DANS LA MARGE

et pas seulement par les (dis) grâces de la géographie et de l'histoire...
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lundi 26 juillet 2010

P. 303. Maxime Steinberg n'écrira plus sur la Shoah en Belgique...

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(Mont. JEA / DR).


Une esquisse de son portrait peut être relue sur les pages 74 et 75 de ce blog...

Ce matin de crachin pénétrant, d'aucun(e)s se sentent déjà étrangement privé(e)s de lumières.

Un site est en construction à sa mémoire, cliquer : ICI.

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samedi 19 juin 2010

P. 299. De Gaulle, certes. Mais Churchill ???

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Winston Churchill, Mémoires de Guerre, T. 1, 1919-1941, Tallandier, 2009, 444 p.

Discours des 17
et 18 juin 1940

De ce côté-ci de la Manche, du moins en France, à toute question portant sur la date du 18 juin 1940, la réponse est spontanée et unanime : c'est "l'Appel de De Gaulle". Tout en relativisant grandement le nombre d'auditeurs réels ce soir-là sur le continent (1)...
Pour ne pas porter que des lunettes tricolores, si vous parcourez les livres d'histoire sur l'Angleterre - et Churchill en particulier -, vous y trouverez la confirmation d'autres discours, historiques eux aussi...

Churchill, le 17 juin 1940 à la BBC :

- "Les nouvelles de France sont très mauvaises et je souffre pour le vaillant peuple français qui est tombé dans ce terrible malheur. Rien ne modifiera nos sentiments à son égard, pas plus que notre foi dans une future résurrection du génie de la France.
Ce qui est arrivé en France n'altère en rien notre action et nos desseins. Nous sommes à présent le seul champion encore en armes pour défendre la cause du monde. Nous ferons de notre mieux pour nous montrer dignes de cet insigne honneur. Nous défendrons notre patrie insulaire et, avec l'aide de l'Empire, nous combattrons sans relâche jusqu'à ce que soit levée la malédiction qu'Hitler fait peser sur l'humanité. Nous sommes certains que tout se terminera bien." (2)

(Mont. JEA / DR).

Churchill, 18 juin 1940 :

- "Nous maintiendrons toujours (...) nos liens de camaraderie avec le peuple français (...).
Les Tchèques, les Polonais, les Hollandais, les Belges ont uni leur cause à la nôtre. Tous ces pays seront libérés (...).
Ce que le général Weygand a appelé la bataille de France vient de s'achever ; la bataille d'Angleterre est sur le point de s'engager. De cette bataille dépend le sort de la civilisation chrétienne, la survie de l'Angleterre, de nos institutions et de notre Empire.
Toute la violence, toute la puissance de l'ennemi va très bientôt se déchaîner contre nous. Hitler sait qu'il lui faudra nous vaincre dans notre île, ou perdre la guerre.
Si nous parvenons à lui tenir tête, toute l'Europe pourra être libérée, et le monde s'élèvera vers de vastes horizons ensoleillés. Mais si nous succombons, alors le monde entier, y compris les Etats-Unis, et tout ce que nous avons connu et aimé, sombrera dans les abîmes d'un nouvel âge des ténèbres, rendu plus sinistre, et peut-être plus durable, par les lumières d'une science pervertie.
Armons-nous donc de courage pour faire face à nos devoirs, et comportons-nous de telle sorte que, si l'Empire britannique et le Commonwealth durent mille ans encore, les hommes puissent dire "C'était leur plus belle heure". (3)


François Kersaudy, Winston Churchill, Tallandier, 2009, 715 p.

Notes :

(1) Pierre Assouline sur son blog :
- "...Son fameux appel radiophonique, que presque personne n’a entendu et dont on recherche en vain l’enregistrement par la BBC (peut-être sera-t-il un jour exhumé des archives soviétiques…)."
(18 juin 2010).

(2) Winston Churchill, Mémoires..., op. cit., p. 346.
4e de couverture :
- "Les Mémoires de guerre de Winston Churchill, sont à la fois une grande œuvre littéraire, un témoignage de première main par l’un des trois grands protagonistes de la Seconde Guerre mondiale, une reconstitution unique de cette guerre sur tous les fronts en Europe, en Afrique, en Russie, en Asie du Sud-Est, dans le Pacifique sud, jusqu’au Japon et une analyse concise de l’après-guerre jusqu’en 1957, par un homme d’Etat qui a été tour à tour acteur et témoin des faits qu’il rapporte. C’est cette œuvre plus que toute autre qui a permis à Winston Churchill d’obtenir le prix Nobel de Littérature en 1953.
Un large survol des événements de 1919 à 1939 avec une richesse documentaire et une beauté de style classique qui rend ce livre comparable aux Mémoires de Guerre du général de Gaulle.
Édition établie, introduite et commentée par le plus grand spécialiste de Winston Churchill : François Kersaudy."

(3) F. Kersaudy, Winston Churchill..., op. cit., p. 394.
4e de couverture :
- " « Nous sommes tous des vers », avait modestement confié le jeune Winston à une amie, « mais je crois que moi, je suis un ver luisant ! » Le mot n'est pas trop fort : Alexandre Dumas aurait pu inventer un personnage de ce genre, mais dans le cas de Winston Leonard Spencer-Churchill, la stricte réalité dépasse de très loin la fiction.
Jusqu'à 26 ans, les aventures du jeune officier et du reporter évoquent immanquablement celles de Tintin; mais ensuite, le personnage devient une synthèse de Clémenceau et de De Gaulle, l'humour et l'alcool en plus... ainsi qu'une imagination sans limites : « Winston, disait le président Roosevelt, a cent idées par jour, dont quatre seulement sont bonnes... mais il ne sait jamais lesquelles ! » C'est pourtant le général de Gaulle qui l'a le mieux jugé : « Il fut le grand artiste d'une grande histoire.»
Cette vie a été un roman; elle est racontée comme tel, sans un mot de fiction. Se fondant sur des recherches dans les archives de huit pays, la consultation de quelque quatre cents ouvrages et l'interview de nombreux acteurs et témoins, ce récit épique montre comment un homme solitaire, longuement façonné par d'exceptionnels talents et de singulières faiblesses, a pu infléchir le cours de notre siècle, avec la complicité d'un destin qui s'est radicalement départi de son impartialité."

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jeudi 17 juin 2010

P. 298. Ardennes françaises : Mai 1940

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Couverture de Simon Cocu : "L'évacuation - 12 mai 1940" (DR).

N° 111 - Juin 2010 de
Terres Ardennaises :

Mai 1940

Sommaire des 104 pages :

- "Planifier l'exode" : l'évacuation des Ardennes en mai 1940 voulue par les pouvoirs publics.
Nicolas Charles.

- Un certain 13 mai 1940 à Monthermé.
Hubert Bureau et Nicolas Charles.

- Stauffenberg à Monthermé.
Christian Marry.

- Mai 1940 : Ernst Jünger à nouveau dans les Ardnennes !
Christian Marry.

- Une normalienne dans l'exode.
Marie-Thérèse Berger.

- L'évacuation de Mouzon, 10 au 12 mai 1940.
Anne François.

- L'exode un peu particulier des habitants d'Evigny.
Jacques Lambert.

- Quelques enfants dans l'exode.
Jacques Lambert.

"Ils" sont revenus avec leur cortège de ruines. Voir page 12, sans réf. (DR).

- Le lieutenant Henri Manceau en l'an 40.
Henri Manceau. Carnets de guerre annotés par Gérard Giuliano.

- Journal de Charles Lambert. De Nouzonville à Saint-Jouin-sous-Châtillon. Extraits.
Charles Lambert.

- L'été 1940 à Thin-le-Moutier.
Jean Diel.

- Les parlementaires ardennais et le vote historique du 10 juillet 1940.
Gérard Giuliano.

- Retour sur le 10 juillet 1940... et sa suite.
Simon Cocu.

- Les Ardennes dans les synthèses des rapports mensuels des préfets en zone occupée : 1940.
Jean-Emile Andreux.

- Mes souvenirs de la guerre 1939-1945.
Claudette Picot (Témoignage recueilli par Marie-France Barbe).

- Le Frontstalag.
Michel Meissneir.

- Un récit émouvant d'une amitié franco-allemande, née dans la tourmente de la Seconde Guerre mondiale.
Interview pour Terres Ardennaises.

Mouzon, p. 22, Ph. M. T. C. (DR).

Jacques Lambert :

- "... Nous souhaitions que l'essentiel des articles de cette revue soit consacré à la population civile. Nous racontons donc ces départs des villes et des villages, ces longs périples pour gagner les départements d'accueil, ces bombardements meurtriers, cette débrouillardise nécessaire pour s'en sortir, ces aides reçues pour atténuer les malheurs... Nous évoquons la vie des réfugiés en Vendée, dans les Deux-Sèvres et ailleurs, réfugiés qui ne souhaitent souvent qu'une chose : revenir chez eux le plus vite possible, en rusant s'il le faut. Un "chez eux" où manque un prisonnier, habitant quelque part en Allemagne, mais il est d'autres prisonniers en Ardennes !
La vie dans le département est difficile : nous le découvrons à Mohon et Thin-le-Moutier et nous en comprenons la raison essentielle à travers l'analyse des rapports des préfets : Les Ardennes constituent une sorte de grenier à nourriture confisqué au profit de l'occupant et de ses armées."
(Extrait de l'introduction, p. 1)

En quelques mots...

- Nicolas Charles décrit le pourquoi et le comment d'un plan de repli des Ardennais en cas de nouvelle invasion, plan "tombé à l'eau"".
- Hubert Bureau et Nicolas Charles soulignent, à travers l'exemple de Monthermé, "les nombreuses erreurs" d'un état-major français, celles-là mêmes qui débouchèrent sur un "rapide effondrement".
- A travers le journal de guerre d'Ernst Jünger, Christian Marry retrouve les souvenirs de son "passage" dans les Ardennes.
- En juin 1939, Marie-Thérèse Berger est reçue au concours d'entrée à l'ENF de Charleville. Sur 200 candidates, elles sont 25 admises... En 1940, la guerre entraîne l'exode de la jeune normalienne.
- "Que s'est-il passé à Mouzon dans les heures précédant l'évacuation ? Dans quelles circonstances les habitants ont-ils quitté la ville ?". Anne François apporte ses réponses.
- Jacques Lambert recueille les souvenirs de huit habitantes d'Evigny sur leur exode.
- Les premiers réfugiés sont... des Belges. Puis l'ordre d'évacuation touche les Ardennais de France. Départs à pied, avec brouettes, charrettes, poussettes... Ou encore à vélo. Quand ce n'est pas par train, ou pour d'aucuns en voiture. Les mitraillages et les bombardements font des victimes sans discernement. Autant de témoignages rassemblés par Jacques Lambert.
- L'exode par les yeux des enfants de moins de 14 ans, une synthèse de Jacques Lambert.
- Le lieutenant Henri Manceau dans ses carnets à la date du 18 mai 1940 : "Impression que Gamelin va être limogé : s'il a laissé inoccupée la ligne de la Meuse !!! à fusiller."
- Autre journal, celui d'un civil, Charles Lambert (de nationalité belge mais patriote... français). De Nouzonville à Saint-Jouin-sous-Châtillon. Du monde du travail en usine aux forêts et champs.
- Jean Diel s'attache à Thin-le-Moutier pour "cette période de flottement allant, grosso modo, de mai à septembre 1940".


Monthermé, p. 7, Ph. Coll. part. (DR).

- Le 10 juillet 1940, vote à Vichy pour substituer l'Etat français à la République. Méticuleusement, Gérard Giuliano répond à ces questions : "Quel a été le choix des six parlementaires ardennais présents à Vichy ? Et pourquoi trois autres parlementaires n'ont-ils pas pris part au vote" ?
- Grâce à Simon Cocu, plongée dans des archives de Maurice Voirin, député SFIO des Ardennes et maire de Mohon : "Dès le lendemain de l'assemblée, démentant la loyauté que les augures lui prêtaient, Pétain a trahi. Fut-ce l'effet d'une ambition sénile démesurée ou l'oeuvre d'un entourage pénétrant par effraction dans les rouages de l'Etat ?"
- Claudette Picot se confie à mon amie Marie-France Barbe. Exode et "une autre vie... celle de l'occupation".
- Le Frontstalag 190, celui de Charleville, sort de l'oubli grâce aux recherches, aux documents et aux illustrations de Michel Meissner.
- Ce n° 111 se clôture sur une présentation du récit signé par François Potier et intitulé : "La Clé de la Grange" (Ed. Cheminements - L'àpart Buissonnère). "Une tranche de vie... d'un ardennais de pure souche... prisonnier de guerre... et la famille de fermiers allemands chez qui il allait, chaque matin, manier la fourche ou soigner les bêtes."

Prix de vente de ce semestriel : 11 Euros.
Règlements à l'ordre de
Terres Ardennaises
CCP Châlons 3855-23-X

Terres Ardennaises
6 rue des Sources
08000 Charleville-Mézières
http://terres.ardennaises.free.fr
terres.ardennaises@free.fr

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vendredi 11 juin 2010

P. 295. Rencontre avec 3 femmes écrivains

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A comme lits et rAtures (Ph. JEA / DR).

Laurence Thirion
Colette Nys-Mazure
et Christine Van Acker
au Cercle de la Rotonde
ce samedi 12 juin à 17h

Au 28 de la rue de Rome à Ixelles (près du Parvis St Gilles), se tiennent des rencontres avec des plumes à découvrir derrière les couvertures et les pages de leurs livres. Les tours d'ivoire s'entrouvrent. Des mots et des idées et des rêves sont échangés sans intermédiaires...
Débouchant sur des entretiens, des lectures, des débat avec le public mais aussi des signatures, cette initiative est portée par le Cercle de la Rotonde, en partenariat avec La Maison Du Livre.
Samedi prochain, trois femmes écrivains y feront écouter leurs littératures originales.
La première est presque connue des lecteurs (masc. gram.) de ce blog. En effet, de Laurence Thirion, vous trouverez des traces sur les pages 247, 219 et 100... Dont cet extrait d'une brève présentation :

Laurence Thirion

- "Laurence lisait comme d'autres respirent. Tête dans les nuages des pages. Se glissant sur l'eau complice, Παντα ρει και ουδεν μενει. La péniche se métamorphosait en bateau livre.
Jusqu'à cette fête de la musique, dans un Charleville méconnaissable et complice du fleuve. Elle disparut vraiment. Partie à la recherche d'un Rimbaud peut-être de retour, incognito, redevenu inspiré, encore plus désespéré.
En résumé, en notre Athénée héritier de trois siècles, sa classe s'agitait quand il s'agissait de sortir des cours un peu trop courts. Son appétit juvénile demandait aussi que soit mis au menu le Boris Vian du Goûter des généraux..."

Laurence Thirion, Absences, Memory Press, 2008 (Mont. JEA / DR).

4e de couverture :

- "Sept maisons en tout et pour tout dont deux en ruines et pas un chat dehors.
Michel, un enseignant bruxellois découragé, a trouvé dans un hameau du Larzac un désert pour faire le deuil de Paul, son fils de vingt-huit ans. Par delà la mort, l'espace, les générations, des liens se tissent et perpétuent la vie."

Extrait :

- "On ne retient pas les morts, quoi que l’on fasse. Si la tristesse reste intacte néanmoins, l’instinct de survie la range dans un coin de notre cerveau et la ressort parfois à l’improviste comme un livre familier que l’on feuillette de temps à autre et qui trouve sa place dans la bibliothèque de notre vie. La poussière le recouvre, on le nettoie de temps en temps, le texte n’a pas changé et l’émotion qui l’accompagne ne s’est pas émoussée malgré les années écoulées. Néanmoins, le sage choisit la vie et sait que cette lecture est contraire au bonheur. Il s’impose donc de ne lire ce récit que très rarement quand il se sent la force de supporter ses larmes et cette absurdité.
(…)
Paul est mort, la rivière coule toujours, limpide et belle, le soleil s’émerveille de cette beauté et les lézards se pâment sous son éclat.
Si Michel ne profite pas de ces instants, ce tableau idyllique ne sera pour personne. La vie doit triompher, rien ne sert de la traîner jusqu’à son agonie, dans la morosité et les regrets.
Il ne trahit pas Paul s’il choisit de vivre, il le continue !"

Présentation par le Cerle :

- "Jeune romaniste belge, douée de sa plume et du pinceau, son premier récit Absences est paru chez Memory Press en 2008, bien qu’il ait été commencé en 1999, à 21 ans… A la fois modeste et ambitieux, ce roman explore la vie d’un homme mûr, Michel, en retraite dans l’aridité du Larzac, où il se remémore ses épreuves, dont la plus brûlante fut la mort de son fils adoptif. La venue de visiteurs et la correspondance avec une jeune femme blessée, vont peu à peu tirer Michel de sa léthargie. Les temps du passé alternent en permanence avec le présent ; les souvenirs sont tissés de désirs latents."


Colette Nys-Mazure, Perdre pied, DDB, 2008 (Mont. JEA / DR).

Colette Nys-Mazure, 4e de couverture :

- "Tous les chemins mènent à la mer.
Sur cette plage du Nord, un peintre a posé son chevalet. Il peint le ciel changeant, les silhouettes en vacances. Mais voici qu'un cheval fou fend l'espace et révèle à chacun sa part de rêve et de souffrance. Résidents ou locataires, qu'on ait cinq ou soixante-quinze ans, il arrive qu'on perde pied : on se pose les questions vitales et on cherche un écho près des autres. Le jeune homme en fauteuil roulant écoute l'adolescente en mal de père ; une famille nombreuse joue non loin d'une femme esseulée ; un couple savoure la joie de vieillir ensemble.
Les solitudes sont avides d'attention, de tendresse et d'apaisement. Mais comment reprendre pied lorsque la vague trop forte a bousculé le fragile équilibre ? Dans ce roman, l'auteur de Célébration du quotidien poursuit son exploration des visages et des paysages, des choses de la vie, en quête de l'essentiel sous les apparences."

Extrait :

- " Julian a senti venir l'orage. Au moment de fermer la porte-fenêtre, il a vu se lever les paumes, les visages ravis aux yeux clos de Tom et de Mathieu recevant les premières gouttes très larges, annonciatrices du déferlement. Les enfants immobilisés sur la digue et la voix vigilante :
- Rentrez vite, vous allez être trempés !
Julian courant nu dans le jardin sous l'averse d'été, rattrapé par sa mère. Mon petit fou. Enveloppé d'une serviette aussi bleue que la fleur de lavande dont elle glissait des sachets dans l'armoire emporté au sec, au sûr, mais encore ébranlé par l'éclair, le tonnerre, la trombe. Elle aussi, les cheveux ruisselants l'odeur de la pluie.
Ce soir, ciel et plage lessivés à grande eau, personne pour goûter la fraîcheur revenue où sont passées les mouettes ? Dans l'obscurité montante, le sable devient noir. Rien que les chalutiers et la lumière tournante d'un phare pour affronter la nuit. Tout manque tu as vécu dans des chambres transies, tu as cru y mourir et soudain te voici au vide central traversé d'appels. Sous la porte, quelqu'un a glissé une feuille de papier : le dessin d'un cerf-volant très coloré survolant les jambages malhabiles d'une déclaration : Julian, je t'aime, qui n'a pas besoin de signature. À l'horizon, septembre, sa solitude, sa rigueur. Aurai-je assez de force ?"

Présentation par le Cercle :

- "L’écrivaine tournaisienne, dont la renommée s’est étendue bien au-delà des frontières belges et françaises, avec des essais comme Célébration du quotidien ou Secrète présence, signe un premier roman, Perdre pied (Desclée de Brouwer, 2008) écrit en résidence à Rome, ainsi qu’un livre « d’images et de mots », À nous deux ! (Bayard, 2008), destiné à créer des liens entre « les enfants d’aujourd’hui et les enfants d’hier ». La trame narrative des récits de l’écrivaine est subtile, suggestive comme sa poésie, allant à l’essentiel par petites touches légères. On n’en sort jamais tout à fait indemne; l’émotion affleure au détour d’une phrase, d’un mot : si juste."


Christine Van Acker, Bateau-ciseaux, Ed. Esperluète, 2007 (Mont. JEA / DR).

Christine Van Acker, 4e de couverture :

- "Au gré des moments quotidiens ou des événements exceptionnels se tisse une réalité particulière, celle d’une enfance sur une péniche. C’est un milieu simple où le travail occupe toute la place et que les livres viennent bousculer.
Ce récit raconte l’enfant dans sa construction vers l’âge adulte : sur la péniche, au pensionnat, avec ceux «d’à-terre»,... et surtout à travers la découverte de la lecture. Ce cheminement, de l’apprentissage à l’exploration personnelle, nous touche par sa fragilité, ses tâtonnements mais aussi par sa détermination à étancher une soif de découvertes initiée par la lecture."

Extrait :

- "Le passé avance.
Issue de cette matière agitée, hissée par le vivant, je suis née.
Des oubliés m’ont portée à terme.
Ma nature profonde en porte les semis, dormants ou prolifiques.
La mémoire trace ses sillons, égratigne au passage, s’étrangle ou se répand.

Les livres appartiennent à ces invisibles qui m’ont faite.
Ils sont la connivence quand je n’en avais avec personne.
Ils sont le voyage quand je ne pouvais pas encore tenter l’évasion.
Ils sont ces parts de moi-même que j’aurais pu ne pas voir.
Ils m’ont amenée ici."

Présentation par le Cercle :

- "L’auteure du merveilleux récit auto-biographique Bateau-ciseaux (Esperluète, 2007, avec des encres de Vero Vandegh), relatant avec un humour doux-amer son enfance sur une péniche, est aussi animatrice d’ateliers d’écriture et créatrice de l’asbl Les Grands Lunaires, publiant des livres, visuels et sonores, ainsi que des documentaires radio - comme « La dernière pierre » (publié aux Carnets du Dessert de Lune, 2009) - salués par de nombreux prix.

Entrée libre pour cette rencontre.

Site : www.lecercledelarotonde.be ou via La Maison du Livre, 28 rue de Rome, 1060 Bruxelles.

Tél : 02/543.12.24 Site : www.lamaisondulivre.be (Pré-métro : Parvis St Gilles).

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lundi 7 juin 2010

P. 293. Et Colette débarque du Normandie à New-York

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Colette journaliste, Chroniques et reportages 1893-1955,
Texte établi, présenté et annoté par Gérard Bonal et Frédéric Maget,
Seuil, 2010, 371 p.

Juin 1935 :
Colette
(d)écrit pour Le Journal
sa découverte de New-York...

4e de couverture :

- « Il faut voir et non inventer », telle fut la règle de Colette journaliste. Qu’elle raconte le procès d’un tueur en série, la traversée inaugurale du paquebot Normandie, l’humble vie des femmes, à l’arrière, pendant les deux guerres mondiales, ou celle des bêtes ou des enfants, c’est le même regard que Colette porte sur les êtres : libre, curieux, aigu, direct. Une façon de percevoir le monde à travers les sens qui n’appartient qu’à elle.
Grande ouvrière des lettres, Colette fut aussi pendant un demi siècle une infatigable journaliste et sans doute l’écrivain du XXe siècle qui aura consacré le plus de temps à la presse : Le Matin, Le Figaro, Le Journal, Paris Soir, Marie-Claire… Elle a collaboré à des dizaines de journaux, rédigé chroniques et reportages, toute sa vie, avec la régularité et la rigueur d’une grande professionnelle. Et le talent d’un immense écrivain.
Cent trente articles resurgissent aujourd’hui des archives de la presse française. Un pan entier de l’œuvre et le plus grand ensemble d’inédits publiés depuis la mort de l’écrivain."

Bernard Pivot :

- "Bel écrivain, Colette a été aussi, on le sait moins, une journaliste de renom, collaborant pendant plus d’un demi-siècle à une ribambelle de quotidiens, d’hebdomadaires et de magazines. Sa signature était recherchée. Plus encore son talent de reporter et de chroniqueuse, de courriériste et de critique dramatique, de portraitiste et de billettiste d’humeur. Journaliste pigiste pour gagner de l’argent, oui, c’est vrai, mais surtout parce qu’elle aimait ça. Gérard Bonal et Frédéric Maget, deux spécialistes de Colette, qui ont fait le choix des articles rassemblés dans le volume, ont raison de parler d’une sorte de jubilation" à écrire dans la presse.
(…)
Son "coup de foudre" pour New York, ses impressions sur la ville, sont plus intéressants que le récit mièvre de la première traversée de l’Atlantique par le paquebot Normandie. Sa curiosité est toujours en éveil; son indignation, toujours prompte à se manifester."
(JDD, 17 avril 2010).

French Line : Le Havre - New York (DR).

Colette, 1 juin 1935 :

- "J'AI VOULU VOIR la Normandie pour moi seule. Je reconnais à présent que ce n'est pas facile, même en quittant dès l'aube le lit et la cabine. Par ces longs jours, l'aube est sans mystère. Le rouge profond, austère, la sanguine et déchirante couleur de presque toutes les naissances qui dénonce l'approche du soleil se change vite en or, et les nuages fuselés, immobiles au ras de la mer, réchauffés, s'allègent et s'envolent."
(P. 148).

3 juin :

- "JAMAIS PLUS nous ne reverrons cela, jamais plus nous ne l'oublierons. Nous sommes encore à la Quarantaine, mais d'un élan la ville impatiente est venue au-devant de nous. Un vol d'avions multicolores, d'autogyres nous environne, nous fête, nous couvre de pétales de papier. La mer autour de nous balance autant de coques qu'elle a de vagues. La foule humaine, chargeant les ponts, et les sirènes mêlent leurs cris, des lambeaux de Marseillaise palpitent dans le vent, cueillis au passage par nos coeurs, salués par nos voix qui s'enrouent (...).
Derrière une brume bleue, le groupe de géants se lève, grandit peu à peu, crève de la tête la brume, offre au soleil des fronts dont aucun édifice humain n'égala la hardiesse."
(PP. 150-151).

Le paquebot Normandie à New-York, il n'est hélas pas utile de cliquer sur la photo pour agrandir cette vue aérienne et apercevoir la plume de Colette (DR).

5 juin :

- "Un crépuscule orageux, d'un bleu épais et sans éclaircies, descend sur la ville inconnue dont je voudrais voir éclore la première étoile. Mais il n'y a pas de première étoile à New-York.
Par serpents de feu, par constellations rectangulaires, par éclipses, résurrections, par sphères rouges, en grappes chiffrées de phosphore bleu volcanique, annonces du jugement dernier, chemins célèstes jalonnés de perles, par jets, gouttelettes, cascades, par astres et chevelures, par chutes de bonbons d'un rose igné, par violet infernal et vert de printemps, la nuit s'est manifestée, soudaine, en catastrophe de lumière."
(P. 152).

7 juin :

- "Peu à peu les dernières vapeurs montent, un vif rayon désigne une toute petite Normandie amarrée au loin et rend visible toute la cité.
Claire, soulevée seulement par les sursauts violents d'une architecture verticale, sa beauté évidente procède du quadrilatère et méprise résolument la géométrie qui s'écarterait de l'angle droit.
L'oeil l'explore et ne s'y perd point, l'esprit n'y prend pas la fièvre, mais j'apporte du vieux monde l'habitude et la soif des lignes courbes. Un dôme, un cirque, une spirale, un sentier en lacet, que sais-je ? un miroir d'eau ovale, donnez-moi une courbe quand ce ne serait que la courbe arrondie d'un jet d'eau."
(P. 153).

10 juin :

- "Je ne saurais me plaindre d'un Harlem un peu embourgeoisé, taché çà et là de blanc et refroidi par un vent glacial qui nous jetait au visage une poussière d'eau, par une lune croissante au tranchant terne qui fendait les nuées.
Et le Savoy {salle de bal} languissait, à demi plein. Nous n'en jugions que mieux de la qualité des danseurs noirs et de leur isolement au sein d'une calme et profonde épilepsie.
Le lieu a sa beauté, nourri de musique par un jazz excellent derrière lequel une toile de fond déroule un ciel bleu et des nuages peints. Sa nouveauté est justement cette sorte de satisfaction érotico-familiale que les noirs y goûtaient avant-hier. Solidement liés de la joue aux lombes, ils semblaient déléguer à leurs jambes le soin de danser et rêvaient loin d'elles."
(P. 156).

Colette rêvant du Normandie (Mont. JEA / DR).

samedi 5 juin 2010

P. 292. 5 juin 1944 (2).

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Carte de la météo le 5 juin 1944 (SR).


Pas de débarquement de Normandie
à la date prévue...


Les paramètres étaient multiples. Il fallait la pleine lune pour les parachutages. Une marée basse au petit matin afin que les flots recouvrent le moins possible les pièges et autres obstacles à l'approche des plages. Des vents légers aussi bien sur les terres que sur la mer. Une couverture nuageuse dégagée, y compris pour les bombardements...

Le lundi 5 juin 1944 était la date retenue.

Ce jour-là,
- 5.000 bâtiments des marines alliées,
- 1.900 avions de transport et 800 planeurs,
- près de 10.000 bombardiers et chasseurs,
- 173.000 hommes,
devaient participer à la plus grande opération de guerre de l'histoire.

Même si tout avait été envisagé pour tromper les Allemands, une fuite au moins aurait été de nature à leur mettre la puce à l'oreille.
En effet, le 3 juin, l'Associated Press se distingua par la diffusion sur les ondes d'une dépêche explicite :
- "Les forces d'Eisenhower débarquent en France."
Cette gaffe de première dimension fut certes démentie une vingtaine de minutes plus tard mais CBS et Radio Moscou l'avaient relayée...

Le 5 juin, voir la carte, la météo est complètement pourrie. De quoi disperser les bateaux et les barges de débarquement. Rendre les hommes malades avant même leur arrivée sur le sol français. Empêcher les parachutages et les largages de planeurs. Aller à l'échec sanglant et garanti.
Néanmoins, au matin et sur la foi des prévisionnistes annonçant pour le 6 "un créneau suffisant" pour lancer l'opération, celle-ci ne fut postposée que d'un jour.

Page d'un avertissement lancé par les airs sur la population française : comment reconnaître les parachutistes alliés ? (Doc. JEA/DR).

Le débarquement est annoncé par des messages codés aux résistants appelés à perturber, à ralentir voire ponctuellement à rendre impossibles les réponses militaires allemandes. Lire la page 127 de ce blog (1)...

Le 5 au soir, la libération va débuter par des floraisons de parachutes et des glissades de planeurs.
17.000 hommes vont ainsi précéder les barges de débarquement.
Du côté américain, deux divisions aéroportées ont été prévues pour se sacrifier à l'arrière des plages : les 82e (Sainte-Mère Eglise) et 101e (Vierville).
Les Anglais et les Canadiens, eux, envoient le 6e division de parachutistes à l'est de l'Orne (2).

Dans son remarquable D-Day et la bataille de Normandie, Antony Beevor rassemble quelques extraits de discours tenus aux jeunes paras US avant leur envol vers un destin plus qu'incertain.

Le colonel J. Johnson, emphatique, à ses 2.000 hommes du 501e régiment :

- "Avant qu'une nouvelle aube se lève, je veux plonger ce couteau {sorti de sa botte de parachutiste} dans le coeur du nazi le plus vicelard, le plus salopard et le plus dégueulasse de toute l'Europe" (3).

Détail de la célèbre photo du 5 juin montrant Eishenhower auprès des paras de la 101e à Greenham Common (DR).

Quand une cadillac d'état-major déposa Eisenhower auprès des paras de la 101e, il n'est pas superflu d'ajouter que le général en chef était accompagné d'une escorte de journalistes et de photographes...
Un soldat nommé Sherman Oyler avait été prévu pour répondre aux questions de celui qui portait la responsabilité finale du débarquement si proche.

Face à face Eisenhower - Oyler :

E. "Comment t'appelles-tu, soldat ?"
O. (Incapable de prononcer un traître mot, son silence oblige les hommes autour de lui à répondre à sa place).
E. "Tu sais, Oyler, les Allemands nous mènent une vie d'enfer depuis cinq ans et c'est l'heure de leur rendre la monnaie de leur pièce."
(...)
E. "Tu serais idiot de ne pas avoir peur. Mais je vais te donner un truc : surtout, reste toujours en mouvement. Si tu t'arrêtes, si tu te mets à penser, tu te laisses distraire. Tu perds ta concentration. Tu es fichu. L'idée, l'idée parfaite, c'est de rester en mouvement" (4).

Le général Maxwell Taylor à la 101e division :

- "Je vous préviens. Si vous faites des prisonniers, ceux-ci vont entraver votre action. Vous devriez donc vous en débarrasser de la façon que vous jugerez la meilleure" (3).

Le général S. J. Gavin, réaliste, à la 82e aéroportée :

- "Soldats, ce que vous allez vivre dans les quelques jours qui viennent, vous ne voudrez pas l'échanger pour un million de dollars, mais vous ne voudrez pas le revivre très souvent. pour la plupart d'entre vous, ce sera la première fois que vous irez au combat. N'oubliez pas que vous y allez pour tuer, ou que c'est vous qui serez tués" (5).

Témoignage de Sherman Oyler sur un cynique :

- "{Notre officier nous dit : } regardez le type qui est sur votre droite et regardez celui qui est sur votre gauche. Sur vous trois, il n'en restera qu'un après la première semaine en Normandie" (5).

Détail de vitrail à Ste-Mère Eglise : la vierge et le para US (Ph. JEA/DR).

A la fin 1944, bilan final des pertes pour ces parachutistes américains envoyés sur le sol du vieux continent :

- 82e division
sur 11.770 hommes
5.060 tués, blessés, disparus, prisonniers

- 101e division
sur 14.201 hommes
3.836 tués, blessés, disparus, prisonniers... (6)


NOTES :

(1) Lire également la page 125 de ce blog à propos des messages du 1er juin 1944.
(2) Voir la page 221 de ce blog à propos de Gonneville-sur-Mer.
(3) Antony Beevor, D-DAY et la bataille de Normandie, calmann-lévy, 2009, 638 p., P. 35.
(4) Id., P. 38.
(5) Id., P. 36.
(6) Rapport officiel de décembre 1944.

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jeudi 3 juin 2010

P. 291. Prévert : "Ils n'ont pas fini de déconner"...

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Cimetière d'Omonville-la-Petite (Ph. JEA/DR).

Prévert
(et les souvenirs de sa bande)
mis aux enchères


AFP :

- "La petite-fille de l'artiste, Eugénie Bachelot Prévert, qui assure la conservation de l'héritage de son grand-père au sein de la société Fatras (du nom d'un des recueils de poèmes de Prévert), a choisi de mettre sur le marché une partie de ce trésor.
Cette collection est trop lourde à entretenir."

Prévert :

- "Quand la morale fout le camp, le fric cavale derrière."

Le Point.fr :

- "Les souvenirs se ramassent à la pelle cette semaine à Paris, où l'univers du poète Jacques Prévert et de ses amis artistes est mis en vente pour la première fois par sa petite-fille et unique héritière. Visibles à partir de mardi dans les locaux de l'étude Ader, rue Favard, les objets - livres dédicacés, courriers, tableaux, dessins, manuscrits - seront dispersés le 9 juin à Drouot.
(1 juin 2010).


Hortensias à Omonville-la-Petite (Ph. JEA/DR).

Zut pour les chiffres, mais combien entrèrent en poésie en ouvrant Prévert comme une caverne nous laissant babas ?
Combien de mômes refusèrent-ils de se laisser traiter d'ânes en relisant ce que Prévert leur envoyait sous forme d'avions en papier par-dessus les murs des écoles ?
Combien de mois jalousèrent-ils octobre et le groupe de copains d'abord à la Prévert ?
Combien de visiteurs attendent-ils encore le soir pour rêver des châteaux de sable ?
Combien de paroles se donnent-elles toujours rendez-vous sur les quais de la vie, profitant des brumes pour s'égarer puis se retrouver ?
Et tous ces collages qui décolaient des fausses banalités pour s'envoler vers des détournements d'aéronefs ou de dirigeables pacifistes et de galaxies ?

Prévert :

- "J’écris pour faire plaisir à quelques uns et pour en emmerder beaucoup".

Et oui, plaisirs de voir que ses pages ne se froissaient pas d'être tant retournées sous toutes leurs lectures même par des mains hésitantes, puériles, crevassées, sans grande ligne de survie.
Que les craies de son écriture créaient comme le soleil finit toujours par se lever, aussi contrarié, aussi déblatéré ou aussi amateur de hamac soit-il. 
Que les éclats de rire ne retombaient pas aux pieds des lecteurs, ne les blessaient pas mais, au contraire leur faisaient comme du bouche à bouche...

Dernière demeure de Prévert à Omonville-la-Petite - Cotentin (Ph. JEA/DR).

Or donc voici le temps des récupérations, des marchandages, des coups de marteaux de commissaires priseurs sur le cercueil du poète.
"Prévert à Drouot", on croirait un titre revanchard.

A combien estiment-ils les ombres de Prévert ?

Entre 200 et 300.000 E :
le manuscrit original - 150 pages - du scénario du film "Le Quai des Brumes" (Marcel Carné, 1938).

Entre 120 et 150.000 E :
Les baigneurs, une toile de Picasso.

Entre 100 et 150.000 E :
portraits de Pablo Picasso avec un texte de Prévert (cartonnage toile d’éditeur).

Entre 80 et 100.000 E :
dessin de Picasso et texte du toréador Dominguin.

Entre 40 et 50.000 E :
le scénario des "Visiteurs du Soir" (Carné, 1942).

Entre 30 et 40.000 E :
le manuscrit original de la chanson "Les Feuilles mortes".

Entre 15 et 20.000 E :
- Picasso, enveloppe dessinée aux crayons de couleur ;
- une lettre de Miro à Prévert.

Entre 1.500 et 2.000 E :
dessin original et notes de Prévert.

Mauzac (Ph. JEA/DR).

Les feuilles mortes :

- "Oh! je voudrais tant que tu te souviennes
Des jours heureux où nous étions amis
En ce temps-là la vie était plus belle,
Et le soleil plus brûlant qu'aujourd'hui
Les feuilles mortes se ramassent à la pelle
Tu vois, je n'ai pas oublié...
Les feuilles mortes se ramassent à la pelle,
Les souvenirs et les regrets aussi
Et le vent du nord les emporte
Dans la nuit froide de l'oubli.
Tu vois, je n'ai pas oublié
La chanson que tu me chantais.

REFRAIN :

C'est une chanson qui nous ressemble
Toi, tu m'aimais et je t'aimais
Et nous vivions tous deux ensemble
Toi qui m'aimais, moi qui t'aimais
Mais la vie sépare ceux qui s'aiment
Tout doucement, sans faire de bruit
Et la mer efface sur le sable
Les pas des amants désunis.

Les feuilles mortes se ramassent à la pelle,
Les souvenirs et les regrets aussi
Mais mon amour silencieux et fidèle
Sourit toujours et remercie la vie
Je t'aimais tant, tu étais si jolie,
Comment veux-tu que je t'oublie ?
En ce temps-là, la vie était plus belle
Et le soleil plus brûlant qu'aujourd'hui
Tu étais ma plus douce amie
Mais je n'ai que faire des regrets
Et la chanson que tu chantais
Toujours, toujours je l'entendrai !

REFRAIN

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dimanche 30 mai 2010

P. 289. L'expo que vous verrez pas à Amiens (Somme)

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Léo Kouper : affiche de l'exposition "Pour adultes seulement" à Amiens (DR).

Amiens réinvente l'enfer
pour une somme de dessins
adultes non admis


AFP :

- "L’exposition « Pour adultes seulement » sous titrée « Quand les illustrateurs de jeunesse dessinent pour les grands » et qui devait être présentée à Amiens, à la Bibliothèque départementale de la Somme du 19 mai au 19 juillet 2010, a été annulée par le président du Conseil général, Christian Manable (PS)."

Christian Manable, président du conseil général :

- "J'ai en effet annulé - et si l'on veut employer ce mot, censuré - cette exposition. C'est en pleine conscience que j'ai pris cette décision, car j'ai estimé que certains dessins étaient vecteurs d'une image dégradante de la femme et je refuse que la collectivité départementale soutienne une telle approche de la sexualité, qui me semble opposée à nos valeurs d'émancipation.

(…)
Certaines images ne permettent pas de faire la distinction entre femme et enfant et nous ne tenons pas à ce qu'on nous fasse de mauvais procès."

David Andrieux, directeur du développement culturel au conseil général :

"Cette exposition avait reçu l’aval du département, mais le président a pris la décision de l’annuler quand il a découvert l’ensemble de son contenu. Il lui a semblé que le rapport entre les œuvres érotiques et leurs auteurs, spécialisés dans l’édition de livres pour enfants, produisait un effet miroir inopportun.
(…)
Dans ce département, où il y a beaucoup à faire dans le domaine social et où la question de la pédophilie est un sujet extrêmement sensible, il nous a semblé, en tant que collectivité publique, que nous ne devions pas promouvoir cette exposition amenée à circuler dans le réseau des bibliothèques du département, et donc visible par tous les publics.
(…)
Ni la qualité des œuvres ni le travail accompli par la commissaire de l’expo ne sont remis en question."

Daniel Muraz :

- "Ces dessins « Pour adultes seulement » qui auraient dû être exposés à la bibliothèque départementale de la Somme - avant intervention à la dernière minute du président du conseil général - méritaient-ils de connaître un tel enfer (celui où, justement, les œuvres licencieuses sont cachées dans les bibliothèques) ? Au vu du catalogue, la mesure laisse perplexe.
(…)
Ni la majorité du conseil général, ni son président n'ont jamais fait montre jusqu'ici d'une particulière pudibonderie ou de pressions sur les artistes (a contrario, en terme de liberté d'expression, le Département a soutenu, par exemple, le festival de cinéma grolandais !)
Si Christian Manable a préféré annuler l'expo par crainte « qu'on nous fasse de mauvais procès », le résultat est loin d'être atteint. Et ce n'est pas la nature de ses premiers soutiens, à l'extrême droite, qui devrait le consoler."
(Le Courrier picard, 29 mai 2010).

Observatoire de la censure :

- "Surprenant cadeau pour Hervé Roberti, conservateur en chef, en poste depuis quinze ans, à quelques semaines de son départ en retraite. Une immense marque de respect pour tout le personnel qui travaille sur l'exposition depuis un an, et particulièrement pour Janine Kotwica, commissaire de l'exposition. Elle qui, précédemment, avait contribué à la mémorable exposition Le Cochon, portrait d'un séducteur, ne s'attendait pas une telle décision. Spécialiste du livre jeunesse, elle avait proposé à des illustrateurs, travaillant pour la jeunesse, de dessiner cette fois-ci "pour les grands". 26 dessinateurs avaient répondu "présent", et pas des moindres: Gilles Bachelet, Michel Backès, Christophe Besse, Michel Boucher, Nicole Claveloux, Jean Claverie, Frédéric Clément, Isabelle Forestier, Claire Forgeot, André François, Alain Gauthier, Bruno Heitz, Louis Joos, Lionel Koechlin, Léo Kouper, Georges Lemoine, Daniel Maja, David Merveille, Alan Mets, Jean-Charles Sarrazin, Marcelino Truong, Tomi Ungerer, Zaü, Albertine Zullo. Certains avaient même fait des dessins spécialement pour l'exposition. Prudente, la commissaire avait fait un choix parmi les dessins pour adultes de Tomi Üngerer, pourtant visibles dans une salle du musée de Strasbourg. L'exposition Pour adultes seulement avait lieu dans une bibliothèque départementale, lieu que ne fréquentent pas les enfants."
(25 mai 2010).

Janine Kotwica au président du conseil général :

- "J’ai appris avec une stupeur vite remplacée par la colère votre décision arbitraire, inique, absurde et ridicule d’interdire l’exposition Pour adultes seulement, sélection bon enfant de dessins, gravures et peintures gentiment érotiques d’illustrateurs, pour laquelle j’ai eu une commande écrite, en date du 14 janvier 2009, émanant de Hervé Roberti, Conservateur en chef de la Bibliothèque départementale de la Somme.
J’ai travaillé d’arrache-pied au commissariat de cette exposition à laquelle 25 artistes, qui publient dans le monde entier, ont prêté ou réalisé spécialement des oeuvres et pour laquelle Léo Kouper, affichiste de grand renom, a réalisé cinq projets. Nous les avons, le 17 février 2010, soumis à votre Directeur du développement culturel qui a conforté (avec un enthousiasme, sincère, m’a-t-il semblé) celui que nous préférions, plébiscité aussi par tous ceux que nous avions consultés. Il a exprimé également, mais il ne pouvait en être autrement étant donnée leur exceptionnelle qualité, son admiration pour les originaux que j’avais apportés.
J’ai eu un deuxième entretien cordial avec David Andrieux, en présence de deux autres collaborateurs, la semaine dernière. Rien ne laissait présager alors votre oukase qui m’a laissée dans un état proche de la nausée. Si cette exposition heurtait votre délicatesse, vous aviez largement le temps d’arrêter les frais, à tous les sens du mot, beaucoup plus tôt. Cette interdiction, à 11 jours de l’ouverture, est une faute et une vilénie.
(…)
Vos conseillers fréquentent-ils parfois les musées et expositions ? Dans une époque où la burqua fait débat, ne seraient-ils pas tentés de voiler, au Louvre, la nudité de la Vénus de Milo, d’occulter, à Orsay, L’origine du monde, et dans nos mairies, de cacher le sein qu’ils ne sauraient voir de notre jolie Marianne ? Avec nos petits dessins bien anodins, nous sommes loin de Lucian Freud ou de Bettina Rheims exposés en ce moment avec succès à Paris. Tartuffe était-il picard ? Voulez-vous donner l’image d’une province ignare et rétrograde ?"


Eve en tenue d'Eve et Adam, impossible de les confondre. A censurer car exposés au public et autres fidèles de la cathédrale d'Amiens ? (Arch. JEA / DR).

Pour répondre au commentaire déposé par Zoé, voici un lien vers la reproduction d'une oeuvre signée Alain Gauthier, laquelle a le plus entraîné l'ire du président du conseil général. Mais a été néanmoins publiée par un quotidien... Puis Le Monde himself qui a soulevé quelques voiles...
Cliquer ici : Courrier picard.
Et ici : Le Monde.