puis c'jour là, j'me sens fier, c'beau gosse, c'est ma grandeur
Un printemps éternel, une source intarissable, plein d'couleurs
C'est l'jardin d'Eden, qui m'protège d'mes douleurs,
Revoir l'époque où y avait qu'des pelés sur le goudron s'arrachant
Autant de printemps répondant à l'appel d'un air innocent
Moins pressé d'aller à l'école pour les cours que pour les potes
S'y trouvant revoir les parties de bille sous le préau se faisant avec acharnement
Tendre moment jalousement gardé comme tous
Avènement d'une jeune pousse que l'on couvre d'amour…
Pour que rien ne salisse mille fleurs jaillissent
Dès que son sourire m'éclabousse ca m'électrise cette
Racine va devenir chêne massif sève de métisse
Annoncant le renouveau le retour de mes printemps
A travers les siens et construire les siens pour qu'un jour
Il puisse les revivre à son tour
Comme volant à mon secours ces graines fleurissent
Dans ma tete quand la grisaille
Persiste mur d'images refoulant mes tempêtes
(Voir un printemps superbe à nouveau fleurir).




lundi 27 avril 2009

P. 106. L'hiver est parti à la cloche de bois

Main arthrosée du poirier offrant un bia bouquet. Photo JEA (DR).

S'imaginant encore ado et jouant à l'Apollinaire
renard famélique disparu du pays fagnard
l'hiver est parti à la cloche de bois
...
encore une nuit de gelées trompeuses
et dans les draps brumeux de l'aurore
se sont invitées des hirondelles prématurées.

Redevenu sauvage, le poirier du Rouge Ventre
accepte néanmoins que ma main
se paume
sur ses écorces écorchées
par des piverts alcoolos rigolos
qui picolent pour conjurer leurs vertiges.

Question creusée par les piverts d'ici (pici viridi). Photo JEA (DR).

S'il vous plaît, laissez-vous surprendre
par les herbes qui se veulent tendres
à tous les passages clandestins
et ne vous moquez pas des merles communards
qui recherchent dans le noyaux des cerises
la nostalgie d'un temps massacré.

Balbutiant, le printemps hésitant
ne ménage pas pour autant les ombres
des horizons en poussières
...
ceux que n'arrêtent pas les remords
des barbelés épiques
pressentent-ils tout leur bonheur ?

Vert l'avenir. Photo JEA (DR).

vendredi 24 avril 2009

P. 105. Léopold De Hulster : lettre depuis la prison de Namur

Portrait et graphisme (DR).

Léopold De Hulster :
- Seraing, 19 septembre 1899,
- Mauthausen, 22 décembre 1944.

Après la Maison de la Laïcité de Namur qui lui consacra une plaquette en 2007 (1), une émission de "La Pensée et les Hommes" sur les ondes de la RTBF (2) vient de rappeler les traces à la fois profondes et légères laissées par Léopold De Hulster, mort d'épuisement à Mauthausen.
Empreintes très personnelles sur les pages déchirées et déchirantes de la vraie résistance belge. Mais encore traînées d'encre têtue d'un journalisme pauvre mais honnête. Chiffon au rouge passé du socialisme quand il s'appelait sans complexe Parti Ouvrier Belge. Eau non bénite d'une laïcité namuroise en terre bien gardée d'évêché.

Léopold De Hulster : mineur de fond, sabotier, verrier, responsable d'union coopérative, journaliste (succédant à mon grand-père maternel), raisonnablement fou d'éducation ouvrière, échevin populaire sans jamais tomber dans le populisme, précurseur des Centres d'orientation psycho-médico-sociaux de la province de Namur... Pas un touche-à-tout mais toujours un passionné, un engagé, un bâtisseur et un bel idéaliste.

Dès l'occupation nazie, il brisa aussitôt sa plume, refusant d'écrire un seul mot sous contrôle allemand ou qui plus aurait été, en collaborant à leur service. Seuls "L'Espoir", "Le Peuple" et "Le Monde du Travail" portèrent dans la clandestinité ses articles. Une clandestinité intégrant une reconstruction souterraine mais active du socialisme. Plus la démoralisation organisée des troupes du IIIe Reich via le réseau Porcupine Mandrill dont il portait la responsabilité pour les provinces de Namur et du Luxembourg.

Dénoncé (c'est un fait avéré), Léopold De Hulster fut arrêté le 30 juin 1944 à son bureau de l'Office d'orientation professionnelle à Saint-Servais. La Gestapo de l'avenue de Stassart s'empare ensuite de son épouse, Jeanne Delsine.
Mis derrière les barreaux de la prison de Namur, le résistant écrit à ses deux enfants, Paulette et Luc. Sur du papier à cigarettes. C'est ce dernier courrier que va porter cette page du blog :

Chers petits enfants,

Je suis certain que le grand malheur qui vous a privé d'un coup de votre maman chérie et de votre papa, aura influencé votre caractère et que vous êtes manitenant de grands enfants qui savent ce que c'est qu'une grande peine.

Mes petits, votre papa est en prison pour avoir fait ce qu'il considérait être son devoir.


Malgré le grand chagrin que j'éprouve d'être séparé de vous et de savoir votre maman en prison, votre papa ne regrette pas le travail qu'il a accompli contre l'ennemi de notre pays.

Vous apprendrez plus tard que le devoir passe avant même les plus grandes affections. Je vous aime cependant plus que ma vie que je donnerais cent fois pour conserver la vôtre, mais j'ai accompli mon devoir comme un soldat en essayant d'oublier que vous étiez là. Si le travail effectué par votre papa a pu aider à quelque chose, il accepte la punition qui lui est infligée sans se plaindre. Je n'ai qu'un regret, celui-là très dur, c'est de savoir votre maman dans cette sombre prison. Aimez-là bien. Pensez souvent à elle et j'espère un peu à votre papa. Travaillez bien. Etudiez autant que vous pouvez. Il faut, quand votre maman vous retrouvera, que vous ayiez fait de grands progrès.

Vous n'êtes plus que vous deux, il faut bien vous aimer et vous aider. Ne soyez pas tristes. Maman sortira bientôt de la prison, vous serz encore heurex. Votre papa ne désespère pas de vous revoir aussi et de vous embrasser, comme il le fait chaque fois sur les photos qu'il a de vous.

Mes deux chéris, votre papa pense à vous sans cesse ; nous nous retrouverons tous ensemble.

Bons baisers.
Papa.

Mauthausen, déportés avant l'épouillage (DR).

Jeanne de Hulster, née le 11 septembre 1906, avait de qui tenir. Elle était fille de Léon Delsinne, carrier puis ouvrier carrossier qui a force d'études, devint directeur de l'Ecole Ouvrière supérieure et directeur politique du quotidien "Le Peuple".
Active également dans la résistance - ainsi la protection d'aviateurs alliés abattus -, elle est donc arrêtée le 30 juin 1944. Après interrogatoire de la Gestapo, Jeanne De Hulster est déportée à Cologne puis à Ravensbrück. A sa libération, le 14 mai 1945, elle ne pèse plus que 38 kg...
Son décès remonte au 16 juin 1995. Elle termina sa carrière professionnelle au poste d'inspectrice de l'Enseignement.


NOTES :

(1) Edition Michel Paus, Président de la Maison de la Laïcité de Namur, septembre 2007, 20 p.
(2) Radio-Télévision Belge Francophone (service public).

A l'exception de Mauthausen, crédit photos : Jacquy Marchal, Clément Thonet.

mercredi 22 avril 2009

P. 104. Pour que la censure à la RATP continue à faire un tabac !


Si Monsieur Hulot
prend des vacances sans fin
la censure de la RATP, elle,
est d'une débilité illimitée...

La page 102 de ce blog a répercuté les bruits des ciseaux de la censure à la mode RATP. Saccageant les affiches de Mon Oncle pour en retirer cette horreur sans nom : une pipe déjà éteinte en 1975 (et qu'il faudrait enterrer rétroactivement).

Au nombre des autres blogs et sites qui ont répondu à l'absurdité triomphante par la dérision grinçante - cette politesse des tolérants actifes -, ceux-ci valent quelques détours :

- Biffures chroniques : Et hop ! Rapidité, à l’américaine !

http://biffureschroniques.typepad.fr/biffures_chroniques/2009/04/et-hop-rapidit%C3%A9-%C3%A0-lam%C3%A9ricaine-.html

- Chronique de Paul Hermant : RTBF, 21 avril

http://www.rtbf.be/info/matin-premiere/la-chronique-de-paul-hermant-100842

- Le Chasse-clou : Casse-pipe chez M Hulot

http://dominiquehasselmann.blog.lemonde.fr/2009/04/20/casse-pipe-chez-m-hulot/

- Mifazzablog's : la pipe de mon oncle

http://mifazzablog.wordpress.com/2009/04/20/la-pipe-de-mon-oncle/

Comme par hasard, un grand silence - approbateur ou dédaigneux - règne dans des milieux qui se veulent bien-pensants et respectueux de l'ordre. La censure, l'aurait-il bue dans leur lait maternel ?

Pour leur entr'ouvrir les yeux et jouer au délateur auprès des services juridico-censureux de la RATP, voici quelques photographies relevant de l'histoire militaire de la France. Oui, mon colon, pas des gauchos fumistes bobos droidelhommistes. Mais des décorations et des galons comme s'il en pleuvait. Même des bâtons de maréchaux sortis des musettes. Des gloires dont il faut savoir qu'elles ne sont plus intouchables.

Car ces documents authentiques deviennent au moins aussi sulfureux que la poésie de Tati. Ils appellent, selon les critères rigoureux de la RATP, des retouches dignes de l'URSS. Vous savez, quand disparaîssaient des photos tout ce qui n'était plus en odeur de sainteté stalinienne au Kremlin (non Bicêtre). Faut évacuer vite fait bien fait toutes ces cigarettes, toutes ces pipes incongrues : faites la guerre mais sans rideau de fumées.

Donc nous donnons du travail à la RATP en lui dénonçant publiquement :

- Philippe, futur amiral-arme,
- Le cou de Massu dans le Fezzan en 1941,
- Lattre entre deux de...
- Juin qui n'a jamais tâté du cannabis,
- Les dernières cigarettes pour les condamnés de Dien Bien Phu,
- Bigeard, vous avez dit ?

Montage JEA (DR).

Et l'exemple devant venir d'en haut, nous dénonçons encore et avec une volupté presque perverse, deux Présidents de la République. A la RATP de bidouiller soigneusement les documents d'époque. Pour que ces portraits jadis officiels redeviennent publiables.

Tati vient de perdre sa pipe pour un moulinet. Reste à suggérer respectueusement que le Général porte sa croix de Lorraine en lieu et place d'une vulgaire cigarette. Tandis que son successeur, Pompidou, allumerait discrètement une bombe à retardement

Montage JEA (DR).

Dans un proche avenir, le service juridique de la RATP ne va pas non plus se priver d'entrer dans les plumes de la littérature française. Vaste tâche d'hygiène mentale et publique. Pour ne pas décourager ces zélés manieurs de ciseaux, ne sont dénoncés ici que sept têtes de pipe :

- Malraux, Simenon, Camus, Max-Pol Fouchet (j'y tenais beaucoup), Fallet, Sartre et les yeux dans les yeux, Prévert.

Montage JEA (DR).

Cette page du blog n'a pas un demi-jour que tombe un commentaire de Loïs de Murphy :
la RATP vient encore de tirer plus vite que son ombre !!!

En effet, la régie publicitaire de la RATP se sent pousser des ailes en forme de ciseaux. Elle persiste et signe de manière obsessionnelle. Au tour de la cinéaste Anne Fontaine d'être fusillée à vue. Pensez-vous. Sa Coco bientôt Chanel (sous les traits d'Audrey Toutou) porte une cigarette entamée sur les affiches du film. Donc la RATP en réflexe conditionné, exige une autre affiche de la Production... Certes pas avec une flûte de champagne en lieu et place de la cigarette, sinon nous tomberions du tabagisme dans l'alcoolisme ?
Pardon, mais on finit par verser dans un certain révisionnisme. Soit une reconstruction bidon mais volontaire de l'histoire. Chanel, femme publique, fumait sans s'en cacher et sans grande modération. Son image en est inséparable. Sans contestation possible (les débats sur les dangers du tabac appartiennent à un autre ordre, ils ne sont vraiment plus d'actualité pour Mme Chanel sauf son respect). Faudrait-il le camoufler en la barbouillant de plumes et de goudron (autre que celui du tabac) ???

Au suivant, au suivant... La dernière (pour combien de temps ?) cible que n'a pas râtée la RATP.

lundi 20 avril 2009

P. 103. Bois dont sont faites les Ardennes...

Matin givré. Photo : JEA (DR).

Toponymie (11) : Bois ardennais.

Bois d’Aise, d’Andouillet, d’Angecourt, d’Apremont, d’Armageat, d’Arreux, d’Autrecourt,
d’Eclaumont, d’Enelle, d’Estrebay,
d’Horva, d’Hurlenterne, d’Iges, d’Ocriat.


Bois de Baâlons, de Barbaise, de Bâtard, de Bertrimont, de Bièvres, de Blanchampagne, de Bouderolle, de Briancourt, de Bronelle,
de Chagny, de Charlemoine,
de Doncquenay,
de Famenne, de Fontaine Olive, de Francheval, de Franclieu,
de Gesly, de Girondelle, de Godron, de Grandchamp, de Gruyères,
de Haye,
de Lamécourt, de Lévrezy,
de Malmaison, de Malval, de Ménimont,
de Nagasse, de Narcy, de Néparcy, de Neuvizy,
de Pierrepont, de Pure, de Pouilly,
de Saint-Loup, de Saint-Pierremont, de Saucy, de Sommauthe, de Sorby, de Sourcillon-Fontaine, de Sousmont, de Suzanne,
de Tarzy, de Thelonne, de Thénorgues, de Touly,
de Villaine, de Woaygnie.

Crépuscule descendu en flammes. Photo : JEA (DR).

Bois de la Basse Perny, de la Berlière, de la Boulinerie,
de la Cassine, de la Chanelle, de la Chatelée, de la Conge, de la Cout, de la Crête Pérard, de la Croix Rolland, de la Croûte,
de la Demoiselle, de la Digue,
de la Falizette, de la Férée, de la Flache au Baquet, de la Fontaine, de la Fortelle, de la Foucauderie, de la Fourche, de Fromy,
de la Garenne, de la Grande Basse, de la Grange aux Bois, de la Grosse Tête Roland,
de la Hame, de la Hart, de la Haye, de la Horgne, de la Houillerie, de la Houssière, de la Huarde,
de la Linette,
de la Maison Rouge,de la Marfée,
de la Noue du Coq,
de la Perouselle, de la Poulette, de la Prée,
de la Riotte, de la Roche, de la Rouchette,
de la Tommelle, de la Tranchée,
de la Vigne, de la Wame.

Bois de l’Etang Fourchu.

Bois des Anes, des Assimonts,
des Beaux Sarts, des Bondes, des Boulettes, des Boulis,
des Cerceaux, des Champeaux, des Chats, des Cinq Communes,
des Etots,
des Faches, des Grands Fagnamonts,
des Hazelles, des Hingues, des Houdelimonts,
des Ivis,
des Minières, des Moines, des Montants,
des Ourliquettes, des Poules,
des Rappes, des Rigaux, des Roberts, des Roches,
des Seigneurs,
des Usages,
des Vassaux.

Sous-bois plu-vieux. Photo : JEA (DR).

Bois du Bailet, du Belloy, du Bochet, du Boursier,
du Chêne Ferré, du Chênet, du Chesne, du Clos Berteau,
du Flavier, du Fond Collet, du Fond de Limon, du Four,
du Gard, du Gouvernement,
du Haut Bouly,
du Juge,
du Laurier, du Loup,
du Melier, du Mont des Bœufs,
du Pierge, du Pont Canel, du Pont Géraché, du Pour, du Prévôt,
du Roi, du Rond Buisson, du Rossignol,
du Sou, du Sure,
du Tronquis, du Trou Caillou,

Bois Baligane, Billaude, Blanc, Bossart, Bouleau, Briot, Brûlé,
Bois Carbonnet, Champagne, Charlemagne, Chevalier, Cocatry, Coinde, Condé, Corréaux, Cornet,
Bois Devillers,
Bois Frésier,
Bois Gerfaux, Grand’Mère,
Bois Harouty, Huet, Hutin,
Bois Jean d’Haybes,
Bois Luquet,
Bois Marie-Louise, Mazarin, Murguet,
Bois Péchenard, Planté, Pottier,
Bois Rond Caillou,
Bois Tayen.

Bois la Dame, l’Agace, l’Ecuyer, le Duc, le Franc Bois, le Petit Bourgogne, les Barbières, les Tapées, les Usages.

En souvenir de Cendrars. Photo : JEA (DR).

Georges Brassens : "Auprès de mon arbre..."


vendredi 17 avril 2009

P. 102. La censure tire à la pipe sur Tati

Magritte (DR).

Touche pas à la pipe de mon oncle...

Si ceci n'est pas une pipe, par contre cela est bien une censure de la RATP. De celles qui participent automatiquement au concours de la plus débile d'entre elles, de la plus inefficace, la plus inculte...

Le service juridique de Metrobus, la régie publicitaire de la RATP, vient de remporter très haut la main une palme en matière d'Anastasie. En interdisant sur 2000 affiches de la Cinémathèque française, la présence d'une pipe dans la bouche de Jacques Tati, une image extraite de "Mon oncle" (lire la page 41 de ce blog). Comme le film ne peut être mis au bûcher, du moins l'inquisition de la RATP en frappe-t-elle une photo.
Motif ? La loi Evin qui veille à éviter toute pub relative au tabagisme. Une loi de 1991 appliquée de manière rétroactive à un film de... 1958.
A "censure ridicule, réponse ridicule" a répondu la Cinémathèque qui a remplacé la pipe litigueuse par un moulin à vent...

L'affiche que vous ne verrez pas dans les emplacements publicitaires du réseau RATP... (DR)

Sylvain Lapoix :

- "Du bout des lèvres, le fantaisiste Jacques Tati, auquel est consacrée l'exposition de la Cinémathèque, a scandalisé les bonnes âmes de la régie pub des transports Metrobus qui ont substitué à la pipe un stupide moulin à vent. Oh qu'il est bien rodé l'argumentaire du partenaire de l'exposition : la loi Evin imposerait d'éviter aux chastes yeux la vue d'une pipe, d'une cigarette ou d'autres appendices tabagiques. Une pudibonderie d'autant plus grotesque que, si Jacques Tati clopait au point de ne pouvoir se passer de sa pipe pendant qu'il tournait, son personnage de M. Hulot est l'archétype du rêveur sans vice qui sème dans son quotidien une poésie du geste, qui adoucit la violence de la vie moderne et l'absurdité des conventions sociales. Mais pour la Ratp, la barbarie est ailleurs. Dans la pipe."
(marianne 2, 16 avril).


Pierre Assouline :

- "Les tenants de la nouvelle tyrannie viennent de couper la chique à Jacques Tati. Ils lui ont retiré sa pipe, laquelle était vissée entre ses dents depuis sa naissance ou presque. Imagine-t-on Georges Simenon sans sa pipe ou Humphrey Bogart sans sa clope ? Impensable tant l’appendice à volutes fait partie de leur personnage. C’est ce crime contre l’esprit dont vient d’être victime l’immortel auteur de Playtime. Un méchant gag dont il serait le premier à rire même si, dans sa satire de notre vie moderne dans ce qu’elle a de plus absurde, il n’aurait jamais imaginé qu’on en arriverait là."
(la république des livres, 13 avril 2009).


Montage JEA (DR) : autant d'affiches de films de Tati, autant de cibles pour les censeurs tatiphobes ou du moins pipophobes de la RATP.

La Ligue des Droits de l'Homme s'est fendue d'une pétition qui n'est pas un gag :

- "La loi Evin interdit toute propagande ou publicité, directe ou indirecte, en faveur du tabac ou des produits du tabac. Hulot, personnage créé par Jacques Tati, fumait la pipe. La loi Evin date de 1991.Tati est mort avant la loi Evin. La SNCF et la RATP n’en ont cure (pipe évidemment). Considérant que la photographie de Tati jouant Hulot sur son solex, extraite du film « Mon oncle », serait une infraction à la loi, suivant en cela une « jurisprudence » établie hors des tribunaux par la BNF et Gallimard qui avaient supprimé la cigarette de Sartre sur le catalogue de l’exposition consacrée à ce dernier, et celle de la Poste procédant à la même suppression pour Malraux sur un timbre (ce qui par parenthèse montre que la taille de l’objectus delictii ne fait rien à l’affaire), elles ont décidé d’affubler le tuyau (de pipe) d’une ridicule et jaune hélice à vent. Voilà donc des œuvres (un film, une photographie) révisées et dénaturées, d’une double manière.
Dans leur interprétation, d’abord. Décider que la photographie retouchée serait une publicité ou une propagande pour le tabac est un contresens, le sujet étant tout autre, et la fantaisie de Tati franchement incompatible avec cette assimilation absurde.
Pour satisfaire aux fourches caudines du fantasme du risque zéro d’infraction à la loi, la précaution consiste en outre à changer le sens de la photographie, sans égard pour le droit de l’auteur pour l’intégrité de son œuvre. Or non seulement l’image qui sert d’affiche pour l’exposition qui commence à la Cinémathèque est changée, mais comme elle est un extrait du film, elle n’y correspond plus, car on ne verra pas dans ce dernier l’hélice au bout de la pipe de Tati.
En est-on bien sûr ? Après tout, pourquoi s’arrêter en si bon chemin ? Ne verra-t-on pas les zélés du politiquement correct exiger que l’hélice soit incrustée image par image dans le film lui-même ? La liberté de création suppose que l’on respecte les œuvres, et qu’on n’en change pas le sens. Il en va de l’intérêt du public, et, dans une société démocratique, on ne se comporte pas comme au temps où Staline faisait supprimer d’une photographie un opposant qu’il avait «écarté». On ne refait pas l’histoire des images, et l’Observatoire de la liberté de création demande à la RATP et à la SNCF de refaire les affiches de l’exposition en respectant l’image originelle, telle que l’a voulue l’auteur."

Si votre signature se sent des envies pétitionnaires :

http://www.ldh-france.org/Petition-contre-la-censure-de-la


mercredi 15 avril 2009

P. 101. Brèves (15) : Avril 1927, 1941, 1943, 1945 et 2002


Robert Desnos (1900-1945). A dr. : détail d'un portrait par Man Ray. A g. : peu avant sa mort par épuisement au camp libéré de Theresienstadt, le 8 juin 1945 (Montage JEA / DR).

25 avril 1927.

Lettre de Maurice Henry à Robert Desnos :


- "…moi je jette ma tête sur tous les trottoirs
parce que
…parce que je vois le phare et que le phare c’est toi
avec tes yeux qui tournent au dessus du ciel
tes yeux qui éclairent ma route
toutes les bornes portent ton nom Robert Desnos
je n’ai pas besoin de laisser derrière moi des petits cailloux blancs
puisque je n’ai pas peur
et que je sais que cette route mène à l’inconnu."


(Anne Egger, Robert Desnos, Fayard, 2007, 1165 p.).

__________

Xavier Vallat (1891-1972), Commissaire Général aux Questions Juives dans le gouvernement de Vichy entre 1941 et 1942 (DR).

Oran, le 2 avril 1941.

Lettre du Syndicat des Grossistes-colporteurs de tabacs – Oran
à Monsieur Xavier Vallat, Commissaire Général aux Questions Juives – Vichy :

- "(…) cette affaire (…) a pour acteur le juif multimillionnaire, Elie d’Abraham Dahan, usurier notoire, néfastement connu sur la place d’Oran, où ses méfaits ne sont plus à compter.
Ce dernier, usant de sa roublardise maîtresse, agit encore à l’heure actuelle comme au temps ou Israël était grand maître. Dépositaire exclusif de la S. A. Française Caussemille d’Alger, le juif Dahan, par une manœuvre habile a établi une liste de répartition des Allumettes, liste agréée par le Service du Ravitaillement Général d’Oran, où amertume nous y trouvons, sur 104 Clients qu’il dessert à Oran-Ville, 62 juifs, 32 catholiques et 10 musulmans. Or, dans la branche Epicerie-Tabacs d’Oran-Ville, il se trouve que les Juifs ne sont pas légion, environ 5% de la totalité des Epiciers-Tabacs d’Oran-Ville, contrairement à ce qui se produit pour d’autres genres de commerce (bazar, étoffes, etc…). Il ressort nettement que le juif Dahan a tenu et tient encore à favoriser ses coreligionnaires, au détriment des loyales populations françaises et musulmanes.
(…) Nous vous prions très respectueusement, Monsieur le Commissaire Général, de bien vouloir nous aider à débarrasser la ville d’Oran du juif Dahan."


(André Halimi, La délation sous l’occupation, Ed. Alain Moreau, 1983, 306 p.)
.

___________Varsovie, photo de l'insurrection du Ghetto (DR).

Varsovie, 19 avril 1943.

Manuscrit de Zila Rennert :

- "Insurrection du ghetto de Varsovie. La nouvelle se répandit comme une traînée de poudre dans la ville. Je fus prise de panique quand la Gestapo quadrilla la cité et que les patrouilles se multiplièrent à la recherche d’éventuels fuyards du ghetto. L’écho des canons assourdissait toute la ville, et les Polonais ne parlaient que de cet événement incroyable : la résistance acharnée que les Juifs opposaient aux troupes nazies. Les remarques des Polonais étaient très variées. Certains, comme les Pawlowski, plaignaient les Juifs encerclés de toute part et exprimaient leur admiration pour le courage des résistants et des combattants. D’autres, au moment où le ghetto flambait, se réjouissaient, et je les ai entendus de mes propres oreilles dans les rues ou dans les champs de Mokotow, applaudir en disant :
-Regardez, les youpins brûlent !
Et ils riaient…
Moi, je dis à ma fille :
-Ina, regarde bien ce ciel rouge, ce sont des maisons qui brûlent dans le ghetto où se trouve toute une population juive, des hommes, des femmes, des enfants. N’oublie jamais ce ciel écarlate, cette fumée noire et ce bruit de canons. Ce sont des gens comme toi et moi qui meurent, des innocents."

(Zila Rennert, Trois wagons à bestiaux. D’une guerre à l’autre à travers l’Europe centrale. 1914-1946, Phébus libretto, 2008, 341 p.)

__________

Défilé de la Milice. Maréchal, les voilà ! (DR).

Fin du mois d’avril 1945.

Journal d’André Chamson ( la Reconquête) :

- "Tout à la fin du mois d’avril, j’eus l’occasion de visiter un camp de prisonniers du côté de Lindau. Ces prisonniers n’étaient pas des soldats de la Wermacht, mais de weerwolfs et des miliciens français, parmi lesquels certains portaient un uniforme allemand dont la manche s’ornait d’un petit drapeau tricolore. La plupart de ces hommes ne valaient pas la peine qu’on perde son temps à les interroger (…). Un seul attira mon attention . C’était un officier, digne malgré sa servitude, avec un visage d’homme.
-Comment, lui dis-je, avez-vous pu partir avec ce ramassis de minables ? Comment avez-vous pu servir contre votre pays ?
L’homme me regarda dans les yeux. Je crus qu’il n’allait pas me répondre. Il semblait hésiter, puis il me dit lentement :
-J’ai suivi le Maréchal, mon commandant… Qui aurait pu croire risquer de sortir du devoir en obéissant au vainqueur de Verdun ?
Il y eut un creux de silence. Je sentais une sorte de pitié naître en moi, et je me disais que le vrai coupable, que les vrais coupables n’étaient pas dans cette prison (…).
J’ai peut-être eu tort de me laisser attendrir. Puisque cet homme est de mon pays, il aurait fallu le voir quand la milice pourchassait le maquis de l’Aigoual jusque dans les solitudes du Méjean, aidait les nazis à pendre haut et court les résistants blessés de Saint-Hippolyte, et précipitait les vaincus dans la bouche horrible du puits de mine abandonné de Célas."

(André Chamson, Les livres de guerre, omnibus, 2005, 762 p.)

__________

Caricature JEA (DR).

22 avril 2002.

Journal de Françoise Giroud :


- "Frivole… C’est le mot qui m’est immédiatement venu à l’esprit en apprenant le résultat du premier tour de l’élection présidentielle. J’ai oublié qui a parlé de « la France, nation frivole et légère… » Peut-être Voltaire.
C’est exactement cela : 40 millions d’électeurs, dont 28% ne se sont pas dérangés, ont créé ensemble les conditions nécessaires à l’agonie de la Ve République avec sa Constitution un peu monarchique, certes, mais qui contenait ses turbulences (…) Quand on pense que les Français ont osé donner des leçons aux Italiens !
La gauche est morte, en tout cas provisoirement (…)
Sitôt les résultats connus, Jospin a annoncé qu’il se retirait de la vie politique (…) pendant la campagne, il a été un bon professeur, mais pas un capitaine (…)
J’ai vu trop d’élections dans ma longue vie pour ne pas prendre celle-ci aussi avec sang-froid.
On ne verra pas Le Pen à l’Elysée – enfin, pas tout de suite : encore une minute, Monsieur le bourreau ! On peut présumer que la grande masse lui préférera Chirac, fût-ce en s’y résignant (…)
Enfin, quand les prodromes du fascisme percent, il faut se rappeler que tous les chefs fascistes ont commencé par être élus, et que lorsqu’ils se démasquent, c’est trop tard…"

(François Giroud, Demain, déjà. Journal 2000-2003, Fayard, 2003, 422 p.).

samedi 11 avril 2009

P. 100. Présences de Laurence Thirion

Le bateau livre, graphisme JEA (DR).

Deux années durant, Laurence fut élève sur le banc de l'une mes classes. Et plus encore, embarquée comme louve de fleuves sur une péniche au pavois marquant la fin des examens. Pour deux navigations illustrant la "douceur mosane" et pour une échappée en pays parallèle de Loire. Elle lisait comme d'autres respirent. Tête dans les nuages des pages. Ombre glissant sur l'eau complice, Παντα ρει και ουδεν μενει. Jusqu'à cette fête de la musique, dans un Charleville méconnaissable, où elle disparut vraiment. Partie à la recherche d'un Rimbaud peut-être de retour, incognito et resté aussi inspiré que désespéré.
En résumé, en notre Athénée, sa classe dégustait avec un appétit juvénile le Boris Vian du Goûter des généraux puis, avec elle, la péniche devenait bateau livre.
Depuis, il nous arrive volontairement d'accoster encore aux mêmes rives. Le temps d'apprendre que nous ne rajeunissons pas et que là n'est point l'essentiel.
Mais voici qu'elle publie pour, à son tour, offrir à lire à de futures louvettes, elles qui pousseront d'autres fleuves à quitter leur lit.

Cette présentation personnelle n'a certes pas la rigueur de la page quatre de son premier opus. Quand sa maison d'Edition se montre plus précisément prosaïque :

- "Née à Bruxelles en 1978, romaniste et professeur de français, Laurence Thirion enseigne depuis dix ans. Elle a principalement travaillé dans les Hautes Ecoles de Tournai, Namur et Liège.
Mère de deux petites filles, elle vit actuellement dans la région namuroise, en Belgique. "Absences" est son premier roman."

En couverture : Laurence Thirion, La Roque (détail), 2000.

Laurence Thirion,
Absences,
Ed. Memory Press, Tenneville, 2009, 127 p., 15 Euros.

4e de couverture :

- "Sept maisons en tout et pour tout dont deux en ruines et pas un chat dehors."
Michel, un enseignant bruxellois découragé, a trouvé dans un hameau du Larzac un désert pour faire le deuil de Paul, son fils de vingt-huit ans.
Par delà la mort, l'espace, les générations, des liens se tissent et perpétuent la vie."

De ces trois personnages-clefs (ils entrouvrent quelques coffres à voyage intérieur du roman),
- le Larzac, dos tourné aux cartes postales,
- Michel, le père confronté à cette aberration du temps inversé qu'est la mort de son fils,
- Paul, le fils parti en laissant des vides définitifs,
voici les deux premiers en quelques lignes :

- "La neige tombait de plus en plus épaisse. Cinq jours déjà. Les routes n'avaient pas été dégagées. La commune n'était pas équipée. Francis, le cantonnier, faisait ce qu'il pouvait pour nettoyer les chemins mais son âge le rendait inefficace. Quelques hommes du village s'étaient portés volontaires, leurs bras et leur courage n'auraient cependant pas pu les mener loin. Le ciel restait couvert, menaçant. Le soir, les tempêtes se déchaînaient et, le lendemain, tout était de nouveau absolument blanc. L'épicerie ne vendait plus de pain depuis cinq jours, les gens avaient acheté les derniers paquets de biscottes et se nourrissaient de conserves. Certains tuaient un de leurs lapins. L'enthousiasme des premiers jours était tombé et l'inquiétude se faisait plus présente.
(...) Malheureusement, depuis une semaine, l'école était fermée. L'instituteur de Lodève n'avait pu se déplacer.
(...) Le Maire se rendit donc au mazet. Michel accepterait-il d'enseigner aux enfants de six à onze ans ? Et pourrait-il ne pas se limiter au français mais également leur donner quelques rudiments de calcul, le temps que la météo s'apaise, que les choses s'arrangent ?
Ce projet amusa Michel. Il n'avait jamais enseigné à des enfants de cet âge et certainement pas à des gamins des campagnes qui ne connaissaient même pas le cinéma !

(...) Le premier jour de classe, Michel comprit rapidement que le travail lui faisait du bien. Parce qu'il avait eu à apaiser les querelles des uns et les chagrins des autres, parce que, devant lui, vingt-quatre têtes bienveillantes et enthousiastes le regardant, il avait mis sa vie à lui entre parenthèses le temps de donner cours. "
(P. 105-109).

Laurence Thirion au Larzac (DR).

Le Larzac, Michel, Paul (en filigrane), Sarah aussi. Professeur de littérature comme Michel. Amoureuse amputée à la vie à la mort de Paul. Aucunement résignée. A vif donc. Avec des moments à bout de souffle. De Bruxelles, elle écrit au père :

- "Cher Monsieur,

... amusant... il lui avait déjà dit plusieurs fois qu'elle pouvait l'appeler Michel et, malgré cela, Sarah continuait à lui servir du "Monsieur"...

Je vous envoie ce petit mot rapide pour vous donner quelques nouvelles même si je n'ai pas vraiment le coeur à écrire... Voici que la moitié de mes vacances est passée et je ne me sens toujours pas reposée. La fatigue n'est pas physique, je pense, mais plutôt psychologique... Je fais le bilan... Cette année scolaire n'a pas été très enthousiasmante, je n'y ai rencontré que des élèves démotivants qui ne connaissent du français que cette vulgarité que vous imaginez.
Je n'ai pas grand moral...
L'entente avec Antoine {son compagnon} est difficile pour l'instant, ça n'arrange évidemment pas les choses. J'ai envie d'un enfant et, lui, aimerait attendre encore... Tout cela me rend bien triste..."
(P. 72).

Vous l'aurez compris. Ce roman, c'est aussi ce qu'il reste de la vie quand la mort n'a pas mis de gants pour se montrer particulièrement indifférente aux douleurs et aux malheurs qu'elle sème à tous vents mauvais.
Sur le Larzac aussi, les saisons tournent en rond. Obstinément. Et la nature ne va pas montrer plus de respect aux hommes que ceux-ci ne lui en réservent.
Les sentiments peuvent être incroyablement forts, sincères, néanmoins le sable du temps les absorbe comme il boit toutes les larmes, même de sang ou encore d'encre.

Aux Absences du livre, répondent en reflets qui se croisent, s'apprécient ou ne se retournent pas, des personnages tels que :
- Foulcamp, chien au moins aussi bâtard que son maître ;
- un berger au "pas traînant, identique à celui des élèves" de Michel ;
- Marie qui ne laisse pas mourir de faim (attention à ses crèpes au Roquefort) les gens du coin et les rares passants ;
- Catherine, "un peu bohème" et beaucoup présente. Son fils, Tanguy, aura presque les derniers mots du roman ;
- Manuel, passion (éphémère ?!?) de Catherine, un peu d'océan dans les yeux ;
- Pierre que des gendarmes ne supporteront pas en liberté ;
- et Claire, épouse de l'un, enfant de l'autre : "le même prénom renfermait des promesses de bonheur". Réponse à cette énigme page 127...

Laurence Thirion (Graphisme : JEA. DR).

jeudi 9 avril 2009

P. 99. Lettre ouverte aux spectateurs citoyens

Film de Chantal Akerman (1). Demain on déménage... mais aujourd'hui, on conteste. DR.

Lettre ouverte avec les signatures de :
Chantal Akerman (1), Christophe Honoré (2), Jean-Pierre Limosin (3), Zina Modiano (4), Gaël Morel (5), Victoria Abril, Catherine Deneuve, Louis Garrel (6), Yann Gonzalez, Clotilde Hesme (7), Chiara Mastroianni (8), Agathe Berman (9) et Paulo Branco (10).

- "Artistes et producteurs engagés, nous nous sommes dévoués tout au long de notre carrière à la promotion d’un cinéma différent, un cinéma ouvert et exigeant.
Vous avez fait vivre nos œuvres, les portant, les reconnaissant ou les rejetant. Tout au long de notre carrière, nous avons poursuivi la même ambition  : diffuser notre travail et le partager avec vous. Tout au long de notre carrière, mille obstacles se sont présentés à nous, qu’ils aient été techniques, matériels ou économiques.
Aujourd’hui, nous avons la chance de vivre une révolution numérique qui nous permettra, dans un futur très proche, de lever nombre de ces obstacles et d’ouvrir notre cinéma à toutes et à tous.
Aujourd’hui, certains craignent cette révolution et craignent pour leur monopole. La loi Création et Internet répond à une angoisse légitime, que nous partageons  : celle de voir les œuvres dévalorisées et ­dégradées par leur diffusion piratée sur ­Internet.
Pourtant, cette loi, qui prétend se poser en défenseur de la création, ne fait qu’instaurer un mécanisme de sanctions à la constitutionnalité douteuse et au fonctionnement fumeux.
Fruit d’un lobbying massif, fondée sur la présomption de culpabilité, la loi Création et Internet crée l’Hadopi, une haute autorité contrôlée par l’exécutif et qui pourra, sans qu’aucune preuve fiable ne soit apportée et sans qu’aucun recours gracieux ne soit possible, couper durant une durée extensible à l’infini la connexion Internet d’un usager.
Pis, et contrairement à ce qui a été écrit ici et là, aucune disposition législative ne prévoit que cette procédure se substitue aux pour­suites pénales et civiles, faisant de la double peine une réalité envisageable."


Film de Jean-Pierre Limosin (3). DR.

"Alors que le Parlement européen vient, pour la troisième fois en quelques mois et à la quasi-unanimité, de qualifier l’accès à Internet de droit fondamental, alors qu’aux Etats-Unis le modèle de riposte « graduée » se fissure et que le reste du monde met l’accent sur la poursuite de ceux qui font commerce du piratage, le gouvernement français s’obstine à voir dans les utilisateurs, dans les spectateurs, des enfants immatures à l’origine de tous les maux de l’industrie ­cinématographique.
Démagogique, techniquement inappli­cable, bêtement ignorante des nouveaux procédés de téléchargement et purement répressive, cette loi est aussi un rendez-vous manqué. Ne prévoyant aucune forme de rétribution nouvelle pour les ayants droit, la loi Création et Internet ne s’adresse ni au cinéma dans sa diversité, ni aux spectateurs. Ne constituant qu’une ultime et vaine tentative d’éradiquer le piratage par la sanction, sans se soucier de créer une offre de téléchargement légale, abordable et ouverte sur Internet, elle ne répond à aucun des défis aujourd’hui posés par les nouvelles technologies, alors même qu’une réaction créative et forte de l’industrie cinématographique et des autorités de tutelle dans leur ensemble s’imposait."


Les chansons d'amour de Christophe Honoré (2) avec Louis Garrel (6), Chiara Mastroianni (8) et Clotilde Hesme (7), producteur : Paulo Branco (10). A toute vitesse de Gaël Morel (5). DR.

"Nous ne nous reconnaissons pas dans cette démarche, et appelons à un changement des mentalités. Craindre Internet est une erreur que nous ne nous pouvons plus nous permettre de faire. Il est temps d’accepter et de nous adapter à ce « nouveau monde » où l’accès à la culture perd son caractère discriminatoire et cesser de vouloir en faire une société virtuelle de surveillance où tout un chacun se sentirait traqué.
Que ce soit par un système de licence globale ou par le développement d’une plateforme unifiée de téléchargement des œuvres à prix accessibles et sans DRM, il faut dès aujourd’hui des réponses posi­tives à ce nouveau défi, et se montrer à la hauteur des attentes des spectateurs. L’heure est à la réinvention et à l’émerveillement, et non pas à l’instauration d’un énième dispositif répressif."


La Vie Privée, film de Zina Modiano (4). Production Paulo Branco (10). DR.

"Conscients de la nécessité qu’éprouvent les ayants droit, dont nous sommes, à trouver de nouveaux modes de rétribution et d’en finir avec le piratage.
Confrontés à un dispositif essentiellement conservateur, ­liberticide et démagogique qui ne s’attaque à aucun des enjeux réels de la révolution numérique et ignore ­volontairement les intérêts du cinéma d’auteur. Et en réaction aux nombreuses tribunes rédigées par des institutions et des lobbies s’exprimant au nom d’une profession qu’ils ne représentent que partiellement.
Nous, cinéastes, producteurs et acteurs, marquons avec cette adresse notre refus du dispositif Hadopi et de la loi création et Internet.
Nous appelons tous les amoureux du ­cinéma et des libertés, de la création et de la diversité à faire entendre leur voix auprès de leurs représentants afin d’abandonner tant qu’il est encore temps le dispositif Hadopi et de mettre en place un système plus juste, équilibré et prenant en compte les intérêts de tous."

Contact  : brancojuan@gmail.com

Lettre ouverte parue dans Libération, le 7 avril 2009.

Eric Stabiak, violoniste, rencontre Agathe Berman (9), un film de Stephan Rabinovitch.

A noter qu'il ne fait pas bon, pour des parlementaires français, s'opposer à ce projet Hadopi. La Ministre de la Culture, Mme Albanel, n'a pas hésité à comparer sans détours des députés et des sénateurs certes critiques... à des séides de la GESTAPO !!! Pour s'en offusquer et s'en indigner à haute et intelligible voix.

C'est hélas devenu presque banal que de recourir ainsi à des anachronismes abscons. Et d'agiter des rapprochements, des assimilations les plus injustes, les plus insultants pour mieux enfumer les débats démocratiques en prenant soin de les écarter de leurs vrais sujets.

Car enfin. Voilà bien une Ministre de la République, et de la Culture s'il vous plaît, qui compare des élus de la même République à des flics d'une police politique et secrète, à des tortionnaires, à des agents d'une dictature des plus sanglantes...

Reste à espérer que la Lettre ouverte publiée ci-avant ne soit pas comparée, elle, disons à Mein Kampf ???



Et soudain, quel coup de théâtre après que cette page ait été publiée. Adopté ce jeudi matin par le Sénat, le texte est rejeté l'après-midi même par les députés à :
- 21 voix contre,
- 15 voix pour !!!
A première vue, les députés de la majorité ne se sont pas bousculés au portillon parlementaire pour apporter leurs votes à Mme la Ministre Albanel. Espérons que de dépit, celle-ci ne va se sentir obligée de comparer le Parlement au Reischtag.
Sa sortie solitaire de l'hémicycle n'a rien de glorieux.



Du moins un hebdo a-t-il voulu mettre du baume au coeur de la Ministre. Celle-ci peut effectivement faire archiver par ses services culturels Le Point de ce 9 avril. Et ouvrir ce journal de référence quand elle éprouvera trop de spleen.
En effet, cet hebdo s'est trompé tout bonnement d'une semaine. Confondant 1er et 9 avril, il affirme sans sourciller que la loi a été adoptée. Sourire alabanelien à l'appui. En réalité, un poisson diablement avarié ou un faux et usage de faux...

Le Point de ce 9 avril, un point trop n'en faut !!!

mardi 7 avril 2009

P. 98. Même les brebis sont résistantes au Larzac

C'est à l'armée que le Larzac devait être servi sur un plateau.
Après mai 68, l'occupation militaire des causses a été remise en cause par des contestataires (mal)traités de gauchistes-utopistes.
Puis en 81, tandis que des capitaux émigraient glorieusement en Suisse, que des visionnaires annonçaient la proche descente des Champs-Elysées par des chars russes... en sens contraire, la peine de mort mourait de sa lugubre mort, les CRS cessaient de noyer les femmes de Plogoff sous des nuages de gaz lacrimogènes, et le Larzac devenait arc-en-ciel et non kaki.

1970-2009 : le Larzac dans un documentaire de Catherine Pozzo di Borgio.
"Les éleveurs de brebis et de chèvres ne ressemblent pas à la caricature à gros sabots qu’on fait parfois d’eux". (1)


Synopsis :

- "Le Larzac aujourd’hui, avec ses habitants au caractère bien trempé, ses paysages magnifiques et ses brebis. Tableau subjectif d’un lieu unique, fortement marqué par les luttes des années 70. Une terre reconquise à l’armée où les paysans d’alors et de nouveaux venus continuent à se battre pour une agriculture saine et un monde meilleur. L’exemple d’une utopie devenue réalité."


Thomas Sotinel :

- "Ces brebis résistantes ont été élevées sur le Larzac. Il y a un tiers de siècle, l'armée française tentait d'en exproprier une poignée de paysans (103 familles, exactement) afin d'agrandir un camp d'entraînement. En ce temps-là, on manifestait contre l'ouverture des installations militaires, pas contre leur fermeture. Après que l'Etat français eut concédé sa défaite, par la voix de François Mitterrand, les terres expropriées furent rendues aux exploitants qui les mirent en valeur collectivement.
Qu'est devenu ce kibboutz-kolkhoze occitan ? Comment ont vieilli les anciens combattants ? Que produit-on et comment sur le plateau ?

A toutes ces questions, Les brebis font de la résistance apporte des réponses réconfortantes."
(Le Monde, 31 mars 2009).


Photo symbolique du film. Le Larzac n'est pas un musée ni une réserve naturelle de la contestation (DR).

Margot Deschamps, Vincent Chirol, Ludovic Veru :

- "Il était une fois, dans le centre de la France, au début des années 70, quelques irréductibles fermiers (dont l’un aux gauloises moustaches deviendra célèbre –à vous de deviner-) qui firent front à la décision de l’implantation d’une base militaire sur leurs terres natales, pourtant arides, mais aussi nourricières…
Juste après mai 68, cette résistance à l’installation de l’armée sur des terrains ruraux authentiques confédéra toute une génération, du hippie anti-militariste au notable engagé mais désabusé par l’ère qu’il vivait.
Beaucoup de sujets sont évoqués dans le film, mais le thème principal du documentaire de Catherine Pozzo di Borgo montre ce grand mouvement solidaire, voire révolutionnaire comme peut l’être tout combat.
Aujourd’hui, le Larzac est presque devenu synonyme de militantisme, car ce microcosme de paysans têtus a vaincu les barrières de l’administration. Les enfants de ces familles de fermiers perpétuent le symbole d’un travail et d’une vie associative comme nulle part ailleurs. Leurs parents avaient raison tandis que d’autres les considéraient comme de joyeux « allumés ». Car depuis presque quarante ans (eh oui, déjà..), ces pionniers Larzaciens ont laissé la priorité à l’exploitation artisanale, bio et écolo avant les autres. Et ça fonctionne toujours comme ça !
D’ailleurs, probablement par atavisme, les descendants des « combattants » de la première heure continuent à se battre, cette fois contre les décisions parfois extravagantes prises à Bruxelles… « coûteux, moche, inefficace » comme ils disent. Mais qui veut des subventions doit aussi se contraindre à quelques concessions…
Et puis, les brebis sont toujours là, c’est le principal.« …on n’a rien fait de super…on n’a fait que de croire qu’on pouvait gagner. » Parole de paysan !
Au fait, maintenant, avez-vous deviné quel est ce célèbre moustachu larzacien ?Allez voir le film…et vous saurez ! Quant à ceux qui ont connu cette époque où les brebis sont venues brouter le Champ de Mars sous la Tour Eiffel, ils verront beaucoup de souvenirs remonter à la surface, comme un grand bol d’air de campagne. Et pour les plus jeunes, c’est un petit cours d’histoire de France."
(LaTéléLibre.fr, 31 mars).


Ni bouseux d'opérette, ni vedette : paysan du Larzac (Photo du film / DR).

Mathilde Blottière :

- "A l'heure de la mondialisation dévorante, la documentariste Catherine Pozzo di Borgo cherche sur place ce qu'il reste de la ferveur résistante des années 70. A la rencontre des habitants, vieux briscards et nouveaux venus, elle tente de saisir l'esprit du lieu, en éclairant le présent à la lumière du passé.
Nouveau paradis champêtre des bobos fous de bio, lieu de ralliement de tous les « alter » de France et d'ailleurs, cette « fournaise » à l'activité associative bouillonnante milite aujourd'hui contre l'agriculture productiviste. D'où une savoureuse galerie de portraits, des utopistes inventifs aux têtes de mule à grand coeur, en passant par les ex-citadins ravis de la crèche..."
(Télérama, 4 avril).

Photo du film (DR).

Jean-Luc Porquet (1) :

- "Catherine Pozzo di Borgio est allée voir ce qui se passe aujourd’hui sur ces terres arrachées à l’armée. Et le tableau qu’elle brosse au fil des rencontres est passionnant : les éleveurs de brebis et de chèvres ne ressemblent pas à la caricature à gros sabots qu’on fait parfois d’eux, ils sont en prise avec la modernité, mais continuent d’inventer, de s’interroger, de refuses l’agriculture et l’élevage normalisés, de jouer collectif.

Revigorant."
(Le Canard enchaîné, 1 avril).


Bande annonce du film.