DANS LA MARGE

et pas seulement par les (dis) grâces de la géographie et de l'histoire...

mardi 31 mars 2009

P. 95. La résistance de Klaus Mann face à la barbarie

Klaus Mann, Contre la barbarie 1925-1948, Ed. Phébus, 2009, 368 p.

Ed. Phébus :

- "De Klaus Mann, fils aîné du Prix Nobel de littérature Thomas Mann, on connaît surtout son roman Mephisto et son autobiographie, Le Tournant, qui éclipseront son incessante activité politique. Dès la montée du nazisme, l’auteur multiplie articles, essais, conférences et discours, tous écrits d’une plume aussi fervente que tranchante.

L’image trop souvent véhiculée dans les années 30 d’un Klaus Mann doué mais superficiel, velléitaire, vole en éclats.
Le jeune homme se métamorphose en farouche opposant à Hitler. Celui qui très tôt eut le sentiment d’appartenir à une génération sacrifiée, née et élevée sur des ruines, est l’un des premiers à dénoncer le caractère totalitaire et militariste du nazisme ainsi que sa nature excessivement méthodique.

Réunis ici pour la première fois à l’initiative de Dominique-Laure Miermont, ces 67 essais, écrits entre 1925 et 1948, d’une haute tenue littéraire, d’une vigueur et d’une clarté remarquables, forcent l’admiration. Universels, les textes de Klaus Mann valent pour toutes les dictatures, et résonnent aujourd’hui aussi fort qu’hier – le combat engagé au début du XXe siècle contre la barbarie n’étant, hélas, pas terminé."

Michel Crépu (Préface) :

- "Klaus Mann n'était pas juif, il était pétri de cette culture allemande dont son père, Thomas Mann, le Magicien, et son oncle Heinrich, le républicain, l'admirateur de Zola et de la France, furent pour lui les si précieux transmetteurs : on a vu dans d'autres cas comme cet héritage incomparable se révéla insuffisant.

Klaus Mann eût pu rejoindre les rangs de cette élite culturelle, littéraire, qui trouvait aux nazis un air original, quasi amusant, certes un peu vulgaire, mais allant dans le bon sens. Combien d'écrivains européens furent capables, au même moment, d'une telle capacité de discernement ?"

Klaus Mann :

Hitler :

- "Un individu agité, mauvais et nullement intelligent. On peut l’affirmer sans sous-estimer l’adversaire. Et ses conseillers ne sont ni très malins ni très modérés.
- Le terrible regard d’un homme qui est dans l’incapacité physique de voir autre chose que ce qu’il veut engloutir (…) Ce brin de folie dans les yeux."

Nazisme :

- "Ce que les nazis appellent si vaniteusement leur « dynamique », ce n’est rien d’autre qu’un principe d’agitation qui leur est propre, une agitation agressive, extrêmement dangereuse pour l’entourage mais aussi pour nous-mêmes."
- "Le national-socialisme est, entre autres, la dictature de la médiocrité du goût."

Antisémitisme :

- "Leur haine bestiale contre les juifs n’est qu’un système, une expression de leur haine contre la civilisation, contre l’esprit : pour les nazis, le juif représente tout simplement l’intellectuel."


Photo : Entrée en Autriche des troupes allemandes (DR).

André Rollin :

- « Le tournant », autobiographie de Klaus Mann (fils de Thomas), fit sensation lors de sa publication en France en 1984. L’auteur s’était suicidé à Cannes, le 21 mai 1949 (à l’âge de 43 ans), « dans le plus grand isolement » comme l’écrit Michel Crépu, préfacier de l’ouvrage.
Ce Klaus Mann qui, toute sa vie – il quitta l’Allemagne en 1933 -, ne cessa d’écrire et de publier contre Hitler, « ce minable paradoxal », comme il l’avait surnommé. Cela dura pendant les douze années du pouvoir nazi."
(Le Canard enchaîné, 25 mars 2009).

Thomas Wieder :

- "Soixante-sept textes de Klaus Mann, principalement des articles et des conférences, qui paraissent aujourd'hui sous le titre Contre la barbarie.
Rédigés pour la plupart entre 1933 et 1945, jamais traduits en français à l'exception de quelques-uns, ils ne représentent certes qu'une petite partie des écrits politiques de Klaus Mann. Mais leur publication est doublement importante : d'abord parce qu'ils rappellent que le fils de Thomas Mann, en plus d'avoir été un excellent romancier et un mémorialiste de génie, fut aussi un essayiste brillant et prolifique ; ensuite parce qu'ils permettent de prendre la mesure des deux qualités qui ne lui firent jamais défaut : un discernement étonnamment précoce et une intransigeance absolue."
(Le Monde, 27 mars).

Photo : Symbole de la barbarie, autodafé de livres (DR).

Pierre Assouline :

- "Ce qui paraît évident avec le recul l'était nettement moins au début des années 1930. Car Klaus Mann n'a pas attendu la démonstration de l'immonde pour attaquer, s'indigner, dénoncer. Ni atermoiement ni tergiversation. Une ligne, une seule : on ne dîne pas avec le diable, fût-ce avec une longue cuillère. Pas la moindre compromission, pas le moindre répit..."
(Le Magazine Littéraire, mars 2009).

- "Au fond, son reproche fondamental au nazisme, au-delà des procès d’intention sur les crimes qu’il s’apprête à commettre, c’est d’être viscéralement « hostile à l’esprit ». D’être infiniment responsable de « la déroute de l’esprit allemand ». Qui dira après cette (re)découverte que Klaus Mann était un être frivole ? Lucidité, gravité, sagesse. Une rareté."
(la république des livres, 18 mars).




samedi 28 mars 2009

P. 94. Elisabeth Prévost recevant Cendrars dans les Ardennes

Certes, Cendrars est un écrivain original
mais son hôtesse ardennaise, Elisabeth Prévost,
fut une femme hors normes...

Les Cendrarsiennes et les Cendrarsiens l'excuseront-ils ? Cette page témoigne d'une ignorance peu glorieuse. A savoir que Blaise Cendrars vécut entre 1938 et 1940 dans les Ardennes. Invité (de 50 ans) par une jeune femme (de 27 ans), Elisabeth Prévost. Celle-ci s'est offert une vie extra-ordinaire, ne cessant de parcourir le monde, non par snobisme mais par pur esprit d'aventures.
Ma découverte de la rencontre entre ces deux êtres d'exception a trouvé sa source dans :

Blaise Cendrars, La main coupée, Coll. Folio 2007 (Denoël 1946), 453 p.

En fin de ce volume, des "points de repère indispensables" sont proposés aux lecteurs. Et d'y lire pour 1938 :
- "Rencontre Elisabeth Prévost (qu'il surnomme "Bee and Bee"), chez qui il séjournera souvent jusqu'à la guerre, aux Aiguillettes, dans les Ardennes."

Une première réaction spontanée : où se cachent ces "Aiguillettes dans les Ardennes" ???

Un mot rédigé de la main d'Elisabeth Prévost pour y inviter initialement Cendrars, trace une carte à l'encre sympathique :

- « Puisque nous n’arrivons pas à nous comprendre, venez déjeuner au ranch ardennais. C’est facile. Gare du nord. Train. Descente en gare d’Hirson. Un car. Arrêt à un bistrot après une demi-heure de route. Prenez un verre. La carriole, le cocher et le cheval vous attendront. Trois quarts d’heure de route de campagne. Et je vous attends ».
(Feuilles de route, bulletin de la Blaise Cendrars International Society, n° 13, avril 1985.)

"Une demi-heure" en car depuis la "gare d'Hirson" (Aisne) vers les Ardennes ? Peut-être, sans doute Signy-le-Petit, première localité d'importance une fois franchie la séparation entre les deux départements. Puis "trois quarts d'heure de route de campagne" à partir de Signy ? En traçant un cercle concentrique... voilà le village de Brognon. Et le long de la forêt de Signy-le-Petit, dos à la frontière belge, effectivement un lieu-dit habité : "les Aiguillettes".

Site des Aiguillettes - Mars 2009 (1). Photo JEA / DR.

Alain Garric :

- "Le pavillon {les Aiguillettes} est une auberge convenable : un maître d’hôtel, un cuisinier, une femme de chambre, cinq palefreniers, un chauffeur, une réserve d’essence et une bonne cave (il y a du champagne dans la famille).
Elevée à la garçonne, Elisabeth, à dix ans, accompagnait son père à l’affût au sanglier, l’âge où Freddy s’enfiévrait pour les Filles du feu. A treize ans, pour sa première communion, elle reçut (sacrement) sa première carabine. L’âge où Freddy découvrait le Transsibérien, sans y monter : à l’Exposition universelle de 1900.
Des maîtres de forge du côté de sa mère, des banquiers du côté de son père (Caropolitain doré et explorateur rimbaldien, il accompagna Lyautey en Afrique), la jeune fille mène la vie au pré : un milieu de concours hippique, de polo, de chasses à courre.
Cendrars se requinque au gibier et au bourgogne. Il envoie, grand nabab de la dèche, des sacs de patates de la propriété à l’hôtelier de l’Alma pour le dédommager. Tous les matins, après avoir donné le grain aux poules et visité les tenderies de grives, il s’appuie sur les lisses blanches pour regarder Bee monter les chevaux racés que la guerre, proche, emportera contre un bout de papier."
(Le Journal littéraire, repris par le blog Libellule, 19 août 2007).

Photo : Cendrars descendu de sa Bugatti aux Aiguillettes. Fleurs à la main : Elisabeth Prévost (DR).

Eric Dussert :

- "A cette époque Blaise Cendrars court la pige et "collectionne les exploits d'huissiers". Pour leur échapper, il répond à l'invitation qu'elle lui fait de visiter son installation.
En secret, il se réfugie chez elle pendant près d'une
"année et demie de mystère, entouré de hauts sapins mélancoliques et de grands hêtres roux et rouges en automne, non loin d'une rivière où sautaient des truites".
(Le Matricule des Anges, n°22, janvier-mars 1998).

Monique Chefdor (universitaire et fondatrice à New-York en 1978 de l'Association Internationale Blaise Cendrars) :

- "Blaise Cendrars avait devant lui une très jeune femme dont la vie ressemblait en tous points aux récits de ses livres. Ce fut un choc pour lui et le début d'une amitié rarissime…
C'était avant tout une baroudeuse, très anglaise de style et pleine d'humour mais somme toute assez solitaire. Elle a écrit de merveilleux reportages, toujours inédits".

Photo : la cigarette de Cendrars (Graph. JEA / DR).

Bibliottrut.eu :

- "Quant à la nature exacte de sa propre relation avec Blaise, Elisabeth n’en révèle rien.
Ce qu’elle raconte c’est que Blaise débarque avec son Alfa (2) rouge décapotable, sa valise et sa machine à écrire, et s’installe chez elle, qu’ils vivent ensemble quelque temps, en 38, en 39, elle dressant ses chevaux, lui écrivant, qu’ils passent un Noël mémorable sous la neige, que l’été ils vont chercher des cigarettes de contrebande en Belgique, que Cendrars joue de l’harmonium le dimanche à la messe (mais ne se lève pas, en bon mécréant qu’il était, à l’élévation), qu’ils vont à la chasse tous les deux, lui tenant un fusil malgré son bras unique, qu’ils font des projets fous (un film de chevaux : l’Eperon d’Or, un voyage autour du monde en voilier) et puis arrive la guerre, une lettre mystérieuse, et Cendrars part s’engager chez les Anglais comme officier de renseignement…

Mais pendant tout ce récit Elisabeth ne donnera pas la moindre indication sur ce qui a pu être sa véritable relation, sa relation intime avec Blaise. Ce n’est qu’à la fin qu’elle dit ceci : « Blaise Cendrars fut, dans ma vie, et pour toute ma vie, l’être qui marqua le plus mon cœur et mon esprit... ».
(Décembre 2008).

Noël Blandin :

- "Elisabeth Prévost a rédigé ses premières nouvelles alors que Cendrars n'était plus de ce monde, elle a également traversé le monde du théâtre aux côtés de Louis Jouvet et Jean Vilar, et le monde du cinéma du Chili au Portugal. Seules 31 lettres parmi les centaines échangées entre l'écrivain et la jeune femme ont été sauvées de l'incendie de sa propriété des Ardennes parce qu'elles étaient enfouies dans une paire de bottes de cheval au fond d'une malle. Elisabeth Prévost se souciait peu de rendre publique son amitié avec Cendrars."
(La République des Lettres, 1 septembre 1997).










Avant de faire découvrir la frontière ardennaise à Cendrars, Elisabeth Prévost avait déjà chassé l'éléphant en Afrique. Son nom reste attaché au Canada, aux Carpates, à la Cordillière des Andes, à l'Indochine, à la Mer Noire, à la Mongolie, à la Patagonie, au Ruwenzori, au Tchad, et... à trois naufrages. Elle terminera sa vie aventureuse par un dernier tour du monde, à l'âge de 78 ans et cette fois sur un cargo... (DR).

31 lettres ont donc été sauvées de cette rencontre entre deux personnalités d'exception. Elles ont été publiées dans ce volume :
- Madame mon copain. Elisabeth Prévost et Blaise Cendrars une amitié rarissime, Ed. Joca Sera, 1997, 160 p.

Quatrième de couverture :

- "En 1938, on présente à Blaise Cendrars une jeune fille de retour d'une expédition africaine. Elle a 27 ans, et déjà une vie d'aventurière qui ne peut que séduire Blaise. Élisabeth Prévost, cette impressionnante Diane chasseresse, l'invite à visiter son élevage de chevaux de concours hippique dans les Ardennes. Une profonde amitié s'installe entre eux.
Autour des trente et une lettres de Blaise Cendrars, sauvegardées par bonheur ou hasard, alors qu'elles auraient pu tout aussi bien disparaître dans l'incendie de la propriété d'Élisabeth Prévost dans les Ardennes, cet ouvrage rassemble des textes et des documents illustrant le dialogue qui s'établit entre les deux amis.
Dans l'extrait de L'Homme foudroyé, Blaise Cendrars brosse un portrait mémorable d'Élisabeth Prévost sous le célèbre surnom «Diane de la Panne» (3). L'imaginaire de l'écrivain s'y donne toute liberté. Par l'évocation de ses propres souvenirs Élisabeth Prévost lui répond à travers le temps.
De larges extraits d'un scénario de film écrit en collaboration par Blaise Cendrars et Élisabeth Prévost témoignent de leur complicité, la mise en page des textes en parallèle permet de découvrir leurs apports respectifs dans cette entreprise.

Il est indéniable que le romancier a «déteint» sur l'exploratrice. «Madame le copain» tiendra bien la promesse qu'elle s'était faite de «poursuivre les rêves» du poète. Dès que les circonstances le lui ont permis, elle entreprit de faire tous les voyages que Blaise avait faits ou rêvait de faire : le Transsibérien, l'Amazonie, le tour du monde en cargo, le Canada, la Patagonie... Mais surtout elle finit par réaliser le voeu de Cendrars qui lui répétait chaque jour pendant ses visites aux Aiguillettes : «Mais Bee & Bee (4) écrivez. Écrivez donc »."

Cendrars dédicace la Forêt vierge à Elisabeth Prévost :

- "A Bee and Bee qui m’a enlevé ! (Charleville dixit) et ce livre de tropiques en souvenir de trois taxis, un train frigidaire, une robe bleue à l’essayage, une bonne petite maison, un certain Noël (1938), de la neige, des feux, un garçon en pleine béatitude et sous en bénique (sic), et des joujoux (bien faire et laisser dire), avec ma main, mon cœur, mon amitié, Blaise. Le copain de la dernière heure".

Photo : Au large de Quiberon, l'ïle Houat où Elisabeth Prévost a choisi de finir ses jours. Elle y est décédée en 1996 à l'âge de 85 ans. (DR).

NOTES :

(1) Ce cliché situe le lieu mais ne montre en rien Les Aiguillettes du temps d'Elisabeth Prévost, celles-ci ayant été ravagées par les flammes. Aujourd'hui, dans le pays, il se dit que le site est devenu la propriété d'une secte.
(2) La photo publiée sur ce blog en atteste. Cendrars possédait bien une Bugatti et non une Alfa. Cette voiture avait été aménagée pour que l'écrivain puisse la conduire malgré la perte de son bras droit (au front de la Ferme de Navarin en septembre 1915).
(3) Blaise Cendrars : "...je m’empresse d’ajouter que ce nom ridicule de Diane de la Panne n’était pas le sien, mais que je l’en avais affublée à l’occasion du hasard de notre rencontre où je l’avais si opportunément dépannée : « Mademoiselle de la Panne » pour me moquer d’elle, et « Diane » pour rendre hommage au plus grand de ses talents, ce coup de fusil infaillible dont j’aurais pu être jaloux." (L'homme foudroyé).
(4) B pour Blaise et B pour Elisa-B-eth...


jeudi 26 mars 2009

P. 93. De provocation en profanation, le FN...

Même si ce blog est actuellement soumis à des tentatives de mise à mal par internet, pas un mot ne sera évidemment changé à cette page.

Affiche de Louis Aliot, candidat FN aux Elections européennes (circ. Sud-Ouest). Une récup aussi énorme que décomplexée ! DR.

Tandis que Le Pen, en caporal du révisionnisme,
passe en détail sa complicité pour
"crimes de guerre et contestation de crime contre l'humanité",
le FN, soucieux de ne pas être en reste,
fait voter pour lui un mort
et qui plus est, Jaurès, assassiné par l'extrême-doite.

Bon, que Le Pen reste fidèle à ses schémas mentaux, quoi d'étonnant ? Chaque fois que sa galère est au creux de la vague, quand il est en manque grave des feux de la rampe médiatique, il sort une petite phrase longuement mastiquée comme un pain, mais de plastic.
Il vient de remettre les couverts au banquet de la réécriture de l'histoire. Insultant à nouveau et avec une insistance morbide, tous les persécutés de la Shoah, tous les résistants ainsi que toutes les victimes du système concentrationnaire.
Cette fois, il a choisi pour plateau le Parlement européen. A Strasbourg, où soit dit en passant, il est actuellement interdit d'arborer des drapeaux pacifistes à sa fenêtre.
Voilà peut-être qui va éclairer ou du moins refroidir des députés européens qui, à droite, passaient à Le Pen bien des insanités, tant qu'elles étaient proférées ailleurs...

Pas la peine de s'apesantir. Un seul souhait. Pour une séance d'ouverture précédente, le Parlement européen avait déjà été présidé par un facho français : Claude Autant-Lara. Ce ne fut pas glorieux. Prière de ne pas répéter à l'ouverture à venir avec un Le Pen triomphant dans le fauteuil présidentiel !!!

Le Pen, c'est un FN avec toutes les nostalgies collabos. Parfois, à en croire des déclarations de sa fille Marine, ce parti extrémiste souhaiterait se distancier ou du moins dépasser ce passé pétainiste.
Mais pas nécessairement pour aller de l'avant comme le démontre une campagne d'affiches entamée dans le Sud-Ouest et qui tente de récupérer ni plus ni moins que la mémoire de Jaurès !

Il me souvient qu'ado et en classe de 5e latine, je lisais le "Discours de la jeunesse" au cours de math. Avec trop peu de discrétion sans doute. Puisque le prof interrompit son exposé pour me demander ce que j'avais entre les mains. Au vu de la brochure, il m'a demandé de monter sur l'estrade (et oui, c'était encore ainsi) pour tracer devant mes condisciples les grandes lignes du discours prononcé par Jaurès lors de la remise des prix au Lycée d'Albi en 1903 :

Jaurès :

- "Le courage, c’est de chercher la vérité et de la dire : c’est de ne pas subir la loi du mensonge triomphant qui passe."
(Discours à la jeunesse).

Pas plus qu'alors, Jaurès n'est devenu à mes yeux une statue. Et ce n'est donc pas une image, son image qui est délibérément holdupée par le FN. Mais celui-ci falsifie tellement l'Histoire de France que c'en est presque hallucinant !
Car Jaurès fut incroyablement calomnié par l'extrême-droite qui voulait et obtint sa mort. Deux exemples pour ne pas étouffer sous les infâmies : Daudet et Maurras.

Léon Daudet :

- "Nous ne voudrions déterminer personne à l’assassinat politique, mais que M. Jaurès soit pris de tremblements ."
(Action française, 23 juillet 1914).


Charles Maurras :

- "Mlle Jaurès"... "le social¬demokrat Herr Jaurès".

Charles Péguy, lui-même, n'était pas reste :

- "Ce traître par essence (…) a essayé de trahir la France même au profit de la politique allemande. Et la politique allemande la plus bourgeoise. Il a rencontré ici une résistance qui doit l’avertir de ce qui l’attend dans le honteux couronnement de sa carrière. […] Ce tambour-major de la capitulation est le pire des criminels."
(1913, cit. feuilleton de Pierre Lepape, Le Monde des livres, 18 février 2000).


Caricature signée René Albert dans Le Charivari du 21 avril 1903 (DR).

Le 31 juillet 1914, Jaurès était assassiné par Raoul Villain. Paradoxe des paradoxes : celui-ci échappa à la guerre de 14-18 qu'il passa paisiblement derrière les barreaux. Le 29 mars 1919, un Tribunal l'acquitta ! Et Mme Veuve Jaurès d'être condamnée à payer les frais de cette parodie de procès.

Jaurès (dans une réponse post-mortem) :

- "C’est une invincible espérance qui vit en nous ; et notre allégresse se rit de la mort ; car la route est bordée de tombeaux, mais elle mène à la justice."
(Janvier 1914).


Madeleine Rebérioux, présidente de la Société d’études jaurésiennes :

- "Sa pensée socialiste a été détruite par la guerre de 14-18 et les restes furent dépecés après la scission du congrès de Tours, en 1920. Certains politiciens d’aujourd’hui aiment se référer à lui parce qu’il était d’une honnêteté sans faille. Il faut rappeler qu’il n’a jamais gouverné. Mais ses idées étaient d’une grande portée. Il a écrit des choses magnifiques, essentielles, sur la meilleure façon de combattre le chômage, par exemple. Il était internationaliste, pas mondialiste, « cette bouillie pour les chats », disait-il. Lorsqu’il eut découvert la classe ouvrière, à Carmaux, Jaurès fit preuve d’une incomparable capacité à lui dire la vérité."
(La Dépêche, 13 février 2000).


Avant "certains politiciens d'ajourd'hui", et particulièrement avant le FN, le régime de Vichy tenta déjà d'assassiner une seconde fois "l'humaniste rêveur" que reste Jaurès.
D'une part, ses statues ont été frappées d'interdit tandis que les rues portant son nom étaient rebaptisées ( souvent par le nom de Pétain, ce qui est indubitablement symbolique). A Albi, par exemple, son buste fut jeté dans les eaux du Tarn.
Mais deux ministres de Vichy au moins, Marcel Déat et Adrien Marquet, voulurent mettre la pensée jaurésienne à la sauce collabo. Echec sur toute la ligne. Forcément.

Assassinat de Jaurès, le 31 juillet 1914 (DR).

Plus récemment, le candidat à la Présidence Sarkozy puis Le Pen himself estimèrent que de nouvelles tentatives de récupération ne seraient pas superflues. Le Premier dans un discours tenu à Poitiers le 26 janvier 2007 pour mieux utiliser Jaurès en démolissant le socialisme d'aujourd'hui. Le second début avril 2007 pour faire vibrer les bonnes vieilles fibres patriotiques.

Gérard Noiriel :

- "Le candidat de l’UMP est contraint (…) d’intégrer dans son cercle des héros nationaux disparus, des figures venues de droite comme de gauche.
Le récit mémoriel a pour fonction de gommer leur appartenance partisane, pour persuader le public que leur qualité première tenait justement au fait qu’ils avaient su dépasser les limites de leur parti. C’est le principal critère qui permet au candidat de l’UMP de rassembler dans son Panthéon personnel des hommes politiques aussi différents que Napoléon, Jaurès, Clemenceau, de Gaulle, et même Mitterrand (…).
Ce discours mémoriel a donc pour première fonction de convaincre le grand public que le candidat de l’UMP est le digne héritier de ces héros nationaux. Mais il a aussi pour but de fabriquer un consensus occultant les rapports de pouvoir et les luttes sociales. Le discours de Poitiers est une sorte de Disneyland de l’histoire dans lequel il n’y a que des gentils, des hommes bons. La « captation d’héritage » est aussi un détournement destiné à occulter le fait que les leaders du mouvement ouvrier, comme Jaurès et Blum, ont été avant tout des militants, au coeur des combats politiques de leur temps."
(Site Comité de Vigilance face aux Usages publics de l’Histoire).


Gilles Candar :

- "Jean-Marie Le Pen (…) dans Le Monde du 5 avril 2007 se réclama du patriotisme de Jaurès. La ficelle était un peu grosse et la malice du leader de l’extrême droite ne cherchait sans doute même pas à tromper qui que ce soit. Les tombereaux d’injures de la droite nationaliste contre Jaurès – qu’il s’agisse de son opposition à la guerre du Maroc, de ses efforts pour un règlement pacifique des rivalités européennes, ses combats pour une République sociale, laïque, démocratique –, le souvenir de Maurras, Daudet, et même Barrès, n’ont pas tenu dans la balance face au plaisir que cette provocation a dû procurer à son auteur. Cette incursion jaurésienne n’alla pas bien loin, et, avec d’autres expérimentations du Front national, elle paraît avoir contribué à la désorientation de son électorat plus qu’à autre chose."
(Jaurès.info : Jaurès en campagne).


Jaurès tribun. Meeting le 25 mai 1913 (Graph. JEA/DR).

Chacun avec son style et avec ses intentions : Daudet, Maurras, Péguy, Déat, Marquet, Sarkozy, Le Pen. Voici un certain Louis Aliot qui s'ajoute à la liste de ceux qui tentent de faire tourner les tables de l'Histoire au nom de Jean Jaurès.

Jaurès :

- "C'est en allant vers la mer que le fleuve reste fidèle à sa source."


mercredi 25 mars 2009

P. 92. Claude Piéplu à Signy-le-Petit

Photo de tournage des Noces Rouges (1972). De g. à dr. : Claude Piéplu, Claude Chabrol réalisateur du film, Michel Piccoli.

Plus de 40 films, 170 pièces de théâtre...
Claude Piéplu a aussi laissé son nom
à la Médiathèque de Signy-le-Petit (Ardennes).

Certes Parisien de chez les Parisiens, Claude Piéplu ne dédaignait pas (que du contraire) venir respirer l'air libre des Ardennes. En souvenir de sa mère qui, à partir des 11 ans du gamin espiègle, l'éleva seule. Or elle était originaire de Signy-le-Petit. CQFD...

La Médiathèque de la Communauté de Communes de Signy-le-Petit a reçu, pour son inauguration, le nom de Claude Piéplu. Lui qui était contestataire, et pas qu'un peu, ne se serait pas senti trahi par cet espace de découvertes et de connaissances sans pédanterie ouvert au fin fond des Ardennes. Pour entrer dans cette Médiathèque, il vous suffit de cliquer : ICI.

La surface d'une page de ce blog ne permet guère de se souvenir de plus d'un dizième des longs métrages de fiction ayant le nom de Piéplu à leur affiche. C'est forcément réducteur et discutable dans le choix. C'est néanmoins mieux que rien, non ?

Les Copains, d'Yves Robert (1965).

Un film rendu (aussi) célèbre par la chanson que composa Georges Brassens pour son "copain" Yves Robert en guise de bande sonore.

Synopsis :

- "Pendant les vacances, sept vieux copains décident d'aller semer la pagaïe dans deux petites villes tranquilles de France : Ambert et Issoire. Broudier, déguisé en ministre, débarque à la caserne d'Ambert et fait déclencher une manoeuvre nocturne. Le lendemain, Bénin, habillé en révérend père, prononce dans la cathédrale d'Issoire un sermon contraire aux préceptes de l'Eglise, tandis que Lesueur perturbe l'inauguration par le député de la statue de Vercingétorix. Pour clore les vacances, la joyeuse bande de copains décident de teindre en rose la source de la Seine..."


La Voix du Nord :

- "Bravo pour la collaboration intelligente de François BOYER pour l'adaptation du livre.
Yves Robert, en restant fidèle au récit de Jules ROMAINS, a su en rendre par l'image autant que par les dialogues l'esprit infiniment subtil, le ton rabelaisien et la tonitruante joie de vivre qui en fait la saveur virilement épicée"

Claude-Marie Trémois :

- "L'essentiel du film d'Yves ROBERT réside non pas dans les blagues montées par l'équipe de copains mais dans la description sans emphase de leur amitié. (...)
Sans faire appel à la sensiblerie, Yves Robert atteint à l'émotion. Mieux : à la poésie".
(Télérama).

Alice adsl :

- "Ils sont sept copains : Bénin, la grande gueule, et Broudier, son frère de lait ; Huchon, le délicat à lunettes, qui joue Mozart sur sa flûte traversière quand ça lui chante ; Lamendin, le matheux pompeux ; Omer, le lunaire au nez pointu ; Lesueur, le sculpteur barbu, et Martin, le chercheur scientifique, qui ressemble à un gamin.
Ils sont capables de déclencher une émeute dans un cinéma, de faire tourner en bourrique un restaurateur ahuri, d’alerter pompiers et policiers pour des motifs imaginaires. Mais Bénin, le meneur, veut frapper plus fort, « dresser le pilori de la sottise », s’attaquer aux institutions. Où ? À Ambert, à Issoire, dans le Puy-de-Dôme, deux points sur la carte qui ont fait de l’œil à Bénin alors qu’il était complètement ivre.
Première étape, Ambert. Broudier, en ministre flanqué de son cabinet solennel – Lamendin, Omer et Martin – déboule à la caserne locale et exige du colonel {Claude Piéplu}, au garde-à-vous, qu’il lui fasse inspecter les W.C. du cantonnement. Puis il ordonne une manœuvre nocturne : toute la ville retentit de rafales d’armes automatiques et d’explosions dont le vacarme fait sortir dans les rues la population affolée, en pyjama et chemise de nuit. Ambert est sens dessus dessous.
Deuxième acte. Bénin, en père Lathuille arrivé de Rome pour prêcher la parole de Dieu, harangue les fidèles rassemblés pour la messe dominicale. Du haut de la chaire, tonitruant sur des thèmes fédérateurs, « Aimez-vous les uns les autres » et « Croissez et multipliez », il invite les jeunes comme les vieux à s’abandonner aux « saintes extases de la couche ». À la sortie de la messe, sur le parvis de la cathédrale et bientôt, dans tout Ambert, hommes et femmes se poursuivent et s’étreignent, en plein rut.
Issoire, enfin. Lesueur a proposé à la municipalité de sculpter une nouvelle statue de Vercingétorix pour remplacer celle disparue pendant la guerre. L’inauguration aura lieu sur la grand-place. Le député-maire prononce un discours que perturbe la sono manipulée par Huchon. Enfin, la statue est dévoilée : c’est Lesueur, immobile, à demi-nu, superbe et qui, soudain, s’anime et invective le maire qu’il bombarde, ainsi que la foule, de projectiles divers.
Sur le chemin du retour, les copains fêtent leurs succès autour d’un bon repas. Martin va conclure magnifiquement les vacances farceuses de la bande. Il verse dans la Seine, là où elle prend sa source, le contenu d’une fiole et les eaux du fleuve, jusqu’à Paris et au-delà, prennent la couleur éclatante de la joie."


Le charme discret de la bourgeoisie, de Luis Bunuel (1972 ).


Synopsis :

- "L'ambassadeur d'un petit pays d'Amérique du Sud revient en Europe. Il y retrouve deux amis très chers, Sénéchal et Thévenot, avec lesquels il se livre au trafic de drogue. Pour fêter l'heureuse conclusion d'une transaction, ils décident de dîner ensemble chez Sénéchal. Le jour dit, les invités se présentent chez lui, mais il est absent et sa femme n'est pas au courant. Ils décident de dîner au restaurant... mais le patron, mort dans l'après-midi, est exposé dans un coin de la salle.
Dans les semaines qui suivent, ils vont essayer de se réunir, mais en vain : des officiers en manœuvre font irruption dans la salle à manger... La semaine suivante, invités par le colonel, désireux de réparer son intrusion, les amis se trompent d'immeuble et se retrouvent sur une scène de théâtre au moment où le rideau se lève! Ils s'enfuient sous les sifflets et dès lors ce dîner manqué les obsède, ils en rêvent.
Ils tentent encore de dîner ensemble, mais c'est la police qui fait irruption et les arrête; seule l'intervention du ministre de l'Intérieur les fera remettre en liberté. Une dernière fois, les amis se réunissent mais alors qu'enfin le dîner se déroule normalement, les amis d'une terroriste, qui a tenté à plusieurs reprises de tuer l'ambassadeur, envahissent la maison et les massacrent tous.
Toutefois, si l'on en croit les dernières images, peut-être ne s'agit-il que d'une de ces fantaisies rêveuses qui font, parmi tant d'autres choses, le charme discret de la bourgeoisie."


Festival d’Angers :

- "Buñuel ne condamne pas la bourgeoisie, ni même ne la critique. A ceux qui seraient tentés de penser le contraire, le cinéaste répond :
"Ce n’est pas une satire. Je crois que c’est le film où il y a le plus d’humour tendre. Je n’ai pas cherché non plus à ce que les gens rient aux éclats du début à la fin."
Le cinéaste s’est toujours montré sceptique vis-à-vis de l’analyse et de l’interprétation de ses films. Il s’accommode donc parfaitement d’un récit minimal, qui fourvoie le spectateur en cultivant l’ambiguïté et la surprise. Ainsi, les rêves s’inscrivent dans le film comme des éléments de la réalité :
"Les rêves sont une prolongation de la réalité, de l’état de veille". Dans un film, ils n’ont de valeur que si vous n’annoncez pas : "Ceci est un rêve", parce qu’alors le public se dit : "Ah, c’est un rêve, alors c’est sans importance". Ca déçoit le public. Et le film perd de son mystère, de son pouvoir d’inquiéter."
(16-25 janvier 2009).

Lire & Voir :

- "Au-delà des situations rocambolesques, tous les éléments concourent à renforcer l'aspect surréaliste de l'histoire : les dialogues, plats et convenus, semblent tout droit sortis d'une pièce de Ionesco, particulièrement de sa célèbre Cantatrice chauve. Les réflexions les plus banales engendrent au sein du petit groupe un intérêt qui semble disproportionné, voire un fou-rire tout aussi incongru. Le décor lui-même semble faux, parce que “trop vrai”, trop cliché, comme celui d'un théâtre qui aurait été créé par un artiste manquant d'imagination. C'est d'ailleurs bien sur la scène d'un théâtre que les personnages se retrouveront tous, à leur insu, au cours d'un de leurs dîners ratés. Mais n'y étaient-ils pas depuis le début ? Où finit le rêve et où commence la réalité, dans cet univers où tous deux s'entrecroisent en permanence ?
Le charme discret de la bourgeoisie est bien sûr une satire sociale grinçante, mais c'est avant tout un chef-d'oeuvre d'humour souvent très noir - la mort y étant omniprésente, sous des formes très diverses. Un régal à redécouvrir d'urgence !"
(15 juillet 2008).



Section spéciale, de Costa-Gavras (1974).

Synopsis :

- "En août 1941, six personnes déjà jugées pour des délits politiques mineurs (collage d'affiches) ont fait appel auprès de la cour de Paris de leurs condamnations (entre quinze mois et cinq ans de prison). En vertu d'une loi adoptée le 23 août mais antidatée au 14 (donc à effet rétroactif), la Cour d'appel est dessaisie au profit d'un nouveau tribunal, la Section spéciale, constitué le lundi 25 août 1941. Malgré la faiblesse des charges retenues, ses cinq magistrats en condamnent trois à mort le 27 août, sans possibilité de pourvoi ni recours.

André Brechet, Émile Bastard et Abraham Trzebucki sont guillotinés dans la cour de la prison de la Santé le 28 août au matin.
Telle est l'« affaire de la Section spéciale ». Cette affaire qui se déroule dans un contexte d'exception (occupation allemande, gouvernement de Vichy, existence de mouvements de résistance armée) soulève un problème essentiel : pour satisfaire aux exigences allemandes (à la suite d'un attentat contre un officier), le gouvernement de Vichy fait adopter une loi pénale ayant un effet rétroactif, ce qui est contraire aux principes généraux du droit. Des réticences s'expriment au sein même du gouvernement de Vichy (le ministre de la justice hésite à donner son assentiment à ce texte) et un haut magistrat refuse d'être compromis.
Le principe de la non-rétroactivité des lois pénales est essentiel à la sécurité Juridique : nul ne peut être condamné en vertu d'une loi qui n'existait pas au moment des faits incriminés.
Un autre principe est en jeu dans cette affaire celui de la proportionnalité des peines par rapport aux faits qu'elles sanctionnent. Ici ce principe est violé puisque qu'on applique la peine de mort à des faits qui ne relevaient jusque là que du tribunal correctionnel."

Justice à l’écran en Isère :

- "Pour ses films précédents comme "Z", "L'aveu" et "Etat de siège", Costa-Gavras avait déjà choisi comme fil conducteur les rapports entre le monde politique et la justice.

"Section spéciale", son sixième long-métrage, n'y faisait pas exception. Avec, en plus, une reconstitution minutieuse et fidèle d'évènements historiques avérés ainsi que du "climat" de Vichy : cet entassement quasi ridicule, dans une petite ville, de pouvoirs aux conséquences capitales."
(novembre 2008).

Pierre Truche :

- "La parution en 1973 de « L’affaire de la section spéciale » d’Hervé Villeré et le film qu’en tira Costa Grava deux ans plus tard ont utilement porté les enjeux sur la place publique. A Paris, le 27 août 1941, trois hommes, déjà condamnés, se virent infliger la peine de mort pour les mêmes faits et furent exécutés puis la machine s’enraya et trois autres furent épargnés contrairement aux instructions communiquées à des magistrats par le gouvernement de l’époque."
(Préface
à La justice des années sombres (1940-1944), La Documentation française, Paris, 2001.)


Les galettes de Pont-Aven, de Joël Seria (1975).

Synopsis :

- "Henri Serin, 45 ans, est représentant en parapluies à Saumur ; incompris par sa femme "bigote", il ne trouve son bonheur que chez ses clientes. Suite à un accident de voiture, il fait la rencontre d'une jolie femme avec laquelle il décide de partir. Il refait sa vie pour se consacrer à sa passion, la peinture. Mais lorsque que la jeune femme s'en va, Henri décide de retourner chez lui, où il découvre sa femme au lit avec un autre. Désabusé, Henri noie son chagrin dans l'alcool, et ne s'en sortira qu'avec la découverte du vrai amour en la personne de la jeune Marie. Il finira vendeur de pommes d'api sur une plage bretonne."

Le Cherche Midi :

- "Quoiqu'il en dise, Henri Serin était un heureux homme. Représentant en parapluies, traînant sa grande carcasse des falaises de Normandie au Marais poitevin en passant par les plages de sable de Bretagne, mal marié mais sensible à la gent féminine, il était à la recherche de l'amour fou."

Toutmoncinemacom :

- "Les Galette de Pont-Aven est un ovni cinématographique droit sorti des années 70 ... Un film cru et désabusé. Jean-Pierre Marielle y est au sommet de son art de "séducteur" et les répliques cultes foisonnent ! Souvenez-vous, entre autres, de l'inoubliable « Alors... heureuse ? »Du cinéma comme on en fait plus !"


Les Fiches du Cinéma :

- "Représentant en parapluies, Henri Serin parcourt la Bretagne des semaines durant pour visiter ses clients habituels ou négocier chez les autres de nouveaux contrats. Habile démarcheur, peintre amateur de talent, Henri sait parfaitement utiliser ses capacités et ses dons pour se ménager, à l'occasion, des bonnes fortunes. Cette vie lui permet, entre autres avantages, de s'éloigner le plus souvent possible d'un foyer où femme et enfants le méprisent ouvertement.

Après avoir quitté précipitamment le domicile d'un colporteur qui l'avait gentiment invité, sans savoir que sa soeur avait une fâcheuse tendance au voyeurisme, Henri se remet au volant, en pleine nuit. Un peu plus tard, après un choc violent, la voiture fait une embardée et s'immobilise dans le fossé. Dans le village où il demande secours, personne ne parvient à le croire quand il prétend avoir écrasé un sanglier. Accablé par cet accident, Henri se décourage tout à fait lorsqu'il apprend le délai nécessaire aux réparations mais Emile, un peintre local, l'emmène alors chez lui, le met à l'aise et lui offre même sa petite amie Angela. Henri en tombe éperdument amoureux au point de la ravir à Emile, d'abandonner les parapluies et de se consacrer enfin exclusivement à la peinture.
L'idylle ne dure pourtant pas et Henri doit se résigner à rentrer chez lui malgré son chagrin. En arrivant impromptu, il retrouve sa femme en galante compagnie et sans un mot, il repart aussitôt à Pont-Aven, bien décidé à retrouver Angela et à vivre de ses toiles. Malheureusement, la belle a disparu. Henri se console dans l'alcool jusqu'au jour où Marie, une jeune servante d'hôtel, remplace Angela dans son coeur. Dès lors, Henri peut laisser déborder sa joie et son enthousiasme."
(1995).



lundi 23 mars 2009

P. 91. Ardennes entre hiver et printemps.

Envol de Tourterelle émigrée de Turquie pour les Ardennes (Ph. : JEA/DR).


Succombant à une avalanche de demandes pressantes de lecteurs
(deux au moins, les huissiers peuvent vérifier),
suit une page « personnelle ».

A SC et ND.

La solitaire qui, plus au nord,
s’est suicidée aussi de crainte d’un hiver
digne de ses ancêtres
avait pressenti une très bonne saison
pour ce vitrier passant et repassant sur notre horizon
jamais d’aplomb :
« Qui veut mes glaces
glaces bizarre
ment biseautées
glaces sans fond ?
Qui apprivoiserait mes miroirs
miroirs à triples tiroirs ?
Qui remplacera ses fenêtres borgnes
voire même ses fenêtres aveugles ? »

Alourdis par leur carapace hiémale
et comme somnolants
car volant à l’économie
quelques rapaces rapiècent le ciel
qui partait en lambeaux nuageux.

Les prés ne rient pas encore
mais de premières jonquilles jouent
sous les dessins aux fusains des haies
celles qui tracent des lignes
de vie fugitive
et de mort définitive
sur les paumes des paysages
encore engourdis.

En ces moments de presque vérités
des livres jouent aux dés
nos nuits et leurs mares aux cauchemars
tant et tant que des étoiles en sont déroutées
qui en perdent leur voix lactée.


(Identifée par ma fille que je remercie) Epervier femelle festoyant seule (Ph. : JEA/DR).


vendredi 20 mars 2009

P. 90. "Le déjeûner du 15 août"

N'attendez pas un 15 août
ni d'être obligatoirement des "Anciens"
pour déguster ce film
de Gianni Di Gregorio.

Le 19 mars, un blog m'a emballé en présentant cette comédie ayant obtenu le Prix du Meilleur premier film à Venise en 2008 mais que des distributeurs frileux commencent seulement à sortir hors de la botte italienne.
Ce blog - Andiamo ! - est celui d'Eve Mongin, une avocate française plaidant à Perouse où elle abrite ses amours (mari et famille).

Eve Mongin :

- "La sortie en France du film Le déjeûner du 15 août, un petit film tout simple, me fait plaisir : primo, parce que les films italiens qui sortent dans les salles françaises se font rares, embellie 2008 exceptée (Gomorra et Il Divo),

secondo, pour ses nombreuses scènes de repas qui font venir l'eau à la bouche
et terzo parce qu'il me rappelle pourquoi j'aime ce pays.
C'est un film sans prétention, qui parle de petits riens, de petites choses de la vie, construit autour de Gianni (acteur et réalisateur du film), vieux célibataire romain, fin cuisinier, un peu aviné et hypocondriaque. Il passe son temps à boire des coups entre l'enoteca (bar à vins) et l'alimentari (épicerie) en bas de chez lui et forme un drôle de couple avec sa mère, 93 ans superbement portés, coquette et un peu capricieuse, dans le quartier du Trastevere. Gianni va se retrouver à son corps (très) défendant à passer le 15 août (ferragosto), en compagnie de trois autres vieilles dames restées seules."
(Blog Andiamo !).

Synopsis :

- "Gianni, 50 ans et des poussières, vit avec sa maman dans un grand appartement au cœur de Rome, où il s’occupe de tout : cuisine, ménage et courses. Acculés par les dettes, l’ensemble de la copropriété menace de les expulser car ils n’ont pas payé leurs charges depuis plusieurs années.

Le syndic d’immeuble, Alfonso, propose alors à Gianni un marché insolite : garder sa mère pendant le week-end du 15 août, contre l’effacement de cette dette.
Le jour dit, Gianni voit arriver non seulement la mère d’Alfonso, mais aussi sa tante... Victime d’un malaise, Gianni appelle son ami médecin, qui lui demande à son tour un service..."

Photo extraite du film : Gianni Di Gregorio, réalisateur et acteur (DR).

Jean-Luc Douain :

- "Ce film nous vient du diable vauvert et connaît un succès spectaculaire en Italie. Son auteur, Gianni Di Gregorio, jusqu'alors assistant, scénariste, y raconte une histoire en grande partie autobiographique, avec la faconde bonhomme d'un Ugo Tognazzi ou d'un Nino Manfredi.
Tourné dans son propre appartement du quartier du Trastevere, à Rome, dans des conditions artisanales proches du néoréalisme, avec des comédiennes amatrices et parfois une caméra cachée, produit par Matteo Garone (l'auteur de Gomorra), le film nous renvoie sciemment dans un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître.

Ce temps est celui des protagonistes : un type de 50 ans qui ne rate pas une occase pour siroter un verre de chablis, vit avec sa mère possessive et règle tous les problèmes d'intendance : cuisine, ménage, courses. Tous les soirs, Gianni lit un passage des Trois Mousquetaires à sa génitrice pour l'endormir, lui parle de d'Artagnan.
Ces gens-là ont des dettes, l'épicier leur fait crédit, ils ne payent plus les charges de la copropriété depuis des lustres. Va-t-on les faire expulser ? Le syndic a une idée plus conviviale. Partant avec sa maîtresse pour le 15 août, il propose à Gianni d'accueillir sa propre mère deux jours, arrangements financiers à la clé."
(Le Monde, 17 mars 2009).

Photo extraite du film : la mamma, 93 ans, et son fils, 50 ans (DR).

Eric Libiot :

- "Il fait tout : la mise en scène, l'acteur, le scénariste et le gratin de pâtes. Gianni Di Gregorio est bien le chef étoilé de cette chronique italienne qui possède les humeurs des meilleures comédies transalpines, en moins mordant, sans doute, mais avec davantage d'humanité.

Le film se déroule entièrement le 15 août à Rome, période où tout le monde quitte la ville pour aller folâtrer à la campagne ; tout le monde sauf Giovanni, 50 ans, qui habite avec sa mamma et que les dettes obligent à accueillir la mère et la tante du syndic de son immeuble pour le week-end. D'où une cohabitation pas facile avec trois vieilles dames, dignes, certes, mais passablement atrabilaires.

Gianni Di Gregorio, également coscénariste de Gomorra, filme en observateur, souvent caméra à l'épaule, et accroche des fragments. Le Déjeuner du 15 août est un film qui déroule tranquillement ses histoires, d'où pointent humour et coups de griffe. Gianni Di Gregorio aime visiblement ses personnages mais ne leur cire pas les pantoufles pour autant. Tant mieux."
(L’Express, 19 Mars).

Ariel F. Dumont :

- "Un regard mélancolique et comique sur le troisième âge et un rebond sur la société actuelle basée sur le concept de consommation. Une société qui privilégie les personnes actives et qui a parfois encore du mal à accepter le fait que les personnes âgées ont envie de vivre et surtout, d’aimer et d’être aimées. Voilà le véritable thème du film.
Une solitude née de la disparition du concept d’agglomération familiale notamment dans les grandes villes et qui poussent les enfants à « abandonner » momentanément leurs parents ou grands-parents pendant les vacances."
(France-Soir, 11 mars).


Photo extraite du film : ce déjeûner du 15 août, un film à lui seul (DR).

Vincent Ostria :

- "Au lieu d’une œuvre mécanique, surdécoupée, d’une comédie de masques truquée, gaguesque et sarcastique – il y en a certes eu de belles chez Risi, Comencini ou Scola –, Di Gregorio opte pour un style coulé et organique, au diapason de l’hédonisme du récit, qu’on devine avoir également été celui du tournage. Ainsi, lorsqu’on voit Gianni s’affairer à la préparation des repas en sifflant du vin, on imagine qu’il doit tourner comme ça, tranquille, jouisseur, à la bonne franquette.

La force du film est qu’il n’appuie rien. Les gags ne sont ni téléphonés, ni suivis d’une chute retentissante. Le somnifère dans la camomille des vieilles ne produit pas d’effet bœuf ; le fait que Gianni aille acheter un poisson-chat du Tibre pour le déjeuner est cocasse en soi mais reste une simple digression, une aération dans le huis clos. Tourné caméra à l’épaule, faisant la part belle au plan-séquence, le film introduit un naturel inédit dans la comédie italienne. Faut-il pour autant conclure à une renaissance, affirmer, paraphrasant le titre d’un scénario de Di Gregorio : le cinéma italien “a l’air mort mais il est juste évanoui” ?"
(les inrocks, 6 mars).


Le succès de ce film reposant en partie sur la re-découverte par d'aucuns que les Anciens ne sont pas que des objets encombrants, rappelle avec émotion le cinéaste belge Benoît Lamy (hélas assassiné par son compagnon). La révolte enthousiasmante de vieux Bruxellois dans son Home, Sweet Home ou La Fête à Jules (1973), reste un vrai morceau d'anthologie.



mardi 17 mars 2009

P. 89. Il n'y a pas de Papon à Calais mais Bordeaux s'en souvient.

Flash-back sur "Welcome" (page 87). Et plus précisément sur la pub qu'Eric Besson (immigré du PS vers la Sarkozie), a offerte à ce film lors sa récente sortie.
La controverse s'est déroulée en trois étapes, et le nom de Papon a été cité...


2 mars, Voix du Nord, interview de Philippe Lioret par Christophe Caron :

- « Heureusement, il n'y a pas que des Papon à Calais, il y a aussi des gens formidables. Et d'autres qui se contentent juste de ne rien faire »...

7 mars, RTL, réaction indignée d’Eric Besson :

- Philippe Lioret « a plus que franchi la ligne jaune. Suggérer que la police française, c'est la police de Vichy, que les Afghans sont traqués, qu'ils sont l'objet de rafles, etc., c'est insupportable ».

10 mars, dans Le Monde, Lettre ouverte à Monsieur Besson par Philippe Lioret :

- « Je ne mets pas en parallèle la traque des juifs et la Shoah, avec les persécutions dont sont victimes les migrants du Calaisis et les bénévoles qui tentent de leur venir en aide, mais les mécanismes répressifs qui y ressemblent étrangement ainsi que les comportements d'hommes et de femmes face à cette répression. »

Les lecteurs auront remarqué qu'un nom est alors cité pour aussitôt disparaître de la controverse : celui de Maurice Papon. M'est revenu alors un témoignage lors de son procès (1997-1998). L'histoire complètement incroyable mais authentique de Marie-Louise Silva - non juive - envoyée à Auschwitz, au milieu des convois envoyés par l'administration française au départ de Bordeaux. A Auschwitz, Marie-Louise (Zette) Silva fut... libérée par des SS ne comprenant pas sa déportation !!!


Papon... Zèle aveugle ? Collaboration sans états d'âme ? Machine administrative ivre de sa toute puissance ?
La Justice a tranché : "complicité de crimes contre l'humanité" !

Histoire d'une "aryenne", déportée à Auschwitz par les bons soins de la Préfecture de Bordeaux et libérée par... les Nazis.




















Maurice Papon (1910-2007).
Maire. Député. Secrétaire général de la Préfecture de Bordeaux sous Vichy. Préfet de la République. Préfet de Police de Paris. Ministre.
Complice de crimes contre l'humanité.

Des six mois du procès Papon, se détache le témoignage d'Yvette Silva, entendue le 12 janvier 1998 par la Cour d'Assises :

- "Je m'appelle Yvette Silva, née Mendès, j'ai 48 ans, je suis assistante dentaire, j'habite et je suis née à Bordeaux. Je suis entrée sans la famille Silva en 1969 en épousant mon mari (...). Donc à partir de 1969, j'ai connu d'une façon proche Marie-Louise née Silva (...). Marie-Louise était appelée Zette dans la famille; aussi j'en parlerai comme Zette. Marie-Louise est née en 1915. Son père, le colonel Silva, était de religion juive ; sa mère, Marie-Louise Bertin,de religion catholique (...).

En 1942, elle {Zette} se rend au commissariat central de police de Bordeaux où on lui garde sa carte d'identité et on lui dit : "Revenez la chercher dans huit jours". Huit jours plus tard, le commissaire de police M. Raiser l'accueille : "Vous auriez dû vous faire inscrire comme juive". Zette qui a toujours le verbe haut lui répond : "Non je ne suis pas juive, il y a eu une enquête par le commissariat de Saint-Augustin". Donc Raiser l'emmène au bureau des questions juives, à la préfecture, où se trouve M. Garat. Et Garat lui reproche vertement de ne pas s'être déclarée comme juive : "Vous êtes juive !" Et Zette lui dit : "Non je ne suis pas juive." Garat en colère lui dit : "Je veux les certificats de baptème de vos parents, vos grands-parents, vos arrière-grands-parents et de votre mari, de ses parents, de ses grands-parents et de ses arrière-grands-parents. Ceci dans deux jours." Alors elle dit : "Mais en deux jours vous savez bien que c'est impossible de réunir tout ça." Et Garat lui répond : Je m'en fous."
Zette repart et revient deux jours plus tard (...). Elle n'a pas pu apporter les papiers (...). Zette était inquiète pour sa petite fille, Christiane, qui avait alors 7 ans, elle demande à téléphoner. Garat refuse. Alors elle lui dit : "On voit bien que vous n'avez pas d'enfant" et il lui répond : "Des enfants de votre race, on en fait bien assez." Je sais que Zette l'a dit et répété maintes fois. Finalement Garat, furieux, lui tamponne sa carte d'identité du tampon "juif" et lui tend trois étoiles. Elle repart avec ses trois étoiles en disant : "De toute façon, je ne suis pas juive."

En septembre, un matin (...) elle a été emmenée au camp de Mérignac. Elle considérait qu'elle avait été arrêtée de manière illégale, qu'elle n'était pas juive, qu'elle ne répondait pas aux critères (...). Au bout d'une dizaine de jours, ils ont tous été appelés et mis dans une grande salle. Un jeune homme lui a dit : "N'y allez pas, vous n'êtes pas juive." Mais comme elle n'a pas sa langue dans sa poche, elle a répondu : "Je le leur dirai".
Il y avait un officier allemand et à côté, Garat. Elle nous a répété je ne sais combien de fois que cet Allemand qui avait la liste n'avait pas l'air très satisfait de faire partir tous ces enfants. Ils appellent des noms : 69 personnes sont mises de côté. Zette se retrouve seule au milieu de la salle. Elle n'a pas été appelée. Alors Garat lève la tête et dit à l'officier allemand : "Voilà notre 70ème personne, cette élégante jeune femme." Zette n'était pas sur la liste. Garat l'a rajoutée. Pour Zette, c'était une nouvelle injustice. Elle n'avait pas été appelée, elle n'aurait pas dû partir. Donc tout ce groupe est parti en bus jusqu'à la gare Saint-Jean (...). Ils sont partis dans des wagons de marchandises jusqu'à Paris. Ils se sont retrouvés avec des personnes qui venaient de toutes les régions, encadrées par la police française. Elle disait toujours : "la police française"; ils ne voyaient pratiquement pas d'Allemands, elle l'a toujours précisé. En descendant du train à Paris, il y avait un policier français qui s'est moqué d'elle en la voyant en talons hauts avec une robe d'été : "Si elle savait où on l'emmène, elle s'habillerait autrement." Elle leur en a voulu parce qu'elle disait : "Ils savaient où on allait." (1)

22 mars 1943. Signature de Maurice Papon sur un ordre "d'arrestation immédiate des juifs ci-après désignés..." avec "transfert de ces juifs au camp d'internement de Drancy."

Yvette Silva :

- "Je crois qu'elle a passé une nuit à Drancy. Ensuite, ils sont conduits dans une autre gare, toujours encadrés, sous surveillance serrée de la police française. Sur le quai, il y avait de wagons à bestiaux (...). Ils sont allés jusqu'à Metz où le train s'est arrêté longtemps. Là, la police française disparaît et ils ont affaire aux Allemands. Ils savaient qu'ils quittaient la France et qu'ils allaient vers l'Est. Elle racontait toujours le moment émouvant quand le train s'est mis à chanter Ce n'est qu'un au revoir (...). Finalement, ils sont arrivés à un endroit dont elle ne savait pas lire le nom parce qu'il était écrit en gothique (...). Ils sont arrivés sur une sorte de terre-plein. Elle descend parmi les premières de son wagon. ils étaient poussés, bousculés. Sur le quai elle entend trois quatre fois : "Raï-llé Marie-Louise, Raï-llé Marie-Louise". Au bout d'un moment, elle réalise que c'est elle. Alors, arrivée à hauteur de l'Allemand, elle dit : "C'est moi". Il la fait sortir du rang et lui dit : "Récupérez votre valise". Il y avait un monticule de valises. Elle n'y arrivait pas. Alors l'Allemand est allé lui chercher sa valise. Elle attend un certain temps sur le quai. Elle voit les familles séparées en colonnes. Elle a vu les camions arriver et les familles qu'on fait monter avec rudesse (...). Elle a aperçu d'énormes bâtiments et au milieu une immense cheminée qui fumait et elle pensait : "On nous amène à l'usine" (...).
Elle est emmenée au bureau du commandant. Il y avait un interprète. Et il lui demande : "Pourquoi êtes-vous là ?" Et elle lui répond : "C'est à vous qu'il faut le demander ! Vous m'avez fait arrêter comme juive." Et le commandant lui dit : "C'est une erreur. Ici c'est un camp pour juifs et pas pour catholiques. Il y a eu une erreur, mais ce n'est pas nous. Vous avez été arrêtée par les autorités françaises." Il lui a demandé son identité et lui a dit : "Vous êtes aryenne et votre mère est catholique aryenne." Il a insisté, cela ne venait pas d'eux : "Nous allons vous ramener en France" (...).
Effectivement, elle est partie à Paris entre deux Allemands, un gradé et un non-gradé. Elle n'était pas fière (...) : "Avec nos excuses, Madame, ce sont les Français qui nous ont fait commettre cette erreur. On va vous remettre à vos amis" (...).
Je sais qu'à la fin de la guerre, Zette a porté plainte contre M. Garat et M. Papon. Cette lettre, ces lettres avaient été remises au Comité de Libération et étaient revenues chez elle avec le tampon : "Immunité préfectorale." (2)

Dessin de Plantu en première page, Le Monde du 19 novembre 2002, Papon sortant de prison pour raisons de santé... (DR)

Jean Pouillon :

- "Poubelle était le nom d'un préfet de Paris. Qu'appellera-t-on un Papon ?"



Notes :

- (1) Le procès de Maurice Papon, 9 janvier-2 avril 1998, compte rendu sténographique/tome II, Albin Michel, 1998, 973 p.
Extrait : pp 38 à 41.

- (2) Id. : pp 41 à 45.



samedi 14 mars 2009

P. 88. Toponymie : fabuleuses fontaines ardennaises

Fontaine à la Libellule (Photo JEA / DR).

Fabuleuses Fontaines de par ici...

Fontaine à Bréau, à la Place,

Fontaine au Croncq, au Rossignol, au Sourd,

Fontaine aux Bairons,

aux Charmes, aux Chats, aux Cochons, aux Cretons,
aux Erables,
aux Frênes,
aux Grues,
aux Orties,
aux Pierres, aux Prêtres,
aux Renards,
aux Sœurs,
aux Tripes,

Fontaine d’Argent, d’Ennevaux, d’Hailly Pouru, d’Urfosse,

Fontaine de Bué, de Bulson,

de Champeaux, de Châtel, de Chelvaux, de Clélaie, de Cran,
de Génival,
de l’Aisement, de l’Homme Mort,
de Manlévaux, de Mirgodet, de Morte Fontaine,
de Nibay, de Norémy,
de Pérousay, de Pure,
de Randhan, de Ruaine, de Ruarne,
de St-Lambert,
de Vaudimé,

Fontaine de la Chiolette, de la Cocheterie,

de la Fache,
de la Gorette, de la Grande Pisselotte,
de la Hatrelle,
de la Longue,
de la Pierre,
de la Vallée, de la Vinche,

Eau -cadeau - aussi pour les gens du voyage (Photo JEA / DR).

Fontaine des Corbeaux, des Hawys, des Loups, des Oliviers, des Roitelets, des Teigneux, des Vieux Fonds,

Fontaine du Banel, du Bon Malade, du Bouillon, du Bruyant,

du Caveau, du Cerisier, du Chenêt, du Chetrou, du Cogneux, du Curé,
du Fond de la Doux, du Fond des Mais,
du Grand Pré,
du Hayon, du Hirdoux,
du Loup,
du Midi Froid,
du Neuf-Vivier, du Noyer,
du Petit Etang, du Pré Hure, du Pré le Couvy, du Puits d’Audry,
du Sourd,

la Bonne Fontaine,

la Fontaine Noire,
la Fontaine qui Bruit,
la Fontaine Trouée,
la Froide Fontaine,
la Grosse Fontaine,
la Jeauniaute,

Fontaine le Bourcq, l’Empereur,

les Fontaines Murées, les Onze Fontaines, les Trois Fontaines,

Fontaine Arguier, Aumône,

Blanche, Bleue,
Christine, Claire,
Fleuret,
Gabelle, Gauthier, Géraud, Grand Fosse,
Jabelet, Jean Lesieur,
Macquain, Marie Madeleine, Marin, Meillier, Mondreux, Muret,
Olive,
Plate, Pourrie,
Rémy, Renaud, Rouge,
St-Berthaux, St-Cosme, Ste-Reine, Sept Fontaines, Sourcillon,
Uchon,
Vannier.

Ancienne fontaine de la Place Ducale à Charleville (DR).


jeudi 12 mars 2009

P. 87. "Welcome"... le film.

Avec ou Sangatte,
un "film citoyen" montre les clandestins voulant franchir le Pas-de-Calais.

Le ministre Besson estime que le cinéaste, Philippe Lioret,
s'exprime avec "une petite musique insupportable"
quand il rapproche 1943 d'aujourd'hui...

Bande annonce de "Welcome".

Philippe Lioret :

- "Le film est l'histoire d'un indifférent. La dramaturgie s'est nourrie des récits des bénévoles. Un type dont la femme passe cinq soirs par semaine à s'occuper de ces clandestins pendant des années finit forcément par péter les plombs. La difficulté était de lier l'affectif à la situation sans devenir balourd. J'ai mis le nez dans le quotidien de ces gens et j'y ai trouvé une dramaturgie et des personnages. Il n'y avait pas de nécessité d'actionner des ficelles, nous avons même dû calmer le jeu. Ainsi les arrestations et les mises en examen sont-elles beaucoup plus brutales que ne le montre le film.


A la vérité, j'ai fait «Welcome» pour des raisons de cinéma, mais le film me fait devenir citoyen. Je n'ai pas une âme d'abbé Pierre, mais tout cela sent si mauvais, c'est si révoltant que je ne peux plus me tenir.
Le film déclenche quelque chose de fort, avant la sortie nous aurons fait 75 projections dans toute la France et il aura été vu par au moins 30 000 spectateurs.
Je retourne souvent à Calais. Une fois que vous vous êtes approché de cette réalité, vous êtes pris. Le film a révélé quelque chose en moi, que j'ai découvert en le faisant et en le montrant. Maintenant, je vais devoir aller au charbon, je ne vais pas m'arrêter là."
(Interview par Pascal Merigneau, le Nouvel Observateur, 5 mars 2009).


Nord Littoral :

- "La boucle est bouclée pour Philippe Lioret après près de trois années d'investissement dans ce projet.

Sylvie Copyans, bénévole de Salam, a accompagné toutes les étapes de ce film :
« Tout a commencé il y a deux ou trois ans, quand Philippe (NDLR : le réalisateur) est venu sur le terrain voir ce qu'il se passait. On a passé deux jours ensemble à aller dans les squats... Il a été choqué par ce qu'il a vu. Il m'a dit : "On ne peut pas laisser une situation comme ça, je vais faire un film pour faire bouger les choses. Si ça pouvait avoir les mêmes conséquences que le film Indigènes..." »
Philippe Lioret s'est donc attelé à l'écriture de son scénario, aidé d'Emmanuel Courcol et Olivier Adam. Régulièrement, il a consulté Sylvie Copyans :
« pour avoir des détails et que son scénario approche au plus près de la réalité. Je lui envoyais aussi des mails quand il se passait des choses. »
Sylvie reçoit au bout de quelque temps une première mouture du scénario. « Je lui ai suggéré quelques modifications. » Puis le film a été tourné en février et mars l'an dernier. Cette bénévole de Salam a vu le film en avant-première à Dunkerque au début de l'année :
« Je n'ai pas été étonnée par le résultat, sourit-elle. Ça colle 100 % à la réalité quotidienne. Tout ce qui est fait au quotidien à Calais apparaît dans le film. Je me disais que certaines scènes, notamment sur les CRS, allaient être censurées, mais non. »
(C. D., 28 février).


Photo du film : Fyrat Ayverdi dans le rôle de Bilal (DR).

Aurélie Lallane :

- "Dans ce capharnaüm social, Lioret appelle à l'altruisme de chacun et pousse le spectateur à ouvrir les yeux sur le monde qui l'entoure. L'histoire paraît basique avec une impression de déjà entendu. Mais pas de déjà vu. A Calais, un maître nageur (Simon) s'engage à ses risques et périls à aider en secret un jeune réfugié kurde (Bilal) qui a pour ambition de traverser la Manche à la nage. Son but : atteindre l'Angleterre tel l'Eldorado où tous ses rêves sont réalisables. Mais par-dessus tout, il souhaite retrouver sa petite amie prise en otage par son père qui veut la marier de force.


Au fil du film, les deux hommes se rapprochent et tissent une relation qui s'apparente à un lien père/fils.
Au départ, Simon est un homme installé dans un quotidien morose en instance de divorce avec une femme qu'il continue à aimer. Alors pour la reconquérir ou du moins l'impressionner il entraîne physiquement et psychologiquement le jeune adolescent jusqu'au bout. Il réalise par lui-même les conditions des sans papiers sur le sol français. Et comprend alors l'engagement humain de sa femme lorsqu'elle prend de son temps pour servir le repas aux apatrides sur le port de Calais."
(Cinezik).


Jamila Zeghoudi :

- "Welcome fait la lumière sur les risques pris par les clandestins déterminés à tout pour gagner la Grande-Bretagne et sur leurs conditions de vie précaires depuis la fermeture du camp de Sangatte, fin 2002.

Lioret montre aussi l’attitude ambigüe des autorités françaises qui tolèrent l’aide apportée par les ONG aux migrants, mais appliquent une législation qui sanctionne tout citoyen qui héberge une personne en situation irrégulière."
(France Inter, 10 mars).


Photo du film : Deria Eyverdi dans le rôle d'une clandestine (DR).

Libération :

- «J’ai le sentiment d’avoir raconté l’histoire d’un type qui a protégé un Juif dans sa cave, en 1943.» Pour avoir fait cette confidence à la Voix du Nord, à propos de son film Welcome, le réalisateur Philippe Lioret s’est attiré les foudres d’Eric Besson.


Samedi, le ministre de l’Immigration a jugé, sur RTL, que le cinéaste «a plus que franchi la ligne jaune […] lorsqu’il dit que "les clandestins de Calais sont l’équivalent des Juifs en 43"».

Pour Besson, «cette petite musique-là est absolument insupportable».«Suggérer que la police française, c’est la police de Vichy, que les Afghans sont traqués, qu’ils sont l’objet de rafles… c’est insupportable», a-t-il insisté. (...)

Philippe Lioret se défend d’avoir voulu faire un brûlot. Il a juste voulu «mettre le doigt où ça fait mal».
«Si demain, vous voulez rendre service à un mec qui n’a pas de papiers, vous tombez sous le coup
d’une "aide à la personne en situation irrégulière"», s’indigne-t-il. Ajoutant que «c’est aujourd’hui que ça se passe, pas en 1943. Et c’est à 200 km de Paris».
(C. C., 10 mars).

Ariane Schwab :

- "En dépit de la noirceur du sujet évoqué, on est rapidement séduit par le jeune Bilal (Firat Ayverdi) et Mina (Derya Ayverdi), deux débutants dénichés en France parmi la communauté kurde et qui jouent incroyablement juste. Et comme à son habitude, Vincent Lindon, sobre et intense, est très émouvant.

Si l'intrigue est peu fournie, Philippe Lioret réussit à maintenir le rythme jusqu'au dénouement. Le film ne laisse bien évidemment pas indifférent."
(Europe 1, 9 mars).

Photo du film : Vincent Lindon et Firat Eyverdi (DR).

Jérôme Garcin :

- "Si je vous dis que c'est un film de plus sur les clandestins, vous risquez de fuir. Vous imaginez déjà le docu-fiction démonstratif, la thèse humanitaire, le libelle bien-pensant. Vous craignez la leçon de morale, et la mauvaise conscience qui va avec.

Remisez vos appréhensions, «Welcome» est un film d'amour, d'aventures, d'apprentissage. C'est du grand cinéma, avec une image signée Laurent Dailland qui donne à la nuit froide et mouillée, à l'incessant et multicolore manège des camions qui embarquent sur les ferries, à l'aube laiteuse sur une plage sans espoir, à la Manche déchaînée, le sentiment d'une détresse universelle. Et intemporelle."
(le Nouvel Observateur, 5 mars).


Anne-Louise Echevin :

- "La mise en scène est toute en finesse et en élégance simple. Le réalisateur a réussi à éviter de tomber dans le pathos et l’émotion dégoulinante. Le sujet et l’interprétation font naître d’eux-mêmes l’émotion et la réflexion.Un très beau film, comme on aimerait en voir plus souvent dans le cinéma français.
Philippe Lioret s’impose définitivement comme un grand réalisateur. Puisse-t-il continuer longtemps dans cette voie là. On attend son prochain film avec impatience !"
(CommeauCinema.com, 11 mars).



En grande dame du cinéma, Jeanne Moreau s'adressait directement à Brice Hortefeux, le prédécesseur du ministre Besson (un émigré, mais du PS).
Témoin de notre temps, Jeanne Moreau interprétait, elle aussi, "une petite musique insupportable".