DANS LA MARGE

et pas seulement par les (dis) grâces de la géographie et de l'histoire...

vendredi 17 avril 2009

P. 102. La censure tire à la pipe sur Tati

Magritte (DR).

Touche pas à la pipe de mon oncle...

Si ceci n'est pas une pipe, par contre cela est bien une censure de la RATP. De celles qui participent automatiquement au concours de la plus débile d'entre elles, de la plus inefficace, la plus inculte...

Le service juridique de Metrobus, la régie publicitaire de la RATP, vient de remporter très haut la main une palme en matière d'Anastasie. En interdisant sur 2000 affiches de la Cinémathèque française, la présence d'une pipe dans la bouche de Jacques Tati, une image extraite de "Mon oncle" (lire la page 41 de ce blog). Comme le film ne peut être mis au bûcher, du moins l'inquisition de la RATP en frappe-t-elle une photo.
Motif ? La loi Evin qui veille à éviter toute pub relative au tabagisme. Une loi de 1991 appliquée de manière rétroactive à un film de... 1958.
A "censure ridicule, réponse ridicule" a répondu la Cinémathèque qui a remplacé la pipe litigueuse par un moulin à vent...

L'affiche que vous ne verrez pas dans les emplacements publicitaires du réseau RATP... (DR)

Sylvain Lapoix :

- "Du bout des lèvres, le fantaisiste Jacques Tati, auquel est consacrée l'exposition de la Cinémathèque, a scandalisé les bonnes âmes de la régie pub des transports Metrobus qui ont substitué à la pipe un stupide moulin à vent. Oh qu'il est bien rodé l'argumentaire du partenaire de l'exposition : la loi Evin imposerait d'éviter aux chastes yeux la vue d'une pipe, d'une cigarette ou d'autres appendices tabagiques. Une pudibonderie d'autant plus grotesque que, si Jacques Tati clopait au point de ne pouvoir se passer de sa pipe pendant qu'il tournait, son personnage de M. Hulot est l'archétype du rêveur sans vice qui sème dans son quotidien une poésie du geste, qui adoucit la violence de la vie moderne et l'absurdité des conventions sociales. Mais pour la Ratp, la barbarie est ailleurs. Dans la pipe."
(marianne 2, 16 avril).


Pierre Assouline :

- "Les tenants de la nouvelle tyrannie viennent de couper la chique à Jacques Tati. Ils lui ont retiré sa pipe, laquelle était vissée entre ses dents depuis sa naissance ou presque. Imagine-t-on Georges Simenon sans sa pipe ou Humphrey Bogart sans sa clope ? Impensable tant l’appendice à volutes fait partie de leur personnage. C’est ce crime contre l’esprit dont vient d’être victime l’immortel auteur de Playtime. Un méchant gag dont il serait le premier à rire même si, dans sa satire de notre vie moderne dans ce qu’elle a de plus absurde, il n’aurait jamais imaginé qu’on en arriverait là."
(la république des livres, 13 avril 2009).


Montage JEA (DR) : autant d'affiches de films de Tati, autant de cibles pour les censeurs tatiphobes ou du moins pipophobes de la RATP.

La Ligue des Droits de l'Homme s'est fendue d'une pétition qui n'est pas un gag :

- "La loi Evin interdit toute propagande ou publicité, directe ou indirecte, en faveur du tabac ou des produits du tabac. Hulot, personnage créé par Jacques Tati, fumait la pipe. La loi Evin date de 1991.Tati est mort avant la loi Evin. La SNCF et la RATP n’en ont cure (pipe évidemment). Considérant que la photographie de Tati jouant Hulot sur son solex, extraite du film « Mon oncle », serait une infraction à la loi, suivant en cela une « jurisprudence » établie hors des tribunaux par la BNF et Gallimard qui avaient supprimé la cigarette de Sartre sur le catalogue de l’exposition consacrée à ce dernier, et celle de la Poste procédant à la même suppression pour Malraux sur un timbre (ce qui par parenthèse montre que la taille de l’objectus delictii ne fait rien à l’affaire), elles ont décidé d’affubler le tuyau (de pipe) d’une ridicule et jaune hélice à vent. Voilà donc des œuvres (un film, une photographie) révisées et dénaturées, d’une double manière.
Dans leur interprétation, d’abord. Décider que la photographie retouchée serait une publicité ou une propagande pour le tabac est un contresens, le sujet étant tout autre, et la fantaisie de Tati franchement incompatible avec cette assimilation absurde.
Pour satisfaire aux fourches caudines du fantasme du risque zéro d’infraction à la loi, la précaution consiste en outre à changer le sens de la photographie, sans égard pour le droit de l’auteur pour l’intégrité de son œuvre. Or non seulement l’image qui sert d’affiche pour l’exposition qui commence à la Cinémathèque est changée, mais comme elle est un extrait du film, elle n’y correspond plus, car on ne verra pas dans ce dernier l’hélice au bout de la pipe de Tati.
En est-on bien sûr ? Après tout, pourquoi s’arrêter en si bon chemin ? Ne verra-t-on pas les zélés du politiquement correct exiger que l’hélice soit incrustée image par image dans le film lui-même ? La liberté de création suppose que l’on respecte les œuvres, et qu’on n’en change pas le sens. Il en va de l’intérêt du public, et, dans une société démocratique, on ne se comporte pas comme au temps où Staline faisait supprimer d’une photographie un opposant qu’il avait «écarté». On ne refait pas l’histoire des images, et l’Observatoire de la liberté de création demande à la RATP et à la SNCF de refaire les affiches de l’exposition en respectant l’image originelle, telle que l’a voulue l’auteur."

Si votre signature se sent des envies pétitionnaires :

http://www.ldh-france.org/Petition-contre-la-censure-de-la


2 commentaires:

Cactus homme lézard a dit…

en plus je suis le premier sur TATI , z'êtes un chef , vous !
merci pour tout .......... et que les commentaires pleuvent ICI !
Sissi !

C. Watson a dit…

Aïe JEA/JEA Cactus : je ne comprends plus, where can I post my comment ?