DANS LA MARGE

et pas seulement par les (dis) grâces de la géographie et de l'histoire...

vendredi 30 octobre 2009

P. 186. Charters pour la guerre : chronique de Paul Hermant

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Pancarte ACTUP-Paris (Graph. JEA / DR).

"On n'expulse pas vers un pays en guerre" ???

Chaque matin que la semaine égrène, peu après sept heures et quart, nombre de fenêtres s'ouvrent non seulement dans les centres urbains mais encore dans les campagnes belges (et même parmi des beuquettes en Ardennes de France). Des choix individuels pour un acte devenant collectif. Chercher un peu d'oxygène avant de plonger dans les embouteillages vers le travailler plus, vers les écoles et les casernes, avant de s'asseoir sur les bancs du chômage ou des parcs publics, après les soins médicaux et les peines de coeur...
Vers 7h20, la circulation se montre donc moins bruyante, moins agressive. Les analyses des pollutions sonores le confirment régulièrement. Et ici, j'en atteste, même les oiseaux se concertent pour se concentrer quelques instants parce que, soudain, la radio cesse d'être un moulin à cacophonies.
Sur "Matin première", le service public de la Radio-Télévision belge Francophone (ouf) donne quelques instants la parole à Paul Hermant. Et l'auditoire de se savoir moins méprisé, ou moins manipulé, ou moins désespéré, ou moins solitaire que cinq minutes plus tôt !
A ses débuts, je l'imaginais funambule avec un micro accroché au cou et qui passait entre les nuages éperdus, les arbres décoiffés, les dernières étoiles attentives. Funambule, il l'est resté. Mais après tant et tant de chroniques, nous sommes toujours aussi nombreux à nous demander comment il ne chute pas ? Comment il reste ainsi en altitude ? Comment ses regards ne baissent, ni sa voix ? Comment sa légèreté cultive tant de profondeurs ?
Pour avoir proposé quelques lignes de Paul Hermant sur un autre blog, nous fûmes tous deux traités de "belgicains" dignes d'un "royaume bananier" (et tutti quanti...).
Eh bien sur cette page, vous avez bien le salut de ces "belgicains" ayant le tort de sortir de leurs frontières pour fouler le sol de France.
Cette chronique est celle du jeudi 29 octobre sur les antennes de "Matin Première" (RTBF-Radio, première chaîne).

En studio : Paul Hermant (Ph. RTBF / DR).

Paul Hermant :

- "A la question que nous avions posée dans une chronique récente d'enfin savoir s'il y avait ou non une guerre en Afghanistan, nous avons désormais la réponse. C'est non, il n'y a pas de guerre.
La preuve, on y a expulsé dernièrement -la France y a expulsé- par charter, c'était le 21 octobre, trois migrants Afghans arrêtés dans l'Hexagone.


A l'époque, nous avions dit que rapatrier des nationaux en Afghanistan équivalait à établir une sorte de jauge du jugement que nous portons sur la situation à Kaboul et dans les provinces. Car enfin, avions-nous ajouté :
"on n'expulse pas vers un pays en guerre"
et si on expulse c'est donc qu'il n'y a pas de guerre. La loi de la pesanteur est dure mais c'est la loi, d'autres l'ont dit avant moi.

Sans doute doit-on parler au Quai d'Orsay des "événements d'Afghanistan" comme l'on disait, dans une autre époque, de ceux d'Algérie. La diplomatie, qui est étymologiquement l'art de plier un papier en deux, est grande usagère de circonlocutions et de circonvolutions.
Le ministre Besson avait assuré que, dans ces "événements" tout de même un peu troublants, la sécurité des migrants expulsés serait assurée. Et de fait, l'ambassade les a accueillis sur le tarmac, leur a donné quelques centaines d'euros. Pas d'inquiétude dit le ministère, on les a mis dans un hôtel. A Kaboul.

Et que pensez-vous qu'ils font les talibans ? Ils attaquent les hôtels. A Kaboul. Ou des foyers où logent des agents des Nations Unies. A Kaboul. Dans une ville réputée sécurisée.

Une députée française de l'UMP, de la majorité présidentielle donc, elle est du Nord, elle s'appelle Françoise Hostalier, avait eu, une fois le charter parti, cette forte phrase:
"S'ils se font tuer, l'acte d'expulsion pourra être qualifié de criminel".
Elle connaît bien l'Afghanistan, elle avait mis en garde contre ces retours forcé effectués à la veille du second tour électoral.
"Cela pourrait tourner à la catastrophe" avait-elle ajouté.
C'est aussi ce que pense Matthew Hoh, ce diplomate américain en poste à Kaboul qui vient de démissionner, se demandant quelle peut bien être la fonction de tous ces contingents étrangers dans un pays "en guerre civile depuis 35 ans" a-t-il précisé.

Ah, bon, c'est quand même une guerre ? Et civile aussi ? Et une guerre civile, tout le monde sait ça, ça tue des civils. Comme les employés des Nations Unies abattus, on va dire exécutés, hier.
Vous savez, je me dis que ce qui doit être le plus désespérant pour ces clandestins afghans refoulés, c'est de constater que, depuis leur retour, la guerre a éclaté en Afghanistan.
Allez belle journée et puis aussi bonne chance."

Mise de force, pieds et poings liés, dans un avion d'Air France (Graph. JEA / DR).

NOTE : Mes remerciements à Paul Hermant pour son autorisation de publication. Qu'il sache que j'ai plus d'un pâté dans mon four littéraire.

36 commentaires:

brigetoun a dit…

et cet homme se pose le "problème" de savoir ce qu'est l'"identité" française ?

ficelle a dit…

C'est bien de nous donner à entendre un bon chroniqueur d'ailleurs (comme ça, on fait des brèches dans les murs…).
Mais le sujet est grave…

MvC a dit…

Mais la République française leur paye 15 jours d'hôtel qui je l'espère ne
sera pas bombardé!!!!!

Elisabeth.b a dit…

J'aime les funambules. Les bois et les forêts sans doute... il m'est difficile de capter toutes les ondes. Alors j'ai cherché ces chroniques dont vous nous parlez.
On peut les écouter ici.
Matinées belges pour tous !

JEA a dit…

@ brigetoun

je laisse courageusement au chroniqueur le soin de vous répondre...

JEA a dit…

@ ficelle

"Allons-nous finir emmurés ?" vous interrogez-vous sur votre "expérience du désordre" (voir liens, colonne de droite).

JEA a dit…

@ MvC

A votre humour, l'on reconnaît l'une des fidèles auditrices de Paul Hermant...

JEA a dit…

@ Elisabeth.b

Et voilà ! J'avais tout bêtement oublié de placer un lien avec les enregistrements des chroniques de Paul Hermant.
Et vous, à nouveau, toujours aussi au-dessus des obstacles techniques, vous sauvez ce blog de ses manques.
Et toujours merci de venir ici retracer les chemins que mon désordre malmène.

Elisabeth a dit…

Erratum !

Compliments immérités, et je le prouve (aïe). Un signe imprévu s'était glissé dans le lien. Le voici, dans un format utilisable.

Chr. Borhen a dit…

JEA, si par hasard vous manquiez d'éminent personnel aux archives, j'espère que vous ne manqueriez pas d'embaucher la précieuse et précise Elizabeth.b.

(Et merci pour la découverte Paul Hermant. Il faut dire qu'ici nous manquons cruellement d'éditorialistes responsables, et qui sachent écrire avec ça...)

JEA a dit…

@ Elisabeth.b

Connaissant votre délicatesse, personne ne sera dupe. Vous fîtes semblant de vous planter provisoirement pour tenter de décomplexer les ignares de l'informatique de mon style.

JEA a dit…

@ Chr. Borhen

Pour Renaud Camus auquel vous consacrez un billet pas piqué des vers ce matin, un lien a été placé dans les commentaires de la page 185. Mais un rappel ici n'est pas superflu.

Quant à Paul Hermant, il est de ceux (masc. gram.) qui permettent aux mots "service public" de garder du sens (non interdit)...

noël a dit…

Je désespérais de trouver un successeur à Philippe Toussaint. Le voici.

JEA a dit…

@ noël

Oui, une autre voix (une autre plume) mais sur la même voie lente, agressée mais réfléchie menant aux fragiles progrès de l'humanité.
Tu sais, après l'une de mes conférences, Philippe Toussaint m'a confié :
- "J'en ai rencontré et interrogé et écouté des personnalités pour la radio ! Un seul m'a fait peur. Vraiment. Comme désireux d'écraser littéralement ceux qui ont le malheur d'être différents. Sa haine n'est pas feinte. C'est un tribun qui serait volontiers assassin."
Philippe Toussaint évoquait Le Pen...

Cactus homme lézard a dit…

que je suis con , que je suis con con : z'êtes revenu et j'étais même pas à vos noces nouvelles : mes lunettes ou l'âge tout simplement : je vous remets en allié né préféré !

JEA a dit…

@ Cactus homme lézard

S'il vous plaît, ne battez pas votre coulpe, j'aurais trop peur que par solidarité avec le cactus, votre poitrine ne soit elle aussi épineuse...
Ce blog s'est désenvasé. Mais sans interview l'annonçant au JT de 20h sur FR1.
Ailleurs, vous évoquez un "miracle" pour ce retour sur les vagues...
A contrario, ce mi-racle me fait penser à un autre blog où j'ai été qualifié notamment de "raclure"... Mi-raclure, mi-bavure...

Cactus homme lézard a dit…

ok , je note !
heureux , j'essuie une larme même si ça ne se fait plus depuis d'illustres lustres !

annadesandre a dit…

Je ne connaissais pas Paul Hermant. Merci.

JEA a dit…

@ annadesandre

Aux petits matins, pas de risque que ses chroniques arrivent à franchir les espaces jusqu'à chez vous. Déjà dans les Ardennes de France, la réception est limite (enfin, selon les caprices de la météo).
Mais Elisabeth.b a posé un câble qui franchit même les océans et donne l'impression d'écouter Paul Hermant en direct (lien plus haut)...
A la suite de votre commentaire, j'ai tâté la FNAC. Elle ne propose qu'"Au temps pour moi" (2004). Page 82, Paul Hermant propose cette "Fable, 4" :
- "Pour des jours comme ceux-ci, nous avons quand même des valses et des tangos tellement lents.
Alors ajoutons un i à valse, ça fait valise et partons en voyage."

Mademoiselle C. a dit…

Je n'ai pas le temps de vous lire en entier mais.. Félicitations pour votre (joli) crobard.

JEA a dit…

@ Mademoiselle C.

En vérité, ce ne sont que des photos détournées, enfin c'est moins grave que déportées...

Anonyme a dit…

Je suis, pour ma part, beucoup plus touchée par la démission du diplomate américain. 35 ans d'occupation, pardon de « présence étrangère » !, ce genre de désastre perdure et persiste grâce à la formidable façade diplomatique des Nations unies entre autres.
En regardant la carte mondiale des ressources énergétiques, on a la carte des conflits mondiaux.

ArD

JEA a dit…

@ ArD

Involontairement, n'y voyez surtout pas un procès, y compris d'intention, la survenue de votre commentaire provoque un frisson. Non parce qu'il est signé par vous, évidemment, mais au contraire pour cause de l'étiquette "anonyme" qui l'annonce...
C'est que la plupart des "anonymes" qui rôdent par ici, ne sont guère fréquentables. Du style :
- "Commencerais tu à sentir l'étau qui se resserre ?
T'inquiete, on se parle bientot "de visu" (je ne viendrai pas seul)."

ArD a dit…

N'y voyez que le reflet d'un sentiment ou celui d'un désir de discrétion, dans ce cas. (Une habitude que je peux modifier sur votre blog pour vous éviter le frisson.)

JEA a dit…

@ ArD

Que du contraire. Dans la mesure où "Anonyme" deviendrait synonyme d'ArD...
Sur le baromètre des frissons, la météo passerait de "désagréable" à "éclaircie"...

Anonyme a dit…

Alors pour vous être agréable, sachez qu'ArD est Armelle.

JEA a dit…

@ Anonyme

Le même prénom que ma plus proche voisine, fermière bio de son état : ici, pas de parcelles cultivées. Les forêts (pas des miniatures) et des pâtures avec peu de barbelés, plutôt des haies vives embellissent les rondeurs des paysages. Et donc, pour revenir à cette voisine Armelle, quelques vaches pour le lait, donc pour le fromage, donc pour le Maroilles...
Le tout paisiblement, avec des cieux imaginatifs et des arbres jamais au garde-à-vous...

Anonyme a dit…

Ah, mais c'est que je vous aurais réconcilié avec les anonymes alors !
Depuis qu'un tenant de blog m'a écrit que les anonymes sansblog pouvaient être assimilés à des groupies, je ..., comment dire ?, me défausse en cas d'interprétation possiblement irrévérencieuse de mon anonymat. (Me « dévoiler » serait possiblement licencieux.)

Eh oui, les Armelle, vaste programme...

ArD

P.-S. : Suis pas fermière ;-) Je me contente du marché bio sous des cieux très bleus et des forêts remplacées par un relief karstique où la chèvre est plus à l'aise que la vache.

JEA a dit…

@ Anonyme - Armelle

Me réconcilier avec des cracheurs de mots tels que :
- "vierge effarouchée ne perdant rien pour attendre… ton tour viendra", ce n'est pas pour demain (qui est supposé chanter).
L'histoire m'a au moins appris à ne pas tendre l'autre joue lorsque l'on me salive de crapaud au visage...
Mais l'anonymat en autre visage de janus (de jana), au milieu de roches bleuies, de chevrettes farouches, quand on déambule encore entre les épices et les murmures d'un marché... voilà qui change des soldats de plomb qui, forts de leur anonymat, vous tirent dans le dos...

zoé lucider a dit…

Merci pour cette découverte. heureusement que quelques consciences gardent vivace l'exigence de loyauté

Frasby a dit…

Merci pour Paul Hermant et merci à Elisabeth b. pour le câblage.
Quant aux sinistres procédés de la France, pourquoi insister JEA ?
Puisqu'on vous dit qu'il n'y a pas de guerre... ;-((

JEA a dit…

@ Zoé Lucider

Merci pour l'amitié de votre tagage-tangage-langage...
Il reste en souffrance un "blason" (je ne sais où ni comment).

JEA a dit…

@ Frasby

Comme vous le savez, je suis d'une mauvaise foi abyssale.
Et semer des cailloux dans les chaussures des discours officiels peut se révéler être aussi un service public...

frasby a dit…

Oui, je sais bien ;-) mais comme je méfie terriblement de la bonne foi (auto) proclamée, j'aime assez vos façons de caillouter. Il existe même de vos cailloux qui possèdent paraît il des pouvoirs prodigieux, (le saviez vous ?) Comme certains qui semés, dans les semelles des discours officiels, ont l'immense avantage d'agrandir les oreilles...

JEA a dit…

@ frasby

d'aucuns se gavaient de galets pour dis-courir en période de grèves, il en est encore qui dressaient (quels dompteurs) des menhirs pour apprivoiser les cieux, sans parler de ceux qui cassaient des cailloux pour en faire des pierres qui raillent...

JEA a dit…

Serge Portelli sur son blog "Chronique de l'humanité ordinaire" :
- "Eric Besson, lui, avec le zèle touchant des ultimes convertis, tentant de faire oublier ses anciennes et virulentes dénonciations du sarkozysme, avoue sans pudeur qu’en exécution des consignes du président de la République, il cherche à récupérer les voix de l’extrême-droite. Il veut, dit-il, “la mort” du Front National. La paradoxe est que cet homme qui se disait de gauche et se dit à présent de droite, patauge dorénavant non seulement dans les idées mais les pratiques de l’extrême droite. Enfermer des enfants dans des centres de rétention, expulser des jeunes scolarisés, détruire des familles, faire vivre dans l’angoisse des dizaines de milliers d’hommes, de femmes, d’enfants, simplement “coupables” de n’avoir pas de papiers, mobiliser en permanence et pervertir l’appareil d’Etat dans des tâches purement électoralistes, renvoyer des étrangers par charters dans des pays en guerre.... voici la réalité de cette politique nauséabonde. Utiliser la souffrance d’êtres humains pour asseoir son pouvoir aujourd’hui et le conserver demain. Dévoyer les valeurs de la République pour fortifier un clan."