DANS LA MARGE

et pas seulement par les (dis) grâces de la géographie et de l'histoire...

mercredi 28 avril 2010

P. 274. 25 avril 1974 : la révolution des oeillets

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LIBERDAD, banderole du 25 avril 1974 (Graph. JEA / DR).

25 avril 1974 : Portugal
des militaires
font tomber une dictature de 46 ans
pour remettre le pouvoir
à la démocratie

Ce n'est pas si loin dans les mémoires. Au Portugal : Salazar entama sa dictature en 1933. Et passa intact à travers notamment la Seconde guerre mondiale. Pour finir "paisiblement" dans son lit en 1970. Le sang des libertés massacrées nourrit l'espérance de vie nuisible d'un tel vampire.
Dès avant sa mort, le système personnalisé alors par le Dr Caetano, avait soigneusement prolongé l'encagement du pays, ne doutant pas de bénéficier encore de décennies d'oppression devant lui.

Il était minuit vingt minutes, le 25 avril 1974.
A la radio jusque-là aux ordres de la dictature, la voix de Zeca Afonso. Il chante : "Grândola, vila morena". C'est le signal d'une révolution qui débute. Sans victimes. La dictature s'écroulera en deux jours seulement...

- "Grândola, vila morena
Terra da fraternidade
O povo é quem mais ordena
Dentro de ti, ó cidade
Dentro de ti, ó cidade
O povo é quem mais ordena
Terra da fraternidade
Grândola, vila morena
Em cada esquina um amigo
Em cada rosto igualdade
Grândola, vila morena
Terra da fraternidade
Terra da fraternidade
Grândola, vila morena
Em cada rosto igualdade
O povo é quem mais ordena
À sombra duma azinheira
Que já não sabia a idade
Jurei ter por companheira
Grândola a tua vontade
Grândola a tua vontade
Jurei ter por companheira
À sombra duma azinheira
Que já não sabia a idade."

- "Grândola, ville brune
Terre de fraternité
Seul le peuple est souverain
En ton sein, ô cité
En ton sein, ô cité
Seul le peuple est souverain
Terre de fraternité
Grândola, ville brune
A chaque coin un ami
Sur chaque visage, l’égalité
Grândola, ville brune
Terre de fraternité
Terre de fraternité
Grândola, ville brune
Sur chaque visage, l’égalité
Seul le peuple est souverain
A l’ombre d’un chêne vert
Dont je ne connaissais plus l'âge
J’ai juré d’avoir pour compagne
Grândola, ta volonté
Grândola, ta volonté
J’ai juré de l'avoir pour compagne
A l’ombre d’un chêne vert

Dont je ne connaissais plus l'âge."

Il est vraiment rare en histoire de pouvoir proposer, de retenir un moment aussi précis : jour, date, heure et lieu où, sans conteste, tout bascule. Pour cette révolution pacifique des oeillets au Portugal, la diffusion de cette chanson marque bien le début de la fin fulgurante du Salazarisme.

Menée par des militaires, une révolution qui choisit l'oeillet pour symbole, décidément, au Portugal, tout fut exceptionnel (DR).

Le Monde s'empresse d'envoyer un reporter chevronné à Lisbonne pour couvrir cette sortie de l'isolement du Portugal, son retour par la grande porte à la démocratie.

Dominique Pouchin :

- "Finalmente !" (enfin) : la mine rougeaude du douanier de service au poste frontière d'Elvas s'éclaire d'un large sourire. Il n'ajoute pas un mot. Il a déjà tout dit (...).
On ne parle pas à Lisbonne de révolution, et les rares personnes qui se risquent à écrire le mot utilisent prudemment les guillemets. L'armée a pris le pouvoir : une "junte de salut national" a été formée, un programme démocratique publié et des mesures immédiates de libéralisation ont été appliquées. Le peuple, lui, n'a joué aucun rôle décisif, même si dans les grandes villes il n'a rien caché de ses sentiments (...).

L'enthousiasme des premières heures passé, il faudra, selon l'expression de M. Raul Rego, directeur de Republica, journal d'opposition socialiste, "songer sérieusement à l'avenir du Portugal", un effort proche dont les étapes essentielles sont dores et déjà planifiées par le "programme" présenté le 26 avril par la junte. Ce programme a incontestablement surpris les milieux d'opposition de gauche qui ne s'attendaient pas à ce que les mesures immédiates fussent aussi "radicales" : abolition de la censure et du contrôle préalable, dissolution de la police politique etc..."
(Le Monde, 28-29 avril 1974).

Manifestation à Lisbonne. Second enterrement de Salazar (DR).

Lire :
- Le Monde, Les grands reportages, 1944-2009, les arène - Europe 1, 2009, 575 p.



4 commentaires:

brigetoun a dit…

et pendant un bon nombre d'années encore, ils y ont cru et pour l'anniversaire à Lisbonne le défilé des camions et des travailleurs, avec petit foulard rouge et rudesse paysanne, avait une merveilleuse fraîcheur , pour nous venant de démocraties fatiguées,

JEA a dit…

@ brigetoun

de ces "démocraties fatiguées", démotivées, cédant au populisme, se laissant quelque peu anesthésier et où plus de la moitié des citoyens n'exercent même plus le droit de vote (cette remarque souffre des exceptions comme Paul de la Feuille...)

D. Hasselmann a dit…

La fleur au fusil était vraiment devenue une expression multipliée par cent mille !

Des militaires démocratiques, c'était beau à voir !

Maintenant, les soldats français (un petit contingent) sont en Afghanistan où ils essayent avant tout de se protéger et de limiter les pertes...

Bref, notre ministre de la Défense est un zombie - du "Nouveau centre" - et semble avoir les portugaises ensablées.

JEA a dit…

@ D. Hasselmann

j'ai hélas négligé de préciser qu'en 1974, les militaires fleuristes ne voulaient plus d'une "sale" guerre coloniale qui représentait l'un des pans du salazarisme...