DANS LA MARGE

et pas seulement par les (dis) grâces de la géographie et de l'histoire...

mercredi 7 octobre 2009

P. 183. Les SS meurent aussi : Jean Vermeire

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A g. : Jean Vermeire.
A dr. : au milieu de ses affidés et en uniforme noir, Léon Degrelle (1).
(Mont. JEA / DR).

Paul Hermant évoquant la mort du SS Vermeire :
"Il y a des gens qui en disparaissant arrivent encore à salir la mort des autres."

Agence Belga :

- "Des informations confidentielles reçues par ResistanceS.be, le web-journal de l'Observatoire belge de l'extrême-droite, font état du décès à l'âge de 91 ans de l'ancien capitaine SS belge Jean Vermeire.
Celui-ci a été incinéré en toute discrétion, vendredi en Belgique, après son décès en Espagne, survenu durant ses vacances annuelles, après un accident cérébral. Jean Vermeire a été l'un des derniers bras-droits de Léon Degrelle, rappelle Manuel Abramowicz de ResistanceS.be, dans un communiqué publié dimanche. L'homme dirigeait toujours les Bourguignons, une amicale d'anciens combattants SS wallons et bruxellois du front de l'Est, affirme M. Abramowicz qui précise que "sa disparition est celle d'un homme qui était resté nostalgique de l'Allemagne nazie et du rexisme".

(4 octobre 2009).

Le Figaro :

- "Son ami Léon Degrelle fonda en 1935 le "rexisme", un mouvement antiparlementaire catholique d'extrême droite, qui attira des francophones belges. Il prôna ensuite la collaboration avec l'Allemagne après la défaite de 1940 et alla combattre sur le front de l'Est (front russe) avec une division SS composée de volontaires belges francophones.Devenu une icône en Europe des mouvements néo-nazis, Léon Degrelle s'exila en Espagne en 1944 pour échapper à son exécution et y mourut en 1994."
(4 octobre 2009).

Manuel Abramowicz :

- "Né le 28 septembre 1918, Jean Vermeire, à l'âge de 18 ans, débute une carrière de journaliste et de dessinateur au journal «Le XXe Siècle», une pépinière de nationalistes catholiques belges aux sympathies fascistes. Dirigé par l'abbé l’abbé Norbert Wallez, on y retrouve Léon Degrelle, qui y travaille comme reporter, et un jeune dessinateur, Georges Rémi, qui deviendra célébre sous son nom d'artiste, Hergé.

Jean Vermeire adhère au mouvement rexiste de Léon Degrelle avant la Deuxième Guerre mondiale.
En août 1941, il s'engage dans la Légion Wallonie (LW), mise sur pied par le chef de Rex, pour partir combattre les Soviétiques sur le front de l'Est aux côtés de l'armée allemande.
Promu lieutenant, Vermeire fait très vite partie des proches de Léon Degrelle. En 1943, devenu capitaine SS, il est envoyé à Berlin pour y représenter auprès des autorités allemandes la Division SS «Wallonie», qui avait succédé à la LW. A la Libération, l'officier nazi belge est arrêté et condamné à mort. Mais retrouve la liberté en 1951."
(ResistanceS.be, 3 octobre 2009).


A g. : affiche pour la Légion Wallonie (2).
A dr. : la brigade SS Wallonie qui succéda à la Légion (3).
(Mont. JEA/DR).

Eddy De Bruyne :

- "DEGRELLE jugea opportun d'envoyer un émissaire en Belgique avec mission de préparer une nouvelle campagne de recrutement. Cette mission échut au Lieutenant Jean VERMEIRE, ex-journaliste du Pays Réel.
En fin de compte, autour du noyau recruté parmi les rexistes, quelques civils égarés, peu nombreux, de jeunes éléments de la Jeunesse de HAGEMANS, les malades convalescents et blessés rétablis de Gromowobaljalka portèrent les effectifs du contingent du 10 mars 1942 à 364 hommes : 333 hommes de troupe, 26 sous-officiers et 4 officiers dont un Allemand, l'officier de liaison responsable de l'instruction, le Rittmeister von RABENAU (4).

Quatre jours plus tôt, le Pays Réel titrait : 600 LEGIONNAIRES SE SONT INSCRITS JUSQU'A PRESENT POUR LE NOUVEAU CONTINGENT. Ils quitteront Bruxelles le 10 mars [...] Le Chef et le Commandement de la Légion nous demandaient 300 nouveaux légionnaires : jusqu'à présent 600 environ se sont inscrits et d'autres s'inscrivent encore avant le départ ( Pays Réel du 06.03.1942, p.1, col.1.2.3. ).
Le contingent du 10 mars 1942 fut le dernier à recrutement essentiellement rexiste."
(Les Crises internes de la Légion Wallonie, Thèse 388, CEGES, Bruxelles, 1990).


Objectif Tintin :

- "Jean Vermeire, alias Jiv, est, depuis le départ de Jamin en 1936, le principal collaborateur d'Hergé au "Petit Vingtième".
Sous l'Occupation, Vermeire rejoint l'équipe du "Pays Réel" de Degrelle pour y publier un feuilleton illustré destiné aux enfants. En 1943, à 24 ans, il devient l'ambassadeur du Rexisme à Berlin. Fidèle au "beau Léon", il s'engage dans la Légion Wallonie où il gagnera les galons de "Sturmbahnführer SS" (5). A la Libération, Hergé signera la pétition soutenant le recours en grâce de Jean Vermeire auprès du prince régent.
(site interactif des amis de Tintin, s. d.).


A g. : affiche de René Magritte pour le Comité de Vigilance des Intellectuels Antifascistes.
A dr. : Degrelle avec tout la bataclan de son uniforme SS et à qui est donné "le bon dieu sans confession" (6).
(Mont. JEA / DR).

Le Soir :

- "Vermeire restera fidèle à Degrelle jusqu’au bout : « J’ai recueilli ses derniers souhaits et lui ai dit : “Léon, tu auras la plus belle tombe de toute la Terre, une montagne pour toi tout seul.” Et il a commencé à chialer. »
Vermeire a recueilli les cendres de Degrelle et les a dispersées à Berchtesgaden où se nichait le « nid d’aigle » de Hitler, « la plus belle tombe de toute la Terre »...
A propos de Degrelle, le film choc, un documentaire de Philippe Dutilleul (5 mars 2009).


Paul Hermant :

- "Alors expliquez-moi, (...) la terrible indifférence qui m'habite à l'annonce du décès de Jean Vermeire que signale le site Résistances.be. Jean Vermeire fut l'un des bras droits de Léon Degrelle, comme cette expression est curieuse, et fut capitaine SS belge, représentant à Berlin la division SS "Wallonie".
Il n'avait jamais renié ses convictions politiques, nous dit Résistances.be, et est resté fidèle jusqu'au bout à son chef. Il animait encore récemment l'amicale des anciens du front de l'Est.
C'était le dernier leader rexiste encore en vie. On apprend son décès en même temps que celui de Marek Edelman (7). Il y a des gens qui en disparaissant arrivent encore à salir la mort des autres."
(Radio-Télévision Belge d'expression Francophone, Matin première radio, extrait de la chronique du 6 octobre 2009).



NOTES :

(1) Outre les éléments biographiques figurant sur cette page, confirmons que Léon Degrellle (1906-1994) créa le parti fasciste francophone belge : Rex. Le 23 novembre 1944, Hitler le désigna comme Volksführer des Wallonen, le plaçant ainsi comme premier des Wallons (collabos). Degrelle termina la guerre avec le grade de SS-Obersturmbannführer (lieutenant-colonel). Sa fuite en espagne puis la protection notamment de Franco, lui assurèrent une fin de vie pleine de morgue, de nostalgie du nazisme et d'encouragements aux petits nouveaux fachos d'Europe.
Exemple de négationnisme à la Degrelle :
- "Tout au plus, quelques centaines de milliers de Juifs ont été tués..." (Voir Degrelle, le film choc).

(2) Légion Wallonie : créée le 14 août 1941.

(3) Brigade SS Wallonie : remplace la Légion à partir du 25 juillet 1943 et jusqu'à la capitulation nazie.

(4) Littéralement : "maître de cavalerie". Grade de capitaine.

(5) Plus exactement : obersturmführer, lieutenant SS.

(6) A noter le courage de l'abbé Michel Poncelet. En charge de l'église St-Charles à Bouillon, il y refusa les sacrements à un Degrelle revenu en uniforme SS dans sa ville natale.

(7) Marek Edelman (1919-2 octobre 2009). Dernier commandant de l'insurrection du ghetto juif de Varsovie.


23 commentaires:

brigetoun a dit…

me suis demandé jusqu'au bout le sens de la phrase titre - à mon avis, si je me permets, sa mort à lui fut effacée (vrai que je dis ça de loin) par celle de Marek Edelman

JEA a dit…

@ brigetoun

Nullement habilité à répondre pour Paul Hermant, néanmoins cette impression :
- votre réaction vient d'Avignon, forcément à distance
- mais en Belgique, la vision est inversée, Vermeire est de le dernier des collabos à vraie responsabilité qui passe son arme SS à gauche
sa mort a précédé de si peu celle de Marek Edelman qu'elle est venue polluer (en terme d'actualités) la dernière...

D. Hasselmann a dit…

Ce Vermeire, encore un peintre raté, comme Hitler, et qui a barbouillé des êtres humains de sa gouache meurtrière.

JEA a dit…

@ D. Hasselmann

Votre commentaire souligne indirectement la curieuse frilosité du Figaro qui, dans une première mouture, présenta Vermeire comme un dessinateur pour gosses... Du style pauvre type égaré dans la tourmente de la guerre alors qu'il vient recruter en Belgique de la chair à canon SS et joua à l'ambassadeur à Berlin...

jeandler a dit…

Tout cela, tous ces gens, du monde bien triste dans une période noire de notre histoire. Et la bête immonde, toujours là, tapie dans l'ombre.

jeandler a dit…

La bête immonde toujours tapie dans l'ombre...

JEA a dit…

@ jeandler

Cette "bête" rappelle les deux premiers albums de bandes dessinées (avec légendes et sans bulles) qui me furent offerts.
Merci pour vos apports.

zoé lucider a dit…

Si au moins disparaissait avec eux la vermine qu'ils se sont appliqués à répandre! Hélas, elle grouille toujours

Elisabeth.b a dit…

SS, collaborateurs, criminels de guerre protégés au plus haut niveau en Europe. La France ne déroge point à cette règle. Quant aux éloges de dessinateurs ou d'écrivains compromis, il ne sont pas l'apanage de journaux de droite.

Cette entente toujours, pour taire, éluder, au delà des frontières et des options politiques affichées. Que de regrets ostentatoires dans cette Europe où l'antisémitisme ne s'était jamais exprimé avec autant de force depuis la guerre. Contrition au passé pour se laver du présent ?

Zog nit kein'mol, poème et chant de combat. La résistance armée et la résistance spirituelle.

JEA a dit…

@ zoé lucider

les deux derniers exemples, sur les blogs de Chr. Borhen et de D. Hasselmann, tous deux "dénoncés" comme "juifs"...

JEA a dit…

@ Elisabeth.b

En France, il a fallu Papon in extremis (et encore, libéré par complaisance) et Touvier arraché de force à des couvents protecteurs...

Elisabeth.b a dit…

Sans oublier Bousquet, la tombe régulièrement fleurie d'un Pétain...

JEA a dit…

@ Elisabeth.b

Oh que oui. Et pour ajouter de doubles points sur vos I : Bousquet qui échappa hélas à une justice particulièrement lymphatique en tombant sous les coups de feu d'un malade mental. Et le même Président qui recevait le premier à sa table intime tout en veillant à ce que des fleurs (tricolores ?) fânent sur la pierre tombale d'un dictateur à la Vichy...

claire a dit…

Comme vous, j'ai entendu Paul Hermant. J'ai trouvé que c'était déjà trop d'évoquer la mort de Vermeire même si c'était pour dire qu'il polluait... je me souviens qu'à l'époque (je ne sais plus en quelle année) le décès du Père Joset, héros clandestin, est passé complètement inaperçu. Pendant la guerre, le père Camille Joset, jésuite et grand résistant risquait sa vie tous les jours pour faire paraître son journal clandestin "La Voix des Belges" et à sa mort pas un mot à la radio ou dans les journaux !!
Mais vous pourriez certainement nous en dire plus un jour cher JEA...

JEA a dit…

@ Claire

Le Père Joset est parti un 28 octobre 1992.
Evidemment, pas de chronique de Paul Hermant (il est unique, cet humaniste-là) à l'époque.
Il faudrait consulter les archives des journaux de 1992. Supposons quand même que ses qualités et de Résistant et de professeur d'histoire aux Facultés N-D de Namur, lui valurent au moins une nécrologie documentée dans "Vers l'Avenir" (avec l'épiscopat de Namur comme actionnaire) si pas dans "La Libre Belgique", dans "Le Soir" etc...
Malheureusement, il m'est impossible de revenir en Belgique pour consulter ces archives, plus celles de la RTBF, afin de vous répondre.
Personnellement, j'ai trouvé lors d'une broquante hutoise une biographie très largement illustrée du Père Joset par Omer Marchal, aux Ed. Didier Hatier, 1990.

Elisabeth.b a dit…

Mémoire étrangement sélective que souligne Claire.
Quelques lignes plus haut JEA a évoqué un bouquet tricolore. Pardonnez-moi de renvoyer vers une de mes pages, mais en voici un autrement émouvant. Comme le sont ces stèles perdues sur les routes de campagne, où parfois quelqu'un dépose un bouquet. L'histoire des fleurs des champs croise celle des hommes.
ici

JEA a dit…

@ Claire (2)

Excusez-moi d'avoir répondu trop vite, le Père Joset a une minuscule rue à Ettebeek.
Quant aux facultés universitaires N-D de la Paix à Namur, elles le présentent comme suit sur leur site :
- "Au sortir de la deuxième guerre mondiale, l’Institution vit toujours sur fonds propres et cette situation n’est pas brillante. En 1949, les Facultés sont constituées en une ASBL distincte de celle du collège, ce qui permet l’octroi de quelques subsides versés occasionnellement par le Ministre de l’éducation nationale … subsides qui ne suffisent évidemment pas à faire face aux frais de l’enseignement et de la recherche. Fort de ses relations nouées dans la Résistance, le Père Camille Joset, de concert avec les responsables des Facultés Saint-Louis à Bruxelles, entame des négociations pour que, à l’image des universités complètes, ces deux institutions bénéficient de subventions annuelles du gouvernement. Il faut attendre 1960 pour qu’il obtienne gain de cause. Et les premiers subsides sont versés en 1962. Par la suite les "facultés universitaires" entreront dans le cercle des grandes universités pour former le Conseil Interuniversitaire de la Communauté Française (CIUF) et le recteur des Facultés universitaires de Namur deviendra membre du Conseil des Recteurs des universités francophones (CREF)."
Un peu matérialiste, non ???

JEA a dit…

@ Elisabeth.b

Merci faire aussi se croiser votre blog et celui-ci. Il faudrait planter un arbre à ce carrefour...

Elisabeth.b a dit…

Planter un arbre ? Oui, et c'est bientôt la saison. Juste avant l'hiver pour qu'il s'aguerrisse.

Petite recherche, un autre ouvrage :
Un jésuite dans la Résistance, le père Camille-Jean Joset. Auteur Camille J. Joset. Éd. Didier Hatier (Bruxelles, 1990)

claire a dit…

@JEA, un peu matérialiste en effet... merci à vous, à Elisabeth pour la documentation et vivement les arbres et les fleurs à chaque carrefour!!

JEA a dit…

@ Claire et Elisabeth.b

A force de planter ds arbres, nous aurons bientôt un parc public...
J'y verrais volontiers un ginkgobiloba...

Cactus homme lézard a dit…

pourquoi pas un Joshua Tree !

JEA a dit…

@ Cactus homme lézard

Chacun(e) apporterait l'arbre de son choix. Ce qui ferait brouillon (de culture) et serait très bien ainsi...