DANS LA MARGE

et pas seulement par les (dis) grâces de la géographie et de l'histoire...

lundi 5 octobre 2009

P. 182. Prisces et St-Algis, églises fortifiées de Thiérache (5)

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Pour situer les deux églises de cette page : Saint-Algis et Prisces.
Carte d'après : Sur une frontière de la France. La Thiérache. Aisne, Textes, Photographies et Cartographie, sous la direction de Martine Plouvier, Association pour la généralisation de l'Inventaire régional en Picardie, 2003, 287 p. (Montage JEA / DR).

A l'intention de celles et de ceux qui ne sont pas encore saturés d'églises fortifiées en Thiérache, une cinquième étape.

- Prisces :

La village s'étend à distance précautionneuse de la Brune, laquelle s’écoule entre l’Epine du Guet, les Grandes Ecluses et les Isles.
La D 61 marque l'axe de la localité qui s'élève gentiment à 112m d’altitude pour être surplombés par Le Bout du Monde. Et pour accentuer un rien le relief, se creusent la Fosse Cattoir et la Fosse Aillaume...


Prisces : le plus haut donjon-église de Thiérache (Ph. JEA).

C'était jour de fête un peu à la Tati quand fut prise cette photo. L'église se tenait à l'écart des animations, des émotions et des flonflons.
L'église de la Nativité de la Vierge a gardé son espace liturgique en pierre et remontant au XIIe siècle. Le donjon de brique, élévé en avant et en protection de la nef, date du début du XVIIIe siècle.

Décors en brique vernissée (Photo JEA).

Seules nuances apportées à l'aspect volontairement rébarbatif des églises fortifiées, ces décors géométriques (voire page 155 de ce blog). A Prisces, les bâtisseurs semblent s'en être donné à coeur joie. En multipliant les formes : croix, croix losangées, croix de St-André, quadrillages. Les surfaces ne pêchant pas par modestie, ces décors ne passent pas inaperçus...

Façade avant du donjon (Ph. JEA).

Et voici le plus haut donjon militaro-religieux de Thiérache : plus de 20 m, avec quatre niveaux accessibles par l’escalier de la tour sud-est. En contre-plongée, le visiteur se sent comme au pied d'une falaise à peine marquée par les outrages du temps.


Sculptures sur corniche (Ph. JEA).

Si les décors en briques vernissées sont légion, par contre, d'église fortifiée en église fortifiée, une absence se confirme, celle de décors portés. Prisces fait donc exception. Avec sur la corniche de la nef et du cœur, côté sud, des sculptures de visages à la finesse toute relative.
Un bloc. Yeux, nez, bouche. Un minimum. Pas totalement inexpressifs mais sans recherche. Soit un témoignage qui, s'il est brut, n'en reste pas moins signe d'une époque, d'une volonté d'un sculpteur inconnu illustrant un autre inconnu...

Façade sud (Ph. JEA).

Frasby :

- "Le modillon roman est un bloc de pierre sculpté finement ou grossièrement, placé sous les corniches, et l'illusion d'optique pourrait même nous faire croire qu'il les supporte. Il relève de l'art populaire, illustre autant la vie courante que l'imaginaire médiéval le plus fantastique. Il peut être décoratif, (on revient à nos fleurs séchées), à motifs géométriques; ou plus figuratifs, végétal, animal etc...) La finesse ou la grossiéreté des figures dépend surtout des matériaux dont disposaient les sculpteurs jugés artistiquement naïfs et gauches mais qui ne manquaient pas de créativité, les plus riches ornementations furent ciselées dans le calcaire, les roches granitiques, volcaniques donnant une sculpture plus sévère. En l'absence de sources historiques laissées par les sculpteurs romans, on a déduit qu'il n'y avait pas de projet symbolique global émanant de ces modillons (n'a pas encore été trouvé le grand modillon d'Alexandrie ou de Babylone), pas de programme iconographique entier, comme on en découvre sur les tympans ou sur les chapiteaux médiévaux. Pourtant il semble que certains modillons considérés séparément ne soient pas sans message... On a souvent tendance devant un modillon, "à voir trop ou trop peu". Nul besoin d'être historien pour déceler dans ces sculptures, tous les efforts qu'accomplissait une société pour tenter de se raconter, se parfaire, et surtout perpétuer ses légendes."
(Blog Certains jours, 12 août 2009, Page d'échos).

Eglise de Saint-Algis (Ph. JEA).

Saint-Algis :

À l’écart de la D 31 et à 159 m d'altitude, un village éclaté sur six axes. Saint-Algis domine une rive de l’Oise.
Un lieu qui collectionne pas mal de Culots dont celui de Marion et un autre de Gérard.
Un Buisson Toinon y
protège les Tortues, non loin de La Carottière et de La Voyette de Péronval.

Nef (Ph. JEA / DR).

L'église fut reconstruite à la seconde moitié du XVIe. Se succédèrent encore des réparations en 1634 puis entre 1685 et 1687.
Les fortifications ne se limitaient pas au donjon mais exceptionnellement sont réparties jusqu'à la nef qui comporte ses propres meurtrières.


Depuis ces périodes belliqueuses, de mercenaires et de mises-à-sac, s'est écoulée l'eau de l'Oise. Le village s'est assoupi. Ne cauchemarde plus ou peu. Venez ouvrir la porte de l'église (toutes ne sont donc pas fermées à double tour), respirer les rayons filtrant les poussières, vous offrir un siège en chêne se fendant d'histoires en perdition, faire semblant de vous perdre en suivant un dallage en trompe l'oeil.


15 commentaires:

brigetoun a dit…

j'aime la tour massive de Saint Algis et le supebe dallage

Elisabeth.b a dit…

Saturés ? Vous plaisantez JEA. On rêve de se promener un jour en Thiérache. Ces dalles dans l'église de Saint-Algis... que nos sols sont devenus pauvres.

JEA a dit…

@ brigetoun

pour le carrelage, photo sans flash évidemment, pour ne pas l'agresser avec une lumière trop vive et qui lui est épargnée depuis si longtemps...

JEA a dit…

@ Elisabeth.b

La Thiérache est vertement humide, très peu expansive, elle ne se donne pas en spectacle, ne joue pas avec le technicolor ni sur les grands écrans avec sonos à gogo...
je suppose qu'elle peut être traversée vite fait mal fait via une nationale banale
cependant, dès le premier (j'exagère un rien) chemin de traverse, le premier village mis hors circuit, que de découvertes, certes au ras des pâquerettes, mais combien délicates...

claire a dit…

Ce dallage est splendide et rien qu'à voir la photo je m'y perds "sans faire semblant"...
retenir Saint-Algis et puis y aller !

JEA a dit…

@ claire

en cliquant sur la carte, celle-ci devient lisible
et St-Algis se détache un rien au sud de l'axe Guise-La Capelle

une confirmation : l'église fortifiée est l'une des rares en Thiérache qui soit ouverte aux visiteurs de passage...

D. Hasselmann a dit…

Ce donjon, ces briques (comme dans le Nord), sublimes. Presque l'envie de prier à Prisces...

Ce n'est pas un calvaire ni un chemin de croix, ces promenades : une montée vers les cieux de la beauté !

JEA a dit…

@ D. Hasselmann

En vérité, la seule prière vue à St-Algis, c'était une "prière de fermer la porte en sortant"...
Mais là, mon très mauvais esprit (non saint) n'a pu se civiliser.

Cactus homme lézard a dit…

excusez mon retard ! mais l'essntiel reste de participer , ici aussi , non ? bel édifice ici , en construction permanente ; chez moi c'est tout en déconstruction permanente !

JEA a dit…

@ Cactus homme lézard

Les sangsues de la censure se sont effectivement ruées sur votre blog comme sur un Eldorado...
Mais ma solidarité n'est pas seulement formelle.

Frasby a dit…

Saint Algis, je me risquerai bien à un très grand voyage dans ces incroyables dallages...

Ensuite, (à supposer qu'on en revienne ;-) j'irai volontiers me perdre au milieu de cette phrase là "Un buisson Toinon y protège les Tortues, non loin de la Carottière et de la Voyette de Péronval"

Puis après, je monterai saluer la Beuquette, et je prendrai une année sabbatique au milieu de ces donjons et ces briques. Entre temps je m'attacherai à cette chose, yeux , nez, bouche, ce minimum, ce bloc pas vraiment sympathique mais très attendrissant. Enfin voilà, je ne dis pas tout. Il est vraiment supraterrestre, votre pays ! De jour en jour,je deviens accro.
Merci pour votre lien. Merci pour cette balade ahurissante. Bonne journée,à vous !

JEA a dit…

@ Frasby

Avant tout, vous remercier pour les lumières venues de votre blog. Là où je reste en surface, sur les dalles, vous retournez le ciel et la terre des documents et des recherches pour en retirer encore cette substantifique moëlle que Rabelais nous a appris à déguster avec immodération...
Ma reconnaissance donc pour avoir prêté à cette page votre plume sans âge...
Accro des Ardennes ? Vous ne risquez pas de vous y heurter à une solitude vertigineuse.

Chr. Borhen a dit…

À la vue de toutes ces briques rouges, expression à inventer : "église d'ouvrier(s)".

(Heureux de vous relire, cher JEA.)

JEA a dit…

@ Chr. Borhen

Dites donc 70 églises qui se mettent à sonner des cloches, joyeusement, alors que le crachin rendrait grincheux...
Et tout ce remue-ménage pour saluer votre retour !

JEA a dit…

@ Chr. Borhen

Dites donc 70 églises qui se mettent à sonner des cloches, joyeusement, alors que le crachin rendrait grincheux...
Et tout ce remue-ménage pour saluer votre retour !